, dit « le Bref »Décalque de son nom latin : Les monumens de la monarchie française, 1729, : « Pipinus Brevis dictus a patre accipit Neustriam, Burgundiam et Provinciam »., né en 714Jean Favier, Dictionnaire de la France médiévale, Fayard, 1995, . et mort le Pépin le Bref sur le site de la Fondation pour la généalogie médiévale. à Saint-Denis, près de Paris, est roi des Francs de 751 à 768. Issu de la famille noble franque que l'on appellera les Pépinides, maires du palais de père en fils et véritables détenteurs du pouvoir sous les derniers Mérovingiens, il sera le seul maire du palais à s'être proclamé roi, en renvoyant au monastère le dernier roi mérovingien , créant ainsi une dynastie, les Carolingiens. Il est le fils de Charles Martel et le père de Charlemagne.
Biographie
thumb|Statue de Pépin le Bref sur le socle de la Statue équestre de Charlemagne, boulevard d'Avroy à Liège.
Né peut-être à Jupille. (en raison de la présence possible d'une résidence des souverains carolingiens près de Liège où serait mort son grand-père Pépin de Herstal)., il est le fils cadet de Charles Martel et de Rotrude (690C-724).
Il semblerait que son surnom, apparu assez tard dans l'historiographie (il est mentionné par le moine de l'abbaye bénédictine de Saint-Gall, Notker le Bègue, vers la fin du et devient général chez tous les auteurs à partir du .), soit dû à sa petite taille, « bref » signifiant « court » à l'époque..
Les chroniques de l'époque donnent peu de renseignements sur sa jeunesse. L'hagiographe Alcuin, dans sa Vita Willibrordi, précise que Pépin est confié aux moines de Saint-Denis. Alors que son frère aîné Carloman accompagne Charles Martel pour participer à ses campagnes militaires, Pépin, même s'il est destiné à recevoir en partage la mairie du royaume francL'application de la coutume franque est basée sur le partage de l'héritage entre tous les fils héritiers plutôt que son attribution seulement au fils aîné, en dépit de la règle de primogéniture agnatique (masculine) appliquée chez les Romains., est plus dédié à la religion, grâce à ces moines qui l'éduquent dans la piété et lui donnent une certaine érudition..
Vers 738, Pépin est envoyé par son père à la cour du roi lombard Liutprand qui devait l'adopter par les armesAlain Dubreucq, « Fils de l'Église », In: Clovis, de Michel Rouche. Presses de l'Université de Paris-Sorbonne, 1997. p. 92. ; selon Paul Diacre, Liutprand, suivant la coutume de sa nation, lui coupa des boucles de cheveux en signe d'adoptionHistoire des Lombards, , 53..
Maire du palais avec Carloman Le partage de l'héritage de Charles Martel En cette période de décadence de la dynastie mérovingienne, les rois légitimes n'ont plus aucune autorité : les vrais dirigeants de l'État sont les maires du palais, en particulier lorsqu'il s'agit d'hommes énergiques, comme Charles Martel.
À sa mort, en 741, sa charge de maire du palais est partagée, selon la tradition franque, entre ses deux fils.. L'aîné Carloman, devient maire du palais d'Austrasie et obtient l'Alémanie et la Thuringe, Pépin devient maire du palais de Neustrie et garde la Provence et la Bourgogne. Griffon, le troisième fils de Charles Martel, né de Swanahilde, une épouse bavaroise de second rang, n'obtient que quelques comtésG. Bührer-Thierry, L'Europe carolingienne (714-888), 1999, .. Pépin et Carloman font enfermer Griffon au château de Chèvremont, près de Liège..
En 742, les deux frères redéfinissent à Vieux-Poitiers leurs parts respectives et remettent en question les limites traditionnelles des royaumes francsGeorges Bordonove Charlemagne, empereur et roi, 1989, 26..
Pépin et Carloman luttent tout d'abord pour ramener la stabilité aux marges du royaume. Ils doivent faire face à des velléités d'autonomie sinon d'indépendance des , des Bavarois et des Alamans. Le duc de Bavière, Odilon, avait épousé malgré leur opposition leur sœur Hiltrude et s'était allié au duc d'Aquitaine . Odilon, malgré l'aide des Saxons, est vaincu sur le Lech en 743. Carloman lui enlève le Nordgau, mais ne le prive pas de son duché. L'Irlandais Virgile, nommé évêque de Salzbourg, s'occupe de surveiller les Bavarois. De son côté, , vaincu en 742 et en 745, doit renoncer à son duché d'Aquitaine et de Vasconie et se retirer à l'île de Ré. Il est remplacé par son fils Waïfre, qui donne encore du fil à retordre à Pépin. À l'est, l'aristocratie des Alamans est massacrée à Cannstatt sur le Neckar en 746. Leur duché est démembré et leur territoire confié à deux comtes francs, Warin et Ruthard.
Le soutien à la réforme de l'Église vignette|droite|Statue de Boniface (Mayence).
Ils entament ensuite une réforme de l'Église, avec l'aide de l'évêque Boniface de MayenceAnne-Orange Poilpré, Maiestas Domini, 2005, 170. ; ce dernier estimait en effet que le clergé était devenu incapable et débauché :
Les conciles, assemblées du clergé au cours desquelles étaient prises des décisions d'ordre disciplinaire ou théologique, n'étaient plus réunis depuis longtemps. D'autre part, l'Église franque se plaint d'avoir été spoliée par Charles Martel.
Des conciles sont organisés dès les premières années : le premier par Carloman en , appelé (concile germanique), a lieu en Austrasie peut-être à Cologne. ; le second également par Carloman, en aux Estinnes ; le troisième par Pépin, en à Soissons en Neustrie, où sont reprises et complétées les décisions adoptées lors des deux premiers conciles.
Cette réforme met en place une nouvelle hiérarchie au sein du clergé franc, à la tête de laquelle on trouve saint Boniface (-), l'évangélisateur de la Germanie, comme dirigeant des différents évêques répartis dans différentes villes du royaume. Les prêtres indignes sont destitués. Pépin décide de restituer les terres accaparées par son père en précaire à la demande du roi selon la precaria verbo regisArticle « précaire » dans C. Gauvard, A. de Libera, M. Zink (dir.), Dictionnaire du Moyen Âge, ..
En outre, Pépin soutient les tentatives de saint Boniface pour évangéliser les Germains d'au-delà du Rhin, principalement dans l'espoir que la conversion des turbulents voisins du royaume franc permette de pacifier les frontières et d'en préparer l'annexion future. Dans le cadre de ce soutien, le siège épiscopal de Mayence est érigé en métropole de la nouvelle Église germanique, qui est ainsi rattachée dès sa naissance à l'Église franqueHenri Pirenne, Histoire de l'Europe. Des invasions au , Paris-Bruxelles, 1939, ..
La crise de 743 En 743, Pépin et Carloman libèrent le mérovingien du monastère où il avait été enfermé par Charles Martel, et lui permettent d'occuper le trône dont leur père l'avait évincé. Son retour est motivé par la coalition formée par Griffon, le duc Odilon de Bavière, le duc d'Aquitaine et celui d'Alémanie, Théodebald. Ces derniers réagissent mal à l'élimination politique de Griffon (demi-frère de Pépin et Carloman) et contestent la légitimité des Pépinides. Après plusieurs campagnes militaires et le rétablissement de , Pépin et Carloman trouvent le moyen de les calmer pendant un moment.
En 744, Pépin épouseChristian Settipani, Les ancêtres de Charlemagne, 1989, 10. Bertrade de Laon traditionnellement appelée « Berthe au Grand Pied », fille de Caribert, comte de Laon. Elle lui donne plusieurs héritiers dont le futur empereur Charlemagne.
L'éviction du dernier mérovingien En 747, son frère Carloman, choisissant la vie monastique en Italie (au monastère du Mont-Cassin), cède la mairie d'Austrasie à son fils Drogon sous la régence de Pépin.. Pépin écarte Drogon et devient alors le seul dirigeant effectif de tout le royaume franc. Dès lors, il va tout faire pour se débarrasser de , le souverain mérovingien dont il dépend officiellement. D'ailleurs, son père, pour prouver l'inutilité des rois mérovingiens, avait laissé vacant le trône après la mort de en 737. Pendant les sept ans qui suivirent, tous les documents officiels furent datés de 737.
En 749 ou 750, Pépin envoie une délégation franquePépin envoie Fulrad, le chapelain de Saint-Denis et Burchard, évêque de Wurtzbourg. auprès du pape Zacharie, pour lui demander l'autorisation de mettre fin au règne décadent des Mérovingiens, et donc de le laisser prendre la couronne à la place de . Le pape, qui ne peut plus compter sur l'empereur à Constantinople pour faire barrage aux Lombards et est soucieux d'obtenir le soutien du royaume franc en lieu et place, accepte la requête de Pépin en déclarant que « celui qui exerce véritablement le pouvoir porte le titre de roi ». Notifiant son soutien envers le Pippinide, le souverain pontife promulgue une prescription apostolique « afin que l'ordre du monde ne fût pas troublé ».
vignette|Le Dernier des Mérovingiens selon Évariste-Vital Luminais (1822-1896). Musée des Beaux-Arts de Carcassonne.
En , Pépin dépose , dernier représentant des « rois fainéants », puis se fait élire roi des Francs, au champ de mai à SoissonsMichel Kaplan, Histoire médiévale, 1994, 179.. En se faisant acclamer par une assemblée d'évêques, de nobles et de leudes (grands du royaume), Pépin devient donc le premier représentant de la dynastie carolingienne. Cette élection se passe, pour une fois, sans effusion de sang. Après avoir été déposé, est tonsuré (il perd les cheveux longs, signe de pouvoir chez les mérovingiens) et va finir ses jours, enfermé au monastère de Saint-Bertin, près de Saint-OmerChantal du Ry, Huy - Histoire d'une ville médiévale à travers ses légendes et ses monuments, 2000, 51..
Roi des Francs L'onction de 751 Mais si Pépin gagne le titre de roi des Francs par son pouvoir et sa reconnaissance par le pape Zacharie en 750, il n'en a pas la légitimité divine, et la rupture politique avec la dynastie mérovingienne en appelle une nouvelle, religieuse celle-là, qui doit faire consacrer par l'Église la succession naturelle de père en fils. Cette continuité est assurée par le sacre royal, dont l'onction puise son symbole dans celle du baptême de , premier roi franc mérovingien, vers 500, onction qui de ce fait est devenu le sceau d'une alliance particulière entre l'Église et le roi des Francs. L'onction est également une référence aux anciens rois hébreux dans une période alors favorable à l'Ancien Testament..
Là, en , à Soissons, après l'élection de Pépin par les Francs réunis, les évêques des Gaules le sacrentClausula de unctione Pippini, citée dans : Pierre Riché, Les Carolingiens. Une famille qui fit l'Europe, Hachette Littératures, 1997, . au nom de l'Église catholique en lui donnant une onction, marquant son front avec de l'huile, le Saint chrême, pour lui transmettre le Saint-Esprit . Par cette onction, peut-être administrée par l'archevêque Boniface de Mayence, le roi des Francs est désormais investi par Dieu d'une mission de protection de l'Église. De plus, le droit divin lui confère une sacralité dont la traduction politique est de « diriger les peuples que Dieu lui confie selon le dogme catholique, au nom de l'Églisе ». Mais cette légitimité a un coût politique, celui de favoriser et d'aider politiquement l'Église et celui qui la dirige, le pape Zacharie, qui avait donné de Rome son assentiment au changement de dynastie.
Le soutien à la papauté et la lutte contre les Lombards vignette|gauche|upright=1.25|La donation de Pépin au pape (vue d'artiste, vitrail ).