Lappel du 18 JuinD'après le , , le mois prend une majuscule initiale pour un évènement historique quand l'année n'est pas mentionnée, exemples : « la nuit du 4 Août », le « 9 Thermidor ». est le premier discours prononcé par le général de Gaulle à la radio de Londres, sur les ondes de la BBC, le . Ce discours est une réponse au discours radiophonique du du maréchal Pétain (), quand celui-ci est devenu président du Conseil.
De Gaulle s'adresse à tous les militaires, ingénieurs ou ouvriers français spécialistes de l'armement qui se trouvent en territoire britannique à se mettre en rapport avec lui, pour continuer le combat contre le Troisième Reich. Il prédit aussi la mondialisation de la guerre.
Très peu entendu sur le moment, l'appel donne lieu à la publication le dans le Times et le de la version écrite issue du ministère de l'Information du Royaume-Uni, reprise par quelques journaux français. Il est considéré comme le texte fondateur de la Résistance française, dont il demeure le symbole.
Comme le discours n'est pas enregistré, la version sonore connue est celle de l'appel du , jour de l'Armistice, qui comporte un texte similaire, mais remanié. Une version filmée est réalisée encore plus tard, le , pour les actualités cinématographiques. .. L'affiche qui en est issue comporte aussi un texte différent, car il s'agit d'une proclamation publiée le et placardée seulement dans quelques rues de Londres.
Historique Charles de Gaulle arrive à Londres le avec l'intention de négocier avec les Britanniques, alliés de la France, la poursuite de la guerre, après avoir exposé son plan à Paul Reynaud. Il rencontre le Premier ministre britannique, Winston Churchill, dans l'après-midi. De Gaulle expose son projet de maintenir la France dans le combat même en cas de fin des combats décidée par le gouvernement installé à Bordeaux. Il émet le souhait de pouvoir s'exprimer à la radio dès que la nouvelle de la demande d'armistice tombera. Churchill donne son accord de principe et met à disposition la BBC. À l'époque, la BBC émet en français en ondes moyennes sur 261,1 et ainsi qu'en ondes courtes... L'Appel a été relayé par Radio Saïgon (Indochine française) en ondes moyennes sur et en ondes courtes sur 49,06 et ..
Le à , Philippe Pétain, nouveau chef du gouvernement français, fait un discours officiel à la radio où il annonce qu'il faut cesser le combat et son intention de demander à l'ennemi la signature d'un armistice. Churchill et de Gaulle conviennent dès lors que le second s'exprimera dès le lendemain sur les ondes. Mais le Premier ministre, vieux partisan de la fermeté contre Adolf Hitler et de la poursuite de la lutte, doit, aidé en cela par Edward Spears, écarter les réticences de certains membres du cabinet, notamment le ministre des Affaires étrangères Edward Frederick Lindley Wood (Lord Halifax), Neville Chamberlain et Clement Attlee, qui ne veulent pas gêner les négociations engagées par le gouvernement Pétain et souhaitent attendre de voir s'il va effectivement signer l'armisticeFranck Ferrand, « Le », émission Au cœur de l'histoire, Europe 1, ..
Dans l'après-midi du , Élisabeth de Miribel, dans l'appartement que de Gaulle et son aide de camp Geoffroy Chodron de Courcel occupent à Seamore Place à Londres, tape à la machine le texte du discours, dont le général de Gaulle a rédigé un premier brouillon dès le à Bordeaux au petit matinÉlisabeth de Miribel, La Liberté souffre violence, Paris, Plon, 1981.. De Gaulle transmet les éléments de son discours au ministre de l'Information Duff Cooper qui en communique le projet à Churchill.. L'après-midi, le général corrige son texte « en fumant cigarette sur cigarette ».
Le gouvernement britannique impose toutefois des correctionsJean-Louis Crémieux-Brilhac, La France libre – De l'appel du 18 Juin à la Libération, Paris, Gallimard, 1996, .. Après avoir déjeuné le jour même avec Duff Cooper, ministre britannique de l'Information, le général de Gaulle doit rendre son texte plus neutre, le cabinet de guerre britannique voulant ménager le nouveau chef du gouvernement français : le début du discours évoquant la trahison du gouvernement de Pétain qui s'est est modifié.. La version réellement prononcée sera longtemps occultée, car c'est la version écrite originale qui sera publiée dans le Bulletin officiel des Forces françaises libres du , dans le premier numéro du Journal officiel de la France libre le , puis dans les Mémoires de guerre, et dans l'ensemble des recueils de discours du général de Gaulle.
De Gaulle lit son discours sur les antennes de la BBC à Broadcasting House à , heure locale, le mardi ; le discours est annoncé dans le programme de la BBC à et diffusé à .
Le texte issu du (MOI) est communiqué par la BBC à la presse britannique du lendemain., il est publié par du , , et le , et repris par quelques journaux régionaux français, Le Petit Provençal à la une () de son édition de Marseille du mercredi ..
Le texte publié dans la presse le lendemain Le texte du discours commence par ces deux premières phrases d'introduction :
Le texte qui a été publié par la suite par de Gaulle est présenté comme une restitution du projet original qu'il avait dû modifier à la demande du gouvernement britannique :
Le contenu du message radiodiffusé le 18 juin vignette|redresse|Plaque commémorative à Vienne (Isère) avec le projet de texte non censuré par le gouvernement britannique de l'Appel du .
Ainsi qu'en atteste la seule retranscription établie par les services d'écoutes helvétiques, l'appel, tel qu'il a donc été diffusé ce , ne se présente pas comme une rupture avec le Gouvernement français :
Le général de Gaulle expliquera dans ses Mémoires de Guerre les raisons qui lui ont fait ménager le Gouvernement français dans son appel :
C'est ensuite un appel adressé aux officiers et aux soldats français qui se trouvent déjà sur le territoire britannique, ou qui viendraient à s'y trouver, à prendre contact avec lui afin de poursuivre le combat avec les Britanniques.
Pour le général de Gaulle, la bataille de France, qui vient certes d'être gagnée par les Allemands, ne signifie pas la fin de la guerre. Car et la France pourra s'appuyer sur la force industrielle de ses alliés et notamment celle des États-Unis. S'adressant aux soldats français, ce message d'espoir se termine par un appel à la , dont la flamme , faisant entrer le terme dans le vocabulaire politique du .
Pour autant, contrairement à une idée courante, l'appel du n'est pas une invitation générale à constituer des réseaux de résistance sur le territoire français. En militaire, de Gaulle s'adresse avant tout, et de manière explicite, aux militaires (officiers et soldats) et aux spécialistes des industries de l'armement (ingénieurs et ouvriers) en les appelant à appuyer l'effort de guerre du Royaume-Uni. En effet, l'Union soviétique (Pacte germano-soviétique) et les États-Unis (en position de neutralité) n'étaient pas alors engagés à soutenir la France.
Le contexte politico-diplomatique et militaire L'appel répond au discours radiophonique du fait la veille à par le maréchal Pétain, devenu président du Conseil :
Dans la version écrite de son appel, le général de Gaulle commence par faire le constat de la situation politique dont il a pris connaissance avec consternation la veille à Bordeaux : à la suite de la démission de Paul Reynaud, le gouvernement (où il occupait la place de sous-secrétaire d'État à la Défense et à la Guerre) est remplacé par celui de Pétain, nommé président du Conseil par le président Albert Lebrun. Dans ce nouveau gouvernement, le général Weygand, commandant en chef des armées, devient ministre de la Défense nationale. Ainsi, dans la première version de l'introduction de son Appel du , ce sont Pétain et Weygand que De Gaulle évoque comme « chefs militaires qui sont la cause du désastre », et non Édouard Daladier, le général Gamelin et lui-même.
En effet, le le chef du gouvernement, Paul Reynaud, avait retiré le portefeuille de ministre de la Défense et de la Guerre à Édouard Daladier pour exercer lui-même ces fonctions, et nommé le général Weygand comme généralissime à la place du général Gamelin. Weygand nomme de Gaulle le général à titre temporaire, avec effet le , comme commandant de la , puis le cite de façon très élogieuse le à l'ordre de l'armée pour son action à la bataille d'Abbeville.
Entre le et le , l'armée belge faisait défection, et la Grande-Bretagne décidait, sans concertation avec le commandement français, de replier son armée en rembarquant par Dunkerque la totalité de son corps expéditionnaire de , ainsi que , laissant le reste de l'armée française seule face aux Allemands.
Le , Reynaud avait nommé, contre l'avis de Pétain et Weygand, de Gaulle sous-secrétaire d'État à la Défense et à la Guerre, avec, à sa demande, mission prioritaire d'obtenir un appui militaire renforcé de Winston Churchill qu'il avait rencontré le 9. De Gaulle avait participé les 11 et à l'ultime réunion du Conseil suprême interallié lors de la conférence de BriareRoland de Margerie, Journal, 1939-1940, Paris, Éditions Grasset et Fasquelle, 2010, 416 , ., où il avait fait forte impression sur les Britanniques et où Churchill avait tenté de convaincre le gouvernement français de continuer la guerre malgré la retraite de l'armée britannique, tandis que le général Weygand avait vainement tenté d'obtenir l'intervention des de chasse de la qui avaient été promises en 1939 pour pousser la France à entrer en guerre, mais que Churchill réservait en cas d'attaque directe de l'Angleterre.
Le , depuis Londres, de Gaulle a dicté au téléphone la note de Jean Monnet à Paul Reynaud, intitulée , projet d'une Union franco-britannique votée le jour même par la Chambre des communes, consistant dans la fusion des armées, notamment des marines, des territoires, des colonies et du gouvernement français dans l'Empire britannique. Il fait valoir à Paul Reynaud que dans le cadre .
Le représentant de Churchill auprès du gouvernement français, le général Edward Spears, est venu en avion à Bordeaux le . pour tenter de convaincre Paul Reynaud, chef du gouvernement, et Georges Mandel, ministre de l'Intérieur, de rejoindre Londres, mais sans succès. En effet, Reynaud avait démissionné la veille et Mandel était en attente d'embarquer à bord du paquebot Massilia avec l'intention de continuer la guerre depuis l'Afrique du Nord. Voyant qu'il n'avait aucune place dans le nouveau gouvernement Pétain, l'ex sous-secrétaire d'État à la Guerre De Gaulle décide de repartir à Londres avec son officier d'ordonnance le lieutenant Geoffroy Chodron de Courcel et profite le jour même de l'avion de Spears.
Sur les modalités du départ, les versions de Spears et de De Gaulle se contredisent: Spears relate que De Gaulle était demandeur et qu'il a fait croire à un enlèvementMax Egremont, Under Two Flags – the Life of Major General Sir Edward Spears, 1997.. Pour De Gaulle, la version du général SpearsGénéral E.L. Spears, , Heinemann, 1954, . est de l'ordre de et, pour Geoffroy de Courcel, elle est . Jean Lacouture juge la version de Spears .
À peine arrivé à Londres, De Gaulle reçoit l'ordre de rentrer et écrit le au général Weygand, devenu ministre de la Guerre : « Mon général, j'ai reçu votre ordre de rentrer en France. Je me suis donc tout de suite enquis du moyen de le faire car je n'ai, bien entendu, aucune autre résolution que de servir en combattant »Charles de Gaulle, Mémoires de guerre. L'Appel 1940-1942, Paris, Plon, 1954..
Réception des différents appels : radio, presse, affiche vignette|redresse|L'affiche « À tous les Français », placardée le , à ne pas confondre avec l'appel du .
L'affiche, rédigée au 4, Carlton Gardens à Londres, est placardée le exclusivement dans des rues de Londres.