Les relations entre la Russie et l'Ukraine sont des relations internationales bilatérales qu'entretiennent la Russie et l'Ukraine, deux États limitrophes de l'espace post-soviétique.
Les deux pays partagent une longue histoire médiévale commune. La Rus' de Kiev est l'ancienne entité politique commune à l'histoire des trois États slaves orientaux modernes : Biélorussie, Russie et Ukraine.
Par le traité de Pereïaslav, en , l'État cosaque est intégré à l'Empire russe mais dispose d'une large autonomie face à l'État russe.
L'autonomie de l'Ukraine est supprimée à la fin du , sous le règne de Catherine II.
À la suite de la révolution de en Russie, l'Ukraine connaît sa première indépendance qui tiendra jusqu'en .
À la suite de la dislocation de l'URSS en , l'Ukraine retrouve son indépendance.
Les relations entre la Russie et l'Ukraine sont complexes depuis la dislocation de l'URSS. Elles sont émaillées de plusieurs différends économiques (conflits gaziers). Elles se sont amplement tendues dans le cadre de la guerre russo-ukrainienne depuis 2014, jusqu'à atteindre un état de guerre non-déclarée, en raison de la crise de Crimée, qui voit la Crimée et Sébastopol (territoires ukrainiens depuis 1954) être annexés unilatéralement par la fédération de Russie à la suite du référendum de 2014, non reconnu par la majorité de la communauté internationale. Elles se sont aussi tendues en raison de la guerre du Donbass, dans laquelle la Russie est impliquée en y menant une guerre hybride. Le , date du début de l'invasion russe générale du pays après une crise diplomatique débutée en mars 2021, l'Ukraine rompt ses relations diplomatiques avec la Russie.
La Russie dispose d'une ambassade à Kiev et de consulats à Kharkiv, Lviv et Odessa. L'Ukraine a une ambassade à Moscou et des consulats à Rostov-sur-le-Don, Saint-Pétersbourg, Iekaterinbourg, Tioumen et Vladivostok.
La Rus' de Kiev
Les deux pays partagent une longue histoire médiévale commune. La Rus' de Kiev est la plus ancienne entité politique commune à l'histoire des trois États slaves orientaux modernes : Biélorussie, Russie et Ukraine. Kiev, capitale de l'Ukraine moderne, est considérée comme le berceau de la civilisation slave orientale. Après l'invasion mongole de la Rus' de Kiev (-), l'histoire des peuples ukrainien et russe a commencé à diverger. Les provinces de la Rus' de Kiev les plus au nord restent sous la domination mongole, puis gagnent leur indépendance en formant le tsarat de Russie avec Moscou comme capitale. En revanche, les territoires ukrainiens et biélorusses intègrent le grand-duché de Lituanie où le vieux ruthène devient la langue officielle.
Intégration à l'Empire russe (-)
Au , la république des Deux Nations, issue de l'union entre le grand-duché de Lituanie et le royaume de Pologne, connaît des conflits entre les catholiques et les orthodoxes. Lors du soulèvement de , Bogdan Khmelnitski cherche à obtenir l'indépendance de l'Ukraine. La guerre avec Varsovie étant longue et dévastatrice, Khmelnytsky est forcé de s'allier avec l'État moscovite, avec qui il signe le Traité de Pereïaslav (1654). À ce moment, il ne contrôle qu'une partie de l'Ukraine actuelle. L'État cosaque, fondé par Khmelnytsky continue à jouir d'une vaste autonomie face à l'État russe. Cette autonomie n'est supprimée définitivement qu'à la fin du , sous le règne de Catherine II. Lors des partages de la Pologne à la fin du , l'Ukraine est progressivement intégrée dans l'Empire russe. Cependant, la partie ouest du pays est intégrée à l'empire d'Autriche.
Le , un décret du ministre de l'Intérieur russe Piotr Valouïev () limite l'usage de la langue ukrainienne. D'autres mesures restrictives s'ajoutent. La publication et même l'importation des livres en ukrainien sont interdites.
Indépendance avortée (-)
À la suite de la révolution de Février (), le Conseil central de l’Ukraine (Rada centrale) proclame l’autonomie de l’Ukraine, puis, à la suite du coup d’État bolchévique, la République populaire ukrainienne. Le gouvernement bolchévique cherche à écraser militairement le nouvel État, mais est obligé de le reconnaître à la suite du traité de Brest-Litovsk.
Nestor Makhno, anarchiste ukrainien fait de Houliaïpole, le centre régional d’une guérilla libertaire. De à , la Makhnovtchina contrôle le sud-est de l’Ukraine, y compris le port de Marioupol et une portion du Donbass. L’influence de ses partisans s’étend jusqu’aux portes de Kharkiv, au nord, et d’Odessa, à l’ouest. Des « communes libres » voient le jour à l’initiative des paysans les plus déshérités, en liaison avec des « conseils libres des travailleurs ».
En -, les indépendantistes ukrainiens tentent de faire face à la fois aux bolchéviques et aux Armées blanches russes. En , ils perdent définitivement, mais la guérilla indépendantiste continue pendant encore quelques années (notamment la république de Kholodnoïarsk (1919-1922) dans le massif forestier de ).
Époque soviétique (-)
En , la république socialiste soviétique d'Ukraine, république constitutive de l'URSS est instaurée, absorbant le territoire de l'ancienne République populaire ukrainienne fondée en à la suite de la révolution russe.
En -, sous Staline, une grande famine sévit en Ukraine, l'Holodomor, qui aurait fait entre de morts ukrainiens. Au début du , la responsabilité des autorités soviétiques dans la genèse et l'ampleur de la famine est généralement reconnue (à travers la collectivisation, les campagnes de « dékoulakisation », les réquisitions excessives de denrées alimentaires auprès des paysans et les limitations aux déplacements imposées en pleine famine), mais de nombreuses divergences d'analyse persistent entre historiens sur l'importance relative des différents facteurs qui ont engendré la famine, ainsi que sur les visées réelles de StalineSelon Stephen Wheatcroft, , « Toward explaining Soviet Famine of 1931-3: political and natural factors in perspective », Food and Foodways, 2004, ..
La question de savoir si le Holodomor constitue ou non un génocide reste âprement débattue. Fin , l'Ukraine a officiellement qualifié le Holodomor de génocide, qualification reconnue par un certain nombre de pays dont les États-Unis. Le caractère génocidaire de cette famine est cependant contesté par le Kazakhstan et la Russie, qui arguent notamment que l'Ukraine n'a pas été la seule république touchée« L'Holodomor de 1932-1933, une tragédie partagée », RIA Novosti 25 novembre 2008, et n'est pas reconnue par l'ONU. Le Parlement européen a reconnu en l'Holodomor comme un crime contre l'humanité, jugeant qu'il s'agissait d'une famine provoquée et d'un .
Pour l'historien Nicolas Werth, Nicolas Werth, « URSS : comment un empire implose », dans L’Histoire, n°485-486, juillet-août 2021, page 95.
Indépendance de l'Ukraine (depuis ) Comme toutes les républiques constitutives de l'URSS, la république socialiste soviétique d'Ukraine déclare son indépendance en . Cet événement stupéfie la population russe et les dirigeants de la Russie. Ils ne voient pas l'Ukraine comme une nation mais plus comme une composante régionale de la nation russe. Pour nombre d'entre eux l'ukrainien est moins une langue à part entière qu'un dialecte du russe. Par ailleurs l'Ukraine a les mêmes origines historiques que la Russie et elle fait partie de cette dernière depuis plusieurs siècles. La Russie reconnait néanmoins officiellement l'Ukraine en . Mais intellectuels (notamment Soljenitsyne) comme hommes politiques considèrent qu'il s'agit d'une situation provisoire et que l'Ukraine va réintégrer la Russie à court terme. Aussi bien chez les hommes politiques que dans la population russe, ce jugement reste encore majoritaire dans les années .
La Crimée constitue un sujet de contentieux très important dès l'indépendance de l'Ukraine. Cette région, rattachée à l'Ukraine en Les raisons invoquées pour justifier ce rattachement étaient le fait que la Crimée était un prolongement naturel de l'Ukraine et qu'elle était tributaire de cette dernière sur le plan économique., est la seule peuplée majoritairement de russes ethniques (66 % en contre 27 % d'ukrainiens). Dès , la décision des dirigeants ukrainiens de choisir l'ukrainien comme unique langue officielle braque les habitants russophones de Crimée. Avec l'indépendance de l'Ukraine, beaucoup d'entre eux ont l'impression d'être devenus des citoyens de second rang. Enfin le retour des habitants originels, les Tatars de Crimée déportés par Staline, leur font craindre des représailles de la part des descendants de familles dont ils occupent parfois les habitations. Malgré un statut spécifique de région autonome accordé par les autorités ukrainiennes dès , de puissants mouvements sécessionnistes apparaissent. Par ailleurs pour beaucoup de russes, la Crimée fait partie de leur histoire. Conquise en , elle a permis à la Russie d'accéder aux mers chaudes et elle a été le théâtre de deux épisodes symboliques de l'histoire russe : la guerre de Crimée dans les années et la défense héroïque de l'Armée rouge contre les armées allemandes durant la Seconde Guerre mondiale.
Ukraine indépendante
À la suite de la dislocation de l'URSS en , l'Ukraine possédait le troisième plus gros arsenal nucléaire au monde. De à elle retourne ses armes nucléaires stratégiques à la Russie pour qu'elles soient démantelées en application du Mémorandum de Budapest Estimated Russian (CIS) Nuclear Stockpile, septembre 1994 dans lequel la fédération de Russie, avec d'autres pays affirment «leur obligation de s’abstenir de recourir à la menace ou à l’emploi de la force contre l’intégrité territoriale ou l’indépendance politique de l’Ukraine».
Les relations russo-ukrainiennes sont tendues (notamment à propos de la Crimée abritant la Flotte de la mer Noire de la marine russe mais aussi en raison de la mer d'Azov partagée entre les deux États) et se détériorent grandement à la suite de la révolution orange en et des crises gazières de et de . Moscou tente, cependant, entre et , de renouer avec des relations plus amicales avec l'Ukraine, sur le plan économique, politique et social.
Considérables en Ukraine, les intérêts économiques russes contrôlent des parts de marché dans le secteur de l'énergie et dans celui des médias.
Révolution orange et présidence pro-occidentale de Viktor Iouchtchenko (-)
La révolution orange est le nom donné à une série de manifestations politiques ayant eu lieu en Ukraine à la suite de la proclamation le du résultat du deuxième tour de l'élection présidentielle, que de nombreux Ukrainiens perçoivent comme truqué par le gouvernement de Viktor Ianoukovytch et par le puissant clan de Donetsk, dont l'oligarque Rinat Akhmetov. Certains sont également outrés par l'appui médiatique, politique et logistique de Vladimir Poutine et du gouvernement russe à Ianoukovytch. Organisées par le candidat malheureux à la présidence, Viktor Iouchtchenko et son alliée Ioulia Tymochenko, les protestations prennent rapidement de l'ampleur. Des millions d'ukrainiens à travers tout le pays descendent dans les rues des principales villes. Une révolution populaire est née de ces immenses manifestations.
Elles reçoivent une aide financière des opposants du clan de Donetsk, dont certains avaient des fortunes considérables. La révolution bénéficie du soutien des nombreux gouvernements occidentaux, dont celui des États-Unis.« La Révolution orange en tant que phénomène géopolitique », Hérodote, 2008, . et de financements d'organisations américaines« Les dessous de la révolution Orange », L'Express, 13 juin 2005. Il s'agit notamment de la Fondation Soros et de la Freedom House, une ONG dont les fonds proviennent majoritairement du département d'État des États-Unis., elle mobilise plus d'un demi-million de manifestants à Kiev et à travers le pays pendant une quinzaine de jours.