Lopéra Garnier, ou palais Garnier, est un théâtre national qui a la vocation d'être une académie de musique, de chorégraphie et de poésie lyrique ; il est un élément majeur du patrimoine du de Paris et de la capitale. Il est situé place de l'Opéra, à l'extrémité nord de l'avenue de l'Opéra et au carrefour de nombreuses voiesDu Boulevard des Italiens, du boulevard des Capucines, de la rue Auber, de la rue Halévy, de la rue de la Paix et de la rue du Quatre-Septembre..

L'édifice s'impose comme un monument particulièrement représentatif de l'architecture éclectique et du style historiciste de la seconde moitié du . Sur une conception de l'architecte Charles Garnier retenue à la suite d'un concours, sa construction, décidée par dans le cadre des transformations de Paris menées par le préfet Haussmann et interrompue par la guerre de 1870, fut reprise au début de la Troisième République, après la destruction par incendie de l'opéra Le Peletier en 1873. Le bâtiment est inauguré le par le président de la République Mac Mahon sous la .

Cet opéra a été appelé « opéra de Paris » jusqu'en 1989, date à laquelle l'ouverture de l'opéra Bastille, également opéra de Paris, a influé sur son appellation. On le désigne désormais par le seul nom de son architecte : « opéra Garnier » ou « palais Garnier ». Les deux opéras sont aujourd'hui regroupés au sein de l'établissement public à caractère industriel et commercial « Opéra national de Paris », institution publique française dont la mission est de mettre en œuvre la représentation de spectacles lyriques ou de ballet, de haute qualité artistique.

L'opéra Garnier est classé monument historique depuis le . Il est accessible par le métro (station Opéra), par le RER (ligne A, gare d'Auber) et par le réseau de bus RATP.

Historique Concours pour un nouvel opéra Le , est visé par un attentat rue Le Peletier où se situe la salle d'opéra Le Peletier. Des républicains italiens, dirigés par Felice Orsini, jettent plusieurs « machines infernales » dans le cortège et la foule qui l'entoure mais le couple impérial est miraculeusement épargné, malgré huit morts et près de cent quarante-deux blessés. La construction d'une nouvelle salle dans une grande rue moins propice aux attentats est décidée par l'empereur, au lendemain même du drame, pour la construction d'un nouveau grand théâtre digne de Paris. Le projet est déclaré d'utilité publique par arrêté impérial du .

Pour certains historiens, Eugène-Emmanuel Viollet-le-Duc semble à l'origine de l'idée d'un concours, craignant l'attribution du projet et la direction du chantier à Charles Rohault de Fleury, architecte ordinaire de l'Opéra et donc logiquement destiné à réaliser cette nouvelle commande. Selon l'avis d'autres spécialistes, ce sont et surtout son épouse, l'impératrice Eugénie, qui souhaitent écarter Rohault de Fleury pour favoriser Viollet-le-Duc. .

Toujours est-il que le concours, pour l'édification d'une « Académie impériale de musique et de danse ». attendue depuis cinquante ans, est organisé et annoncé dans un second arrêté du de la même . Le préfet de Paris, Haussmann, en urbaniste intransigeant, a proposé une parcelle exigüe et mal adaptée à ce projet.

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vignette|redresse|Charles Garnier, photographie par l'atelier Nadar en 1870..

Charles Garnier (1825–1898) est premier grand prix de Rome en 1848. C'est toutefois un jeune architecte n'ayant pas encore fait véritablement ses preuves sur un projet de grande envergure. Ambitieux et secondé de confrères et nombreux amis de l'École des Beaux-Arts, pour partie d'entre eux qui sont également lauréats de la même distinction. Il remet un projet innovant

Le jury est présidé par le comte Waleski, alors Ministre d'État, lire en ligne., qui serait à l'initiative de ce concoursPierre Pinon, Atlas du Paris haussmannien : la ville en héritage du Second Empire à nos jours, Paris, Parigramme, 2002, p. 148.. Il est confié à ce groupe d'experts la lourde charge d'examiner, en cinq sessions éliminatoires, les dessins des cent soixante et onze candidats.

Le , Charles Garnier est proclamé vainqueur à l'unanimité. : sa proposition esthétique et d'une haute technicité surprend et séduit le plus grand nombre. Il réunit plusieurs styles harmonieusement agencés qui agrémentent aussi bien élévations et décors intérieurs.

Réalisation et critiques

À l'intérieur du théâtre, les pourfendeurs du projet s'emportent face aux abondantes dorures du grand foyer et de la salle, les jugeant dispendieuses. Garnier se défend en arguant qu'il s'agit en fait la plupart du temps de peintures dorées et non d'or pur. .

Charles Garnier, architecte et auteur, donne sa conception de l'architecture des salles de spectacle dans un livre Le théâtre paru en 1871..

Il publie également entre 1875 et 1881 une monographie consacrée à son œuvre, Le Nouvel Opéra de Paris. Il répond en particulier aux nombreuses critiques dans le premier volume paru en 1878.

Dès 1875, année de l'inauguration de l'Opéra, paraissent deux ouvrages à son propos, un texte anonyme Le Nouvel Opéra de Paris Le monument - les artistes, et l'autre, Le Nouvel Opéra, signé de l'archiviste de l'Opéra Charles Nuitter.

Le jour de l'inauguration du Palais qui porte son nom, Charles Garnier est promu officier de la Légion d'honneur.. L'Académie des Beaux-Arts lui rend hommage en 1899..

Site vignette|150px|gauche|Panneau Histoire de Paris.

Le choix de l'emplacement est proposé, pour la compétition, par le préfet Haussmann ; c'est un terrain destiné à être entouré de hauts immeubles de rapport. Ses dimensions et sa forme très particulière résultent des récents tracés voulus par l'urbaniste. D'importantes contraintes s'imposent ainsi aux différents concurrents puis à l'architecte lauréat.

La difficulté de concevoir un édifice d'une aussi grande envergure sur une surface en losange et dissymétrique. amène Garnier à demander divers aménagements et cela à plusieurs reprises. Mais Haussmann reste intraitable. L'architecte gardera malgré tout l'espoir que les bâtiments alentour seront remplacés par des jardins afin que les Parisiens puissent apprécier une œuvre se suffisant à elle-même.

vignette|redresse|Croquis initial de Garnier en 1860, l'attique est en retrait de la façade.

Les immeubles voisins font l'objet d'une entorse aux stricts règlements que le préfet Haussmann a lui-même fixés et dépassent la hauteur autorisée. Les façades de l'opéra risquent donc d'apparaître plus basses que leur environnement. En réaction, le maître d'œuvre décide de modifier ses dessins au dernier moment et de modifier l'étage attique pour que le projet et ses élévations conservent l'aspect prestigieux indispensable à l'édifice. L'attentat de l'opéra Le Peletier incite à imaginer, pour les sorties au spectacle de l'empereur, un itinéraire rapide et sécurisé entre le Louvre et le nouvel Opéra. Le percement de l'avenue de l'Opéra parachèvera ce projet.

Chantier Choix des artistes, artisans et entrepreneurs L'architecte Garnier s'entoure de confrères rencontrés pendant ses études et notamment d'autres grands prix de Rome qui le seconderont dans les dessins du projet définitif (plans, coupes, façades, détails de construction et de décoration) et dans l'inspection régulière du chantier. C'est ainsi que Victor Louvet, premier grand Prix de Rome en 1850, devient son adjoint et bras droit.

Aidé de Louvet, le lauréat du concours supervise le choix des entreprises et des différents artistes. et artisans : peintres, sculpteurs, marbriers, staffeurs, stucateurs, mosaïstes, parqueteurs, ébénistes, ferronniers, doreurs, tapissiers et autres ornemanistes.

Installations préalables gauche|vignette|redresse|Intérieur de l'agence. vignette|redresse|L'agence des travaux.

Garnier fait construire un bâtiment provisoire dans la rue Neuve des Mathurins, au nord-est du chantier ; ce sera l'agence des travaux. qui comprend un rez-de-chaussée, un étage dont l'accès est permis par un escalier et une coursive extérieure. Des dizaines de constructions éphémères sont dressées ; ateliers, hangars, cantines, bureau de contrôle des matériaux, palissades, et logement des gardiens au portail d'entrée.

Construction de l'édifice Le début des travaux. a lieu en 1861, mais officiellement la pose de la première pierre se déroule l'année suivante, le . Lors des fouilles et des excavations, destinées à la réalisation des massifs de fondations, les travaux doivent brusquement s'interrompre. Le niveau de la nappe phréatique. est rapidement atteint et la situation oblige à la mise en place. d'un batardeau et de pompes à vapeur fonctionnant jour et nuit pendant huit mois, mais ces travaux sont annihilés par les pluies dont les eaux d'infiltration ne cessent de remplir la nappe. De plus, entre deux périodes de précipitations, ils assèchent tous les puits des quartiers alentour.

vignette|redresse|Chantier de l'Opéra en 1866.

Garnier renonce à l'assèchement de la nappe phréatique et décide de dompter les eaux en concevant un cuvelage (ou radier) en béton. de grandes dimensions. Bientôt rempli d'eau, ce dernier permet aux infrastructures de contenir et résister à la pression sous-jacente des eaux d'infiltration, estimée à 2000 tonnes, et de mieux répartir les charges d'une partie des bâtiments dans un sous-sol de qualité médiocre. Après la construction, il sert de réservoir pour les pompiers en cas de sinistre. Cette particularité donne naissance à la légende d'un lac souterrain alimenté par un cours d'eau portant le nom de « Grange-Batelière », exploité et entretenu par le célèbre roman de Gaston Leroux, le Fantôme de l'Opéra. En réalité, la rivière coule plus loin, sous le futur emplacement d'un grand magasin.

vignette|redresse|gauche|Opéra de Paris par Charles Marville, c. 1875. Department of Image Collections, National Gallery of Art Library.

La construction s'étend sur près de quinze années, de 1861 à 1875. Elle est soigneusement cachée derrière des échafaudages recouverts de planches et de verrières qui masquent tout particulièrement la façade principale pour que l'effet de surprise soit total, jusqu'à l'inauguration provisoire et partielle de 1867. C'est l'entrepreneur de travaux publics Adolphe Violet. qui a la charge de la maçonnerie.. L'atelier des photographes Delmaet et Durandelle. est attaché au chantier et réalise de nombreux clichés durant toutes les phases de la construction... Charles Marville, le photographe officiel de la Ville de Paris, photographia sur commande de celle-ci les travaux du percement de l'avenue de l'Opéra. L'opéra Garnier constitue le prototype et la synthèse du « style Second Empire » (ou « style »), qui devient le style ultra-moderne de la période romantique à la fin du .

Problèmes budgétaires Pendant toute la durée du chantier, les fonds accordés ne cessent d'évoluer. selon les imprévus d'ordre technique, des aléas dus à des choix de politique intérieure, mais aussi des relations internationales..

Ainsi, le Conseil des bâtiments civils impose, très tôt, une forte réduction budgétaire en restreignant l'enveloppe globale de moitié : quinze millions de francs-or sont alloués au lieu des vingt-neuf annoncés initialement. Pourtant le chiffre de départ est bientôt dépassé ; les comptes, remis à jour en 1864, aboutissent à une facture nettement plus élevée atteignant la somme de vingt-quatre millions de francs.

vignette|redresse|Garnier entouré de ses proches collaborateurs (1870).

Le chantier est ralenti, voire interrompu à plusieurs reprises. Les crédits indispensables sont parfois réaffectés à des projets jugés prioritaires ou plus populaires, tels que l'Hôtel-Dieu à Paris. Pendant la guerre contre la Prusse, la construction est complètement interrompue. Lors de la Commune de Paris, l'Opéra (comme d'autres monuments parisiens) subit des destructions et doit faire face à des réparations pour un montant de trois cent mille francs-or(un franc de 1850 est évalué à 3,27 euros).