Blaise de Monluc (de Lasseran de Massencome), seigneur de Monluc, né entre 1500 et 1502 à Saint-Puy (Gascogne) et mort le à Estillac (Montluc) (Gascogne) ou à Condom, est un maréchal de France et un mémorialiste du .

Serviteur de cinq rois (François , Henri II, François II, Charles IX et Henri III), Monluc se fit connaître pendant les guerres d'Italie et les guerres de religion, où il mena une répression féroce contre les protestants de Guyenne ; il est élevé par Henri III à la dignité de maréchal de France en 1574.

Il est principalement connu pour ses Commentaires qui couvrent une vaste période, de l'année 1521 jusqu'en 1576, et dont le texte a été publié en 1592, après sa mort.

Origines

Blaise de Monluc appartenait à la famille de Monluc (écrit aussi Montluc, probablement à tortNote : Monluc s'appelait autrefois Bonluc (en latin bono luco), ce qui explique pourquoi Blaise de Monluc signait Monluc et non Montluc (Voir la note en bas de page).), peut-être liée à la grande famille gasconne de Montesquiou, dont elle serait un rameau détaché au . Cependant le maréchal n'a jamais revendiqué aucun lien généalogique agnatique avec la famille de Montesquiou en général ni avec les Lasseran-Massencomme en particulier, même si Mansencôme est effectivement proche de Saint-Puy.

Selon Borel d'Hauterive (, p. 180), Tamizey de Larroque (, p. 2) et , le berceau familial éponyme est Monluc, à Monheurt, en Agenais. Si cela est avéré, Blaise avait-il conservé cette terre et en était-il toujours le seigneur ?

De ses oncles maternels, Blaise hérite aussi, vers 1544, de la seigneurie et le château d'Estillac en Agenais, château qui prend son nom : Montluc. Un château de Saint-Puy (Sempuy) au comté de Gaure, bien paternel où naquit Blaise, s'appelle également Monluc, sans doute du nom de ses possesseurs (qui seraient donc ici éponymes, plutôt que l'inverse) : la famille pouvait l'avoir depuis ses père ou grand-père, François ou Amanieu de Monluc, donc depuis la moitié du — ou même bien avant si les Monluc sont bien une branche des Lasseran-Massencôme (cf. le débat ci-après) (par ailleurs, si les Monluc sont distincts des Lasseran-Massencôme, leur présence à Saint-Puy reste inexpliquée : peut-être par une alliance, la belle-mère d'Amanieu de Monluc étant par exemple Isabeau de Lomagne-Fimarcon) ; et ce Monluc de Sempuy est-il l'actuel domaine viticole de ce nom, au centre-bourg, ou un château à Sainte-Gemme en Sempuy, au sud-est de la commune ? Selon les généalogies publiées à partir des années 1730 d'après les travaux de Charles d'Hozier et de du Fourny (, p. 174), les Monluc sont un rameau cadet de la Maison de Montesquiou car elle se rattacherait à une branche puînée de cette illustre Maison (issue des Fezensac et donc des anciens comtes/ducs de Gascogne), la branche des Lasseran Massencôme issue d'Odet/Odon de Montesquiou, seigneur de Saint-Pouy (et de Monluc/Bonluc ?), marié en 1318 avec Aude de Lasseran, dame de Massencomme, et dont les enfants prirent le nom.. Ce rattachement des Monluc au dit Odon de Montesquiou (fl. dans la moitié du et au début du ) par le truchement des Lasseran Massencôme, se réaliserait ainsi : le fils cadet d'Odet/Odon et d'Aude, Guillaume/Guillem-Arnaud de Montesquiou de Lasseran Massencomme serait l'arrière-grand-père de Pierre de Monluc, lui-même le bisaïeul de notre Blaise ; cette parenté est néanmoins d’abord contestée par le généalogiste André Borel d'Hauterive qui écrit :« Le nom de Monluc figura pour la première fois vers la fin du ...Il appartenait à une race de gentilshommes sans illustration, sans fortune et sans crédit. En 1482 vivait Pierre de Monluc... maître d'hôtel du sérénissime seigneur d'Albret. Amanieu, son fils, aïeul du maréchal, n'est connu que par les détails renfermés dans deux passages des Commentaires de Monluc... François de Monluc, fils d'Amanieu et père du maréchal, n'est également connu que par (ces) deux passages. Rien n'indique le moindre lien du sang entre les seigneurs de Monluc et les Lasseran Massencomme, branche puînée de la Maison de Montesquiou. Cependant, s'il eût connu ou même présumé une semblable parenté, le maréchal n'aurait pas manqué de la signaler dans ses Commentaires, car il cite toujours avec orgueil la noblesse de son extraction, et relève la condition pauvre mais sans tache de ses ancêtres... (Cependant, au ) La postérité de Blaise de Montluc était éteinte depuis un siècle, nul héritier direct ne pouvait revendiquer la haute illustration de cette famille (de Monluc). Les Montesquiou mirent tous leurs soins à la rattacher à leur maison comme rameau de la branche cadette de Lasseran Massencomme. Quelques points d'analogie dans les armes et les alliances contractées entre les deux familles donnèrent au système de jonction une apparence de probabilité ou du moins de vraisemblance. La complaisance des généalogistes fit le reste et grâce à la haute considération dont jouissait le nom de Montesquiou pas une voix ne s'éleva pour émettre le moindre doute. Voici comment les auteurs de la troisième édition de L'Histoire des grands officiers de la Couronne du P. Anselme dans le tome VII publié en 1738 établirent pour la première fois que les Montluc étaient issus des Montesquiou. »On remarque que ce ne sont pas les Monluc, alors éteints depuis longtemps, qui auraient sollicité la généalogie contestée par Borel d'Hauterive, mais les Montesquiou d'Artagnan — famille du maréchal Pierre — qui veulent, malgré leur noble extraction, établir un lien avec les Monluc — illustrés par deux maréchaux de France, Blaise et Jean — en rattachant ces derniers aux Lasseran Massencôme, branche puînée des Montesquiou. Néanmoins Borel d’Hauterive révise ses affirmations dans ses écrits ultérieurs. Dans sa préface à l’édition de la Pléiade des « Commentaires », Jean Giono ne remet pour sa part pas en cause la filiation de Monluc avec les Montesquiou. Et dans les « Commentaires » mêmes, le maréchal mentionne à plusieurs reprises des officiers de la famille de Montesquiou comme « mon parent ».

Le petit-fils du maréchal, Adrien de Monluc-Montesquiou (vers 1568-1646), fils de François Fabian de Monluc et d'Anne de Montesquiou, (publiera la première généalogie de la famille de Lasseran de Massencomme pour son admission aux ordres du Roi en 1626), et se rattachera en 1629 aux Montesquiou, mais seulement par sa mère Anne, la dame de Montesquiou, ce qui est incontestable (, p. 171).

Quant aux Lasseran Massencôme avérés, ils ont continué la postérité du fils aîné d'Odet et d'Aude — Guillem/Guilhem de Montesquiou (il testa en 1361) — dont l'arrière-arrière-petite-fille Isabeau de Lasseran Massencôme (elle testa en 1502) porta l'héritage, les armes et le nom chez son mari Charles Aimeri de Poyanne : leurs descendants de Poyanne de Lasseran Mansencôme ont même relevé le glorieux nom de Monluc (il y avait eu une alliance entre la tante de Blaise, Rose de Monluc, et Odet de Lasseran-Massencôme, l'oncle d'Isabeau, sans postérité), devenant les Lasseran-Massencôme-Monluc, qui eurent La Garde, Miramont... Cependant, les Monluc ont failli recevoir aux alentours de 1500 les biens des Lasseran-Massencôme, car Louis de Lasseran-Massencôme (il teste en 1462), le père de cet Odet, avait organisé sa succession en cas d'extinction des mâles en leur substituant les Monluc (Borel d'Hauterive n'explique pas ce choix en faveur des Monluc ; serait-ce parce qu'il y avait effectivement un lien entre du sang entre les Monluc et les Lasseran Massencomme, ce qui va contre la position de Borel d'Hauterive ?) ; mais Odet, dès 1486, légua en faveur de sa nièce Isabelle à l'occasion de son mariage avec Poyanne, et un accord amiable avec Amanieu de Monluc (le grand-père de Blaise) entérina cette nouvelle disposition (, p. 169-170).

Jeunesse et années de formation

Blaise de Monluc était le fils aîné de François de Monluc, qui possédait plusieurs modestes seigneuries en Armagnac et en Agenais, et de Françoise de Mondenard, dame d'Estillac, où elle possédait un château. Il était l'aîné de cinq sœurs et de six frères.

Le plus connu était Jean de Monluc, évêque de Valence et de Die. Joachim de Monluc, prince de Chabanais, dit le Jeune Monluc, frère de Blaise, était seigneur de Lioux et de Longueville. Dans ses Commentaires, Blaise de Monluc le désigne souvent comme "Monsieur de Lioux, mon frère", selon l'habitude du qui consistait à désigner les nobles non pas par leur nom de famille mais par le principal titre nobiliaire ou ecclésiastique qu'ils détenaient, ceci afin d'éviter toute confusion entre eux et leurs éventuels frères. La sœur de Blaise de Monluc, Anne de Lasseran-Massencôme, dame de l'Isle, a épousé François de Gélas, seigneur de Léberon, et a eu deux fils, Antoine de Gélas de Léberon (père de Lysander de Gélas de Léberon, vicomte de Lautrec et sire d'Ambres par son mariage avec Ambroise de Voisins de Lautrec), qui a participé aux combats de son oncle, et Charles de Gélas de Léberon qui a succédé à son oncle Jean de Monluc comme évêque de Valence et de Die.

Le père de Blaise était relativement désargenté et le jeune garçon eut une enfance toute campagnarde, sans guère de luxe ni de confort. Accoutumé tôt aux exercices physiques, il ne reçut qu'une faible instruction, qui se borna aux rudiments, et plus tard il le regretta. Par relations, il fut admis comme page à la cour du duc Antoine de Lorraine, prince brillant qui combattit aux côtés de Louis XII lors des premières guerres d'Italie. Le duc, époux de Renée de Bourbon-Montpensier, tenait à Nancy une cour qui parut somptueuse à Blaise de Monluc, que l'on surnommait alors « Blaizot » ou « le page gascon ». Il y acquit une certaine éducation, améliorant en outre sa connaissance de l'équitation et de l'escrime. Trop jeune pour suivre le duc de Lorraine en Italie en 1515, Blaise de Monluc dut rester à Nancy où il fut attaché au service de la duchesse. Hors de page à , selon la coutume, il tint d'abord garnison à Nancy comme simple archer dans les troupes ducales. Mais désireux d'entamer une véritable carrière militaire "pour y acquérir de l'honneur", il quitta la Lorraine, retourna à Saint-Puy visiter ses parents qui lui donnèrent quelques secours puis se rendit à Milan où Lautrec et Lescun venaient de réprimer une émeute. Il y trouva ses deux oncles maternels, qui le firent entrer comme archer dans la compagnie de Lescun. La reprise de la guerre entre François , et Charles Quint, en 1521, inaugure le début de la carrière militaire de Monluc.

Guerres d’Italie

Comme tous les jeunes nobles de son temps désireux de se distinguer avec panache dans le métier des armes, il suivit avec intérêt les fameuses guerres d'Italie, que l'on nomme « Voyages en Italie ». Dès qu’il fut en âge de porter les armes, il partit se battre.