Nicolas Morard, né à Fribourg le et mort à Genève le Registre de l'Office de l'Etat civil de la Ville de Bulle, est un historien médiéviste et archiviste suisse, de langue française, connu pour ses travaux sur l'histoire économique et sociale du Moyen Âge. Sa contribution, intitulée «l'heure de la puissance», à la Nouvelle histoire de la Suisse et des Suisses (1982) a marqué l'historiographie de la Confédération à la fin du Moyen ÂgeVoir notamment Jean Favier, Louis XI, Paris, Fayard, bibliographie, tout comme ses travaux d'histoire monétaire et ses recherches tendant à démontrer l'origine récente () du fromage de GruyèreVoir aussi ci-dessous "Bibliographie et référencements.
Biographie Après des études en sciences économiques à l'Université de Fribourg et une thèse de doctorat sous la direction du professeur Jean Valarché, il y poursuit des études d'histoire sous la direction du professeur Roland Ruffieux. Le , il entre au service des Archives cantonales du canton de Fribourg, dont il devient directeur l'année suivante ; il occupera ce poste jusqu'en 1998Communication écrite de Nicolas Morard, lettre du 14 mai 2013.
Nicolas Morard a principalement orienté ses recherches sur l'étude des documents originaux qu'il avait à recenser, conserver, éditer, interpréter et mettre en valeur de par ses fonctions d'archiviste cantonal.
Bien que l'essentiel de sa carrière se soit développé en marge des milieux universitaires, il a entretenu des liens étroits de collaboration avec plusieurs de ses représentants, mais aussi avec un cercle érudit plus large en Suisse et à l'étranger. Il a établi, avec Marcel Strub (+1969) ; Marcel Strub avait été professeur de Nicolas Morard au collège Saint-Michel de Fribourg avant de devenir directeur du Musée d'art et d'histoire de Fribourg. le catalogue des Monnaies de Fribourg (1969).
En 1980, il a été lauréat du prix Duchalais, décerné par l'Académie des inscriptions et belles-lettresComptes-rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 124e année, N. 2, 1980. pp. 295-298, ici p. 298..
Il a été invité à plusieurs reprises à présenter le fruit de ses travaux dans le cadre de séminaires universitaires des professeurs Jean-François Bergier, Anne-Marie Puiz, Paul Bairoch (Université de Genève, chaire d'histoire économique), Jean-François Poudret (Université de Lausanne, chaire d'histoire du droit) et Agostino Paravicini Bagliani (Université de Lausanne, chaire d'histoire médiévale), František Graus (Université de Bâle). Il a été un temps chargé d'enseignement à l'Université de Fribourg (Institut du journalisme) et a siégé dans plusieurs jury de thèses.
Nicolas Morard a été membre de la "Société d'histoire de la Suisse romande" qu'il a présidée pendant un mandat, membre et président de la "Société d'histoire du canton de Fribourg" dont il a marqué, avec Roland Ruffieux et Jean Dubas, la période des années 1957-1992Cf. Francis Python, "Portrait de la société d'histoire du canton de Fribourg".
Il a également fait partie du comité scientifique du Glossaire des patois romands.
Travaux et recherches
Les recherches publiées concernent principalement l'histoire de la Suisse romande et plus spécialement de la ville et du canton de Fribourg, du comté de Gruyère, de la formation de leur territoire et de leur vie économique et sociale. Elles s'étendent du jusqu'à l'époque contemporaine mais concernent principalement la fin du Moyen Âge. L'essentiel de la documentation exploitée provient des archives cantonales de Fribourg et des cantons voisins, principalement de la transcription, analyse et indexation de près de 5000 chartes latines, de l'exploitation des "comptes des trésoriers", du très riche fonds de l'Hôpital des bourgeois de Fribourg et de la quasi-totalité des couvents et monastères d'Ancien Régime de la ville et du canton, ainsi que d'autres documents inédits dont l'édition est en préparationCf. Martin Nicoulin, Granges-Paccot corps et âme, Fribourg, 2004, p. 18 : « Nicolas Morard, après avoir dépouillé des milliers de chartes... » ; il s'agit de plus de 3000 chartes concernant l'Hôpital de Fribourg, les structures agraires et la condition des personnes au Moyen Âge dans le territoire des actuels cantons de Fribourg et Vaud, ainsi que des actes notariés (communication écrite de Nicolas Morard, 3 mai 2013)..
La méthode suivie consiste principalement dans l'édition et l'analyse de sources inédites, dépouillées de façon suivie tout au long d'une carrière et valorisées par des publications touchant aussi bien le monde scientifique que le grand public toujours intéressé par l'histoire locale. Le croisement des approches (histoire économique, de la formation du territoire, institutionnelle, monétaire, politique), le défrichement cohérent et quasi systématique des archives médiévales de tout type (chartes, registres comptables, etc.) incite aujourd'hui des équipes de chercheurs étrangers à choisir la Gruyère pour approfondir et poursuivre des recherches interdisciplinaires ; l'historien devient à son tour objet d'histoireClaude Macherel, Claude Reichler, Noël Barbe, Laboratoire d’anthropologie et d’histoire de l’institution de la culture, Programme « Altérités montagnardes : un laboratoire de l’ethnologie », Site internet : « L’équipe se propose de travailler dans les Alpes mais selon une modalité différente. Il ne s’agit plus de partir des disciplines appliquées sur des sociétés de la chaîne mais de choisir une tranche restreinte d’espace et de temps qui peut aller des Préalpes au Jura (précisément de la Gruyère à la Franche-Comté), du au . La Gruyère est une entité politique féodale jusqu'au milieu du ; c’est ensuite un espace social et économique singularisé par une production fromagère de grande valeur ; puis c’est une entité culturellement refaite et remodelée, dans des processus qui imbriquent des transformations économiques, des réinterprétations intéressées de l’histoire, des réélaborations esthétiques et savantes d’une culture indigène chahutée par l’industrialisation et le tourisme ; c’est enfin, de surcroît et de nos jours, un terrain de recherches scientifiques, notamment humaines. […]L’élaboration et la diffusion des savoirs se professionnalise et se diversifie aux deux générations suivantes, dont l’œuvre se poursuit au présent. Elle est majoritairement universitaire, et l’œuvre d’historiens surtout, tous rompus aux techniques comme aux problématiques de la recherche scientifique contemporaine : Roland Ruffieux, Nicolas Morard, Walter Bodmer, Jean Steinauer, Patrice Borcard, Ernst Tremp, par exemple. L’éventail de leurs postures cognitives va d’une neutralité universitaire affichée à l’objectivation critique. Quelques ethnologues prennent le relais des folkloristes. Géographes et économistes produisent de leur côté des savoirs “ de gouvernement ”, qui éclairent et orientent les actions tant publiques que privées en matière d’investissements et d’aménagement du territoire (le paradigme “ De Gérando ”).».
Travaux inédits A sa mort, Nicolas Morard a laissé plusieurs ouvrages en préparation : Histoire de la draperie fribourgeoise en 3 volumes, plus de 1000 pages, fruit de quarante ans de recherches et d'analyses des sources premières concernant l'industrie et le commerce du drap qui avaient fait la prospérité économique de Fribourg à la fin du Moyen-Age. Edition du rôle de la taille des contribuables citadins de Fribourg en 1445 (1621 assujettis), avec analyse statistique socio-professionnelle détaillée, dépassant le cadre démographique auquel s'était tenu jadis Ferdinand Buomberger (1874-1946). Cette étude s'ajoute à celle du rôle de 1478 (voir infra bibliographie, Annales fribourgeoises t. 65). Edition d'un rôle de reconnaissances des censiers de Vaulruz et Vuadens de 1353, avec commentaire socio-démographique, tableaux, etc. Edition du registre de Dom Pierre Pittet (Vers 1440-1490) curé-notaire de Treyvaux, avec commentaires sur l'état social et moral d'un gros village fribourgeois de cette époque. Regeste analytique des chartres de l'abbaye de Humilimont (environ 250 actes entre 1150 env. et 1349).
Éditions et analyses de corpus de sources . Répertoire analytique des chartes de l'hôpital Notre-Dame. Première partie. 1252-1350, [Fribourg], , dactyl., 44 p. [Premier fascicule du répertoire analytique du chartrier de l'hôpital des bourgeois de Fribourg qui compte "un bon millier d'actes jusqu'en 1500" (Avertissement de l'auteur), tous rédigés en latins. 293 articles (HB 1 à HN 293).] Inventaire analytique des chartes de l'abbaye de Humilimont (1148-1350), Fribourg, Archives de l'État, dactyl., 129 p. [inventaire consultable aux Archives de l'État de Fribourg].
Condition des personnes et démographie historique . . . « Servage et manumissions dans le canton de Fribourg à la fin du Moyen Âge (), dans Mémoires de la Société pour l’histoire du droit et des institutions des anciens pays bourguignons, comtois et romands [Dijon], 28 fasc. (1967), p. 89-140. . « La dépendance des ruraux », dans Les Pays romands au Moyen Âge, éd. Agostino PARAVICINI-BAGLIANI, Jean-Pierre FELBER, Jean-Daniel MOREROD, Véronique PASCHE, Lausanne, Payot-Lausanne, 1997, p. 301-314. « La population d’une châtellenie savoyarde à la fin du Moyen Âge : Rue et son arrière-pays », dans Rue : de la villette savoyarde à la commune fribourgeoise, Cahier spécial de la revue ‘Pro Fribourg’ [Fribourg-CH], n° 122 (1999), p. 47-66. «Servitudes coutumières et statut personnel dans le comté de Gruyère () », dans À cheval entre histoire et droit. Mélanges offerts à Jean-François Poudret, éd. Eva Maier, Antoine Rochat, Denis Tappy, Lausanne, 1999 (Bibliothèque historique vaudoise 115), p. 93-108. . « Le sort des ruraux attirés par les villes : mainmorte et liberté réelle à Fribourg (Suisse) () », Mémoires de la Société pour l'histoire du droit..., 63 (2006), p. 140-179. «La population (). Un dynamisme constant», dans La Gruyère dans le miroir de son patrimoine, 5 vol., dir. Christophe Mauron, Isabelle Raboud-Schülé, Genève, 2012, ici t. 2 : Entre ville et campagne, p. 125-129 (Premier aperçu chiffré, reposant sur l'étude de sources de première main). « L'emprise des seigneurs. Servitude et liberté en Pays de Gruyère au Moyen Âge », dans La Gruyère dans le miroir de son patrimoine, 5 vol., dir. Christophe Mauron, Isabelle Raboud-Schülé, Genève, 2012, ici t. 3 : Pouvoir et territoire, p. 18-21. « Le testament de Girard Chalamala », dans La Gruyère dans le miroir de son patrimoine, 5 vol., dir. Christophe Mauron, Isabelle Raboud-Schülé, Genève, 2012, ici t. 3 : Pouvoir et territoire, p. 27.
Économie alpestre « À propos de l'élevage bovin dans les Préalpes fribourgeoises à la fin du Moyen Âge : prairie et pâturages, deux réalités distinctes et complémentaires », dans Atti della undicesima settimana di studio (25-30 aprile 1979), Prato (Italie), Istituto internationale di storia economica F. Datini, Prato, 1984, p. 363-387. « L’élevage dans les Préalpes fribourgeoises : des ovins aux bovins (1350-1550), dans Elevage et vie pastorale dans les montagnes de l’Europe au Moyen Âge et à l’époque moderne, Actes du colloque international, Clermont, , Clermont-Ferrand, Institut d’Études du Massif Central, 1984 (Publications de l’Institut d’Etudes du Massif Central, 27), p. 15-26 [reprise abrégée de l'article précédent]. . « Origine et développement de l’économie alpestre en Gruyère », dans Le patrimoine alpestre de la Gruyère, Bulle (CH), Journée du patrimoine alpestre de la Gruyère 1991, 1992, p. 7-15. « Le fromage de Gruyère : une invention récente », dans La civilisation du Gruyère, Cahiers du Musée gruérien - Revue d’histoire régionale, s. l. [Bulle], s. d. , p. 25-32.