Vilnius (prononcé en lituanien ; ; ; , Vilnious, ou , Vilna ; , Vil'nious, ou , Vil'nia ; , Vilné), anciennement Wilno puis Vilna, fondée par le grand-duc Ghédimin, est la capitale de la Lituanie. Avec plus de , c'est la ville la plus peuplée du pays.
Principale ville du grand-duché de Lituanie, elle est à l'époque de l'union entre la Lituanie et la Pologne connue sous le nom de Wilno, siège d'une importante université de langue polonaise. Lors des partages de la Pologne, Wilno est annexée par la Russie en 1793 et porte ensuite officiellement le nom russe de Vilna. La ville redevient polonaise en 1920, jusqu'en 1939, où elle revient à la Lituanie à la suite de l'occupation de la Pologne par l'Allemagne et l'URSS.
D'un point de vue architectural, le centre historique de Vilnius n'a pas subi de dégâts majeurs liés aux deux guerres mondiales, et il est intégralement classé au patrimoine mondial de l'UNESCO, notamment le quartier des ambassades avec ses façades typiques des pays du Nord de l'Europe, plutôt colorées et souvent ornées de sculptures. La ville est dominée par les vestiges du château de Vilnius, dont seule subsiste la tour de Ghédimin. Près de celle-ci se trouve le cimetière polonais na Rossie, où se trouve le cœur du maréchal Józef Piłsudski qui gouverna la Pologne de l'entre-deux-guerres.
Avant la Seconde Guerre mondiale, Vilnius était peuplée de l'une des plus grandes communautés juives d'Europe, ce qui lui a valu le surnom de « Jérusalem de Lituanie ».
Après avoir connu l'économie d'État durant un demi-siècle, Vilnius a renoué depuis 1992 avec l'économie de marché, d'où des édifices de verre et d'acier en construction dont la modernité contraste avec les antiques trolleybus et avec les barres d'habitation de béton gris de la banlieue, qui datent de l'époque soviétique et tranchent sur le paysage verdoyant des campagnes environnantes. Néanmoins, il existe toujours des maisons traditionnelles dans ces zones : elles gardent souvent leur aspect d'origine, leurs propriétaires manquant souvent de moyens pour les rénover.
En 2009, Vilnius a été capitale européenne de la culture aux côtés de Linz (Autriche).
Toponymie alt=Ancienne carte de Vilnius représentant les bâtisses, au centre, et les cours d'eau qui la traversent.|gauche|vignette|Historiquement, Vilnius s'est développé le long de la Vilnia (à droite), et était délimitée par la Néris (en haut). Pluriethnique et pluriculturelle, voire cosmopolite, la ville a dans son histoire porté plusieurs toponymes. Historiquement, Vilnius était située le long de la rivière qui traverse le centre-ville, la Vilnia.
Bien que située non loin de la convergence avec la Néris, en lituanien Vilija (Vilia), cette dernière, pourtant deuxième plus grande rivière de Lituanie, délimitait la ville et explique pourquoi elle n'est pas directement à l'origine du toponyme.
En ce sens, d'anciens textes rapportent Vilnius comme la ville sur les rives de la Vilnia, et non de la Néris. Par ailleurs, l'appellation de Vilnius aurait été utilisé pour la première fois dans une correspondance de Ghédimin, en , année durant laquelle Vilnius est faite capitale de la Lituanie par ce même personnage.
Néanmoins, la Néris comme son affluent partagent une étymologie commune, tous deux liés au lituanien vilnių, signifiant « vagues », ou « clapotis ».
À la suite de l'unification de la Lituanie avec la Pologne au sein de la république des Deux Nations, la ville prend le nom polonisé de Wilno. Sous domination russe après la chute de l'état polono-lituanien, Wilno est russifié et devient Vilna.
À nouveau sous autorité polonaise lors de la république de Lituanie centrale, la ville troque une nouvelle fois son nom pour Wilno en . Envahie alors par l'armée rouge, elle reprend pourtant son nom lituanien. Brièvement sous occupation nazie lors de la Seconde Guerre mondiale, Vilnius a également porté le toponyme de Wilna.
Influencée par la culture biélorusse, la ville a pu également porter le nom de Vilnia. Forte d'une importante communauté juive, la ville porte également le toponyme Vilne ou Vilnè en yiddish.
Histoire
Chronologie
Appartenances historiques 20px|bordure 1236–1253 20px|bordure Royaume de Lituanie 1253-1263 20px|bordure Grand-duché de Lituanie 1263-1569 1569–1795 1795–1812 20px|bordure Gouvernement général de la Lituanie 1812 1812–1915 20px|bordure Ober Ost 1915–1918 1919 20px|bordure République socialiste soviétique de Biélorussie 1919 1919 1920 1920 20px|bordure République de Lituanie centrale 1920–1922 1922–1939 1939 1939–1940 1940–1941 20px Reichskommissariat Ostland 1941–1944 1944–1991 1991–présent
: premières traces d'habitation dans la région de Vilnius ;
: fondation par les Vikings ; 1323 : Vilnius est faite capitale du grand-duché de Lituanie par Ghédimin ; 1385 : la ville passe progressivement sous hégémonie polonaise, et devient Wilno ; 1569 : réunie avec la Pologne au sein de la république des Deux Nations, Vilnius perd le statut de capitale au profit de Cracovie, puis de Varsovie ; 1795 : passée dans l'Empire russe, Vilna redevient capitale, cette fois-ci localement ; 1922 : Vilnius est annexée par la Pologne ; 1941 : la Lituanie est sous occupation nazie pendant trois ans ; 1944 : Vilnius est capitale de la nouvelle république socialiste soviétique de Lituanie ; 1991 : la Lituanie prend son indépendance, et Vilnius en est la capitale ; 2009 : Vilnius est désignée capitale européenne de la culture avec Linz.
Fondation Vilnius a été fondée sous le règne de Gediminas, grand-prince depuis 1316. D'après la légende, il se reposait au cours d'une chasse sur une colline au confluent des rivières Neris et Vilnia. Là, il rêva d'un loup caparaçonné de fer, qui hurlait aussi fort qu'une centaine de loups. Il lui décocha un javelot qui rebondit sur l'animal. Inquiet, il demanda à Lizdeika, son grand-prêtre encore païen, d'interpréter ce présage. (en lituanien « à haute voix » et « renommée » s'expriment par le même mot). À cette époque, c'était la superbe Wasserburg, située à l'ouest de Trakai, qui était le siège du souverain.
Telle est la légende. Les archéologues regardent l'histoire démontrable : d'après leurs fouilles, dès le , des hommes s'étaient déjà établis dans cet endroit stratégiquement favorable. Une première mention dans les actes historiques parle de Vilnius comme capitale de la Lituanie en 1323. Cette année-là, le grand-prince Gediminas a écrit une lettre en latin dans la capitale de l'époqueD'après .. Il y recrute des marchands, des gens instruits et des prêtres (c'est-à-dire des étrangers hautement qualifiés) in civitate nostra regia Vilna et il les attire également avec deux Églises et la liberté de religion. Cette tolérance vis-à-vis des différentes croyances religieuses devait marquer longtemps le développement de la ville.
Union polono-lituanienne vignette|droite|L'église Sainte-Anne vue de côté, jouxtant l'église des Bernardins.
À partir de 1377, l'ambitieux grand-duc Jagellon commence à régner en Lituanie. En 1385, il conclut avec la Pologne l'union de Krewo, le prix à payer étant la christianisation du pays. Il supprime donc le feu éternel sur la colline de Wilno (nom polonais de Vilnius) et détruit les temples païens qui s'y trouvent. Un an plus tard, en 1386, il se fait baptiser et épouse comme convenu la reine Hedwige de Pologne et, sous le nom de Ladislas II, monte sur le trône de ce nouveau et puissant royaume, unissant la Pologne et la Lituanie : la .
En même temps, le droit de Magdebourg est introduit à Vilnius. La ville connaît une période de grande prospérité économique au . À la suite de l'union polono-lituanienne (1385-1569), la ville, royale, se trouve de plus en plus sous influence polonaise, et la population de la ville devient majoritairement polonaise. D'où les tentatives de Contre-Réforme. Le collège des Jésuites fondé en 1570 dans ce dessein devient en 1579 une université (Alma academia et universitas Vilnensis societatis JESU), avec privilège du roi de Pologne Étienne Báthory et bénédiction du pape . Avec celles de Prague, Cracovie et Bar, l'université de Vilnius fut longtemps l'une des rares en Europe centrale et de l'Est. En même temps, l'union polono-lituanienne fait venir des populations juives qui participent à la prospérité de Vilnius, qui devient une ville importante pour la culture ashkénaze en Europe du Nord. Elle est surnommée la « Jérusalem de Lituanie » en raison de son importance spirituelle pour le judaïsme, avec, par exemple, le Gaon de Vilna (« génie de Vilna »). Sur le plan économique, le cependant voit s'amorcer un lent déclin. Le est marqué par des conflits (de 1655 à 1661, la ville est occupée par des troupes russes dans le cadre de la guerre russo-polonaise) et des épreuves comme les incendies et la peste.
Jusqu'au , les communautés juives de Lituanie, protégées par le grand-duché de Lituanie puis la république des Deux Nations, connaissent la paix et la prospérité, mais à partir de cette époque, les Juifs y subissent des agressions malgré la protection des autorités lituaniennes ou polonaises : 1635, une « émeute d'endettés » détruit la toute nouvelle synagogue de Vilnius et ses dix-huit rouleaux de la loi. À la suite de ces agressions, de 1653 à 1663, diverses interdictions professionnelles sont édictées contre les Juifs.
En 1654, Vilnius est conquise par les Russes puis en 1655 par les Cosaques de Bohdan Khmelnytsky. Presque tous les Juifs sont tués et les survivants sont expulsés de Vilnius ; ils y reviennent après le départ des Cosaques, mais, entre 1702 et 1708, pendant la grande guerre du Nord, la ville est gravement endommagée par les troupes suédoises et près de meurent du fait des combats et de la famine. Des incendies, dans les années 1737, 1745 et 1747, ralentissent la reconstruction. En 1742, les Juifs de Vilnius perdent tous leurs droits et protections..
Empire russe vignette|gauche|Cathédrale orthodoxe de Vilnius.
De 1795 à 1915 (formellement jusqu'en 1917), la Lituanie (et donc Vilnius, dont le nom officiel en russe est alors Vilna, souvent transcrit Wilna) fait partie de l'Empire russe et devient la capitale provinciale du gouvernement de Lituanie puis, à partir de 1801, du gouvernement de Vilna, où siège un gouverneur général. Le cimetière Sainte-Euphrosyne de Vilnius donne un aperçu de la communauté russe-orthodoxe qui vécut là.
Après la rébellion de la Pologne et de la Lituanie contre la domination russe en 1831, l'université, qui est considérée comme un foyer d'intrigues nationalistes, est fermée l'année suivante par les autorités impériales et le reste jusqu'à la fin de la Première Guerre mondiale. L'antisémitisme se généralise sur fond d'intolérance religieuse et de montée des nationalismes antagonistes russe, polonais, biélorusse et lituanien. Le développement de Vilna (Vilnius) est relativement limité dans le cadre d'une capitale provinciale russe, chef-lieu du gouvernement de Vilna.
Malgré des siècles de polonisation et de russification de la région de Vilnius et la destruction de l'État du Grand-Duché de Lituanie (1795), les Lituaniens formaient toujours le plus grand groupe ethnique en 1825 (65 %) et en 1862 (49,98 %) du gouvernement de Vilna.
Cependant, elle conserve encore une certaine importance régionale, ce qui explique qu'au encore elle est, avant Minsk, le centre de la vie nationale biélorusse. Les Biélorusses forment en effet la troisième nationalité après les Polonais majoritaires et les Juifs. Les poètes et les écrivains biélorusses les plus importants y publient alors leurs travaux. C'est dans la ville de Vilna également que paraît en 1906 le premier journal en langue biélorusse « Naša Niva ».