vignette|La Vierge de miséricorde, d'Enguerrand Quarton et Pierre Villate, retable Cadard, vers 1452, musée Condé (Chantilly), comme l'image d'une Église réconciliée avec elle-même. Le Grand Schisme, qui prend fin lors du concile de Constance (1414-1418), a considérablement affaibli l'Église, permettant à des idées neuves de se propager et aux nations de s'affirmer..|270x270px

Le grand schisme d’Occident (souvent appelé « le Grand Schisme ») est une crise pontificale qui divise pendant presque quarante ans le christianisme occidental d'obédience romaineAu , le christianisme a connu un premier schisme avec le départ des chrétiens d'Orient, qui refusent de reconnaître la prééminence de l'autorité de l'évêque de Rome, constituant des Églises autonomes dirigées par les patriarches de Constantinople, d'Antioche, etc. en deux courants politiques rivaux dont les papes respectifs — à Rome et à Avignon — se succèdent simultanément en s'excommuniant réciproquement de 1378 à 1417.

Le schisme débute en 1378 à la mort du pape , qui réside alors à Rome : son successeur, , fait preuve d'un autoritarisme brutal et a le don de se créer des ennemis, notamment les cardinaux français qui composent la majorité du collège cardinalice et qui élisent un autre pape, . Celui-ci revient s'installer à Avignon tandis qu' reste à Rome. Le schisme ne s'achève qu'en 1417 grâce au concile de Constance.

Cette crise survient dans une Europe frappée par la guerre de Cent Ans. En effet, l'Église romaine n'a plus le rôle culturel et social qui était le sien au début du Moyen Âge et qui l'avait rendue indispensable à l'exercice du pouvoir.

Le Moyen Âge tardif est marqué par la transition des États féodaux () vers des États plus centralisés, que l'Église n'est plus en mesure de contrôler. Sur le plan politique, cela se traduit en Italie par les luttes du pape et de l'empereur, et par l'affrontement entre guelfes et gibelins du , et vers 1300 par l'affrontement entre le roi de France Philippe le Bel et le pape .

Ce dernier conflit aboutit à l'installation de la papauté à Avignon en 1309, puis en 1378, au Grand Schisme : de 1378 à 1417, deux lignées de papes, chacune considérée par l'autre comme composée d’antipapes, s'opposent, l'une à Rome, l'autre à Avignon. L'Église catholique sort moralement et spirituellement affaiblie de cette crise : les particularismes nationaux s'exacerbent, notamment le gallicanisme dans le royaume de France, le sentiment religieux se modifie au détriment du pouvoir du pape et des clercs, des hérésies apparaissentPour une synthèse sur la vie spirituelle et politique lors du Grand Schisme, voir ., particulièrement celle des hussites dans le royaume de Bohême, fief impérial détenu par les empereurs de la maison de Luxembourg.

Origines du conflit Mutation sociale

vignette|upright|Le mouvement de la paix de Dieu assoit par des décisions conciliaires le rôle de chacun des trois ordres dans la société médiévale.

Depuis le et le mouvement de la paix de Dieu, l'Église impose l'image d'une société divisée en trois ordresChristian Lauranzon-Rosaz, « Paix de Dieu ». Site de l'université de droit et de science politique de Clermont-Ferrand et Stéphane Pouyllau, La Paix et la Trêve de Dieu.. Laissant le pouvoir temporel et militaire à la noblesse, elle devient le garant moral de l'équilibre social. Concentrant toutes les connaissances depuis la fin de l'Antiquité, principal promoteur de l'enseignement et des progrès scientifiques et techniques (principalement par les connaissances conservées dans les abbayes), le clergé se positionne comme l'élément central et indispensable de la société médiévale. Les clercs, sachant lire et compter, gèrent les institutions ; les religieux font fonctionner les œuvres caritatives. et les écoles. ; par le biais des fêtes religieuses, le nombre des jours chômés atteint 140 par an..

Maîtrisant les échanges culturels et bénéficiant des meilleures connaissances techniques, les abbayes se taillent vite la part dominante dans le tissu économique encore majoritairement agricole. L'Église connaît l'apogée de sa puissance économique, culturelle, politique et même militaire, du fait des ordres militaires qui permettent de compter sur des forces armées permanentes sans avoir à les solder, pendant les croisades.

À partir de la fin du , l'équilibre entre les trois ordres se rompt. D'une part, la bourgeoisie, désormais bailleur de fonds des princes et des hauts dignitaires de l'Église, détient une puissance économique qui la rend progressivement politiquement indispensable. D'autre part, pour les besoins du commerce, puis pour assurer sa propre ascension sociale, elle a pris en charge une partie de la culture, créant des écoles laïques et finançant un mécénat culturel ainsi que nombre d'œuvres sociales. La plupart des innovations techniques sont alors le fait de laïcs, ingénieurs, architectes (tels Villard de Honnecourt), artisans (tels Jacopo et Giovanni Dondi, concepteurs de l'horloge à échappement). La place de choix accordée à l'Église dans la société pour son rôle culturel et social, se justifie de moins en moins.

gauche|vignette|upright|Les travaux de Pierre de Maricourt sur le magnétisme permettent la mise au point de la boussole : Epistola de magnete (1269).|alt=

Alors que le clergé était à la pointe du progrès scientifique et philosophique avec des universitaires comme Roger Bacon, Robert Grossetête, Pierre de Maricourt, Pierre Abélard ou Thomas d'Aquin, certains de ses membres craignent d'être dépassés par des évolutions qui remettent en cause sa place. Un tournant est pris le , lorsque l'évêque de Paris, Étienne Tempier, condamne les averroïstes (Siger de Brabant) et certaines thèses de Thomas d'Aquin. L'Église devient une force conservatrice tout en laissant développer des positions mystiques, laissant la bourgeoisie prendre un rôle croissant dans le progrès scientifique et philosophique.

Confrontée à sa perte d'influence spirituelle, elle tente d'accaparer le pouvoir temporel, ce à quoi Philippe le Bel réagit très violemment, s'appuyant en particulier sur les universitaires et sur la bourgeoisie dont il renforce le pouvoir politique en créant les États généraux. Les sont marqués par la lutte entre deux conceptions de la société qui transparaît en filigrane dans la guerre de Cent Ans où l'ordre féodal est menacé par la demande de reconnaissance politique des villes, avec pour exemple Étienne Marcel ou l'ordonnance cabochienne.

L'affrontement entre Philippe le Bel et la papauté (1295-1309) vignette|upright|Arnolfo di Cambio, statue de , Museo dell'Opera del Duomo (Florence). vignette|upright|Philippe le Bel, Recueil des rois de France, vers 1550.

Premières confrontations (1295-1302) Philippe IV le Bel (1268-1314), roi de France à partir de 1285, a besoin de ressources pour entretenir une armée et une marine Et le comte de Flandre ? C'est lui qui est le premier menacé par les villes de son comté !, notamment Bruges et Gand.

En 1295, il lève un impôt exceptionnel sur le clergé, la décime. Le pape , qui tire des revenus abondants du royaume de France, répond en 1296 dans la bulle Clericis laicos que le clergé ne peut être soumis à aucun impôt sans l'accord du Saint-Siège. Les évêques sont tenus de suivre les recommandations du Saint-Siège sous peine d'excommunication et de ne rien verser au Trésor royal.

En rétorsion, Philippe Le Bel .

En 1302, par la bulle Unam Sanctam, affirme la supériorité du pouvoir spirituel sur le pouvoir temporel et la supériorité du pape sur les rois, ces derniers étant responsables devant le chef de l'Église John Wyclif's Political Philosophy, Stanford Encyclopedia of Philosophy..

Philippe le Bel réunit alors un concile des évêques de France pour s'opposer au pape, ainsi que des assemblées de nobles et de bourgeois à Paris. Le roi cherche l'appui de tous ses sujets, afin de légitimer la lutte qu'il mène contre le papeLaurent Theis, Histoire du Moyen Âge français, Perrin, 1992, ..

Ce dernier et de jeter l'interdit sur le royaume de France.

vignette|Tombe de , grotte vaticane.

L'attentat d'Anagni et la mort de Boniface (1303) Fort du soutien de la population et du clergé de France, le roi envoie son garde des Sceaux, Guillaume de Nogaret (avec une escorte), en Italie, afin d'arrêter le pape et de le faire juger par un concile. Nogaret est bientôt rejoint par un ennemi de , Sciarra Colonna, qui lui fait savoir que le pape s'est réfugié à Anagni. Le , lors d'un entretien tumultueux, le pape est menacé par Guillaume de Nogaret. Il meurt quelques semaines plus tard.

Philippe le Bel et Benoît XI (1303-1304) Son successeur, , est élu le dans une atmosphère détestable.

Il annule la plupart des mesures de nature à vexer le puissant roi de France avant de mourir lui-même le .

La période des papes d'Avignon (1309-1376) L'élection de Clément V et les débuts de la papauté à Avignon Pendant onze mois, des tractations ont lieu entre le parti français, conduit par la famille romaine des Colonna, et le parti de , emmené par les Caetani.

Il est finalement décidé de choisir le pape à l'extérieur du Sacré Collège des cardinaux et une quasi-unanimité se fait sur le nom de Bertrand de Got, prélat diplomate et juriste éminent, resté neutre dans la querelle entre le roi Philippe le Bel et le pape . Le , les cardinaux, réunis en conclave à Pérouse, élisent Bertrand de Got qui choisit le nom de . C'est le premier pape français depuis en 1119.

Le nouveau pape renonce à se rendre à Rome par crainte des intrigues locales et des risques liés au conflit des guelfes et des gibelinsMichel Balard, Jean-Philippe Genet et Michel Rouche, Le Moyen Âge en Occident, Hachette, 2003, .. Il choisit de se faire couronner à Lyon, alors encore dans le Saint-Empire romain germanique ().

gauche|vignette|230px|Façade du palais des Papes à Avignon.

fait son possible pour se concilier Philippe le Bel et repousse sa demande de procès posthume contre , qui aurait pu justifier a posteriori l'attentat d'Anagni. En 1307, il a une entrevue avec le roi où il est question du sort des Templiers, que Philippe le Bel veut supprimer. C'est chose faite le vendredi , sans que le pape ait pu donner son avis.

Comme il n'est toujours pas en mesure de s'établir à Rome et veut suivre de près le procès des Templiers, décide en 1309 de s'établir provisoirement dans un couvent dominicain d'Avignon (aussi dans le Saint-Empire) qui lui est cédé par le roi de Sicile, aussi comte de Provence.

L'influence française sur les papes d'Avignon

Cet établissement aux frontières du royaume de France traduit l'abaissement de la papauté par rapport à l'époque d' (pape de 1198 à 1214).

Les papes résident à Avignon de 1309 à 1376, depuis Clément V (pape en 1305) jusqu'à Grégoire XI (qui meurt en 1378). Ils sont tous français : (1305-1314), (1316-1334), (1334-1342), (1342-1352), (1352-1362), (1362-1370) (1370-1378).

Durant cette période, huit cardinaux sur dix sont aussi français et proches du roi de France.

Ce sont donc des Français qui nomment des provinces ecclésiastiques d’Italie, au détriment des Italiens habitués à recevoir les bénéfices liés à ces charges.

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Les conflits en Italie des années 1370 La guerre contre les Visconti (1371-1375) Leur mécontentement est amplifié par la reprise du conflit (qui remonte au ) entre les guelfes, partisans de la papauté, dirigés par les rois de Naples de la maison d'Anjou, et les gibelins, guidés par les chefs de la famille Visconti, à la tête du duché de Milan.

À partir de 1317, mais particulièrement de 1371 à 1375, la papauté d'Avignon est en conflit avec les Visconti..