Macbeth est une tragédie de William Shakespeare datant de 1623. Elle prend place dans l'Écosse médiévale et retrace de manière très romancée le règne de Macbeth (1040-1057), en s'inspirant de près du récit qu'en fait Raphael Holinshed dans ses Chroniques, parues en 1587. Dévoré d'ambition, le général Macbeth commet le crime de régicide pour s'emparer du pouvoir, poussé par son épouse Lady Macbeth, mais la culpabilité et la paranoïa les font peu à peu sombrer dans la folie.

La date de rédaction de Macbeth est inconnue, mais elle pourrait se situer entre 1599 et 1606 si l'on tente de la lire à la lumière des événements contemporains, en particulier l'avènement du roi écossais Jacques VI sur le trône d'Angleterre en 1603 et la Conspiration des Poudres en 1605. Elle est publiée pour la première fois dans le Premier Folio en 1623.

Macbeth est la plus courte des tragédies de Shakespeare et l'une de ses plus populaires : de nombreux acteurs de renom ont interprété les rôles de Macbeth et Lady Macbeth, et ses adaptations dans d'autres médias sont nombreuses. Une superstition théâtrale veut qu'elle soit maudite et qu'il faille plutôt l'appeler « la pièce écossaise » que prononcer son nom sur scène.

Personnages

Intrigue

Acte I

vignette|Macbeth, Banquo et les sorcières, par John Martin.

La pièce débute alors que l'orage gronde sur la lande. Les annoncent leur prochaine rencontre avec Macbeth. Dans la scène suivante, un capitaine blessé rapporte au roi Duncan la bravoure de Macbeth et Banquo contre les armées norvégiennes et celles de leurs alliés irlandais. Duncan décide de conférer le titre de thane de Cawdor, coupable de trahison, à Macbeth.

Macbeth et Banquo cheminent sur la lande. Les trois sorcières apparaissent et leur prédisent leur avenir avant de s'évaporer : le premier, déjà thane de Glamis, est devenu thane de Cawdor et deviendra roi, tandis que le second, qui ne sera pas lui-même roi, aura des descendants qui le seront. Alors que les deux hommes s'interrogent sur la réalité de la scène, le thane de Ross les rejoint et annonce à Macbeth que le roi l'a en effet nommé thane de Cawdor.

Après avoir annoncé la promotion de Macbeth, Duncan proclame héritier son fils Malcolm et indique son intention de passer la nuit chez Macbeth, à Inverness. Informée de la prophétie des sorcières par son mari, Lady Macbeth le presse de tuer le roi le soir même. Il se laisse convaincre. Leur plan consiste à saouler les chambellans du roi pour les neutraliser, puis de les accuser du meurtre le lendemain matin.

Acte II

En proie au doute et à des hallucinations, Macbeth parvient tout de même à poignarder le roi endormi. Le choc est tel que Lady Macbeth doit prendre en main la suite des opérations et barbouiller de sang les chambellans ivres. Le lendemain matin, deux thanes, Lennox et Macduff, arrivent au château de Macbeth. Le portier les introduit, et Macduff découvre le corps du roi. Macbeth tue rapidement les chambellans avant qu'ils n'aient le temps de protester de leur innocence. Craignant d'être les prochaines victimes de l'assassin, les deux fils de Duncan, Malcolm et Donalbain, s'enfuient en Angleterre et en Irlande respectivement. Cette fuite les rend suspects, et Macbeth monte sur le trône, tandis que Banquo se rappelle la prophétie des sorcières.

Acte III

vignette|gauche|Macbeth apercevant le spectre de Banquo, par Théodore Chassériau.

Macbeth aussi se souvient de ce qu'ont prédit les sorcières à Banquo. La perspective d'être démasqué par lui ne lui sourit guère, tout comme l'idée de n'avoir commis un crime qu'au bénéfice de ses descendants à lui. Il décide de faire d'une pierre deux coups en envoyant des assassins contre Banquo et son fils Fleance, mais si le père succombe, le fils parvient à leur échapper, pour la plus grande colère du roi. Lors du banquet qu'il organise ensuite, il voit le fantôme de son ami s'asseoir à sa place et se lance dans une diatribe insensée qui laisse les convives stupéfaits. Lady Macbeth prétexte un délire du roi et leur fait quitter la salle.

Acte IV vignette|Macbeth dans la grotte des sorcières, par Gustave Doré. Macbeth se rend auprès des trois sorcières et leur demande la vérité. Elles invoquent d'effroyables apparitions pour lui répondre : une tête casquée lui dit de se méfier de Macduff, un enfant ensanglanté lui annonce que nul homme né d'une femme ne pourra le blesser, et un enfant couronné tenant un arbre dans la main lui prédit que rien de mal ne peut lui arriver tant que la forêt de Birnam ne s'est pas mise en marche vers la colline de Dunsinane.

Ces prophéties apparemment irréalisables rassurent Macbeth, mais lorsqu'il demande si les descendants de Banquo régneront sur l'Écosse, il est horrifié de voir une procession de huit rois qui ressemblent à son ami assassiné. Les sorcières disparaissent ensuite. Lennox entre et annonce à Macbeth que Macduff s'est enfui en Angleterre. Le roi ordonne de saisir ses biens et fait assassiner sa femme et son fils.

Acte V vignette|gauche|Lady Macbeth somnambule, par Johann Heinrich Füssli.

Dévorée par la culpabilité, Lady Macbeth est sujette à des crises de somnambulisme auxquelles assistent sa dame de compagnie et son médecin. Elle cherche inlassablement à laver les taches de sang qu'elle imagine voir sur ses mains en déplorant les meurtres commis à l'instigation d'elle-même et de son mari.

En Angleterre, Macduff apprend la mort des siens et jure de se venger. Il rallie l'armée levée par Malcolm pour marcher contre Macbeth. La noblesse écossaise, épouvantée par la tyrannie et la violence de Macbeth, apporte son soutien au prétendant, de même que le comte de Northumberland Siward et son fils Siward le jeune. Les soldats, qui marchent vers le château de Dunsinane, se dissimulent sous des branches d'arbres coupées dans le bois de Birnam.

Macbeth apprend que sa femme s'est suicidée. Il sombre dans un profond désespoir et médite sur le caractère éphémère et dénué de sens de l'existence. Cela ne l'empêche pas de fortifier Dunsinane, car il garde foi dans les prophéties des sorcières et reste persuadé de son invincibilité. En apprenant que l'armée anglaise approche sous le couvert des branchages du bois de Birnham, la peur s'empare de lui. Durant la bataille qui s'ensuit, Macbeth tue le jeune Siward et se retrouve face à face avec Macduff. Ce dernier lui apprend qu'il satisfait à la prophétie des sorcières, car il est né par césarienne : ayant été arraché avant terme du ventre de sa mère, il n'est donc pas « né d'une femme ». Macbeth comprend qu'il est condamné, mais il lutte jusqu'à la mort.

Macduff remonte sur scène avec la tête de Macbeth à la main. Malcolm annonce le rétablissement de l'ordre avec son avènement et invite l'assemblée à assister à son couronnement à Scone.

Sources vignette |gauche| Macbeth et Banquo rencontrent les sorcières dans les Chroniques de Raphael Holinshed.

Pour écrire Macbeth, Shakespeare s'est inspiré de plusieurs passages des Chroniques de Raphael Holinshed, une histoire des îles Britanniques dont la seconde édition, parue en 1587, lui a fourni le matériau de la plupart de ses pièces historiques. La Rerum Scoticarum Historia de George Buchanan a également pu lui servir de source.

Les changements apportés par Shakespeare au récit de Holinshed ont des motifs aussi bien politiques que dramatiques. Par exemple, dans les Chroniques, Banquo est complice du meurtre du roi Duncan, mais Shakespeare choisit d'en faire un innocent qui rend par contraste le crime de Macbeth encore plus odieux. Son assassinat sur l'ordre du même Macbeth acquiert également davantage de poids auprès du public. En outre, Banquo est censé être l'ancêtre de la maison Stuart, qui règne sur l'Angleterre et l'Écosse en la personne de Jacques : le présenter comme un criminel serait risqué pour le dramaturge.

L'actualité a aussi pu inspirer Shakespeare, en particulier la Conspiration des poudres, démasquée en 1605. Plusieurs passages de la pièce peuvent être lus comme des références obliques à la Conspiration et aux procès des conjurés. En particulier, le discours du portier renverrait à la défense du prêtre Henry Garnet, exécuté pour complicité en .

Analyse

Le Mal

Les Sorcières, prêtresses du Mal vignette|Macbeth dans la grotte des sorcières, par Edwin Austin Abbey. Les 3 sorcières sont les émanations d'un même principe. Le nombre 3 rappelle les Parques de la mythologie romaine (ou les Moires grecques avant elles) : ces divinités maîtresses de la destinée humaine, de la naissance à la mort, sont généralement représentées comme des fileuses mesurant la vie des hommes et tranchant le destin. Ici, les sorcières jouent sans cesse comme des enfants, entre rite et comptine. Quand la forme est ludique, le fond est plus noir.(LES TROIS SORCIÈRES) Les Folles Sœurs, main dans la main, Voyageuses par mer et terre,vont alentour à tous chemins ;Trois fois pour toi, et trois pour moi,Encore trois fois faisant neuf fois.Paix ! car le charme va se faire. Ces créatures prennent un malin plaisir à commettre le mal. Elles n'agissent que par sadisme, tandis que les Parques antiques sont neutres et dépassionnées. Leurs apparitions sont littérairement informes, déshumanisées, tandis que leur barbe défie les lois de la nature. Shakespeare veut souligner la dimension inhumaine du Mal : le Mal est étranger à l'humanité, dans une optique similaire à celle des futures Lumières.

Les sorcières prédisent-elles l'avenir ? Par préméditation, elles rencontrent Macbeth afin de lui annoncer qu'il deviendra roi. A-t-on vraiment affaire à une parole prophétique ? En vérité, elles n'ont aucun pouvoir oraculaire, mais voient en Macbeth une possibilité de faire émerger les ténèbres du mal. Le motif de la tentation du personnage éponyme rappelle le motif du serpent biblique : un agent extérieur lance l'action mauvaise.

Shakespeare utilise dans le texte original les termes de "weird sisters", que l'on peut traduire en français par sœurs folles, étranges, fatales, etc. Pierre Jean Jouve souligne qu'elles sont des "expressions du destin" ; le terme de "Sœurs fatales" est donc bien approprié mais il se permet de traduire par "folles" selon le contexte (le passage ci-dessus provient de sa traduction, éditions Flammarion). Dans la mythologie scandinave, on parlerait de Nornes ou de géants (jötunn). Ce point étymologique illustre le génie synthétique de Shakespeare. La folie a une dimension pathologique qui heurte la raison : ces 3 sœurs ont des desseins impénétrables. Macbeth est peut-être un drame du malentendu.

Dans la troisième scène de l'acte III, Macbeth délègue le crime à trois personnes comme les 3 sorcières : il concrétise la triple apparition des sœurs dans le monde réel. Il entend reprendre la main sur la domination de la Trinité maléfique : il dirige désormais les 3 meurtriers.

Macbeth face aux forces du mal Dans la deuxième scène de l'acte I, le portrait de Macbeth est indirect : c'est principalement par les paroles du Capitaine devant le roi Duncan qu'il s'établit ("Macbeth le brave"). Guerrier loyal et courageux, Macbeth est animé par des idéaux qui dépassent sa simple personne. Le personnage a les traits du héros chevaleresque et valeureux. ; il n'a donc aucune prédisposition à la traîtrise. Mais il reste capable d'une grande violence, ce qui n'est pas sans étonner le capitaine. Homme tout vertueux soit-il, il peut verser le sang ; il s'agira toutefois d'une violence légitime, à des fins héroïques. Le roi Duncan insiste sur le "goût de l'honneur", comme si le meurtre pouvait être honorable. Peut-être doit-on y voir une ironie de la part de Shakespeare à louer un Macbeth barbare. Apparemment, le mal qu'accomplira Macbeth ne semble répondre à aucune nécessité. Tout porte à croire que s'il n'avait pas rencontré les sorcières, il aurait continué de mener une vie de loyal vassal.