La première dynastie de Babylone a dirigé le royaume centré sur la cité de Babylone pendant trois siècles, de 1880 à 1595 av. J.-C. selon la chronologie moyenne. Comme son nom l'indique, c'est la première à avoir dominé cette cité, et elle en a fait une puissance politique de premier rang. Ce royaume est également connu sous le nom de « paléo-babylonien » (babylonien ancien).

Babylone est mentionnée pour la première fois au , dans un texte cunéiforme datant du règne de Shar-kali-sharri, roi de l'empire d'Akkad dont elle fait alors partie. Elle est ensuite un centre administratif de l'empire d'Ur III. La cité n'a pas le prestige de ses voisines du Sud, comme Nippur. Elle ne devient un centre politique important qu'avec l'installation d'une dynastie d'origine amorrite, peuple sémite arrivé en Basse Mésopotamie depuis la Syrie durant les derniers siècles du . Le royaume de Babylone n'est qu'une faible puissance durant le premier siècle de son existence, dont l'histoire politique reste obscure. C'est avec la grande figure de la dynastie, Hammurabi (1792-1750 av. J.-C.) qu'il domine toute la Mésopotamie après une succession de conquêtes. Les souverains de Babylone héritent alors de la longue histoire de la région, de ses traditions administratives, économiques et culturelles, mais leur domination n'est pas durable car leur royaume s’enfonce dans une crise grave, avant d'être achevé par les Hittites, dont la victoire laisse la place à l'implantation d'une dynastie d'origine kassite.

La période de la première dynastie de Babylone prend place dans une période historique moins longue que celle à laquelle elle a donné son nom, la « période paléo-babylonienne » (c. 2004-1595 av. J.-C.), dont elle domine la seconde moitié. Elle est marquée par une grande abondance documentaire, notamment épigraphique, qui apporte de nombreux éclairages sur ses aspects sociaux, économiques, intellectuels et religieux.

Sources thumb|Un exemple de tablette juridique : contrat de location d'un champ, règne d'Abi-eshuh (1711-1684 av. J.-C.), musée des beaux-arts de Lyon.

Les sources disponibles pour reconstituer l'histoire de la première dynastie de Babylone sont similaires à celles mobilisables pour les autres périodes de l'histoire mésopotamienne. Les sources épigraphiques, constituées par des textes cunéiformes rédigés en akkadien et en sumérien et exhumés lors de fouilles archéologiques, sont d'une importance primordiale. D. Charpin a dressé une typologie des sources textuelles disponibles pour cette époque : Des textes commémoratifs : noms d'années des rois, qui rapportent les principaux événements qui les ont marqués ; inscriptions royales D. R. Frayne, Old Babylonian Period (2003-1595 BC), Royal Inscriptions of Mesopotamia Early Periods 4, Toronto, 1990, p. 323-438 (dont le fameux Code de Hammurabi) ; hymnes royaux. Des documents d'archives : surtout des textes administratifs issus des grandes institutions (temples et palais) et de fonds privés, des textes juridiques (contrats de divers types) et également des lettres. Des textes scolaires : listes lexicales servant à l'apprentissage des scribes, copies de textes de nature diverses, dont des textes « littéraires », ainsi que des textes de rituels servant à l'apprentissage des spécialistes religieux (devins, exorcistes, lamentateurs).

Les sources écrites sont essentiellement issues de villes provinciales du royaume babylonien : Sippar, Kish, Ur, Larsa ; ou de royaumes extérieurs en relation avec celui de Babylone, comme les abondantes archives de Mari. Les archives officielles de la cour babylonienne sont donc inconnues pour cette période. Les sources disponibles pour la période paléo-babylonienne (au sens large, c'est-à-dire pour la première moitié du ) sont plutôt abondantes par rapport à d'autres périodes de l'histoire mésopotamienne : elles sont de nature variée, proviennent de nombreux sites ; apparaissent notamment les fonds d'archives privés, alors qu'auparavant les sources provenaient quasiment toutes des institutions.

À ces sources écrites s'ajoutent les sources iconographiques, notamment les différentes sculptures connues pour cette période, et les représentations gravées sur les sceaux-cylindres. Les monuments (palais, temples) et résidences dégagés sur divers sites paléo-babyloniens (Ur, Sippar, Nippur, Harradum, etc.) sont également importants pour la connaissance de cette périodeOn trouvera une présentation des connaissances sur l'art et l'architecture de la période dans J.-L. Huot, Une archéologie des peuples du Proche-Orient, tome II, Des hommes des Palais aux sujets des premiers empires (- millénaire av. J-C), Paris, 2004, .

Histoire right|thumb|upright=2.0|L'extension approximative du royaume babylonien sous le règne de Hammurabi et de ses successeurs.

Durant le premier siècle du , la Basse Mésopotamie est divisée en plusieurs royaumes ayant succédé à l'empire de la troisième dynastie d'Ur (c. 2112-2004), au premier rang Isin et Larsa (période d'Isin-Larsa). Les luttes entre ces deux derniers profitent à d'autres cités où des rois affirment leur autonomie et tentent d'accroître leur puissance. Dans la partie nord de la Basse Mésopotamie, plusieurs entités politiques s'affirment ainsi, comme Sippar, Kish, Dilbat, Marad, et Babylone où est attestée une lignée de souverains à partir de 1894.

Les premiers souverains L'historiographie traditionnelle de Babylone considère qu'un roitelet amorrite du début du , Sumu-abum, est le fondateur de la première dynastie. Pourtant il ne semble pas avoir régné sur cette ville, mais avoir été le chef d'une confédération de tribus amorrites de la région. Le statut de fondateur du royaume de Babylone incombe plutôt à celui que la tradition considère comme son successeur, Sumu-la-El (1881-1845), qui n'est pas son fils et semble avoir été au moins un temps son contemporain et vassal.

Parti d'un petit territoire comprenant Babylone et quelques villes voisines, Sumu-la-El réussit à prendre plusieurs cités importantes du pays d'Akkad, notamment Sippar, Kish et Marad. Son fils Sabium (1844-1831) et son petit-fils Apil-Sîn (1830-1813) règnent successivement et agrandissent le territoire, qui s'étend au sud jusqu'aux environs de Nippur qui appartient au royaume de Larsa, et au nord sur la région du cours moyen du Tigre jusqu'au royaume d'Eshnunna. Babylone s'affirme ainsi comme une puissance montante.

Sous Sîn-muballit (1812-1793), le royaume progresse face à Larsa. Mais la présence au nord du Royaume de Haute Mésopotamie de Samsi-Addu, allié des rois babyloniens puisque leurs dynasties respectives ont des ancêtres communs, ainsi que de celui d'Eshnunna dirigé par Dadusha puis Ibal-pi-El II, limite la progression. En 1794, le roi de Larsa Rîm-Sîn réussit à reprendre l'avantage.

Hammurabi, le fondateur de la puissance babylonienne

Hammurabi (1792-1750)D. Charpin, Hammu-rabi de Babylone, Paris, 2003 ; M. Van de Mieroop, King Hammurabi of Babylon: A Biography, Malden, 2004 prend le pouvoir alors que Larsa et Eshnunna sont au sommet de leur puissance, et ne semble pas remporter de victoires significatives durant la première moitié de son règne (très mal documentée). À la mort de Samsi-Addu en 1775, la situation politique du nord mésopotamien change. Zimri-Lim s'empare de Mari et constitue un État puissant sur le haut Euphrate. En 1765, Hammurabi s'allie avec lui et ils prennent la tête d'une coalition de rois syriens et mésopotamiens pour repousser une attaque des Élamites, qui avaient auparavant pris Eshnunna avec leur appui. C'est un tournant, qui enclenche une série de victoires majeures pour Hammurabi. L'année suivante, il provoque la guerre contre Larsa, s'empare de la ville, se débarrassant ainsi de son principal rival Rim-Sîn. En 1762, il s'empare de Mari en battant son ancien allié Zimri-Lim, et l'année suivante il détruit la ville, qui ne s'en relève jamais. La ville de Malgium subit le même sort. Hammurabi poursuit sur sa lancée, maintenant que plus personne n'est en mesure de l'arrêter : il s'empare d'Eshnunna, puis instaure sa domination plus au nord, sur Assur et les cités de son voisinage. À sa mort en 1750, il a fait de Babylone la capitale du plus puissant royaume mésopotamien, qui mérite le qualificatif d'« empire ».

Samsu-iluna : une succession difficile

Samsu-iluna (1749-1712) succède à son père, et après ses huit premières années de règne il est confronté à une situation difficile : le royaume est en proie à une crise économique, qu'il ne parvient pas à résoudre malgré deux édits de rémissions des dettes, et de nombreuses révoltes viennent perturber son règne, surtout dans la partie méridionale correspondant à l'ancien royaume de Larsa. Les rebelles sont vaincus, mais les villes de la région sont désertées dans le courant du règne (Ur, Larsa, Uruk, Nippur, Isin, etc.), pour des raisons qui ne sont pas clairement identifiées (conséquences de la répression des révoltes, crise économique et environnementale). Dans la seconde partie de son règne, Samsu-iluna conduit ses troupes vers le nord, dans la vallée de la Diyala, la région du Khabur (marquées notamment par la destruction de Shekhna, l'actuel site de Tell Leilan), puis le long de l'Euphrate (pays de Hana). Néanmoins ses acquis sont souvent précaires, et il ne parvient pas à préserver l'empire hérité de son pèreD. Charpin, « Samsu-iluna », dans .

Une crise grave et durable

Les souverains suivants, Abi-eshuh (1711-1684), Ammi-ditana (1683-1647) et Ammi-ṣaduqa (1646-1626) ne réussissent pas à enrayer le déclin du royaume, qui se traduit par son rétrécissement progressif et un accroissement des difficultés économiques et sociales, ce qui ne les empêche pas pour autant d'avoir des règnes relativement longs. Les événements militaires sont très mal connus, les sources officielles de cette période étant peu nombreuses. Ils réussissent encore à préserver l'influence babylonienne vers le nord, dans la région de la Diyala et du Moyen Euphrate. De nouvelles populations viennent perturber encore plus l'équilibre du royaume : les Kassites (auxquels il faut rattacher des entités apparaissant à la fin de la période, les Samharu et les Bimatu), les Hourrites et les Hittites. Au sud, ce sont les rois du Pays de la Mer qui constituent une menace importante, justifiant notamment la construction de plusieurs fortins aux marges méridionales du royaume, dont Dur-Abi-eshuh, d'où proviennent des textes exhumés par des fouilles clandestines. Les souverains babyloniens ne peuvent résoudre les problèmes qui se posent à eux, et les dernières années du règne d'Ammi-ṣaduqa sont marquées par des destructions au nord du royaume (Sippar, Harradum). Samsu-ditana (1625-1595) hérite d'une situation très difficile à laquelle il ne peut pas plus que ses prédécesseurs mettre fin ; F. van Koppen, « The Early Kassite Period », dans A. Bartelmus et K. Sternitzke (dir.), Karduniaš : Babylonia under the Kassites, Boston et Berlin, 2017, p. 54-61 ; ..

La fin de la Première dynastie