Catherine de France, ou Catherine de Valois, née le à Paris et morte le à Londres, est une des filles du roi et d'Isabeau de Bavière. Elle est reine d'Angleterre par son mariage avec le roi . Dès son enfance, Catherine suscite l'intérêt d' d'Angleterre, qui négocie longuement avec le montant de sa dot ainsi que la cession de certaines terres à l'Angleterre. Toutefois, les exigences anglaises sont jugées irréalistes, précipitant la reprise de la guerre de Cent Ans en 1415. Après plusieurs succès militaires et des dissensions entre Armagnacs et Bourguignons, réitère sa demande de mariage en 1419.
En vertu du traité de Troyes signé en 1420, Catherine épouse , qui doit hériter du trône de France à la mort de . Pourtant, et meurent l'un après l'autre à moins de deux mois d'intervalle en 1422, ce qui rend difficile l'application de la double monarchie franco-anglaise en la personne du jeune , fils de Catherine et d'. Catherine ne joue aucun rôle politique pendant le règne de son fils et se remarie secrètement, malgré l'interdiction des régents d', avec Owen Tudor entre 1428 et 1432. Retirée de la cour de son fils, Catherine de France meurt en 1437, après avoir donné plusieurs enfants à son second époux, dont Edmond Tudor, père du futur roi .
Biographie Enfance et projets de mariage Catherine de France est la sixième fille et le dixième enfant de et de son épouse Isabeau de Bavière. Elle voit le jour le à l'Hôtel Saint-Pol à Paris. À sa naissance, son père est sujet depuis 1392 à des crises de folie récurrentes, qui l'éloignent progressivement des affaires gouvernementales et le contraignent à déléguer son pouvoir à un conseil de régence. Contrairement à des rumeurs accusant Isabeau de Bavière d'avoir négligé ses enfants, les historiens modernes démontrent en réalité qu'elle est restée proche de ces derniers pendant leur enfance : elle les fait voyager avec elle, leur achète des présents et des textes de dévotion et fait en sorte que ses filles soient éduquées. Pour sa part, Catherine est envoyée pendant son enfance auprès de sa sœur aînée Marie, nonne bénédictine au prieuré Saint-Louis de Poissy depuis 1397, afin de parfaire son éducation. Enfin, Isabeau maintient des correspondances étroites avec ses filles après leurs mariages, dont Catherine.
L'intérêt que peut apporter la main de Catherine se manifeste très tôt. Ainsi, dès le , alors qu'elle a seulement un an et demi, elle est fiancée à son cousin Charles de Bourbon, petit-fils du duc . Toutefois, le projet est rapidement abandonné, pendant qu'Isabeau de Bavière recherche un parti plus intéressant pour sa dernière fille. Depuis l'avènement d' en 1399, les relations franco-anglaises se sont aggravées et, dans le but de les assouplir, ce dernier propose à plusieurs reprises que la sœur aînée de Catherine, Isabelle, épouse son fils aîné et héritier, le futur . L'offre est systématiquement rejetée par , mais, en dépit du mariage d'Isabelle avec Charles d'Orléans le , propose en 1408 qu'une autre fille du roi de France soit choisie. Finalement, en 1409, les discussions d'une alliance matrimoniale entre la France et l'Angleterre mentionnent Catherine pour la toute première fois, mais elles n'aboutissent à aucun résultat.
Le projet n'est pas pour autant abandonné et, après la mort d' en 1413, son successeur entreprend des négociations de mariage plus sérieuses. Mais dès le début des discussions, les exigences d' se révèlent colossales. En effet, les émissaires anglais envoyés en auprès de réclament une dot de deux millions de couronnes et comprenant comme territoires la Normandie, la Touraine, l'Anjou et la Guyenne. Le roi de France s'oppose à ces demandes faramineuses et propose une dot de avec une suzeraineté anglaise agrandie en Guyenne. En , un portrait de Catherine est envoyé à , pendant la poursuite des négociations, mais le roi d'Angleterre refuse de modérer ses exigences. Finalement, les discussions sont rompues en et, le suivant, débarque avec une petite armée en Normandie et conquiert Harfleur, avant d'infliger une cuisante défaite à la France lors de la bataille d'Azincourt, le .
Mariage avec d'Angleterre L'invasion anglaise survient pendant la guerre civile entre Armagnacs et Bourguignons, qui paralyse le royaume entre les partisans de et ceux de . Hésitant entre une alliance avec les Armagnacs ou les Bourguignons, Isabeau de Bavière rallie définitivement ces derniers lorsque les Armagnacs l'écartent du pouvoir et la mettent aux arrêts à Tours à l'. En de la même année, la reine est délivrée par le duc de Bourgogne et lui abandonne sa position de régente. À la suite des succès des Anglais qui assiègent à présent Rouen, Isabeau et de Bourgogne entament des négociations en avec et envisagent de lui faire épouser Catherine. Le a lieu à Meulan une première rencontre entre et Catherine, accompagnée de sa mère et du duc de Bourgogne : le roi d'Angleterre embrasse galamment les mains de la reine de France et de sa fille, mais ne renonce pas pour autant aux exigences qu'il avait formulées en 1414. Visiblement impressionné par la beauté de Catherine de France, lui envoie en des bijoux d'une valeur de , mais ceux-ci sont saisis et confisqués par le dauphin Charles, frère cadet de Catherine et nouveau chef des Armagnacs.
Les exigences d' inquiètent toutefois de Bourgogne, qui interrompt ses tractations avec lui et entame des discussions avec le dauphin Charles, dans l'espoir de mettre fin au conflit avec les Armagnacs. Une première rencontre entre les deux hommes aboutit à la paix du Ponceau le , mais lors de la rencontre suivante organisée à Montereau le , les partisans du dauphin prennent ombrage de l'insolence du duc de Bourgogne et en profitent pour l'assassiner au cours d'une mêlée houleuse. La rupture entre Armagnacs et Bourguignons devient totale après cet assassinat : le fils et successeur de de Bourgogne, , reprend immédiatement les négociations avec , tandis que et Isabeau de Bavière dénoncent les actions de leur fils, le déshéritent de la succession au trône en raison de ses « crimes énormes » et lui font savoir qu'il s'est « rendu indigne de succéder au trône ou à tout autre titre ». Conseillée par de Bourgogne, Isabeau de Bavière signe le un accord avec à Arras, en vertu duquel elle consent à lui faire épouser sa fille Catherine. Le 25 du même mois, le roi d'Angleterre et le duc de Bourgogne s'allient à Rouen pour combattre conjointement le dauphin.
Les négociations entre et Isabeau de Bavière se poursuivent pendant les mois suivants et aboutissent finalement au traité de Troyes. Signé le par le roi d'Angleterre et la reine de France au nom de son époux, ce traité prive le dauphin Charles de ses droits à la succession au trône de France pour avoir manigancé l'assassinat de de Bourgogne et confère son statut d'héritier à , à condition qu'il épouse Catherine de France. En vertu des termes du traité, demeure roi de France pour le restant de ses jours, mais conserve le contrôle des territoires qu'il a conquis en Normandie et officie comme régent du royaume au nom de son beau-père. Le projet d'une double monarchie franco-anglaise voit ainsi le jour. Fiancée avec le roi d'Angleterre le jour même de la signature du traité de Troyes, Catherine l'épouse le suivant à l'église Saint-Jean-du-Marché de Troyes et reçoit une dot de . Les hostilités avec le dauphin se poursuivent cependant : Catherine accompagne ainsi son nouvel époux lors de la reddition de Sens le , puis demeure avec ses parents à Bray et à Corbeil pendant qu' assiège Melun, qui ne capitule que le . Le roi d'Angleterre la visite toutefois fréquemment pendant les opérations militaires.
Reine d'Angleterre Le , les rois de France et d'Angleterre entrent en triomphe à Paris, sous les acclamations de la population. Le lendemain, leurs épouses respectives reçoivent le même accueil. Pendant que et Isabeau de Bavière s'établissent à l'Hôtel Saint-Pol, et Catherine célèbrent en grande pompe Noël au Palais du Louvre, puis quittent Paris le , arrivent à Rouen le et retournent en Angleterre le , en transitant auparavant via Amiens, puis Calais. Débarqué à Douvres le même jour, le couple atteint Londres le , où il est reçu avec tous les honneurs. Deux jours plus tard, Catherine est couronnée reine d'Angleterre par Henry Chichele, archevêque de Canterbury, à l'abbaye de Westminster au cours d'une cérémonie glorieuse. Le couronnement est suivi d'un banquet somptueux tenu au Palais de Westminster, où sont servis des poissons et des crustacés malgré le Carême. Afin d'attirer l'attention des personnalités présentes sur sa nouvelle épouse, s'absente de la cérémonie. Pendant le banquet, Catherine de France est assise à côté d'Henri Beaufort, évêque de Winchester, et de , en captivité en Angleterre depuis 1406 mais à présent davantage considéré comme un invité que comme un otage.
décide ensuite d'emmener son épouse dans le Nord de l'Angleterre afin de la présenter à ses sujets et de collecter de nouveaux fonds pour ses campagnes à venir contre le dauphin Charles. Le couple royal se retrouve au château de Kenilworth le , célèbre Pâques à Leicester le , puis se rend à York le en passant par Nottingham et Pontefract, avant de faire demi-tour et de s'arrêter à Lincoln le . Au cours de leur circuit, Henri et Catherine visitent de nombreux lieux de pèlerinage. De retour à Londres au mois de , quitte son épouse le suivant pour retourner en France, afin de poursuivre les combats contre le dauphin, qui vient de remporter le précédent une victoire à la bataille de Baugé lors de laquelle Thomas, duc de Clarence et frère cadet d', a été tué. Catherine de France demeure quant à elle en Angleterre et accouche le au château de Windsor d'un garçon, immédiatement baptisé sous le nom d'Henri. Pendant l'absence de son époux d'Angleterre, Catherine accorde l'asile à Jacqueline de Hainaut, qui cherche à échapper à l'emprise des alliés de de Bourgogne, et favorise l'année suivante son mariage avec Humphrey, duc de Gloucester et frère d'.
Après avoir donné naissance à son fils, Catherine de France reçoit bientôt des nouvelles de son époux, qui requiert sa présence à ses côtés. Au début du mois de , elle laisse son enfant sous la garde d'Humphrey, duc de Gloucester, et débarque à Harfleur avec Jean, duc de Bedford et autre frère d', à la tête de . La reine d'Angleterre et son beau-frère s'installent le à Rouen, puis atteignent Vincennes le du même mois, où Catherine retrouve ses parents et son époux. Les deux couples s'établissent le à Paris, où ils célèbrent la Pentecôte lors de somptueuses festivités auxquelles n'assiste pas, vraisemblablement en raison de son état de santé. Son absence et l'arrogance affichée des Anglais irritent les Parisiens à cette occasion. Le , le roi et la reine d'Angleterre visitent la basilique Saint-Denis, puis poursuivent leur route vers Senlis. Toutefois, la dysenterie qu' a contractée au cours du siège de Meaux s'aggrave et l'affaiblit progressivement. Alors que son époux agonise à Vincennes et ajoute des codicilles à son testament, Catherine demeure à Senlis, probablement à sa demande, et apprend son trépas le . Leur fils est immédiatement proclamé roi d'Angleterre sous le nom d'.
Veuvage