thumb|200px|right|Manche d'un glaive ou spatha en os, Musée Lauriacum, Autriche, . La tabletterie est le nom moderne donné à l'art de façonner des objets en os. Ceux-ci sont pour la plupart destinés à la vie quotidienne : aiguilles, épingles, peignes, dés, jetons de jeux, etc. C'est à l'époque romaine et gallo-romaine que la tabletterie connaît favorisé par l'expansion des villes. À l'Antiquité tardive, la tabletterie fournit même . L'artisanat de l'os existe depuis la préhistoire et se poursuit jusqu'au . Au cours du temps, les techniques ont évolué et les matières premières se sont diversifiées du bois de cerf à la nacre.

Le métier de tabletier La tabletterie et les tabletiers dans la vie gallo-romaine Les sources à notre disposition sont assez minces. Les auteurs latinsPline par exemple, d'ordinaire si prolixe. ne mentionnent pas cet artisanat et nous ne connaissons pas le mot latin pour désigner la . Tout du moins avons-nous quelques anecdotes concernant tel ou tel objet en particulier. On ne sait pas si, comme d'autres, les tabletiers étaient organisés en corporations professionnelles. Les études sont donc majoritairement basées sur les découvertes archéologiques qui fournissent un certain nombre d'informations sur ces artisans et leur activitéLa majorité des sites gallo-romains fournissent du petit mobilier en os. La somme de ces données nous permet de reconstituer une image du métier de tabletier..

Du tabletier nous ne connaissons que ses objets et dans de rares cas, son atelier. La plupart ont été mis au jour dans des agglomérationsVoir les nombreux rapport de fouille régulièrement édités, en France mais aussi en Angleterre, en Allemagne, etc.. En effet, les villes sont non seulement des marchés importants mais aussi de de viandes de boucheriePrincipalement du bœuf., donc productrices d'ossements qui constituent la matière première principale des tabletiers gallo-romains.

Les découvertes montrent que les infrastructures nécessaires aux tabletiers sont assez modestes. Sur le site de Champallement dans la Nièvre (France), les archéologues ont mis au jour un petit atelier de donnant sur une rue. S'y trouvait une étagère et deux amphores décapitées servant soit pour la conservation de la matière première, soit pour l'eau. D'autres découvertes montrent que les artisans semblent avoir travaillé sous un porche ou en bordure de rue, dans l'espace publicSur le site de Champallement notamment.. Au vu de la répartition des ateliers trouvés dans la ville de Paris, on peut même dire que cet artisanat n'était pas rejeté aux marges de la ville mais bien intégré dans l'agglomération.

L'atelier trouvé sur le site d'Alésia (Alise-Sainte-Reine, Côte-d'Or, France) se compose de deux pièces : un atelier et une boutique. Il ouvre sur la rue commerçante du quartier artisanal de l'agglomération. Cet « atelier-boutique » était soigneusement décoré. La boutique contenait une table-comptoir et le sol de l'atelier était fait de briques et de morceaux de tegulae de réemplois. Il y avait aussi une pierre-siège pour l'artisan qui travaillait sur ses genoux. Cet atelier a été daté de la fin du par les archéologues.

Toutefois les ateliers des tabletiers sont bien moins nombreux que les ateliers de travail du fer ou du bronze. Il semble en tous cas que l'activité des tabletiers ne soit pas parmi les plus prestigieuses. Les tabletiers fournissaient le nécessaire à la vie quotidienne des gens (petit équipement) mais le travail était pénible et peu fructueux.

Les objets étaient façonnés un à un. D'après l'archéologie expérimentaleDiscipline à part entière, indispensable, qui consiste à reproduire les gestes de nos ancêtres afin de les expérimenter., il fallait une à quatre heures de travail pour réaliser une simple épingle à tête sphérique sans outils mécanisés. La productivité était donc assez faible. De plus, les prix de vente étaient modiques : l'édit du MaximumUn édit promulgué en 301 qui fixait les prix maximaux pouvant être exigés lors des acquisitions de marchandises ou des prestations de services. de Dioclétien () qui fixe le prix d'un certain nombre de produits, nous révèle que le prix des épingles en os (vendues par quatre) était de moins de trois deniers l'une, ce qui est assez faible.

Une faible productivité, un faible revenu auquel il fallait retrancher le prix de la matière première, le métier de tabletier semble peu heureux, ce qui expliquerait le peu de traces (écrites surtout) laissées par ces artisans. Il existe toutefois une nuance à ce constat. Si le métier de tabletier n'était pas des plus prisés, sa production touchait directement les gens dans leur vie quotidienne, peut-être était-il même indispensable. Dans le « monde rural », les archéologues ont mis au jour dans une villa une annexe où le nombre de déchets osseux atteste d'une activité de tabletterie. Elle était donc directement rattachée à la vie du domaine au même titre que le forgeron. Il n'est pas exclu que certains artisans se soient spécialisés dans la confection de tel ou tel objet (charnière, épingle) dont ils maîtrisaient très bien la technique de fabrication, accélérant ainsi le rendement. Il est enfin tout à fait probable que le tabletier ait établi un commerce qui dépassait le simple approvisionnement des habitants de sa villeJean-Claude Béal développe l'hypothèse d'un commerce itinérant, qui viendrait en appoint de celui pratiqué en ville.. Il est donc primordial de prendre en compte cet artisanat dans l'étude de la société gallo-romaine.

Le travail de l'os : procédés de fabrication Les textes sont sporadiques et aucun document iconographique ne nous présente un atelier-type du tabletier travaillant à l'aide d'outils particuliers, une épingle, un peigne, ou dégrossissant la matière première. thumb|180px|right|Schéma des différentes partie de l'os long. Pourtant grâce à l'Archéologie, les chercheurs ont pu reconstituer la chaîne de fabrication et restituer les outils correspondants. À l'époque gallo-romaine, le choix en matière première est plus restreint qu'à la préhistoire mais il correspond beaucoup mieux à l'utilisation qu'il veut en faire. C'est l'os, os compact, et le bois de cervidé qui sont utilisés. On employait différents types d'os selon l'objet que l'on souhaitait réaliser : les côtes de bœufs, par exemple, pour faire des "lames" de peignes à usage artisanalLe peigne à carder.. Les métapodesOs des pattes avant et arrière de capridés ou de chevreuils. de petite taille étaient utilisés pour faire des pointes et des poinçonsOutils de sculpteurs entre autres.. Le bois de cervidé enfin, était fréquemment utilisé pour faire des manches de couteaux, d'outils ou des objets de parures comme des perles. Dans le plus grand nombre de cas toutefois, ce sont les os longs des grands herbivores (chevaux, cerfs et surtout bœufs) qui ont fourni la matière première. Ce sont les traces laissées sur ces os lors de leur travail, qui attestent l'emploi d'un certain nombre d'outils qui étaient à peu près les mêmes que ceux utilisés pour le travail du bois. Les nombreuses chevilles, épingles, peignes, baguettes de toutes sortes et de toutes formes ont été taillés dans ces os : radius, humérus, tibia...

Quelques contraintes étaient à prendre en compte par l'artisan. En effet, la structure de l'os se développe à partir de son centre vers les extrémités, contrairement au bois qui se développe dans une seule direction. L'avantage de l'os sur le bois est qu'il est imputrescible et beaucoup plus solide. Il fallait d'abord décharner l'os à la main ou en le faisant bouillir, ce qui devait dégager une forte puanteur. Seule la diaphyse (partie centrale de l'os) était utilisée, on dégageait les épiphyses (extrémités) de nature spongieuse donc inutilisables. Ceci donnait, à la fin, une surface de travail de 10 à sur un os creux, le volume de matière exploitable pouvant être réduit par les canaux naturels de paroi (les foramen) ou les malformations éventuelles.

Une fois la diaphyse bien dégagée, on passait à la réalisation de l'objet. À l'époque gallo-romaine, il existait trois méthodes : Le façonnage : on divisait d'abord la diaphyse en un certain nombre de baguettes ou matrices dites paraxiales car tirées de la paroi de l'os. L'artisan établissait ensuite un plan de découpes pour obtenir des matrices correspondant le plus possible, par la forme et le volume, à l'objet conçu. Puis, la matrice était mise en forme et ajustée en sciant les parties inutiles à l'aide de planes, de râpes et de limes. L'artisan dégageait ensuite une forme de plus en plus proche de l'objet recherché, d'abord par enlèvements larges puis par facettage finÀ l'aide de petites limes de différentes formes.. L'état final était obtenu par polissage avec une lame raclante ou un abrasif dont nous ne connaissons pas la nature.

thumb|200px|left|Reconstitution d'un tour à pédale. Archéologie expérimentale.

Le tournage : les traces sur certains objets prouvent l'utilisation du tour dont Pline attribue l'invention à Théodore de Samos. Il s'agit sans doute du tour à archet maniable par un seul homme. Historiquement, un seul modèle est attesté dans l'antiquité : il est constitué de deux blocs de bois, l'un fixe, l'autre mobile, entre lesquels la matrice, préalablement dégrossie, était fixée à l'aide de pointeaux métalliques. La matrice était ensuite mise en rotation par l'archet alternativement en avant et en arrière, l'artisan n'opérant que quand la matrice tournait vers lui. Le tourneur appliquait sur la surface de l'ébauche en os, la lame d'un ciseau dont le profil était adapté au motif qu'il désirait créer. Une fois la matrice terminée, les parties inutilisées étaient détachées par sciage. Ce sont ces débris, reconnaissable à leur surface facettées et la présence d'un trou de pointage à leur extrémité qui témoignent de l'utilisation du tour sur un site archéologique. Il s'agit donc ici d'un procédé d’enlèvement mécanique qui permet d'obtenir, contrairement au façonnage manuel, des volumes parfaitement réguliers sur tout le pourtour de l'objet. Les tabletiers gallo-romains ont beaucoup utilisé ce procédé. Le forage : certaines productions nécessitaient le forage de l'os, soit longitudinalement, soit transversalement (une charnière par exemple). Pour cela, les artisans gallo-romains utilisaient le trépan à archet, sorte de perceuse qui existait déjà depuis longtempsAucune précision exacte par les auteurs.. Il se composait d'un manche porteur à son extrémité, cavité cylindrique dans laquelle venait s'emboîter et tourner librement un porte-mèche. La corde de l'archet s'enroulait autour de ce porte-mèche. Les pointes de ces dernières étaient de différentes formes et devaient être mouillées ou sablées pour accroître leur performance. Le maniement du trépan à archet suppose que l'objet travaillé soit fermement maintenu par un étau. Tout cela prenait du temps. Il fallait que l'artisan dispose à ses côtés, du moins à proximité, d'un lieu de stockage pour sa matière première et ses outils, un espace réservé au tour s'il en avait un, une aire de travail pour le facettage le plus fin et de quoi stocker ou jeter les déchets. Enfin, il lui fallait un espace pour présenter ses produits et les vendre. La manière dont étaient présentés les objets est inconnue : on suppose les épingles dans des pots, ou les peignes étalés les uns à côté des autres. La tabletterie est aujourd'hui considérée comme faisant partie de l'art et de l'artisanat gallo-romain. Les objets peuvent donc fournir des informations sur le goût des populations, la mode, puisque ce sont des objets de toilette pour certains.

Exemple de production : épingles et peignes Les épingles et les peignes sont des objets destinés à la coiffure qui sont un bon reflet de la production des tabletiers, notamment à l'Antiquité tardive.