Jean Boiteux, né le à La Ciotat et mort le à Bordeaux« Natation : décès de Jean Boiteux, premier champion olympique français », sur lemonde.fr, avec AFP, 12 avril 2010. Consulté le 15 avril 2010., est un nageur et dirigeant sportif français spécialiste des épreuves de demi-fond en nage libre dans les années 1950. Il est le premier champion olympique français de l'histoire des courses de natation en bassin de grâce à sa victoire sur nage libre à Helsinki en 1952., l'image de son père Gaston sautant tout habillé et coiffé d'un béret dans la piscine d'Helsinki après sa victoire a fait le tour du monde. Jean Boiteux demeure durant cinquante-deux années l'unique médaillé d'or français de la discipline, jusqu'au titre de Laure Manaudou en 2004 à Athènes. Il est par ailleurs le sportif français ayant remporté le plus de titres aux Jeux méditerranéens avec Franck Esposito.

Licencié tout jeune au sein du club des Dauphins du Toulouse OEC, il rejoint l'Algérie et plus particulièrement Oran après son titre olympique. Il y représente les clubs de la Glorieuse Marine oranaise et celui de la Joyeuse Union Sportive avant de revenir en métropole où il termine sa carrière avec les Girondins de Bordeaux. Il devient rapidement l'entraîneur de ce club et occupe diverses responsabilités fédérales en Aquitaine. Longtemps directeur technique de la FFN dans cette région, il reste président du club girondin jusqu'à son décès accidentel en 2010.

Biographie

Jeunesse

Né à La Ciotat le , Jean Boiteux grandit dans une famille où la pratique de la natation sportive relève de la tradition. Son père, Gaston Boiteux, est un ancien spécialiste des courses de traversée mais s'illustre également en bassin lors des Championnats de France 1921 en remportant la médaille d'argent du nage libre pour le Stade toulousain... Sa mère, Bibienne Pellegry, dite Bienna Pellegry, dispute deux fois les Jeux olympiques en 1924 à Paris et en 1928 à Amsterdam, terminant à chaque fois cinquième au titre du relais nage libre féminin. Entre-temps, elle s'approprie le record de France du nage libre. Le frère de Bibienne, Salvator Pellegry, participe également aux Jeux de 1924 en nageant les séries éliminatoires des et mètres nage libre. À La Ciotat, dans la propriété agricole où la famille Boiteux élève quelque 800 porcs, un des trois bassins de rétention d'eau, de sur , a une double utilitéMichel Dalloni, « Destin olympique - 1952 à Helsinki, Jean Boiteux entend un énorme « plouf ! » », Le Monde, 2 octobre 2000.. Jean — et ses frères et sœur Robert, Henri et Marie-Thérèse — y apprennent à nager avant de tous pratiquer ce sport en compétition. Des quatre membres de la fratrie, Jean se révèle le plus doué. Durant la Deuxième Guerre mondiale, il passe deux années dans un internat au PuyÉric Lahmy, « À jamais le premier », L'Équipe, 13 avril 2010, page 11..

Conscient des dispositions de son fils — Jean Boiteux est le prototype du nageur moderne avec une taille fine, de longs bras et de grands piedsMichel Fradet, « Jean Boiteux, militant nautique », sur sudouest.fr, 13 avril 2010. Consulté le 16 avril 2010. —, Gaston Boiteux contacte en 1946 Alban Minville, célèbre entraîneur d'Alex Jany. Une rencontre a lieu à Marseille en septembre à l'occasion de la « Semaine des Records » durant laquelle Jany bat le record du monde du sous les yeux d'un Jean Boiteux fasciné. Convaincu, Gaston prend alors la décision d'envoyer son fils âgé de quatorze ans étudier au lycée Saint-Joseph de Toulouse et de rejoindre l'effectif des Dauphins du TOEC, le meilleur club national dans lequel officie Minville qui prend donc l'adolescent sous son aile dès . Ce dernier, décrit à la fois comme autoritaire et protecteur et dont les talents de formateur sont reconnus, a l'habitude de mener de jeunes nageurs au haut niveau.Une relation plus filiale entre Alfred Nakache et Alban Minville est décrite dans l'ouvrage Alfred Nakache, le nageur d'Auschwitz de Denis Baud.. L'un de ses autres élèves, Alfred Nakache, de dix-sept années l'aîné de Boiteux, joue un rôle similaire auprès de son cadet durant cette période. Deux ans après son arrivée dans la Haute-Garonne, Jean Boiteux remporte ses premières médailles aux Championnats de France 1949. Après s'être illustré en prenant la troisième place du nage libre cadets, il dispute avec succès des épreuves élites de relais. Effectuant le parcours de dos, il remporte son premier titre de champion de France lors du relais trois nages (dos, brasse ou brasse papillon, et libre) avec ses partenaires de club Nakache et Alex Jany. Ce dernier, détenteur de records du monde et multiple médaillé en championnat international, est l'idole déclarée du jeune Jean Boiteux. Dans la piscine parisienne des Tourelles, il ajoute deux autres titres en relais. L'année suivante, il est victime d'un accident de ski qui l'empêche de s'entraîner normalement mais lui permet, ne pouvant se servir de ses jambes un moment, de muscler le haut de son corps et ainsi d'augmenter sa puissance, son point faible jusqu'alors. Quelque temps après, lors des Championnats de France disputés à Paris, il décroche deux premiers titres individuels sur 400 et , des performances lui permettant d'honorer une première sélection internationale pour un match France-Angleterre organisé à Exmouth. Peu après, il participe aux Championnats d'Europe à Vienne en Autriche. Il y remporte trois médailles d'argent (, , relais ) prenant entre autres la deuxième place du nage libre derrière son compatriote Jany qu'il avait pourtant battu aux Championnats de France quelques semaines plus tôt.

En 1951, Jean Boiteux bat plusieurs records chronométriques. Le , dans le petit bassin du Cercle des nageurs de Marseille, il réalise un temps de sur nage libre signant ainsi les records de France et d'Europe. Moins d'un mois plus tard, le 2 août, toujours à Marseille, il fait partie du relais — avec Joseph Bernardo, Willy Blioch et Alex Jany — qui s'approprie le record du monde en contre pour le précédent record établi quatre mois plus tôt au Brésil par le Tokyo Swimming Club des Japonais Hironoshin Furuhashi et Shiro Hashizume. Ôtant sept secondes et six dixièmes au temps de référence nippon, le relais français se montre constant sous les 2 minutes et 10 secondes par nageur, une moyenne record. En octobre, se tiennent à Alexandrie en Égypte les premiers Jeux méditerranéens. Le Français y remporte trois médailles d'or en réalisant le doublé 400– nage libre.

Titre olympique à Helsinki

vignette|Le stade nautique d'Helsinki, théâtre des épreuves de natation sportive des Jeux olympiques de 1952.

Aux Jeux olympiques de 1952 organisés à Helsinki en Finlande, la délégation française se présente ambitieuse à la suite des nombreux records du monde battus par les nageurs tricolores durant l'olympiade. Vingt ans après la décevante médaille d'argent de Jean Taris aux Jeux d'Amsterdam (deuxième à un dixième du vainqueur), Jean Boiteux représente l'espoir d'un premier titre olympique français dans l'histoire des courses de natation. Malgré la meilleure performance mondiale de l'année sur , son objectif se veut modeste, uniquement chronométrique révèle-t-il après coup. Quelque temps avant le rendez-vous, Jean Boiteux se distingue en battant six records de France et trois records d'Europe en l'espace d'un mois de début juin à début juillet, d'où un légitime statut de favori sur les épreuves individuelles« 1952, Helsinki : Jean Boiteux en héros », sur liveffn.com, 2000. Consulté le 17 avril 2010..

Mais d'abord aligné au sein du relais nage libre avec Aldo Eminente, Joseph Bernardo et Alex Jany, il décroche la médaille de bronze à plus de quatorze secondes du quatuor américain vainqueur de la médaille d'or. En lutte pour cette troisième place avec le relais suédois, Jean Boiteux est lancé au pied du podium par Jany avec six mètres de retard sur le Suédois Johansson. Auteur d'un parcours lancé de , le Français rattrape et dépasse son vis-à-vis. Vient ensuite le nage libre44. Aisément qualifié pour les demi-finales, le nageur reçoit le conseil de son entraîneur Alban Minville. Ce dernier demande à son élève de prendre l'avantage psychologique sur l'un de ses principaux adversaires, le Suédois Per-Olof Östrand, en le devançant lors de leur demi-finale commune. Celui-ci venait en effet de clamer son statut de favori après avoir réalisé le meilleur temps des séries, record olympique à la clé. Jean Boiteux s'exécute en la remportant en contre pour le Suédois, améliorant de plus de cinq secondes le record olympique et approchant d'un dixième de seconde le meilleur temps mondial du Japonais Hironoshin Furuhashi sur la distance, datant de 1949. La finale a lieu le avec sept concurrents : le Suédois Östrand, les Américains Ford Konno, Wayne Moore, James McLane, le Japonais Furuhashi, le Sud-Africain Peter Duncan et le Britannique John Wardrop. Jean Boiteux est lui plus que jamais favori d'une finale stratégiquement préparée par Alban Minville.