L'activité des groupes Medvedkine constitue une expérience sociale audiovisuelle menée par des réalisateurs et techniciens du cinéma militant en association avec des ouvriers de la région de Besançon et de Sochaux entre 1967 et 1974. Pendant cette période, les films réalisés par les ouvriers sont produits et distribués par la société de production indépendante ISKRA-SLON fondée par Chris Marker et Inger Servolin..
Le nom des deux groupes a été choisi en hommage au travail du réalisateur soviétique Aleksandr Medvedkine.
Genèse En , le cinéaste Chris Marker reçoit une lettre du CCPPO (centre culturel populaire) qui participe à l'animation de l'occupation de l'usine Rhodiaceta, lui demandant de leur envoyer des filmsXavier Vigna, « Les Groupes Medvedkine, Besançon et Sochaux », Cahiers d’histoire. Revue d’histoire critique, en ligne, 99 | 2006, mis en ligne le 22 juin 2009, consulté le 28 août 2019.. Durant l'occupation de l'usine, le comité de grève souhaite en effet développer l'animation culturelle notamment par la diffusion de films militants. Chris Marker accepte et fait le voyage de Paris à Besançon où se situe l'usine, en transportant plusieurs bobines de films. Une fois sur place, il sort sa caméra 16 mm et commence à filmer de l'intérieur la grève des Rhodiaceta.
À bientôt, j'espère sera présenté à la télévision française au printemps 1968. Mais cette rencontre va surtout déboucher sur la création de deux groupes d'ouvriers et techniciens du cinéma mettant leur pratique en commun pour la création de films militants : le groupe Medvedkine de Besançon, puis plus tard celui de Sochaux. Jacques Mandelbaum écrit : A l'Initiative du CCPPO ces œuvres ont été retirées et numérisées par le CCPPO et ISKRA avec le soutien financier de la Région de Franche Comté et de la DRAC de Besançon. Les travaux progressifs ont commencé en 1980 sous la responsabilité de Roger Journot.
Le groupe de Besançon Membres du groupe
Filmographie A bientôt j'espère (1967-68 / 16 mm / noir & blanc / 44 minutes) : film fondateur du groupe Medvedkine de Besançon, réalisé par Chris Marker et Mario Marret. Images de Pierre Lhomme, Antoine Bonfanti, Paul Bourron, Harald Maury et Bruno Muel. Son de Michel Desrois. Montage par Carlos de Los Llanos. La Charnière (1968 / 16 mm / son seul / 13 minutes) : ce film sans image enregistré et monté par Antoine Bonfanti (avec ajout d'un texte écrit et lu par Paul Cèbe) restitue une partie du débat issu de la projection publique à Besançon du film A bientôt j'espère Classe de lutte (1968 / 16 mm / noir & blanc / 37 minutes). Rhodia 4 x 8 (1969 / 16 mm / noir & blanc / 4 minutes) Nouvelle société n° 5: Kelton (1969-1970 / 16mm / noir & blanc / 8 minutes) Nouvelle société n° 6: Biscuiterie Buhler (1969-1970 / 16mm / noir & blanc / 9 minutes) Nouvelle société n° 7: Augé Découpage (1969-1970 / 16mm / noir & blanc / 11 minutes) Le Traîneau-Échelle (1971 / 16 mm / couleur / 8 minutes) : réalisé par Jean-Pierre Thiébaud, peut-être avec l'aide de Valérie Mayoux pour la bobine définitive Lettre à mon ami Pol Cèbe (1971 / 16 mm / couleur / 17 minutes) : réalisé par Michel Desrois. Image : José They. Son : Antoine Bonfanti D'autres films super 8 ont été réalisés (images de mai, politique culturelle municipale...)ainsi que des travaux 16MN inachevés et conservés par le CCPPO
Le groupe de Sochaux La naissance de ce groupe est postérieure à celle de Besançon dans la foulée de mai 68 et après la réalisation du film Sochaux, en grande partie réalisé par le groupe de Besançon. Il s'agit essentiellement de jeunes militants ouvriers travaillant dans l'usine Peugeot qui se forment en collectif informel autour de Pol Cèbe et de Bruno Muel avec l'aide épisodique du cinéaste Chris Marker. D'après Christian Corouge, l'un de ses membres, le groupe de Sochaux était très différent de celui de Besançon :
Bruno Muel raconte dans la revue Images documentaires la genèse du projet :
Membres du groupe
Filmographie Sochaux, (1970 / 16 mm / noir & blanc / 20 minutes) réalisé par Bruno Muel assisté de Michel Desrois. Montage : Marie-Noëlle Rio. Premier film du groupe Medvedkine de Sochaux, ce film relate l'un des épisodes les plus violents de Mai 68: l'assassinat de deux ouvriers de l'usine Peugeot par une brigade de CRS lors d'affrontements le . Le film sera projeté deux ans plus tard, le , dans une salle de cinéma située face de l'usine, lors de la journée de commémoration de la mort des deux ouvriers. Les 3/4 de la vie (1971 / 16 mm / noir & blanc et couleur : 18 minutes) Week-end à Sochaux (1971-1972 / 16 mm / couleur / 54 minutes) Septembre chilien (1973 / 16 mm / couleur / 39 minutes): réalisé par Bruno Muel, Théo Robichet et Valérie Mayoux Avec le sang des autres (1975 / 16 mm / couleur / 50 minutes) Divers autres films montrant la vie à Clermoulin et les activités du CE Peugeot ont été « sauvés » par le CCPPO de Besançon
Notes et références
Voir aussi Bibliographie René Vautier, « Le groupe Medvedkine. Entretien avec Pol Cèbe », Cinéma 70, , , Les Groupes Medvedkine, collection « Le geste cinématographique » (dirigée par Patrick Leboutte et Marc-Antoine Roudil), coédition Iskra / Éditions Montparnasse
Cyril Neyrat, « Ouvriers-cinéastes d'un autre siècle », Cahiers du cinéma, , ,
Articles connexes Aleksandr Medvedkine Groupe Dziga Vertov
Liens externes
« De la fraternité. À propos des groupes Medvedkine » par Marion Froger sur erudit.org, « Les groupes Medvedkine, une histoire de cinéma militant », émission Surpris par la nuit, France Culture, 2007
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