Lucius Junius Brutus, ou Lucius Iunius Brutus, est le fondateur légendaire de la République romaine et un des deux premiers consuls romains pour l'année Les membres de la gens Iunia, dont Decimus Junius Brutus Callaicus, puis plus tard Decimus Junius Brutus et Marcus Junius Brutus (l'assassin de César) le considèrent comme un de leurs ancêtres.
Comme la plus grande partie des hommes et des institutions des premiers siècles de l'histoire romaine, l'existence historique de Brutus n'est pas assurée. Les sources dont on dispose aujourd'hui sont trop lacunaires et s'appuient sur des récits et des traditions plus anciennes qui ont été considérablement réécrits et déformés.
Biographie Les sources Les sources antiques les plus anciennes et donc les plus proches chronologiquement des événements qui ont lieu entre la chute de la royauté et l'instauration de la République et qui nous sont parvenues à ce jour sont très lacunaires.
En ce qui concerne les auteurs romains, il s'agit principalement des écrits de Fabius Pictor qui remontent à la fin du On dispose également de récits plus importants grâce aux annalistes tels que Tite-Live, qui livre le témoignage le plus complet, ou Denys d'Halicarnasse. Mais ces derniers écrivent quatre à cinq siècles après les événements relatés, ce qui diminue le crédit qu'on peut leur apporter. De plus, leurs récits reposent pour une grande part sur ceux des auteurs plus anciens. Il n'existe pas de témoignages contemporains des événements, la littérature romaine n'ayant fait son apparition que vers le milieu du
Pour le , on dispose de récits d'auteurs grecs mais aucun de ceux qui nous sont parvenus ne s'intéresse spécifiquement à ce qui se passe à Rome à cette époque. Leurs écrits demeurent utiles pour reconstituer le contexte des événements, comme c'est le cas de ceux de Timée de Tauroménion, auteur d'une Chronique de Cumes disparue, dont le récit de Denys d'Halicarnasse est largement tributaire.
Pour reconstruire la figure de Brutus telle qu'elle était perçue durant l'Antiquité, on dispose également des écrits de Plutarque qui n'a pas écrit de biographie sur Brutus mais la figure de ce dernier est présente dans la biographie de son contemporain Publicola. On peut également s'appuyer sur les écrits de Dion Cassius qui se révèlent intéressants car en partie indépendants et donc complémentaires des textes de Tite-Live.
Famille et ascendance Brutus est le fils de Marcus Junius Brutus et de Tarquinia, fille de Tarquin l'Ancien et sœur de Tarquin le Superbe, dernier roi de Rome. Il a un frère, Marcus Junius Brutus. D'après Tite-Live, Brutus prend pour épouse une femme issue de la gens Vitellia. De ce mariage naissent deux fils, Titus et Tiberius, 1.
L'oracle de Delphes
La légende raconte qu'un jour, un serpent sort inexplicablement de l'un des piliers du palais du roi de Rome. Tarquin le Superbe, qui ne sait comment interpréter ce prodige, envoie une ambassade à Delphes pour consulter l'oracle. Parmi les délégués se trouvent Lucius Junius Brutus et deux des fils du roi Tarquin, Titus et Arruns. Ayant des soupçons sur la politique de Tarquin à l'égard des aristocrates, dont beaucoup ont été assassinés sur son ordre, parmi lesquels son propre pèreDion Cassius, Histoire romaine, livre II, XI, 10., Brutus affecte d'être simple d'esprit, d'où son surnom qui signifie « l'idiot »... Il est ainsi autorisé à aller en Grèce, afin de divertir ses cousins..
Après avoir posé la question officielle à l'oracle, les fils du roi veulent savoir lequel, parmi eux, est appelé à succéder à leur père. Il leur est répondu que le premier qui embrasserait sa mère serait le prochain souverain de Rome. Les princes tirent au sort le droit d'embrasser leur mère à leur retour et jurent de tenir secrète la réponse à leur plus jeune frère, Sextus Tarquin. Brutus, dont le cognomen signifie « dénué de raison », avait selon Tite-Live feint jusqu'ici la bêtise. Subtilement, il interprète le mot « mère » dans le sens de la Terre, la mère nourricière, trébuche à dessein, et embrasse le sol.
Le viol de Lucrèce
Peu après le retour de l'expédition à Delphes, toujours d'après la tradition romaine, le roi Tarquin le Superbe déclare la guerre à Ardée, riche cité rutule. Durant le siège, de jeunes officiers, dont Sextus Tarquin et Collatin, discutent à propos de leurs femmes, se posant la question de ce qu'elles pouvaient être en train de faire, éloignées de leurs époux. Les jeunes officiers quittent le siège afin de se rendre compte par eux-mêmes de la vertu de leurs femmes respectives. Lucrèce, épouse de Collatin et symbole de pudeur, est la plus sage de toutes, ayant pour seule occupation le filage de la laine.
Impressionné par la vertu irréprochable de Lucrèce, Sextus revient vers elle à Collatie quelques jours plus tard et la viole, dans la maison de son mari qui est aussi son propre cousin. Après son départ, Lucrèce envoie chercher son père Spurius Lucrétius et son mari Tarquin Collatin. Ce dernier vient avec Brutus, en compagnie de qui il chevauchait quand le message est arrivé, et Spurius Lucrétius se présente accompagné de Publicola. Lucrèce leur révèle ce qui lui est arrivé et, après les avoir fait jurer de venger son honneur, elle se poignarde. Brutus se faisait passer jusque-là pour un homme à l'intelligence limitée. Il cesse alors de jouer la comédie et s'empare du poignard pour faire prononcer à ses compagnons un second serment, celui de chasser les Tarquins et d'établir la République à Rome. Bien que n'étant pas l'époux de Lucrèce, c'est Brutus qui prend la tête du mouvement, Collatin se fondant parmi ses partisans.
L'abolition de la monarchie Brutus conduit un soulèvement armé à Rome et le peuple vote pour l'abolition du pouvoir royal et l'exil de la famille royale par la Lex Iunia de Tarquiniis exilio multandis. Brutus se met alors à la tête des citoyens armés et se rend au camp occupé par les troupes de Tarquin qui assiègent Ardée. Le roi, ayant appris la révolte, est parti entretemps pour Rome à la tête de ses compagnons les plus fidèles, avec l'intention de restaurer l'ordre. Il trouve les portes fermées et sa condamnation à l'exil. Brutus quant à lui obtient le soutien des soldats de Tarquin. Ce dernier, ne pouvant retourner au camp, trouve refuge à Gabies.
La fondation de la République Après la libération en 509 av. J.-C., les comices centuriates se réunissent, selon des dispositions laissées par Servius Tullius, 4, et élisent pour consuls Brutus et CollatinLa notion de consul est ici anachronique. On parlera plutôt de "préteur" pour le début de la République. Voir . Mais peu après, le peuple regrette d'avoir élu un homme qui porte le nom royal haï. En effet, Collatin est un cousin de Tarquin le Superbe, étant le fils d'Égérius, un des frères du roi Tarquin l'Ancien. Brutus pousse son ami et collègue à quitter la ville, afin d'écarter tout danger pour sa vie. C'est ce que fait finalement Collatin après avoir été accusé de comploter pour les Tarquins, et Publius Valerius Publicola est élu consul à sa place.
On attribue à Brutus toute une série de réformes religieuses et institutionnelles comme la prise des auspices avant de prendre ses fonctions de magistrats, une loi curiate sur le pouvoir consulaire, l'alternance des fasces (décision que Tite-Live attribue à Publicola, 8), l'agrandissement du Sénat avec l'ajout des minores gentes, la création de la fonction de rex sacrorum et la commémoration de Carna sur la colline du CæliusMacrobe, Saturnales, 1, 12, 31.
L'exécution de ses deux fils
Avant que le roi déposé, Tarquin le Superbe, ne lance son attaque prévue contre Rome, une conspiration de sympathisants du roi déchu est découverte parmi les fils de certaines familles aristocratiques. Deux fils de Brutus, Titus et Tiberius, y sont impliqués, et des lettres adressées aux Tarquins prouvent leur culpabilité. Les consuls arrêtent et emprisonnent les traîtres, et ils ordonnent la confiscation de tous les biens appartenant à la famille royale de Rome.
Leurs domaines sont consacrés à Mars (le Champ de Mars) et leurs maisons détruites. Lors du jugement de ses deux fils, Brutus fait preuve de cette force d'âme et de cette gravité que les Romains aiment à considérer comme leur apanage. Il prononce, dans sa fonction officielle, la sentence condamnant ses fils et assiste à leur exécution. Les licteurs attachent les jeunes hommes à des poteaux, les flagellent, puis les décapitent. Toutes les têtes sont tournées vers Brutus qui, malgré toute son angoisse, ne fléchit pas. Il récompense son informateur (un esclave), en lui donnant le droit de cité et de l'argent.
La bataille de Silva Arsia et mort de Brutus
Lorsque Tarquin le Superbe envahit le territoire romain quelques mois seulement après l'instauration de la République, les consuls viennent à sa rencontre. Lors de la bataille qui s'ensuit, le fils du roi, Arruns, insulte Brutus, qui conduit la cavalerie, tout en le chargeant avec son cheval. Ils se jettent l'un sur l'autre avec une telle violence que chacun transperce l'autre et que tous deux tombent morts sur-le-champ. Après la mort des deux chefs, la bataille reste incertaine, les deux camps ayant subi de lourdes pertes. Cependant, pendant la nuit, une voix sort de la forêt d'Arsia, toute proche, et proclame la victoire des Romains, disant qu'ils ont perdu un homme de moins que Tarquin le Superbe et ses alliés étrusques. Les Étrusques se replient et Brutus a droit à des funérailles somptueuses à Rome, où toutes les femmes, qui lui sont reconnaissantes d'avoir défendu la cause de Lucrèce, le pleurent comme s'il avait été leur père.
Descendance Sous la République, les Iunii sont les membres d'une gens plébéienne, or Lucius Junius Brutus est présenté comme un patricien, ce qui prouve, selon Denys d'Halicarnasse, que ce dernier n'a eu aucun autre descendant que ses deux fils, Titus et Tiberius, qu'il a fait exécuter. Néanmoins, la gens des Iunii revendique jusqu'à la fin de la République son lien de parenté avec le fondateur de la République romaine.
Postérité Élaboration et récupération du mythe Les Iunii Bubulci et les guerres samnites
L'intégration des faits légendaires dans la tradition romaine est principalement due à la volonté des grandes familles de Rome telles que les Iunii et les Valerii de se créer les origines les plus héroïques possibles. Cette reconstruction souhaitée par l'oligarchie pour légitimer sa mainmise sur le pouvoir finit par être définitivement établie dans la tradition romaine grâce aux premiers historiens romains dont le plus connu est Fabius Pictor. En ce qui concerne Brutus, c'est la famille des Iunii qui a le plus largement contribué à façonner les faits légendaires qui lui sont attribués par les annalistes romains, et ce dès le , pendant la guerre contre les Samnites, alors que la branche des Bubulci occupe des magistratures importantes et prend le commandement de la guerre. L'utilisation de la figure de Brutus lui permet alors de légitimer la campagne de conquête territoriale qui aboutit à la colonisation de la Daunie avec la fondation de Luceria en
La pièce Brutus d'Accius et la crise gracquienne