Fidel Castro (Prononciation en français standard retranscrite selon la norme API.; en espagnol : Prononciation en espagnol d'Amérique retranscrite selon la norme API. ) ou Fidel Alejandro Castro Ruz, né le à Birán (dans la province de Holguín) et mort le à La Havane, est un révolutionnaire et homme d'État cubain. Il dirige la république de Cuba, pendant 49 ans, comme Premier ministre de 1959 à 1976 et ensuite comme président du Conseil d'État et président du Conseil des ministres de 1976 à 2008. C'est son frère Raúl Castro qui lui succède.
C'est l'un des principaux dirigeants de la révolution cubaine qui renversa le régime dictatorial de Fulgencio Batista. Fidel Castro, Raúl Castro, et Ernesto Guevara (dit « le Che ») donnent à la révolution, officiellement nationaliste au départ, une orientation marxiste-léniniste au début des années 1960, au moment de son affrontement avec les administrations américaines de l'époque. Le pays se rapproche alors de l'Union soviétique. À la suite de cette révolution, le régime cubain instaure progressivement une république socialiste à parti unique, ce dernier étant chargé de désigner les seuls candidats autorisés à se présenter aux différentes élections.
Il entre en confrontation avec les États-Unis qui tentent sans succès de le renverser en 1961 lors du débarquement de la baie des Cochons. Il est également la cible de nombreuses tentatives d'assassinat de la part de la CIA qui ont toutes échoué.
Fidel Castro est également député de Santiago de Cuba à partir de 1976 et premier secrétaire du Parti communiste de Cuba à partir de sa refondation en 1965.
Considéré assez différemment à travers le monde, il est perçu par certains mouvements socialistes et communistes comme une icône alors que d'autres le voient comme un homme ayant instauré un régime autoritaire. Il est aujourd'hui généralement considéré en Occident comme un dictateur., notamment du fait d'un exercice du pouvoir sans partage et sans opposition pendant 49 ans, à l'occasion desquels tous les opposants ou contestataires, considérés comme « ennemis du peuple », ont été systématiquement réprimés ou éliminés. Entre 1959 et 2016, à opposants politiques sont emprisonnés par le régime castriste, personnes sont fusillées et autres sont victimes d'exécutions extrajudiciaires.
Jeunesse et débuts Naissance et famille Né à Birán, municipalité de Cueto, dans la province de Holguín (anciennement appelée « province d'Oriente »), le , Fidel Alejandro Castro Ruz est issu de la bourgeoisie cubaine.. Son père est un ancien soldat de la guerre d'indépendance cubaine de 1895, sympathisant franquiste et riche planteur sucrierHector Lemieux, « Raul Castro, grand oublié de la révolution cubaine », Le Figaro, samedi 3 / dimanche 4 juin 2017, page 7.. De nombreux biographes pensent qu'il est né le , considérant que son père avait modifié son certificat de naissance afin qu'il puisse entrer en seconde au collège Dolorès des jésuites à Santiago de Cuba... Fidel Castro, , et entretiendra cette tromperie en affirmant qu'à l'école des Frères des écoles chrétiennes chez les Frères maristes, il a « sauté » sa huitième en raison de bonnes notes..
Enfance et éducation Il passe ses toutes premières années dans la ferme d'une famille aisée mais fort compliquée. Il est le fils d'Ángel Castro Argiz, immigrant espagnol (galicien) analphabète qui est ensuite devenu un riche propriétaire terrien (hacendado), et de sa cuisinière d'origine espagnole également, née à Cuba, Lina Ruz González, alors que Don Ángel est encore marié avec son épouse délaissée, père de cinq enfants, et que le divorce n'est pas autorisé par la loi (Ángel, devenu citoyen cubain en 1941, épouse Lina en 1943 lorsque la Constitution légalise le divorce).. Sept enfants naissent hors mariage, Fidel est le et Raúl le (des rumeurs font de Raúl un demi-frère de Fidel, la mère de Fidel l'ayant eu d'un sergent Felipe Miraval, métissé chinois et mulâtre, qu'Ángel Castro Ruz a reconnu néanmoins, après la prononciation du divorce avec sa première femme.). Fidel, enfant illégitime, est placé à l'âge de cinq ans à Santiago de Cuba, et ne sera baptisé, de père inconnu, qu'en . Il ne sera reconnu officiellement par son père, et ne prendra le nom de Castro, qu'en , âgé alors de 17 ans.
Enfant, il est confronté à un univers patriarcal brutal, et est en contact avec les fils des paysans pauvres qui se tuent à la tâche pour son père, à la plantation.
Premiers engagements Après des études dans des écoles catholiques, le cours préparatoire de l'école des Frères des écoles chrétiennes à Santiago de Cuba chez les Frères maristes de 1934 à 1939 puis, enfant rebelle et turbulent, envoyé chez les jésuites pour ses études secondaires, d'abord à l'école Dolores de 1939 à 1942 puis au prestigieux lycée Belén de La Havane de 1942 à 1945, Fidel Castro entre à l'université de la capitale le d'où il sort docteur en droit, licencié en droit diplomatique et docteur en sciences sociales en 1950..
C'est à travers le militantisme étudiant qu'il éveille sa conscience politique. Il devient délégué de la FEU (Fédération des étudiants d'université), qui s'oppose au régime corrompu de Ramón Grau San Martín. En , il adhère au Parti orthodoxe, un parti nationaliste à tendance socialiste, dirigé par , anti-communiste mais aussi anti-impérialiste c'est-à-dire anti-nord-américain. Il restera six ans dans cette organisation, jusqu'en 1953..
En , il participe, soutenu par certains des membres du gouvernement cubain dont José Alemán, avec un millier d'hommes dont Juan Bosch et Carlos Franqui, à la tentative manquée de débarquement en République dominicaine pour renverser le dictateur Trujillo.. En , il participe au Bogotazo, émeutes de Bogota, consécutives à l'assassinat du libéral de gauche Jorge Eliécer Gaitán qui était candidat à la présidence de la Colombie, qui firent .
Mariage et opposition à Batista vignette|Castro s'oppose au président et général Fulgencio Batista (à gauche), ici en 1938 avec le Chef d'état-major de l'United States Army Malin Craig.
En , il épouse sa première femme, Mirta Díaz-Balart, sœur du ministre de l'Intérieur de Batista, Rafael Díaz-Balart, issue d'une famille bourgeoise de l'Oriente : son père, avocat, a défendu les compagnies américaines contre les Français qui voulaient contrôler l'industrie bananière. Cette famille joue encore aujourd'hui un rôle certain dans les milieux anticastristes de Miami (Lincoln Díaz-Balart était député de la Floride au Congrès américain, chef lobbyiste anticastriste aux États-Unis). Ils passent leur lune de miel à New York.
Le mariage ne dure que quelques années et un seul enfant est issu de cette union : Fidel, dit Fidelito, né en 1949. De 1950 à 1952, Fidel Castro se consacre au droit. Il a un cabinet d'avocat dans la rue Tejadillo et se consacre à la défense des pauvres, mais selon son amie Martha Frayde, lui et sa famille vivent des 200 pesos que lui envoie chaque mois son père.. Il se présente au Parlement pour le « Parti orthodoxe ». Mais le coup d'État du général Fulgencio Batista en 1952, qui renverse le gouvernement de Carlos Prío Socarrás, annule ces élections. Castro attaque Batista en justice, l'accusant d'avoir violé la Constitution, mais sa demande est jugée irrecevable.
Révolution cubaine (1953-1959)
Organisation de la lutte armée et exil vignette|Fidel Castro (assis, à gauche) en état d'arrestation après l'attaque de la caserne de Moncada (1953). Castro organise alors une réaction armée en attaquant la caserne de Moncada le , dans l'objectif de provoquer une insurrection locale et une grève générale, mais l'assaut est un désastre. Quatre-vingts des assaillants sont exécutés sommairement après leur capture. Fidel Castro lui-même est arrêté mais est épargné avec quelques autres survivants grâce au sergent Pedro Sarría, qui désobéit à ses instructions et ne fait pas fusiller ses prisonniers.. C'est à cette occasion que Castro rédige sa plaidoirie : « L'histoire m'acquittera », discours passionné défendant son action et explicitant ses thèses politiques. Libéré lors d'une vague d'amnistie en mai 1955, il s'exile avec son frère Raúl au Mexique où il rencontre Ernesto Guevara puis aux États-Unis pour collecter des fonds afin d'organiser le débarquement du Granma : il fonde le mouvement du 26 juillet. À cette époque, Castro se définit comme un adepte de la philosophie jeffersonienne et adhère à la formule d'Abraham Lincoln de coopération entre le capital et le travail ; ainsi, en , peu après son arrivée au pouvoir, Castro affirmera-t-il au U.S. News and World Report qu'il n'envisage aucune nationalisation..
Chef de guérilla vignette|Le frère de Fidel Castro, Raúl Castro (à gauche) et Che Guevara en 1958. Le , il rentre clandestinement à Cuba, avec 80 autres exilés et Che Guevara, sur le navire de plaisance Granma. La traversée s'effectue dans des conditions contraignantes puisque le navire n'offrait une capacité que de 25 personnes, et l'un des hommes tombe à la mer, mais ses compagnons réussissent à le sauver. Castro, Che Guevara et leurs hommes débarquent à Belic, sur Niquero dans la province d'Oriente (au sud-est de Cuba), mais l'armée de Batista les trouve rapidement et les attaque par surprise. Seuls 16 des 82 hommes engagés survivent. Ils se réfugient dans la Sierra Maestra d'où ils mènent une guérilla contre l'armée de Batista, soutenue par le gouvernement américain qui lui fournit de l'argent et des armesMarita Lorenz, Cher Fidel, 2001, .. Batista commet une erreur stratégique en ne les repoussant pas à la mer : il déclare que « personne ne survit dans la Sierra Maestra », mais Castro et ses hommes le démentent dans les faits. Parmi les survivants, se trouvent Che Guevara, Raúl Castro et Camilo Cienfuegos.
Prise du pouvoir vignette|gauche|Fidel Castro et le révolutionnaire Camilo Cienfuegos entrant dans La Havane le 8 janvier 1959. Les troupes rebelles obtiennent d'importants appuis chez les paysans pauvres de la sierra Maestra, victimes de l'arbitraire des grands propriétaires, et le mouvement regroupe bientôt 800 hommes. Le mouvement révolutionnaire est d'ailleurs très populaire aux États-Unis, le New York Times et CBS envoient leurs journalistes, Castro apparaît alors comme un héros de la démocratie. Le gouvernement des États-Unis, gêné par la brutalité du régime de Fulgencio Batista, retire l'aide militaire américaine qu'il lui apportait et commence à voir en Castro une alternative à Batista. Le retrait de cette aide n'entraîne toutefois que peu de conséquences, les États-Unis continuant de fournir en armement les dictatures de Somoza au Nicaragua et Trujillo en République dominicaine qui toutes deux soutiennent Batista. Le , Batista envoie dix-sept bataillons (plus de ) contre Castro lors de l'opération Verano. Bien qu'en infériorité numérique, Castro remporte des victoires, aidé en cela par des désertions massives dans l'armée de Batista. Le traitement des prisonniers par les deux forces belligérantes contraste sensiblement et favorise les désertions dans les rangs gouvernementaux. Alors que les guérilleros prodiguent des soins médicaux aux soldats capturés et autorisent les visites de la Croix-Rouge, des cadavres de rebelles torturés à mort sont pendus aux arbres par les forces de Batista. Au cours de la contre-offensive de l'automne 1958, les forces révolutionnaires prennent Santiago de Cuba, la deuxième ville du pays, et Santa Clara. Fidel Castro s'illustre personnellement dans ces combats, au point qu'Ernesto Guevara et une quarantaine d'officiers de la guérilla lui écrivent une lettre commune pour lui demander de cesser de s'exposer ainsi en première ligne.vignette|Fidel Castro en visite aux États-Unis (Washington, D.C.) en avril 1959. Le , alors que la situation est très incertaine, Batista fuit le pays avec 40 millions de dollars vers la République dominicaine, puis l'Espagne de Francisco Franco.