Tom Tully est un scénariste de bande dessinée britannique, né à Glasgow à une date inconnue et mort en 2013. Très « prolifique », il a surtout écrit des bandes dessinées d'aventures et des bandes dessinées de sport pour l'éditeur britannique Fleetway Publications. En Grande-Bretagne, ses BD ont été publiées dans des hebdomadaires destinés aux garçons (notamment dans Valiant). En France, elles ont été publiées en petit format (principalement par l'éditeur Aventures et voyages dans des périodiques comme Safari, Janus Stark, Trophée, En piste !, Sunny Sun, Antarès...), et leurs planches ont été réorganisées en raison du changement de format.
Carrière
1962 : Premiers succès
Avec Hugo Pratt Tully débute en 1962 par des scénarios pour War Picture Library et Battle Picture Libraryhttps://www.comics.org/creator/13194/overview/, des petits formats spécialisés dans la bande dessinée de guerre édités par Fleetway Publications. Il écrit notamment une histoire que dessine Hugo Pratt : Nuit diabolique (Night of the Devil). Pratt a travaillé pendant neuf ans en Argentine. Lorsqu'il est revenu en Europe en 1959, il a passé une année à Londres et a commencé à dessiner pour Fleetway des histoires de guerre sur des scénarios écrits par des auteurs britanniques. Nuit diabolique est le onzième et avant-dernier de ces récits.
Une patrouille britannique traverse une jungle sillonnée par des troupes japonaises pour rejoindre un pont et le faire exploser. Le scénario de Tully ressemble à un « roman d'aventures » centré autour d'un « temple mystérieux ». Pratt le commentera plus tard, quand il remaniera les dialogues de la BD en vue d'une réédition : « On se croirait dans un roman de Sax Rohmer »Hugo Pratt, Koinski raconte..., 3, 2019, p. 58, fera-t-il dire à "l'intellectuel" de la patrouille au moment où les soldats pénètrent dans le temple (dans la version originale, le personnage se contente de dire : « Stone the crows! », « Ça alors ! »). Le dessin, « très expressionniste », témoigne d'une « maîtrise du noir et blanc »Hugo Pratt (postface Michel Pierre), Koinski raconte..., 3, 2019, p. 80. Pour Michel Pierre, le récit est « l'un des plus mémorables de la série » par sa « tension dramatique » et son « atmosphère étouffante ». Pour Stephen "Win" Wiacek, c'est « un thriller psychologique impressionnant qui rompt avec les conventions des bandes dessinées de guerre pour enfants » en mêlant de façon inquiétante « mystère, vengeance et drame surnaturel ». La BD est d'abord publiée en dans le soixante-deuxième numéro de Battle Picture Libraryhttps://www.comics.org/issue/376910/ et sera publiée en France en 1966 dans le petit format Rangers.. Une nouvelle version supervisée par Pratt, avec des dialogues remaniés, et des planches mises en couleurs et réorganisées pour correspondre au format album, sera publiée dans la revue Corto Maltesehttps://www.bedetheque.com/revue-Corto-Maltese.html en 1988, avant d'être reprise dans les recueils Histoires de guerre et Koinski raconte... 3.
Avec Francisco Solano López La même année, Tully commence ce qui va devenir sa première longue série : L'Œil de Zoltec (Kelly's Eye). Publiée d'abord en dans l'hebdomadaire Knockout puis reprise dans Valiant à partir de , elle se poursuivra jusqu'en 1971, son héros (Tim Kelly) étant devenu « un des personnages préférés des lecteurs adolescents ». En France, la série sera publiée à partir de 1966 dans des périodiques de formats divers édités par la Sagédition, puis au début des années 1980 dans le petit format Antarès. Tully y raconte les aventures de Tim Kelly. Dans les premiers épisodes, situés en Amazonie, Kelly s'empare de l'Œil de Zoltec, une pierre précieuse qui a la propriété de rendre invincible celui qui la porte. Il l'utilise pour combattre des criminels. Dans des épisodes ultérieurs, il voyage dans le temps et l'espace grâce à une horloge conçue par son ami, le docteur Diamond.
L'Œil de Zoltec est une série dessinée par l'Argentin Francisco Solano López, un dessinateur qui a suivi le même parcours que Hugo Pratt : des bandes dessinées écrites par le scénariste Héctor Oesterheld en Argentine (Pratt : Sergent Kirk et les premières histoires d'Ernie Pike ; Solano López : certaines des histoires suivantes d'Ernie Pike et L'Éternaute), puis des récits complets de guerre sur des scénarios écrits par des auteurs britanniques pour les éditions Fleetway. C'est le dessinateur italien qui l'a mis en contact avec l'éditeur britannique. Mais à la différence de Pratt, la collaboration de Solano López avec Fleetway ne s'arrête pas là : dans les années 1960 et 1970, le dessinateur argentin multiplie les séries pour l'éditeur britannique, souvent en collaboration avec Tom Tully (Romano, Janus Stark, Trois-Pommes, Adam Eterno, et Les Petits Hommes de l'espace). L'Œil de Zoltec est la première de ces séries.
Avec Frank Bellamy Tully travaille simultanément sur une autre série à succès, Heros the Spartan, publiée dans l'hebdomadaire Eagle à partir d'. Le groupe Hulton Press qui avait lancé Eagle en 1950 avait été racheté par Odhams Press en 1959, et cette dernière maison d'édition avait été rachetée par Fleetway Publications en 1961. D'où la présence de Tully dans l'hebdomadaire en 1962.
À cette époque, Eagle n'a plus autant de succès que dans les années 1950 mais reste un hebdomadaire prestigieux. Son dessinateur vedette n'est plus Frank Hampson, le créateur du personnage le plus populaire du magazine, Dan Dare, mais Frank Bellamy. C'est à Bellamy que les dirigeants de Odhams Press ont confié le personnage de Dan Dare, quand ils l'ont retiré des mains de Hampson. C'est à lui que les dirigeants de Fleetway viennent d'accorder la double-page centrale de Eagle pour la série Montgomery of Alamein. Jusqu'alors, cette double-page était réservée aux images documentaires présentant en couleurs la vue en coupe d'un avion, d'un bateau ou de n'importe quel objet technique susceptible d'émerveiller le lecteur.
C'est à Bellamy qu'est confié le dessin de Heros the Spartan, et cette nouvelle série est mise en vedette comme l'avait été la précédente du dessinateur : on lui accorde non seulement la couleur mais aussi, et surtout, la double-page centrale. Mais alors que Montgomery of Alamein était une BD réaliste (une biographie du général Montgomery), Heros the Spartan est une série historique se déroulant dans l'Antiquité à laquelle Tully a intégré des éléments fantastiques. Heros est un jeune Spartiate adopté et élevé par le général romain qui a massacré sa famille. Devenu adulte, il doit exécuter des missions dangereuses qui le mettent parfois en présence de créatures monstrueuses. « Les éléments de dark fantasy contenus dans le scénario permettent à Frank Bellamy de déployer pleinement son imagination », et la double-page centrale lui permet de le faire dans des planches au format large. Selon l'historien de la bande dessinée Denis Gifford, Heros the Spartan est le sommet de la carrière du dessinateur.
1963-1969 : Un des principaux scénaristes de Valiant De Eagle à Valiant L'hebdomadaire Eagle qui domine le marché britannique de la bande dessinée pour garçons dans les années 1950, a établi avec Dan Dare ce qui deviendra une norme dans les années suivantes : le découpage des séries d'aventures en épisodes de deux à trois pages, chacun s'achevant sur un cliffhanger. C'est en fonction de ce découpage (pouvant s'étendre jusqu'à quatre pages) que Tully conçoit les scénarios de la plupart de ses séries, quand les épisodes sont publiés dans des hebdomadaires - de L'Œil de Zoltec à Pat le Loup. (pour s'en tenir uniquement à des BD traduites en français).
En octobre 1962, au moment où les premiers épisodes de Heros the Spartan sont publiés dans les pages de Eagle, paraissent les premiers numéros d'un nouvel hebdomadaire pour garçons : Valianthttps://www.comics.org/issue/225191/. Dans les années 1950, Eagle contenait huit pages en couleur sur un total de vingt pages. Moins luxueux, Valiant propose des BD en noir et blanc sous une couverture en couleur. Mais le nouvel hebdomadaire va vite s'imposer et renouveler la bande dessinée d'aventures britannique. « Au milieu des années 1960, écrit le critique espagnol Daniel Fernández, quinze ans se sont écoulés depuis la création de Eagle, et les choses ont changé. La concurrence entre les publications est toujours aussi féroce et pousse à offrir plus. Plus d’action, plus de spectacle, plus de délire, plus de surprise, plus de violence, plus de suspense. Mais d'autre part, la télévision s'est démocratisée et les bandes dessinées doivent maintenant faire face à la concurrence des séries télévisées. » Le premier épisode de Doctor Who, par exemple, est diffusé à peine plus d'un an après la création de Valiant, en novembre 1963.vignette|Le numéro annuel de Valiant de 1969 (en bas, au centre) parmi d'autres périodiques britanniques, notamment un annuel de Lion (édité, comme Valiant, par Fleetway Publications) et deux annuels de The Beezer (édité par D. C. Thomson, la maison d'édition concurrente de Fleetway). Chaque annuel a une couverture cartonnée et contient des récits complets, parfois en couleurs ou en bichromie, consacrés aux personnages des séries publiées dans l'hebdomadaire. Au sommaire de l'annuel de Valiant de 1969, il y a entre autres des récits de La Brigade des marionnettes, de Main d'acier, de Klip et Klop et de L'Œil de Zoltec. Tully contribue pour la première fois au nouvel hebdomadaire en , quand Knockout cesse de paraître. Fleetway Publications, l'éditeur des deux périodiques, décide de poursuivre les séries les plus populaires de Knockout en les intégrant dans Valiant qu'il renomme temporairement Valiant and Knockouthttps://www.comics.org/issue/782488/. L'Œil de Zoltec fait partie des séries sauvées. C'est dans les pages de Valiant que la série devient plus délirante, quand Tim Kelly voyage dans le temps et l'espace en utilisant une horloge - véhicule inspiré de la cabine téléphonique du Doctor Who.
À partir de , Tully reprend le scénario d'une série qu'il n'a pas créée et qui est dessinée par l'Espagnol Jesús Blasco : Main d'acier (The Steel Claw)https://www.comics.org/issue/812459/. Il continue d'écrire simultanément L'Œil de Zoltec. Jusqu'en 1970, sans la moindre interruption, il reste au sommaire de l'hebdomadaire avec ces deux séries. Chaque semaine, Tully assure donc le scénario d'au moins quatre de la trentaine de pages qui constituent un numéro de Valiant.
À ces deux séries viennent s'ajouter d'autres créations qui, elles aussi, seront poursuivies sans interruption jusqu'à la fin de la décennie : Klip et Klop (The Wild Wonders) et King Kong (Mytek the Mighty) à partir de 1964, La Brigade des marionnettes (The House of Dolmann) à partir de 1966 et Romano (Raven on the Wings) à partir de 1968. Dans le numéro du , par exemple, on peut lire un épisode de L'Œil de Zoltec, un de Main d'acier, un de Klip et Klop, un de King Kong, un de La Brigade des marionnettes et un de Romano, soit quinze pages sur les trente-six du numérohttps://www.comics.org/issue/812693/. À la fin des années 1960, Tully est donc devenu le principal scénariste de Valiant.
Main d'acier