En 1940, la France, à la suite de la « Drôle de Guerre », est envahie par l'Allemagne nazie. La ville de Lille est occupée, rattachée donc colonisée par les nazis pendant plus de quatre ans, du au . Cette ville du Nord comptait alors environ Recensement de 1946. . Sous l’occupation, elle est rattachée à la Belgique, et de nombreux aspects de la vie des Lillois sont alors bouleversés. Lille reçoit la croix de guerre 1939-1945 le .

Les opérations militaires L'invasion Dans la nuit du 9 au , les blindés allemands franchissent les Ardennes. Les bombardiers allemands ciblent leurs attaques sur les points stratégiques, comme une ligne de chemin de fer à Lambersart. L'armée allemande avance très rapidement et occupe le Luxembourg, la Belgique, et le , les Allemands sont aux portes de Lille. Trois Panzerdivisionen attaquent à l'ouest de la Deûle. Les troupes franco-britanniques quittent la ville dans la journée. Seules quelques unités d'un régiment de pionniers, quatre-vingts commis d'administration et un millier de Sénégalais retranchés dans la Citadelle sont présents pour défendre Lille. Ils sont équipés de fusils de modèle 1874 et 1886, et de très peu de munitions. Le régiment de soldats sénégalais dispose tout de même d'une dizaine de véhicules blindés, qui lui permettront de tenir un siège de quatre jours. La bataille de Lille débute.

Les Britanniques sabotent les installations pour ne laisser aucun élément stratégique aux Allemands. Ils font sauter le central téléphonique Boitelle et brûlent un stock de matériel militaire, faute de pouvoir le convoyer en zone libre à temps. Dans la matinée du , les patrouilles allemandes font tomber les poches de résistances rue de Solférino, rue Nationale, le long de la Haute-Deûle. Une Kommandantur de campagne s'installe sur la Grand'Place. Le 31, les derniers foyers de résistances du boulevard de Dunkerque à Lambersart et de la Citadelle déposent les armes. La bataille de Lille se termine officiellement le avec le défilé des troupes françaises dans les rues de Lille, notamment sur la Grand place. L'évènement est peu connu car l'évacuation de Dunkerque a été mise en avant par les historiens. Le bilan est de 174 tués dont quinze civils, 128 militaires français, un militaire britannique, et une trentaine de militaires allemands. Deux cent vingt immeubles sont détruits, ainsi que deux ponts. La Place de Tourcoing (aujourd'hui place du Maréchal Leclerc) est en ruine, et les immeubles de la Porte de Béthune sont éventrés. (En particulier la "Grande Brasserie" qui prévenait des bombardements par une sirène).

Les bombardements

Le centre-ville de Lille a été plutôt épargné par les raids aériens durant l'occupation allemande. En revanche, les faubourgs ont subi de nombreuses attaques.. Les cibles les plus touchées sont les usines métallurgiques de Lille-Fives (huit attaques entre 1941 et 1944), les ateliers de la SNCF de Hellemmes, la gare de triage de Lille-Délivrance, les filatures du quartier de Moulins-Lille (cinq attaques entre 1941 et 1944), ainsi que les complexes chimiques Kuhlmann de Loos et de Marquette. La "grande brasserie", qui prévenait des raids aériens par une sirène a souvent été la cible des bombardements

L'organisation administrative du pouvoir allemand

Lille est rattachée à la Belgique et sous l'autorité du Gouvernement Militaire pour la Belgique et pour les départements du Nord et du Pas-de-Calais, basé à Bruxelles. En effet, le gouvernement allemand considère la Flandre et l'Artois comme appartenant à l'« Europe germanique ». Le Reich pense affaiblir la France en lui retirant deux départements qui disposent de nombreuses richesses (filatures, sidérurgie, mines, papeteries). Le Haut-Commandement allemand de Paris n'a aucune autorité sur ces deux départements. L'OFK 670 de Lille est une succursale de cette organisation. Elle est basée à la Chambre de commerce de Lille, dirigé par le .

Le général Niehoff détient tous les pouvoirs sur les départements du Nord et du Pas-de-Calais. Le , une ordonnance de l'OFK 670 dispose que « l’exécution des lois, ordonnances, décrets et arrêtés suivants, émanant du Gouvernement français, a été interdite avec un effet rétroactif dans le rayon d'action de l'OFK 670 ». Les cinquante-six décrets annulés suivent cette déclaration.

La « Feldkommandantur 569 » est, dans l'arrondissement de Lille, l'organisme chargé principalement des services de sécurité, courrier, troubles, défense passive, prisonniers, cartes, contre-espionnage.

La Résistance À Lille, on observe surtout des gestes de désobéissance, des vols, des distributions de journaux clandestins, comme « L'Homme libre », de Jean-Baptiste Lebas, ou la feuille de résistance publiée dès le par Jules Noutour. Les plaines du Nord ne permettent pas la mise en place de maquis, comme dans les zones montagneuses. De plus, de nombreux contingents allemands sont en poste à Lille. Ainsi, peu de sabotages ont lieu directement contre les installations allemandes. On observe surtout des sabotages dans les usines et les voies ferrées. On apprend parfois également que des militaires allemands ou des collaborateurs ont été abattus, comme ce soldat de la Wehrmacht tué à Lille le , place des Reigneaux. Les Allemands fusillent des premiers otages détenus à la citadelle de Lille le , beaucoup connaitront le même sort.

Voici une liste de quelques actes de sabotages : Le : sabotage de câbles à La Madeleine (amende infligée à la Mairie) Dans la nuit du 26 au : assassinat d’un officier à Lille Après l'invasion de l'Union soviétique par l'Allemagne, (Opération Barbarossa) en , les communistes entrent dans la lutte armée : le , trois militants, dont une femme, tuent deux officiers allemands dans un café lillois. Cinq otages seront fusillés en représailles. Le , un soldat allemand est abattu à Lille, dix otages sont fusillés et cinquante autres déportés. Le : attaque d’un dépôt de l’Armée à Lille Le : déraillement d’un train entre Lille et Tourcoing Trois réseaux importants opérant dans la « zone rattachée » mais aussi à Lille, se font particulièrement actifs : « sylvestre farmer » : filiale française, créée par Churchill, du WO (War Office), qui a recours à une action de destruction de 22 transformateurs et 12 disjoncteurs à Lille-Fives par exemple. « OCM » (organisation civile et militaire) : c'est un mouvement crée à Paris en . Il est très actif à Lille via la diffusion de journaux clandestins et la collecte de renseignements d’ordre militaire notamment. « FTP » (Francs-Tireurs Partisans) : il s'agit d'un rassemblement des divers groupes armés crée en 1942 et dirigé par le PCF, installé à Paris et animé par Jacques Duclos.

Le Comité départemental de libération du Nord C.D.L fut créé le au domicile du docteur Jules Defaux en présence de François-Louis Closon, émissaire du Général de Gaulle, pour coordonner les différents réseaux et préparer la restauration du pouvoir républicain.

La vie courante Relations avec l'occupant allemand En et août-, la population a des relations très tendues avec l'occupant allemand. Les plus anciens sont encore traumatisés par l'attitude méprisante de l'occupant allemand durant le premier conflit mondialSur la question de l'occupation allemande de Lille durant la Grande Guerre, voir Annette Backer, Les Cicatrices rouges 14-18. France et Belgique occupées, Fayard, Paris, 2010, 373 p.. Les plus jeunes sont effrayés par le régime nazi. L'occupant allemand multiplie les efforts pour mettre en place des relations cordiales avec la population lilloise, afin de favoriser le projet d’incorporation du Nord et du Pas-de-Calais dans un grand État flamand. Il ouvre des cantines, les militaires aident les personnes âgées, offrent des bonbons aux enfants.

Le rationnement La mise en place du ravitaillement En , Lille et cinq autres villes de la région obtiennent des stocks substantiels de denrées alimentaires et vestimentaires. Environ de viande sont stockées dans les entrepôts frigorifiques de Lille. Dès , de nombreux commerces sont pillés par des réfugiés en manque de nourriture. Le Préfet, M. Carles, redresse la situation en rouvrant des commerces alimentaires et des pharmacies. Il faut alors réquisitionner les stocks existants et les répartir le plus équitablement possible. Lille est la première ville de France à mettre en place des cartes de ravitaillement à partir de (pour le pain, le lait, le charbon etc.). Chaque habitant se voit classé dans une catégorie selon son âge et son sexe. Il reçoit alors une carte individuelle d'alimentation, où se fixent les coupons mensuels de ravitaillement. Il existe un Comité local de Ravitaillement à partir et grâce à ses efforts considérables, les Lillois perçoivent quotidiennement de pain.

Sous l’occupation, les problèmes liés au ravitaillement sont gérés par les services préfectoraux qui doivent travailler avec les services de l’Intendance allemande et sous les ordres de l’OFK 670. De septembre à , un organisme est chargé de constituer des stocks de marchandises et d’en réglementer la commercialisation. Puis, dès le , il y a la mise en place de la Direction du Ravitaillement Général du Nord, installée à Lille. Pourtant, dans les faits, c’est bien l’OFK 670 qui reste maître absolu du ravitaillement de la population.

Le difficile ravitaillement de la population L’occupant encourage les relations avec la Belgique, même en ce qui concerne le ravitaillement. Des denrées (mais aussi des produits chimiques, pharmaceutiques, du charbon…) sont alors envoyées aux voisins belges et des échanges se font. Il y a de nombreuses fraudes, ce qui nuit aux intérêts du Ravitaillement Général. Sur le marché noir, avec le trafic illicite, se produit une inflation des denrées. Le Marché noir couvre jusqu'à 60 % des besoins des Lillois. De telles actions sont sévèrement punies par les autorités.

Il existe des régimes spéciaux : Plus de 1000 établissements lillois qui constituent des débits de boissons alcoolisées, sont soumis à des règles : vente d’alcools forts interdite trois jours par semaine, heure de fermeture à respecter… L’article 1 de l’arrêté du réglemente les restaurants : service à la carte interdit, portion de viande limitée, interdiction de servir du pain frais, etc. Les cantines d’entreprise qui sont soit « normales » soit « privilégiées » (les cantines des usines métallurgiques de Lille qui travaillent pour l’édification du mur de l’Atlantique) au niveau des denrées distribuées, sont sous le contrôle de l’OFK 670 en 1941. Les marchés hebdomadaires dans Lille (de fruits, légumes, viandes…) voient une baisse importante de leur clientèle durant la guerre et cette situation empire sous l’occupation car il faut donner des tickets pour tout. Les marchands de poissons des marchés de Wazemmes et de la rue Solférino sont ceux qui ont le plus de succès. Les files d'attente se multiplient devant les épiceries et magasins d'alimentation.

Beaucoup de boulangeries sont fermées ou pillées. Le , une carte de pain donne droit à par jour. « L’Indépendante » est une boulangerie industrielle de Lille, c'est la plus importante « boulangerie-meunerie » de France entre les deux guerres et dès leur arrivée, les Allemands s'y intéressent et y installent du personnel militaire allemand. Cette entreprise ravitaille de nombreuses villes de la région. Les Lillois ont plus de sucre que des habitants d'autres régions du pays, l'approvisionnement en viande reste difficile : en , la ration de viande hebdomadaire diminue à 180 grammes dans les villes (150 grammes dans les zones rurales) puis en fin d'année, nouvelle diminution à 120 grammes (80 dans les campagnes). À Lille, il existe un service de l'OFK 670 qui délivre des permis de chasse, ce bureau est dirigé par l'inspecteur chef Estorff, ami du maréchal Goering.