Le « Cornouaille » ou Festival de Cornouaille est un festival annuel se déroulant dans la ville de Quimper (Bretagne) au mois de juillet (clôture au du mois), et mettant en avant la culture bretonne dans sa diversité et sa richesse. De nombreux spectacles, concerts et animations se déroulent en journée et en soirée au cœur urbain de la ville de Quimper. C'est un des événements culturels majeurs de la Bretagne. Né en 1923 par l'élection de la première Reine de Cornouaille, il célèbre son centenaire en 2023.

Historique De 1923 à 1937 : la Fête des Reines vignette|gauche|La première fête des Reines en 1923. Du 15 au , à l'occasion de l'inauguration de son cinéma l'Odet-Palace à Quimper, Louis Le Bourhis invite quatre « Reines » des villes voisines et organise des projections, des spectacles, un concours de danses et un grand bal au profit d'œuvres de charité. Devant le succès rencontré par cette manifestation, il décide de créer, avec l'appui des commerçants et de la mairie, une fête des Reines de Cornouaille, malgré l'opposition de l'église. La première a lieu le sous le nom de « Fêtes Bretonnes de Bienfaisance » ; Marie Guirriec est la première "reine" élue cette année-là. Elle est en effet au profit des mutilés de guerre, car la Première Guerre mondiale est encore très présente dans les esprits, en témoigne le cortège des musiciens en hommage aux morts. Certaines grandes figures des fêtes de l'entre-deux-guerres apparaissent déjà dans le cortège qui démarre de l'arrivée des reines à la gare au cinéma, dont les « bardes bretons » Botrel, Gourvil et Jaffrennou, qui entonnent l'hymne Bro gozh ma zadoù écrit par ce dernier en 1898 et font un discours. Taldir Jaffrennou rend lui hommage au drapeau breton « herminé » et dès 1924, le nouveau drapeau Gwenn ha Du est hissé, dessiné par Morvan Marchal l'année précédente, sur la terrasse de l'Odet-Palace. Cette fête connaît immédiatement un grand succès populaire et se renouvelle chaque année jusqu'en 1937. vignette|Couple de sonneurs pendant les fêtes de 1927.

De 1947 à 1982 : les grandes Fêtes de Cornouaille vignette|Festival de Cornouaille à Quimper, 2012. Le est une simple fête de bienfaisance surtout portée sur le folklore bigouden, mais le but de la nouvelle équipe est d'arriver à Per Jakez Hélias, Le Quêteur de mémoire, éd. Plon, Paris, 1990, . Le comité de l'association créée, mené par Louis Le Bourhis, rassemble des personnalités comme le maire de Quimper Joseph Halléguen, Per-Jakez Hélias., Hervé Le Meur, Polig Montjarret et Fañch Bégot. La grande fête des 24 et présente trois innovations : un échange avec l'Écosse officialisé par la présence du maire de Falkirk, une première Abadenn Veur devant et le Triomphe des sonneurs, issu d'une première marche informelle de certains sonneurs vers la gare après le concert de Youenn Gwernig. Avec à peine 200 participants et 6 sonneurs de biniou, il remporte immédiatement un grand succès auprès des quimpérois.

Les Fêtes prennent de l'ampleur l'année suivante en s'étalant sur une semaine. La manifestation se base plus sur la dynamique des animations que sur l'élection d'une Reine, désormais par le vote d'un jury. 32 cercles celtiques et 60 sonneurs sont présents pour l'Abadenn Veur. Pour la première fois, les concours des meilleurs sonneurs de Bretagne sont organisés, de même que les championnats départementaux de gouren, le bal des lutteurs et la Danse des Mille. Les soirées sont ponctuées par la Fête de la nuit en embarcations décorées sur l'Odet, un gala écossais, la nuit de la Cornouaille. On y introduit aussi les premières journées d'études sur le folklore, qui préfigure l'université d'été. En 1950, la ville reçoit , dont un pipe-band écossais, des danseurs irlandais et des délégations galloises, manxoises et des Cornouailles britanniques, pour symboliser l'entente interceltique.. Aux festivités populaires se mêlent des animations plus culturelles (Congrès panceltique, conférence de Pierre-Louis Duchartre sur "l'imagerie populaire bretonne", pièce Le Jeu de Gradlon de Per Jakez Hélias).

En 1951, elle poursuit son ouverture avec 10 groupes provinciaux qui s'ajoutent aux 52 cercles bretons () et pour au total plus de . Sont présents en 1952 les Gilles de Belgiques, 70 cercles, et . répondent à l'appel et Quimper manque de pain. Après le , sous la présidence du ministre de la Défense, l'édition suivante connaît des proportions significatives : assistent à l'Abadenn Veur, soit autant que la population de Quimper à l'époque, un défilé des Guises de au trajet impressionnant, et . En 1956, les trois jours de fêtes sont télévisées. Aux bretons s'ajoute la présence de troupes venant de France et d'Europe (Norvège, Russie, Écosse, Italie, Suisse). 102 groupes participent au Défilé des Guises et presque sont présents le dimanche. En 1957, la Roumanie et les Pyrénées sont les invités d'honneur et le premier groupe allemand figure dans la programmation, qui présente par ailleurs la Cantate du Bout du Monde, création de Jef Le Penven et Per Jakez Hélias. Avec le renouveau du fest-noz, on redécouvre le chant traditionnel qu'est le kan ha diskan. La météo désastreuse gâche la fête de 1958 et entraîne un déficit, bien qu'ait été proposé en nouveauté le Trophée de la Plume de Paon qui récompense les meilleurs sonneurs de couple et la venue du bagad de Lann-Bihoué.

Un record jamais égalé est atteint en 1960 avec la présence de 116 groupes au défilé des Guises, soit . Après la contestation en 1962, par certains cercles, du prix attribué au Ballet professionnel de Jacques Douai pour leurs danses de Provence ou de « l'Ouest » stylisées, les Ballets bretons voient le jour l'année suivante au concours dans la logique de la scène et du spectacle (Eostiged ar Stangala). 1963 est aussi le de la BAS et le de la manifestation, au sujet de laquelle le ministre Maurice Herzog avoue qu'il ne s'« Foule enthousiaste pour le anniversaire des Fêtes de Cornouaille », Ouest-France, 29 juillet 1963. L'édition de 1965 s'ouvre pour la deuxième fois par un fest-noz à Locmaria, mais après les chanteurs de Poullaouen, dont Loeiz Ropars, les fêtes de nuit (nozvezh) sont animées par les Kabalerien, les sœurs l'Hour et les Namnediz. Outre la présence à nouveau du ministre des Affaires culturelles Edmond Michelet, trois « évènements » marquent l'édition de 1969 : le sous-titre « Festival interceltique » pour les grandes retrouvailles celtes baptisées « 7 pays, une âme. 7 jours, 7 peuples », les drapeaux nantais en berne lors du défilé afin de réclamer le rattachement pour une Bretagne historique et l'écartement du Bagad Kemper pour avoir adopté un costume considéré comme non traditionnel (malgré la pétition de 800 signatures, il ne sera pas invité jusqu'en 1975). vignette|redresse|Trophée Gradlon décerné au meilleur cercle qui se produisent le dimanche. Le « revival » breton d'après 1972 conduit à une nouvelle vision de la Bretagne et une remise en question notamment de la part des jeunes : on refuse le Triomphe des sonneurs, au prétexte qu'il ne serait que « cacophonie », et plutôt que de , on préfère se retrouver pour danser en blues jeans au son électrifié des Diaouled ar Menez ou des Sonerien Du. Dans son discours pour les 50 ans, le président Fañch Bégot rappelle sur un ton offensif les impacts de la . Visant les autorités, il projette d'annuler l'édition de 1974 pour témoigner de son poids régional. Un peu trop violent au goût de la majorité du comité, il démissionne comme il l'avait négocié. Cependant, le Triomphe n'a pas lieu et le traditionnel défilé est perturbé par un groupe de manifestants prônant l'autonomie bretonne en 1974 et 1975, chose évitée en 1978 et 1979 par interpellation d'une vingtaine de personnes. Après la rébellion de sonneurs de couple face au règlement qui impose de concourir en costumeLa plupart des jeunes participant au concours de la Plume de paon décident de se présenter en « civil » mais, plutôt qu'être éliminés, préfèrent enfiler à tour de rôle deux blouses bleues utilisées dans les années 1900. Le couple vainqueur, pour se venger, décide de jouer lors du fest-noz en maillot de bain avec des palmes, expliquant qu'ils se produisent en ., les premiers concours sans costumes ont lieu en 1976. La première nuit des Vieux Quartiers permet de découvrir les ruelles de diverses façons en 1977.

De 1982 à 2001 : mise en place d'un festival enraciné et ouvert vignette|Youssou N'Dour au Cornouaille 2010.

En 1982, sous l'influence de Bernard de Parades, les Fêtes de Cornouaille deviennent le Festival de Cornouaille, notamment pour des raisons budgétaires et de communication. Après quelques années d'absence, le « triomphe des sonneurs » et le fest-noz d'ouverture place Bérardier sont remis au programme.. Les sonneurs restent au cœur de la manifestation, avec la création de spectacles, notamment autour du Bagad Kemper (D'Écosse en Cornouaille en 1995, avec Johnny Clegg en 1997, Azeliz Iza en 2001). Les « Rencontres des Cornemuses d'Europe » en 1990 permettent la venue de joueurs tels que l’irlandais Davy Spillane, tout comme les 100 ans de cornemuse en 1995. Les voix sont également mises en avant, avec la première venue des corses d'I Muvrini en 1986, le thème des Voix d'Europe en 1991 avec entre autres, les chœurs de l'Armée rouge, les chœurs byzantins et le Mystère des voix bulgares, les Nouvelles polyphonies Corses en 1993, le thème des voix féminines en 2001

Les danses de Bretagne sont représentées par les cercles celtiques, mais d'autres ensembles représentent celles du monde entier.

Après une édition de 1981 aux couleurs de l'Irlande, dans le cadre du jumelage Quimper-Limerick, le festival : Brenda Wootton de Cornouailles, les irlandais de Moving Hearts, les Wolfe Tones, Stockton's Wing, The Chieftains, The Tannahill Weavers, moines de Glenstal, Clannad, Planxty, Runrig, Altan, Derek Bell, harpiste des Chieftains, en 2001 qui décède quelques mois plus tard. En 1993, le président Jakez Bernard cède sa place à Jean-Michel Le Viol pour se lancer dans la création de l'Héritage des Celtes avec Dan Ar Braz en clôture de la : succès immédiat pour les 75 musiciens qui marque le début de l'aventure mêlant ensembles musicaux et vocaux interceltiques.. En dehors des éditions anniversaires, . .

De 2002 au centième anniversaire : une structure professionnelle artistique vignette|Le public avant le concert de Nolwenn Leroy en 2011 à l'Espace Gradlon.

De 2002 à 2010, le Festival de Cornouaille se déroule sur neuf jours et se développe professionnellement sur différents aspects notamment artistiques et structurels. Jean-Philippe Mauras prend la direction artistique du festival en puis la direction générale en 2002. Accueil de la Europeade en 2005. Une moyenne de par édition. Création de nouveaux lieux : Quai en Fêtes, Espace Evêché, Espace Gradlon, etc. Des manifestations annuelles voient le jour (Talents en scène, Dañs…) et des actions vers la recherche de nouveautés musicales et artistiques comme le spectacle Heol, la Bretagne en héritage qui retrace quatre-vingt-dix ans de vie quimpéroise. Un outil d'accompagnement et de diffusion artistique voit le jour avec la mise en place du département Kerne Production.

Les créations musicales bretonnes se développent et trouvent une place privilégiée au sein de l'évènement : Voix de la Terre, Armorythmes, Awen Magic Land, Les 2 Mers, D'Écosse en Cornouaille, Valsano, Breizh Side Storioù, Ding-Dingue-Dañs, la diagonale des cordes, Regards vers l'Ouest, Heol ou la Bretagne en héritage… Le Bagad Kemper est particulièrement présent dans la conception de nouvelles créations. L'accueil d'artistes internationaux comme Simple Minds, Joan Baez, Loreena McKennitt, Cesária Évora, Rokia Traoré, Sinéad O'Connor, Roger Hodgson, Gilberto Gil, Sharon Shannon, Johnny Clegg, James Blunt… aux côtés des nombreux artistes bretons prouvent la place unique et particulière du festival de Cornouaille dans le paysage culturel hexagonal et européen.