La hamza (en arabe ) est un signe de l'alphabet arabe qui note le « coup de glotte » [ʔ]. Bien que ce phonème fonctionne en arabe comme une consonne à part entière, et qu'elle serve en particulier de consonne radicale à de nombreuses racines, la hamza n'est pas considérée comme une lettre de cet alphabet. De ce fait, sa notation est atypique, mal stabilisée, et relativement complexe.

La hamza se présente le plus souvent avec un « support », et se comporte alors comme un diacritique ; mais est parfois écrite en ligne comme une lettre régulière. Les règles d'écritures de la hamza et de son support éventuel dépendent de la nature de la hamza, de sa place dans le mot, du vocalisme et de la syllabation.

Il existe deux types de hamza : la hamza stable, qui appartient à la structure consonantique du mot et se prononce toujours ; la hamza instable, attaque vocalique que l'on ne trouve qu'en début de mot, et qui ne se réalise comme un coup de glotte que si le mot en question est en début de phrase ou se trouve après une pause. Ailleurs dans l'énoncé, la hamza et sa voyelle ne se prononcent pas.

Historique vignette|upright=2|Évolution du Aleph.

Valeurs variables du « coup de glotte »

La hamza n'est pas considérée comme une lettre dans la doctrine classique ; et contrairement aux 28 lettres de l'alphabet arabe, elle n'a aucun équivalent dans aucune autre écriture sémitique. Elle n'a vu le jour que vers le . L'invention de ce nouveau graphème qu’est la hamza est étroitement liée à une modification de la signification de la lettre alif, qui, au , a perdu son sens historique, pour devenir un signe de prolongation des voyelles.

Dans les alphabets sémitiques dérivés de l'alphabet araméen, le coup de glotte correspond normalement à la première lettre de l'alphabet, aleph.

Mais l'arabe étant plus dépendant des voyelles que son modèle nabatéenHistoire de l'écriture, James Février, Payot 1984, ., la nécessité d'indiquer celles-ci s'est fait très rapidement sentir. À cette fin, l'arabe a utilisé les trois lettres alif, ya et waw comme signe de prolongation, pour indiquer respectivement les voyelles longues ā, ī et ū. Ce rôle de signe de prolongation était déjà présent en nabatéen et en araméenThe Encyclopaedia of Islam. New Edition. Band 3. 1971; S. 150–152.

Sur le plan phonétique, par ailleurs, le « coup de glotte » était plus ou moins marqué suivant les dialectes. Sa position de consonne faible entre deux voyelles se transformait souvent en une simple articulation entre ces voyelles, qui, suivant les couples de voyelles considérées, pouvait prendre la forme d'un allongement ou d'une semi-voyelle, se retrouvant alors transcrit par l'une des trois lettres alif, ya et waw. Dans ce contexte phonétique, le ya et le waw conservent également leur rôle de semi-consonne (valant respectivement y et w), mais le alif perd complètement son rôle de consonne, et ne sert plus que comme lettre de prolongation du a, qu'il soit ou non substitut du coup de glotte.

C'est dans ce contexte que l'alphabet arabe s'est fixé, et que les premières versions du Coran ont été mises par écritModern Written Arabic: A Comprehensive Grammar. El Said Badawi, Michael Carter, Adrian Gully. Routledge, 2015. .. Dans cette notation, les trois lettres alif, ya et waw peuvent correspondre à un signe de prolongation d'une voyelle, ou à la trace d'un coup de glotte ; et le ya et le waw peuvent de plus avoir leur rôle originel de semi-consonne.

Cependant, si l'alphabet arabe a été fixé en référence à un dialecte sans coup de glotte, le dialecte de référence pour la transmission orale du Coran avait en revanche conservé le « coup de glotte » comme consonne à part entière. Il était donc nécessaire de préciser son emplacement aux endroits où il apparaissait. La hamza fut alors introduite comme signe diacritique, dérivée du ʿayn phonologiquement similaire, pour indiquer l'emplacement de ce coup de glotte, en complément aux trois lettres alif, ya et waw qui en avaient noté l'articulation. Ces trois lettres sont à présent conservées comme « support » ou « siège » de la hamza, mais sont en principe sans valeur phonétique.

Hésitations et tolérances modernes dans l'écriture

vignette|upright=1.5|Coran de 671 : des diacritiques ont été rajoutés sur une écriture koufique.

L'écriture de cette hamza a toujours été une difficulté, même en arabe classique, parce qu'elle était absente des premiers manuscrits coraniques, et parce qu'elle disparaît dans de nombreux environnements phonétiques.

De nos jours, les règles gouvernant le support de la hamza sont toujours en principe celles de l'arabe classique (et ses priorités « i, u, a, ø »), mais les académies ont introduit des tolérances nouvelles dans la pratique moderne. En position initiale, la hamza (toujours supportée par un alif) tend à ne plus être qu'implicite, en particulier lorsqu'elle est mobile ; et quand elle est notée, l'est sans faire la différence entre l'initiale « ʾi » (notée avec une hamza souscrite إ) et les autres (avec hamza suscrite أ).

L'arabe est réticent à écrire deux waw de suite ; et les académies acceptent que le support puisse être assez systématiquement un alif maqṣūra quand il doit être suivi d'un waw : On écrira ainsi (šuʾūn, « chose, affaire », racine : شءن) au lieu d'un régulierKazimirski, racine شءن. mais inesthétique De même, quand la hamza suit une voyelle longue de même support qu'elle, l'écriture moderne tend à l'écrire en ligne alors que cette forme n'existe pas dans l'écriture classique pour la hamza médiane. On écrira ainsi (daʾūb, travailler, racine دءب) au lieu d'un théoriqueKazimirski, racine دءب.

D'autre part, le support de la hamza tend à se lexicaliser : alors que ce support dépend théoriquement des voyelles environnantes, une hamza finale tend à rester invariable même lorsque le suffixe grammatical varie.

Variantes dans la prononciation

vignette|upright=2|Manuscrit koufique où la hamza a été rajoutée à l'encre verte.

La hamza marque à la base une articulation faible entre consonnes formant diérèse : le « coup de glotte » léger dans « iʾu », semi-consonne sourde, fait la différence d’avec une liaison par semi-voyelle « iyu », qui apparaît nécessairement s’il n’y a pas de suspension de la vocalisation. Par ailleurs, en début de syllabe la hamza est une réattaque vocalique ; en fin de syllabe fermée elle se traduit par une légère emphase et un repos de la voix pendant l’aspirationA grammar of the Arabic Language, W. Wright (1874), §132..

La hamza marque fondamentalement une diérèse. C’est une semi-consonne neutre, qui peut disparaître quand il n’y a pas de rencontre entre deux voyelles, ou au contraire être renforcée par un W ou un Y lorsque l’articulation doit être plus marquée ou adoucie et est alors vocalisée. C'est cette transformation facile de la hamza en une voyelle longue qui a historiquement conduit à sa position particulière dans l'alphabet ; et cette transformation se fait encore sentir de nos jours.

En arabe moderne, la hamza en milieu de mot tend à se prononcer sans marquer l’arrêt vocalique ; et les supports et se transforment en lettres de prolongation ya et waw dès qu’ils sont précédés ou suivis d’une voyelle, à l’exception cependant de et . C’est à cause de cette assimilation que les verbes à troisième radicale hamzée se confondent aussi assez souvent avec les verbes nommés proprement défectueux, c'est-à-dire dont la dernière radicale est un ya ou un waw .

En particulier, les séquences de type « iʾi » et « uʾu » sont de fait équivalentes à « iyi » ou « uwu », qui ne se distingue pas des voyelles longues correspondantes. De même, si « aʾa » est équivalent d’un « â » long, ceci peut expliquer qu’un « ā » long devant une lettre redoublée par un teschdid s’écrit parfois avec un alif madda ( آ )A grammar of the Arabic Language, W. Wright (1874), §25., comme dans (ḍâllûn, errant), ce qui n’est plus une anomalie s’il est l’équivalent de ḍa-’al-lûn.

La hamza peut se rencontrer en position quiescente, en fin de syllabe. Dans ce cas, elle transforme la voyelle précédente en longue et supprime la hamzaGrammaire arabe à l'usage des élèves de l'École Spéciale des Langues Orientales Vivantes. Antoine Isaac Silvestre de Sacy, Imprimerie Royale, 1831. §187., celle-ci ne portant pas de voyelle, il n’y a dans ce cas pas de diérèse à faire, son effet principal est de transformer la syllabe précédente en syllabe longue. Le même effet peut être obtenu en remplaçant la hamza par une lettre de prolongation. On aura dans les deux cas la même « lettre faible », jouant soit le rôle de lettre de prolongation, soit celui de support de la hamza. Cette transformation est obligatoire dans les syllabes commençant et se terminant par une hamza. Dans ce cas, la deuxième hamza est supprimée de l’écriture pour ne laisser que la lettre de prolongation.

Formes écrites

La hamza peut s'écrire isolément, comme s'il s'agissait d'une lettre de l'alphabet arabe, ou sous forme de diacritique. Quelle que soit sa position, la hamza a toujours la même forme, et ne se lie ni devant ni derrière. En revanche, sa taille varie suivant qu'elle est en ligne ou sous forme de diacritique.

Lorsqu'elle est écrite en ligne, sans support, elle prend toujours la forme d'une lettre « isolée », et sa taille est comparable à celle des autres lettres : (tafāʾal, optimiste, racine فءل).

On peut également rencontrer une hamza en position haute sans support propre. Cette hamza haute peut suivre une lettre qui prend alors une forme finale (ou isolée), mais qui peut également prendre une forme médiane (ou initiale) et se lier à la lettre qui suit la hamza, laquelle est dans ce cas écrite au-dessus de la liaison entre les deux lettres qui l'encadrentCf Kazimirski , racine هيء. (en composition, le diacritique prend position sur une kashida). (hayʾat, forme extérieure, racine هيء).

En milieu de mot, la hamza est normalement portée par un alif, un waw ou un ya, s'accordant suivant les voyelles qui la précèdent et la suivent (l'ordre de priorité étant ya, waw, alif et absence de voyelle). Le ya homologue au i est en réalité sans points, un ʾalif maqṣūra. Ainsi, dans une écriture entièrement voyellée, les trois supports se présenteront ainsi : Dans (raʾīs, le chef), la hamza est entre un a et un i (long), et est portée par un ʾalif maqṣūra : Dans (fuʾād, le cœur), elle est entre un u et un a (long), et est portée par un waw : Dans (raʾs, la tête), elle est entre un a et une absence de voyelle, et est portée par un alif : Noter dans ces exemples que le support et sa hamza reçoivent eux-mêmes normalement des diacritiques, traduisant la voyelle qui suit la hamza, et que cette voyelle peut elle-même recevoir une lettre de prolongation. Une exception majeure, toutefois, est que l'on ne fait jamais suivre deux alif l'un derrière l'autre. Un alif-hamza se prolonge par l'apparition du madda : c'est un signe en forme de tilde que l'on place au-dessus de l'alif, pour indiquer qu'il faut le prononcer comme une hamza ayant pour voyelle un "â" long. On aura ainsi : (qurʾān , le Coran), où note la séquence ʾā, donc à la fois la hamza (dont le support est dans cette position un alif), la voyelle a, et sa lettre alif de prolongation.

La hamza théoriquement supportée par un alif peut être portée par un lam-alif, notamment lorsque le support fait sa ligature avec le préfixe el défini : (el-ʾintizâr, le parking — noter que la hamza reste considérée comme « en position initiale » derrière le el).

Une hamza peut se rencontrer sur d'autres lettres dans les écritures dérivées de l'alphabet arabe. Dans l'alphabet perso-arabe, une hamza peut être supportée par un hā : Dans l'alphabet pachto, supportée par un ḥā : Dans l'alphabet ormuri, supportée par un rā :

Écriture de la hamza stable