Louis de Funès est un acteur français né le à Courbevoie (Seine) et mort le à Nantes (Loire-Atlantique).
Ayant joué dans plus de cent cinquante films, il est l'un des acteurs comiques les plus célèbres du cinéma français de la seconde moitié du et réalise les meilleurs résultats du cinéma français, des années 1960 au début des années 1980. Il réalise également les meilleures audiences télévisées. Très peu récompensé, il reçoit toutefois un César d'honneur pour l'ensemble de sa carrière en 1980.
Après presque vingt ans sur les planches ainsi que devant les caméras dans de nombreux seconds rôles, il impose son personnage de Français moyen impulsif, râleur, autoritaire, au franc-parler parfois dévastateur, et aux verbigérations et mimiques parfois muettes. C'est dans les années 1950 qu'il se fait connaître du grand public avec La Traversée de Paris (1956), ses premiers rôles principaux et le triomphe au théâtre dOscar. Dans les deux décennies qui suivent, on le retrouve dans des succès populaires, parmi lesquels : Pouic-Pouic (1963), Le Gendarme de Saint-Tropez (1964) et ses cinq suites, la trilogie Fantomas (1964 à 1967), Le Corniaud (1965), Le Grand Restaurant, La Grande Vadrouille (1966), Oscar, Les Grandes Vacances (1967), Le Petit Baigneur (1968), Hibernatus (1969), Jo, La Folie des grandeurs (1971), Les Aventures de Rabbi Jacob (1973), L'Aile ou la Cuisse (1976), La Zizanie (1978), L'Avare (1980) et La Soupe aux choux (1981).
Les caricatures démesurées de petits bourgeois conservateurs, qui typiquement flattent l'autorité tout en persécutant leurs subordonnés, résonnent particulièrement avec les sociétés européennes changeantes des années 1960 et le conduisent au succès. Néanmoins, dans sa vie privée, De Funès est un homme notoirement timide, réservé, et un catholique dévoué.
Outre la France, les films de Louis de Funès ont connu un grand succès dans divers pays européens, et notamment en Russie, du temps de l'URSS. Sa popularité ne s'étendra que très peu dans les pays anglophones, à l'exception du succès outre-Atlantique du film Les Aventures de Rabbi Jacob, nommé pour un Golden Globe en 1975. Le souvenir de l'acteur est entretenu par deux musées : le musée Louis-de-Funès à Saint-Raphaël et le musée de la Gendarmerie et du Cinéma, dans l'ancienne gendarmerie de Saint-Tropez.
Biographie Enfance et formation Origines familiales
Louis de Funès est issu d'une famille espagnole. Son père, Carlos Luis de Funes de Galarza (Séville, 1871 — Malaga, ) est un avocat sans client et sans le sou à Malaga, où sa famille possède une propriété en ruine. Ayant fait ses études à la Sorbonne, il parle le français. Des biographes évoquent une ascendance dans la noblesse castillane mais les annuaires présents à la Bibliothèque nationale de France ne mentionnent pas de famille de Funès de Galarza.
vignette|redresse=0.65|Les grands-parents maternels de Louis de Funès, Teolindo Soto y Barro et Leonor Reguera.
Sa mère Leonor Soto Reguera (Ortigueira, — Montmorency, Extrait du registre d'état civil pour l'année 1957 de la ville de Montmorency (Val-d'Oise) : .) est la fille d'un notaire galicien, Teolindo Soto y Barro. Ce dernier est également avocat, notamment pour le compte des chemins de fer espagnols, et a été élu député et bientôt sénateur.. Les parents de Leonor voient d'un très mauvais œil l'approche de Carlos de Funes, cet aventurier beau parleur, quoique raffiné et éduqué. En 1904, puisqu'ils s'opposent à leur union et enferment leur fille, Carlos enlève Leonor. Les deux amoureux fuient l'Espagne et se réfugient en France. Finalement, le père de Leonor revient sur sa décision et accepte de doter sa fille confortablement.
Carlos et Leonor de Funès s'installent dans un hôtel particulier de Neuilly-sur-Seine. Carlos ne peut plus exercer sa profession d'avocat depuis son installation en France et s'improvise alors courtier en pierres précieuses. De la rue de la Paix à la rue de Provence, il écoule auprès de clients variés des joyaux confiés par des bijouteries. Il finit par être escroqué par un homme élégant qui demande à garder les pierres pour faire son choix mais ne réapparaît jamais. L'essentiel de la dot part alors dans le remboursement de la bijouterie Halévy. Le père de Leonor meurt d'un infarctus en apprenant la nouvelle. Le couple perd alors aussi la rente qui leur était accordée, et se voit contraint de faire des économies : ils licencient leurs domestiques, vendent la calèche, et quittent Neuilly pour un petit appartement au 29, rue Carnot à Courbevoie.
Famille, enfance, scolarité vignette|redresse|gauche|alt=Photo en noir et blanc d'une jeune femme.|Sa sœur Marie de Funès, dite « Mine », mannequin, en 1930.
Dans ce quartier ouvrier de Bécon-les-Bruyères, Carlos et Leonor donnent naissance à trois enfants : Marie (dite « Mine ») le ., puis Charles le et Louis le .. Personnage un peu fantasque, Carlos peine à gagner sa vie sérieusement et traîne dans les cafés. Il persévère en tant que diamantaire, tentant notamment en vain de fabriquer des émeraudes de synthèse alors qu'il est daltonien. L'imminence d'une nouvelle guerre en 1914 lui donne l'idée d'élever des lapins, pour faire fortune au cas où Paris devait subir un nouveau siège comme en 1870, mais la guerre de tranchées contrecarre son projet en retenant le front loin de la capitale. Sur l'acte de naissance de Louis, le père se déclare et la mère .. En réalité, c'est Leonor qui fait vivre la famille en vendant des fourrures aux bourgeoises qu'elle fréquentait auparavant.
En 1920, la famille déménage à Villiers-sur-Marne dans une petite maison, avec un étroit terrain grâce auquel le petit Louis découvre le jardinage. Avec un père souvent absent de la maison, Leonor, dotée d'un fort caractère et d'une autorité incontestable, donne une éducation stricte et raffinée à ses enfants, suivant les règles de la bonne société dans laquelle elle a grandi. Elle donne également à Louis ses premières leçons de piano à l'âge de , sans passer par le solfège..
vignette|redresse|Le très jeune écolier Louis, costumé (avec chapeau pointu et épée), au début des années 1920.
À dix ans, Louis de Funès entre au collège Jules-Ferry de Coulommiers, un établissement austère, où son frère est déjà pensionnaire, avec quatre uniques sorties par an. Rêveur, indiscipliné, taciturne, malingre, avec son nez allongé et son regard apeuré il est le souffre-douleur de ses camarades du pensionnat. Pendant les trois ans d'internat, où il apprend l'adversité et la méchanceté de ses professeurs, et ..
En juin 1926, Louis de Funès connaît sa première expérience théâtrale lors d'un spectacle donné avec ses camarades à l'occasion du cinquantenaire de son collège : il joue et chante dans Le Royal Dindon, opéra-comique en un acte de Luigi Bordèse, au théâtre municipal de Coulommiers. Selon le biographe Jean-Marc Loubier, il tient le rôle d'. Le journal local commente : .
Carlos de Funes fait croire à son suicide — en laissant ses chaussures, son chapeau et une lettre d'adieu au bord d'un canal — et part pour Cuba puis le Venezuela, pensant développer son commerce de pierres précieuses. La disparition de Carlos affecte Leonor mais pas Louis, qui selon son fils Patrick . En 1930, au bout de trois ans, son épouse apprenant le subterfuge va le chercher. Pendant le périple de sa mère, Louis est confié à un medecin dirigeant une pouponnière dans la vallée de Chevreuse, où le grand air fortifie le petit enfant chétif et lui donne le goût de la nature. Après plusieurs mois, Leonor ramène Carlos rongé par la tuberculose. En 1932, ce dernier décide de repartir en Espagne, où il meurt, seul et ruiné, le à Malaga, à .
En 1930, à , après des études secondaires moyennes au lycée Condorcet de Paris et suivant les conseils de son frère devenu fourreur, Louis de Funès entre à l'École professionnelle de la fourrure, située près de la place de la Bastille ; il en est renvoyé pour chahut. Il travaille ensuite chez plusieurs fourreurs, exerce successivement différents métiers (comptable, étalagiste, décorateur)., ses renvois fréquents et la lassitude de ses frasques professionnelles conduisent ses parents à l'inscrire, en 1932, à l'École technique de photographie et de cinéma (ETPC), située à deux pas de son domicile, où il choisit la section cinéma..
Dans les cours, il a notamment pour condisciple Henri Decaë, bien plus tard directeur de la photographie de plusieurs de ses films. Finalement, il est renvoyé pour incendie volontaire.. Commence alors un cycle de périodes de chômage et d'emplois d'où il finit toujours par se faire renvoyer. Son fils Olivier de Funès explique : . Alors qu'il est vendeur dans un magasin parisien, il rencontre Germaine Carroyer et l'épouse en 1936. Ils déménagent à Saint-Étienne, puis, à la fin de la même année, à Charleville-Mézières, où naît son premier fils, Daniel, en .. Il enchaîne sans véritable stabilité les métiers de décorateur pour une boutique Devred, dessinateur industriel ou encore aide-comptable et quitte la région en 1938 pour revenir à Courbevoie..
Premiers pas sur scène vignette|redresse|gauche|Livret militaire de Louis de Funès, classe 1934, réformé en 1940, échappant ainsi aux combats de la Seconde Guerre mondiale.
Lorsque la Seconde Guerre mondiale commence en , Louis de Funès, alors âgé de 25 ans, est convoqué pour la mobilisation, étant apte au service passif. À l'appel du service militaire à vingt ans, en 1934, il avait été déclaré inapte au service actif pour sa constitution malingre ( et ) et l'antécédent de son père emporté par la tuberculose. De nouveaux passages auprès des médecins militaires les trois années suivantes avaient confirmé son inaptitude.
Il est donc affecté provisoirement à des travaux de manutention et de terrassement, transporté de caserne en caserne, jusqu'à stationner près de la Marne. Au cours de la , il monte de petits divertissements pour les troupes, où il imite notamment avec talent Maurice Chevalier. Quelques jours de maladie en le font passer devant une commission médicale, qui le réforme en évoquant la tuberculose, qu'il n'a pourtant pas.. Il pensa toute sa vie avoir échappé aux combats à la place d'un autre grâce à une confusion de dossiers radiologiques. Son frère Charles est mobilisé au d'infanterie, envoyé dans les Ardennes. Il est mort pour la France au cours de l'offensive surprise allemande, fauché par une mitrailleuse ennemie à l'entrée de Sault-lès-Rethel le . Louis devient le tuteur de son neveu orphelin Édouard, mais celui-ci est élevé par sa tante « Mine » puisque l'oncle Louis est désargenté.
vignette|redresse|De Funès au tout début des années 1940, au Conservatoire International de Jazz, parmi ses collègues, où l'on retrouve notamment sa future épouse, Jeanne Barthélémy et Eddie Barclay, tous deux à gauche de la photo.
Sous l'Occupation, Louis enchaîne les petits boulots (étalagiste, cireur et gratteur de parquets…). Bientôt, il se fait engager comme pianiste de bar et rencontre Eddie BarclayCette période varie selon les sources, la famille de Funès affirme qu'elle débute en 1936, mais on trouve des dates postérieures dans certaines biographies. : Il joue dans un grand nombre d'établissements, enchaînant des soirées de douze heures, payé à la coupelle ou touchant un cachet de misère.. Le cinéaste Georges Lautner indique :
Il se servira de cette capacité dans certains de ses films, comme Pas de week-end pour notre amour, La Rue sans loi, Frou-frou, Le Corniaud, La Grande Vadrouille, Le Grand Restaurant ou encore L'Homme orchestre.
vignette|redresse|gauche|Pianiste de jazz en 1943, durant l'Occupation, à Paris.
Au tout début des années 1940, l'apprenti pianiste rejoint son ami Eddie Barclay qui l'invite à s'inscrire au nouveau Conservatoire International de Jazz dirigé par le professeur Charles-Henry.. Il y fait la connaissance de la secrétaire du directeur, Jeanne Barthélémy, laquelle va devenir sa seconde épouse..