Le Panthéon de Paris est un monument situé dans le , servant de nécropole nationale où sont inhumées des personnalités ayant marqué l’histoire de la France.

Construit au par décision de Louis XV en tant qu'église dédiée à sainte Geneviève, destinée à abriter les reliques de la sainte, il est transformé au début de la Révolution française (1789-1799) en monument funéraire en l'honneur des grands personnages de l'histoire contemporaine, en premier lieu pour accueillir la dépouille du comte de Mirabeau, mort en 1791 (mais qui en sera retiré quelques mois plus tard après la découverte de ses relations secrètes avec la royauté).

Portant sur son fronton la devise : « Aux grands Hommes, la Patrie reconnaissante », il abrite de nombreuses personnalités. Y sont notamment inhumés Voltaire, Jean-Jacques Rousseau, Victor Hugo, Louis Braille, Sadi Carnot, Émile Zola, Jean Jaurès, Félix Éboué, Jean Moulin, Jean Monnet, Pierre et Marie Curie, André Malraux, Alexandre Dumas (entré en 2002). Il s'agit en général de personnalités civiles, les militaires étant honorés au panthéon militaire des InvalidesCette règle est strictement respectée depuis 1889. Néanmoins, certaines personnes sont depuis citées au Panthéon pour faits de guerre mais sans être (ou n'étant plus pour le résistant Charles Delestraint) en cours de carrière militaire comme Georges Guynemer, qui s'engage après le début de la Première Guerre mondiale, et des résistants..

Construit dans un style néo-classique sous la direction de Jacques-Germain Soufflot (1713-1780), son architecture reprend notamment la façade du Panthéon de Rome, construit au avant notre ère. Il est surmonté d'un dôme inspiré du de l'église San Pietro in Montorio, aussi à Rome.

Les différents dessins de sa construction, sa décoration, les inscriptions et les symboles qui y figurent donnent un aperçu sur la construction de la nation française. Lieu de mémoire, l'édifice comporte aussi un dispositif scientifique spectaculaire : le pendule de Foucault, suspendu au plafond du dôme et long de , permettant de constater le phénomène de la rotation diurne de la Terre. Le Panthéon est ouvert au public et géré par le Centre des monuments nationaux.

Localisation Situé au centre de la place du Panthéon, l'édifice s'ouvre à l'ouest sur la large rue Soufflot qui descend vers le jardin du Luxembourg, en créant une perspective longue d'environ . Les autres rues menant au Panthéon ont une allure plus ancienne, lié au passé médiéval du Quartier latin : la rue Cujas, la rue Clovis, la rue d'Ulm, etc.

La place du Panthéon est entourée par plusieurs édifices et institutions notables : la mairie du , les universités Paris 2 Panthéon-Assas et Paris 1 Panthéon-Sorbonne, la bibliothèque Sainte-Geneviève, le lycée Henri-IV, le lycée Louis-le-Grand et l'église Saint-Étienne-du-Mont.

Origine du nom gauche|vignette|Le Panthéon de Rome, construit en 27 av. J.-C. Le nom du monument vient du Panthéon de Rome, qui date de l'Empire romain. On ne sait pas exactement quelle a été la fonction originelle de ce dernier, mais il semble avoir été un culte à la famille impériale et avoir été dédié à plusieurs dieux, ce qui lui aurait donné le nom latin , du grec , « de tous les dieux »Samuel Ball Platner, A Topographical Dictionary of Ancient Rome, Oxford University Press, 1929 ..

Longtemps après cette époque, à partir du , ce Panthéon de Rome est réemployé comme tombeau pour les hommes illustres ; il contient en particulier les restes de Raphaël et . Les humanistes de cette époque devaient penser qu'un monument dédié à la vénération des dieux pouvait servir à celle des grands hommes. Il avait alors un peu la même fonction que la basilique Saint-Denis en France ou que l'abbaye de Westminster à Londres.

Et donc, à l'imitation de ce monument, « Panthéon français » est choisi pendant la Révolution pour désigner le bâtiment pas encore consacré comme église Sainte-Geneviève dans son nouvel emploi de mausolée. Un rapport de 1791 propose des alternatives comme « Portique » ou « Monument des grands hommes », « Basilique nationale », « Cénotaphe », « Mausolée des grands hommes »Quatremère de Quincy, Extrait du premier rapport présenté au Directoire, dans le mois de mai 1791, sur les mesures propres à transformer l'église dite de Sainte-Geneviève, en Panthéon français, imprimerie de Ballard, 1792 .. Le nom de « Panthéon » a dû plaire parce qu'il apparaissait comme une référence aux vertus romaines antiques, très mises en valeur à l'époque, même si en fait le panthéon-mausolée est une invention italienne.

Il se trouve qu'à ce moment, il y a déjà à Paris un bâtiment nommé « Panthéon », qui est un théâtre de divertissement au LouvreLuc-Vincent Thiéry, Guide des amateurs et des étrangers voyageurs a Paris, ou Description raisonnée de cette ville, de sa banlieue, & de tout ce qu'elles contiennent de remarquable, Hardouin & Gattey, 1787 .. Il est remplacé en 1792 par le théâtre du Vaudeville. Le nom reprend celui d'un Pierre-Jean-Baptiste Nougaret, Les Petits spectacles de Paris ou Calendrier historique et chronologique de ce qu'ils offrent d'intéressant, Guillot, 1787 ., qui lui-même a été construit en s'inspirant du Panthéon de Rome.

Architecture

Description générale Le Panthéon est un bâtiment long de et large de . La façade principale est décorée d’un portique aux colonnes corinthiennes, surmonté d’un fronton triangulaire exécuté par David d'Angers. Ce fronton représente la Patrie (au centre) donnant la Liberté et protégeant à sa droite les Sciences – représentées par de nombreux grands savants (Xavier Bichat, Berthollet, Gaspard Monge, Laplace...), philosophes (Voltaire, Jean-Jacques Rousseau...), écrivains (Fénelon, Pierre Corneille...) et artistes (Jacques-Louis David...) – et à sa gauche l'Histoire – représentée par les grands personnages de l'État (Napoléon Bonaparte...) et les étudiants de l'École polytechnique.

L'édifice, en forme de croix grecque, est couronné par un dôme haut de , coiffé d’un lanterneau. L’intérieur est décoré par des peintres académiques comme Puvis de Chavannes, Antoine-Jean Gros, Léon Bonnat ou Cabanel. centre|redresse=2|vignette|Vue panoramique de l'intérieur du Panthéon.

Triple coupole vignette|Coupe sur la triple coupole. vignette|redresse=1.5|Panthéon vu de la tour Montparnasse en 2016. Un élément essentiel de la construction reste invisible aux yeux du visiteur. Alors que l'on pourrait penser qu'une seule coupole soutient le lanterneau et la croix à son sommet, en réalité, trois coupoles sont emboîtées les unes dans les autres : le dôme extérieur est en pierre recouverte de bandes de plomb, et non pas en charpente, comme il était de tradition à l'époque (comme à Saint-Louis-des-Invalides). Sa mise en œuvre constitue d'ailleurs une véritable prouesse technique. Adhémar, dans son Traité de charpenteJ. Adhémar, Traité de charpente, deuxième édition, Carillan-Gœury et Dalmont éditeurs-libraires, Paris, 1854., explique le choix d'une coupole en pierre par la stabilité nécessaire à un grand édifice d'ordinaire soumis, par le vent, à des oscillations ; de l'intérieur, on peut voir une coupole à caissons, ouverte au centre par un oculus (ouverture ronde). Cette coupole basse s'appuie sur la partie basse du tambour, au niveau de la colonnade extérieure, qui contrebute l'ensemble ; entre ces deux coupoles, extérieure et intérieure, est construite une troisième coupole technique intermédiaire de la forme d'un demi-œuf, qui soutient la lanterne de pierre, laquelle pèse plus de cinq tonnes. C'est sur la face intérieure de cette coupole qu'est peinte L'Apothéose de sainte Geneviève d'Antoine Gros, visible à travers l'oculus de la coupole intérieure. Cette coupole intermédiaire n'est pas constituée d'un manteau de pierre continu comme le dôme extérieur : elle est ajourée par quatre arcs qui permettent de faire descendre les charges de la lanterne vers les piles. Les jours, quant à eux, laissent passer la lumière prise par les fenêtres en partie haute du tambour entre les deux coupoles inférieures pour nimber la peinture de l'Apothéose.

vignette|Les trois coupoles.

Cette méthode de circulation de la lumière peut être comparée avec celle qu'ont adoptée les prédécesseurs de Soufflot ; par exemple, le Panthéon de Rome et son oculus central à ciel ouvert, ou la coupole des Invalides de Paris de Hardouin-Mansart. Il existe aussi un dôme triple enveloppe à la cathédrale Saint-Paul de Londres, conçu peu de temps auparavant par l'architecte anglais Christopher Wren, avec cependant un dôme charpenté.

Le système de construction peut être examiné sur la maquette réalisée par Rondelet : elle se trouve exposée dans la chapelle annexe-nord du bâtimentOn peut également la visualiser sur le site Internet de l'université Columbia, photos d'architecture au format QT à l'adresse Maquette du Panthéon ou sur celui-ci.Sur un autre panorama on peut voir également les clochers que Soufflot avait construits à l'origine et qui furent rasés par la suite..

Dans la conception du dôme, d'un poids de , Soufflot a utilisé la courbe de la « chaînette renversée », dans le dessin de la coupole intermédiaireCf les Mémoires du Ministère du Duc d'Aiguillon et de son commandement en Bretagne, par Honoré-Gabriel Riqueti de Mirabeau, 1792, et suivantes.Mémoires du ministère du duc d'Aiguillon et de son commandement en Bretagne, sur le site archive.org, consulté le 17 septembre 2014.. Celle-ci est influencée par la théorie du mathématicien anglais Robert Hooke, publiée en 1678 : la courbe formée par une chaîne de suspension, lorsque renversée, donne la forme d'un arc de maçonnerie « parfait », suivant et contenant la ligne de poussée, et qui trouvera une formulation mathématique en 1691, par Jacques Bernoulli, Leibniz, et Huygens.

Crypte vignette|Couloir de la crypte. La crypte couvre toute la surface de l'édifice. En effet, elle est constituée de quatre galeries, chacune sous chacun des bras de la nef. Cependant, elle n'est pas véritablement enterrée comme une cave puisque des fenêtres, en haut de chaque galerie, s'ouvrent sur l'extérieur.

On pénètre dans la crypte par une salle décorée de colonnes doriques (en référence au temple de Neptune à Paestum, que Soufflot avait visité pendant son voyage en Italie). En avançant, on découvre, au centre du bâtiment, la vaste salle voûtée de forme circulaire et la petite pièce centrale, située juste sous le dôme. Les dimensions de la crypte font qu'elle paraît fort vaste. Les 83 hôtes actuels ne sont pas à l'étroit puisque la capacité totale d'accueil est d'environ . Une des hypothèses émises pour expliquer cela serait que voulait en faire un mausolée pour les Bourbons.

Histoire

Origines vignette|La France rend grace au ciel pour la guérison de en août 1744 à Metz par Charles Antoine Coypel (musée du Louvre) Le roi , parti diriger ses armées engagées sur le front de l'Est dans la guerre de Succession d'Autriche (1740-1748), tombe gravement malade le , à Metz en Moselle, alors qu'il est logé à l’hôtel du gouverneur. Son état empirant, la question de la communion et de l'extrême-onction se pose. François de Fitz-James, premier aumônier du roi, refuse de lui donner la communion tant que sa maîtresse, Madame de Châteauroux n'a pas quitté les lieux. Puis, il impose au roi de se confesser publiquement et demander pardon du scandale et du mauvais exemple qu'il donne. Répandue par le clergé, cette confession humiliante stupéfie le peuple. Le , l'aumônier n'accepte de lui donner l'extrême-onction que si sa maîtresse perd le titre de surintendante de la maison de la Dauphine. Madame de Châteauroux doit quitter Metz sous les huées tandis que la reine arrive en hâte et le roi reçoit l'onction des malades le 15 août.