L’Empire romain d'Orient, ou Empire byzantin, est l'État apparu vers le dans la partie orientale de l'Empire romain, au moment où celui-ci se divise progressivement en deux. Il se caractérise par sa longévité : il puise ses origines dans la fondation même de Rome, bien que la datation de ses débuts change selon les critères choisis par chaque historien. L'année 330 et la fondation de Constantinople, sa capitale, par , ou 395 et la division définitive d’un Empire romain qui devenait de plus en plus difficile à gouverner, sont les deux dates de naissance les plus communément adoptées. Plus dynamique qu’un monde romain occidental dont l'administration effective est de plus en plus le fait des élites barbares à la suite de leur arrivée progressive par traité ou par conquête, l’Empire d’Orient s’affirme progressivement comme une construction politique originale. Indubitablement romain, cet empire est aussi chrétien et de langue principalement grecque. En 476, le dernier empereur d'Occident abdique, l'empereur byzantin devient alors l'unique souverain de l'Empire romain en titre.

À la frontière entre l’Orient et l’Occident, mêlant des éléments provenant directement de l'Antiquité avec des aspects innovants dans un Moyen Âge parfois décrit comme grec, il devient le siège d’une culture originale qui déborde bien au-delà de ses frontières, lesquelles sont constamment assaillies par des peuples nouveaux. Tenant d’un universalisme romain, il parvient à s’étendre sous (empereur de 527 à 565), retrouvant une partie des antiques frontières impériales, avant de connaître une importante rétraction. C’est à partir du que de profonds bouleversements frappent l’Empire byzantin. Contraint de s’adapter à un monde nouveau dans lequel son autorité universelle est contestée, il rénove ses structures et parvient, au terme de la crise iconoclaste, à connaître une nouvelle vague d’expansion qui atteint son apogée sous (qui règne de 976 à 1025). Les guerres civiles autant que l’apparition de nouvelles menaces forcent l'Empire à se transformer à nouveau sous l'impulsion des Comnènes, avant d’être disloqué par la quatrième croisade lorsque les croisés s'emparent de Constantinople en 1204. S’il renaît en 1261, c’est sous une forme affaiblie qui ne peut résister aux envahisseurs ottomans ni à la concurrence économique des républiques italiennes (Gênes et Venise). La chute de Constantinople en 1453 marque sa fin.

Tout au long de son histoire millénaire, une continuité autant que des ruptures rythment l’existence de l’Empire byzantin, objet complexe à analyser dans sa diversité. Héritier d’une riche culture gréco-romaine, il la fait vivre et contribue à la transmettre à l’Occident au moment de la Renaissance. Il développe sa propre civilisation, profondément empreinte de religiosité. Pilier du monde chrétien, il est le défenseur du christianisme orthodoxe qui rayonne dans l’Europe centrale et orientale où son héritage est encore vivace aujourd’hui, tandis que la séparation des Églises d'Orient et d'Occident inaugure la rupture progressive avec le catholicisme romain.

Qualifié d’« archaïque » ou de « déclinant » dans l’historiographie ancienne, parfois empreint de mishellénisme, l’Empire byzantin a fait preuve d’une remarquable capacité d’adaptation face aux évolutions du monde qui l’entoure et aux menaces qui l’assaillent constamment, souvent sur plusieurs fronts. Il parvient souvent habilement à user de la diplomatie autant que de la force pour contenir ses ennemis. Sa situation exceptionnelle, au carrefour entre l'Orient et l'Occident dont il contribue à brouiller les frontières, entre monde méditerranéen et bassin pontique, lui permet de développer une économie dynamique, symbolisée par sa monnaie, souvent utilisée bien au-delà de ses frontières. Cette même abondance suscite aussi les convoitises de voisins ambitieux qui se heurtent régulièrement aux puissantes murailles de Constantinople. Celle-ci, plus encore que Rome pour l’Empire romain antérieur, est le centre du monde byzantin. Même lors de son déclin à partir de 1204, il préserve une vivacité culturelle qui favorise l’émergence de la Renaissance européenne.

Les jugements sur l’Empire byzantin ont profondément varié en fonction des époques. Considéré comme un modèle à suivre par les régimes absolutistes du , il est, au , vivement dénoncé pour cette même raison par les critiques de l’absolutisme, et décrit comme décadent. Ces interprétations ont laissé place à des perspectives historiques plus scientifiques. L’héritage du monde byzantin est cardinal dans la compréhension du monde slave, auquel il a laissé un alphabet et une religion. Au-delà, il a su rayonner, transmettant un droit romain codifié, des chefs-d’œuvre architecturaux, incarnés par la basilique Sainte-Sophie, et, plus largement, une culture originale.

Dénomination C’est l’historien allemand Hieronymus Wolf qui fonde l’étude de l’histoire byzantine en tant que thème à part entière en 1557 avec son Corpus historiæ byzantinæ. Ce n’est qu’en 1857 que l’appellation « Empire byzantin » est diffusée par l’historien George FinlayJohn H. Rosser, Historical Dictionary of Byzantium, 2012, : . pour désigner ce que certains historiens appelaient « période du Bas-Empire ». Bien qu’il s’agisse d’un exonyme, la dénomination « Empire byzantin » a finalement aussi été adoptée en grec moderne () et dans la communauté internationale des historiens pour distinguer l’histoire de l’Empire romain d’Orient considérée comme une histoire grecque.

Pour leur part, les citoyens de l’Empire d’Orient nommaient leur État - Basileía tôn RhômaíônAlexander Kazhdan, s.v. Byzantium in Oxford Dictionary of Byzantium, Oxford University Press, 1991 (« Empire des Romains » en grec ancien), et ils ne se sont jamais désignés comme « byzantins », mais se considéraient comme des Romains (Rhomaioi, terme repris par les Perses, les Arabes et les Turcs qui les appellent « Roum »), 268.. Les auteurs occidentaux, même s’ils traduisaient cette autodénomination en « Romanie » avant de reprendre le terme pour l'empire latin après 1204Alexander Kazhdan, s.v. Romania in Oxford Dictionary of Byzantium, vol. 3, New York et Oxford, Oxford University Press, 1991, éd., , utilisèrent aussi « », « » ou « » et « Grecs » pour leurs citoyens, dont la liturgie, la langue de communication et la culture étaient essentiellement grecques, comme en témoignent aussi Gémiste Pléthon, ainsi que Théodore Métochitès dans ses CommentairesThéodore Métochitès : « »..

Histoire

alt=Carte animée de l'Empire byzantin|gauche|vignette|Carte animée de l'Empire byzantin du . L’histoire de l’Empire byzantin, qui s’étend sur une période de plus de , tire ses origines de la fondation de l’Empire romain. Il n’y a pas de début de l’histoire byzantine, mais deux dates sont à retenir. Celle de 330 marque la fondation de sa capitale, Constantinople, alors même que l’Empire romain est de plus en plus divisé pour des raisons pratiques. Celle de 395 marque la division définitive en deux empires. L’histoire byzantine peut être découpée par les historiens actuels en trois périodes majeuresLes trois ouvrages intitulés Le Monde byzantin sortis aux Presses universitaires de France reprennent ce découpage chronologique. Le premier ouvrage est intitulé L'Empire romain d'Orient, le deuxième : L'Empire byzantin et le troisième L'Empire grec et ses voisins. : celle de l’Empire romain d'Orient (ou période « paléobyzantine ») du au qui conserve les caractéristiques classiques de l’Empire romain ; la période « mésobyzantine » du au où l’Empire byzantin développe des caractéristiques propres ; la période « byzantine tardive » du au : attaqué de toute part, l’Empire devient une puissance régionale mineure avant de disparaître en tant qu’État, en léguant divers éléments de sa civilisation aux pays orthodoxes et à l’Empire ottoman.

Empire romain d’Orient durant l’Antiquité tardive (du )

L’Empire byzantin plonge ses racines dans la période dite de l’Antiquité tardive, débutant traditionnellementConcernant les débats sur cette périodisation, voir la discussion historiographique dans l'Antiquité tardive#Un sujet d'études récent. avec l’avènement de Dioclétien en 284. vignette|gauche|alt=Carte de la division de l'Empire romain|Division de l'Empire romain de 395.

Impulsion initiale de Constantin

upright|vignette|Le labarum de l'Empire romain d'Orient sous le règne de Constantin le GrandSource : A. MacGeorge, Flags, Glasgow 1881 : The vexillum was a standard composed of a square piece of cloth fastened to a cross bar at the top of a spear, sometimes with a fringe all round, and sometimes fringed only below, or without a fringe, but draped at the sides, When placed over the general's tent it was a sign for marching, or for battle. The labarum of the emperors was similar in form, and frequently bore upon it a representation of the emperor, sometimes by himself and sometimes accompanied by the heads of members of his family et . L'empereur romain Constantin le Grand, à la suite de sa révélation personnelle en 312, favorise le christianisme et donne une extension considérable à la cité grecque de Byzance à partir de 324. Il en fait la « Nouvelle Rome » () face à Rome qui n'est plus résidence permanente de l'autorité impériale. La nouvelle résidence impériale devient capitale de la partie orientale de l'Empire romain. Le nom officiel de la ville ne tarde pas à être remplacé dans le langage courant par la dénomination usuelle de « Constantinople », ce qui n'empêche pas l'appellation « Byzance » de perdurer pendant des siècles. Constantinople reste le siège de l'autorité sous les empereurs suivants bien que tous les empereurs n'y aient pas séjourné très longtemps, en tout cas dans les premiers temps. Ainsi, Julien, dernier empereur païen, et Valens passent le plus clair de leur temps à Antioche, plus proche des frontières conflictuelles à l'est de l'Empire (voir Guerres perso-romaines).

Naissance de l'Empire vignette|gauche|L'Empire romain d'Orient en l'an 400.

En 395, lorsque meurt l'empereur , et à la suite des nombreuses invasions barbares qui menacent l'Empire, il attribue à ses deux fils, Honorius et Arcadius respectivement un Empire d'Occident et un Empire d'Orient. Cette division de 395 est traditionnellement considérée comme un point de départ pour l'Empire byzantin...

L'Empire romain a certes connu de telles divisions par le passé, mais celle-ci se révèle bientôt définitive : Arcadius, qui réside à Constantinople, passe donc pour le premier souverain de ce « premier » Empire byzantinCe partage est considéré traditionnellement comme la séparation définitive de l’Empire en deux entités mais, en réalité, la séparation est plus ancienne puisqu’en 364 l’empereur Valentinien se voit adjoindre, sous la pression de ses soldats, un collègue, son propre frère Valens. À partir de ce moment, l’Empire n'est que rarement unifié si l’on excepte les règnes de Julien et Jovien (361-364) et trois mois à la fin du règne de Théodose, de fin à .. Toutefois, les contemporains n'ont aucune conscience d'une division (comme le démontrent par la suite les campagnes de reconquête de l'empereur ), mais d'un gouvernement collégial, les mêmes lois ont cours dans les deux moitiés de l'Empire (elles sont en général promulguées conjointement par les deux empereurs) et l'empereur d'une partie ratifie l'intronisation d'un successeur dans l'autre partie. Aussi, cette date de 395 n'est pas retenue par tous les historiens comme « origine » de l'Empire byzantin. Si certains le font remonter jusqu'à Constantin, d'autres s'en tiennent à Héraclius (610–641) comme premier souverain byzantin (accélération du processus d'hellénisation de l'État romain). Enfin, peut aussi être considéré comme le dernier empereur romain.

vignette|gauche|Grandes Invasions barbares du ; chronologie associée.