vignette|droite|CRS lors d'une manifestation - 2016.
Les compagnies républicaines de sécurité, couramment désignées par leur sigle CRS, forment une direction active de la Police nationale en France. Leur domaine d'intervention est le maintien ou le rétablissement de l'ordre public et la sécurité générale, mais elles participent également à la sécurité routière, au secours en montagne ou sur les plages ainsi qu'à la plupart des missions de la Police nationale dans les zones sensibles ou disputées. Elles ont été créées par décret du , succédant aux groupes mobiles de réserve créés par le régime de Vichy.
Le sigle « CRS » désigne d'abord une compagnie, mais dans la langue courante, par métonymie, « un CRS » est un policier de la Police nationale affecté à une compagnie républicaine de sécurité après avoir choisi cette spécialitéEn pratique, le grand public — mais parfois également la presse — utilise fréquemment à tort le sigle CRS pour désigner tout policier ou gendarme casqué intervenant dans une opération de maintien de l'ordre.. Il reçoit une formation spéciale afin de remplir les missions spécifiques à cette direction d'emploi. Il n'y a pas de restriction de genre pour être admis dans les CRS.
Les CRS sont une force civile, contrairement aux gendarmes mobiles avec lesquels ils sont souvent confondus, ils constituent la réserve générale de la police nationale et répondent à un double impératif de disponibilité et de mobilité Gérard Montigny in La présentation des CRS sur le site du ministère de l'intérieur évoque un quadruple impératif en ajoutant à ces deux premiers critères le professionnalisme et la réactivité https://www.police-nationale.interieur.gouv.fr/Organisation/Direction-Centrale-des-Compagnies-Republicaines-de-Securite consulté le 26 janvier 2018..
Il existe — en plus des soixante-quatre compagnies dites « de service général » (dont cinq compagnies dites « à projection rapide ») — une compagnie spécialisée dans la protection des personnalités et notamment celle du Président de la République lors de ses déplacements (CRS ), neuf compagnies spécialisées dans la sécurité autoroutière (CRS autoroutières) et deux dans le secours en montagne (CRS Alpes et Pyrénées). Six unités motocyclistes zonales (UMZ) sont également implantées hors Île-de-France.
Les compagnies républicaines de sécurité et les escadrons de gendarmerie mobile sont désignés par l'appellation commune d'Unité de force mobile Rapport public annuel de 2017 sur l'emploi des forces mobiles, Cour des comptes, février 2017, consulté le .
La devise des compagnies républicaines de sécurité est « Servir ».
Historique
thumb|Fourgon CRS - années 1950 - musée des CRS. thumb|Véhicule CRS - années 1960 - musée des CRS. Les CRS ont été créées par un décret du à la suite de la dissolution des Groupes mobiles de réserve (GMR) qui furent créés en par le gouvernement de Vichy. Ce décret est confirmé par une ordonnance du signée par le général de Gaulle. Près des deux-tiers des effectifs des GMR de Pétain constituent les nouvelles CRS.
Initialement destinées à un emploi régional, et même menacées de disparition dans les années de l'immédiat après-guerre Robert Le Texier Les Compagnies Républicaines de Sécurité Éditions Lavauzelle, Paris-Limoges - 1981, les CRS ont acquis une nouvelle raison d'être comme forces de réserve générale à vocation nationale à la suite des grèves et émeutes de 1947. Le décret du pris en application de la loi du réaffirme leur place et leur force en tant que structures mobiles et réserve nationale de la Sûreté Nationale de l'époque). Simultanément, onze compagnies comprenant des éléments « douteux » sont dissoutes, principalement dans le sud-est de la France.
Cinq unités nouvelles sont créées en 1951. Trois détachements sont également créés en Guadeloupe en Martinique et la Réunion. Le détachement de Martinique est dissous en 1960 mais ceux de Guadeloupe et de la Réunion deviendront des compagnies qui seront dissoutes en 1993.
Leurs missions se sont diversifiées et des unités spécialisées ont été créées en fonction de nouveaux besoins apparus au cours des années 1950CRS - Au service de la Nation. Jean-Louis Courtois. Éditions Crépin-Leblond, Chaumont - 2004: interventions en montagne dès 1947 (mais la création officielle des premières sections de montagne date de 1957) unités motocyclistes à partir de 1950 surveillance des plages à partir de 1958
En 1952, un drapeau est créé au profit des CRS, à la suite d'un décret pris à l'initiative du Ministre de l'Intérieur. Ce drapeau est confié en garde tournante, depuis sa création, chaque année à une compagnie, au chef-lieu de chaque direction zonale de CRS.
Les compagnies métropolitaines, considérées comme des unités quasi-militaires, sont engagées dans le conflit d'Algérie et agissent aux côtés des unités des armées contre les agissements de tous ordres pratiqués par les indépendantistes algériens (FLN). En fonction des événements, jusqu'à 20 compagnies — soit environ un tiers du corps — sont déployées simultanément. Pour répondre aux besoins spécifiques du conflit, 19 compagnies supplémentaires sont créées localement ; elles seront toutes dissoutes après l'indépendance de l'Algérie, en .
Les CRS sont également engagés dans les conflits sociaux et sociétaux de la fin du (Mai 68, LIP, centrales nucléaires, marins-pêcheurs, viticulteurs, etc.). Les matériels sont améliorés (protection) et personnalisés (apparition des bandes jaunes sur le casque et de l'écusson sur les uniformes à la suite des événements de 1968 dans le but de différencier les CRS des autres forces de l'ordre).
La loi d'orientation et de programmation pour la sécurité intérieure (LOPSI) du sur l'emploi des forces mobiles avait fait évoluer la doctrine d'emploi vers une réelle déconcentration en conciliant les exigences de sécurité générale avec celles du maintien de l'ordre, le préfet de zone de défense étant l'autorité d'emploi des unités disponibles implantées dans son ressort. Le manque d'effectifs disponibles et l'augmentation de la demande ont cependant conduit à une re-centralisation partielle de cette gestion (voir paragraphe Emploi ci-dessous).
La tactique d'emploi des unités est également revue afin de faciliter le passage sans rupture des missions de sécurisation et de luttes contre les violences urbaines à celles de maintien de l'ordre.
Des réductions d’effectif affectent les CRS au début des années 2010 dans le cadre de la Révision générale des politiques publiques (RGPP). Toutefois, les projets de dissolution de deux compagnies sont annulés à la suite d'une forte réaction syndicaleVoir par exemple : https://www.lepoint.fr/societe/mouvement-des-crs-en-colere-entament-une-greve-de-la-faim-30-01-2011-133518_23.php..
À partir des années 1990, les CRS, comme l'ensemble des forces de l'ordre, ont été progressivement équipés d'armes sublétales, et en particulier de lanceurs de balle de défense dont l'emploi au maintien de l'ordre — notamment lors des manifestations du mouvement des Gilets jaunes, fait l'objet de polémiques et prises de position à divers niveaux de la société (Associations et organisations non gouvernementales, Défenseur des droits, etc.)Voir par exemple article du collectif Désarmons-Les Recensement provisoire des blessés graves des manifestations du mois de décembre 2018, article sur le site de l'association Désarmons-les le 4 janvier 2019. Page consultée le 30 juillet 2019. Voir par exemple le rapport du Défenseur des droits https://www.francetvinfo.fr/economie/emploi/metiers/droit-et-justice/rapport-annuel-du-defenseur-des-droits-jacques-toubon-denonce-l-utilisation-des-lbd-et-souhaite-leur-interdiction_3228795.html mais n'a pas été suspenduIl semble en fait que ce soient les CRS et gendarmes mobiles qui utilisent le moins les LBD (un tiers des tirs contre deux tiers par des policiers d'unités moins spécialisées). Voir par exemple : https://www.europe1.fr/societe/gilets-jaunes-52-des-132-enquetes-de-ligpn-concernent-un-possible-usage-abusif-de-lbd-3854648.
En , une unité de service général, la CRS 8, est transformée en compagnie dite "à projection rapide" capable d'intervenir dans des délais très brefs sur le territoire national pour effectuer des missions de maintien et de rétablissement de l'ordre ou des missions particulières (lutte contre le trafic de drogue etc.). Trois unités nouvelles sont créées sur le même modèle en 2023 Arrêté du 9 décembre 2023 portant désignation des compagnies républicaines de sécurité dites unités de forces mobiles à projection rapide https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000048543412 consulté le 14 décembre 2023 et une quatrième en 2024Qu’est-ce que les CRS « nouvelle génération » ? sur le site de la Police nationale https://www.police-nationale.interieur.gouv.fr/actualite/quest-ce-que-crs-nouvelle-generation consulté le 22 décembre 2024.
Il existe un musée des CRS, situé sur le site des CRS et à Vélizy-Villacoublay (Yvelines).
Missions et emploi thumb|upright|Les membres des CRS se reconnaissent à leur écusson rouge (2003). thumb|upright|CRS en tenue de maintien de l'ordre (2007). thumb|En 2006, lors d'un mouvement contre le contrat première embauche (CPE) à Paris.
Missions principales Assurer le maintien de l’ordre public et son rétablissement si nécessaire ; assurer les missions propres de surveillance et de protection des personnes et des biens ; concourir, avec les effectifs de la direction centrale de sécurité publique (DCSP), à la lutte contre les violences urbaines ; participer à la lutte contre le terrorisme et intervenir sur des actions de tuerie de masse et autres actes terroristes ; porter aide et assistance aux populations en cas de sinistres graves ; sécurité routière et surveillance des autoroutes (autoroutes de contournement des grandes agglomérations (gratuites)) ; Secours en montagne.
Autres missions et activités surveillance des plages en période estivale par les nageurs-sauveteurs (NS) issus des unités de service général. organisation d'actions à destination de la jeunesse (pistes d'éducation routière, rochers d'escalade, piste 10 de conduite rurale) et de prévention de la délinquance (centres de loisirs jeunes en période estivale). musique de la Police nationale. musée des CRS.
Emploi La doctrine d'emploi des CRS est définie en 2015 dans l’instruction commune DGPN–DGGN n° 2015-6371D DGPN/CAB relative à l’emploi des forces mobiles dans la police nationale et la gendarmerie nationale.
La décision d'emploi est partiellement déconcentrée, c'est-à-dire que cette décision, sauf urgence, peut être prise soit au niveau zonal soit au niveau national.
La priorité d'emploi des unités, et donc l'identification de celles qui restent disponibles au niveau zonal, reste donc décidée au niveau national dès lors qu'un événement — prévu ou imprévu — nécessite l'emploi de forces mobiles. De plus, même hors période de tension, un nombre important d'unités est affecté à des missions nationales, placé en réserve de maintien de l'ordre ou neutralisé aux fins de formation ou de congés. Ainsi, un certain nombre de compagnies est déplacé en permanence sur la région parisienne par une durée d'environ un mois.
L'unité de coordination des forces mobiles (UCFM), placée sous la double autorité des directeurs généraux de la police et de la gendarmerie, est chargée de déterminer les unités à engager sur des missions nationales et de décider de l’octroi de renforts aux préfets de zone pour des opérations requérant un volume de forces supérieur à leurs ressources. Initialement de taille modeste lors de sa création en 2002, l’UCFM, a été renforcée dans son organisation et son fonctionnement en 2015 puis en 2016. Son effectif a été doublé et ses règles de fonctionnement ont été clarifiées. Elle a par ailleurs été dotée d’une application informatique de suivi en temps réel de la position des forces.