vignette|Discours de Mikhaïl Gorbatchev lors d'une session de l'Assemblée générale des Nations unies (RIA Novosti, archive 828797).

vignette|alt=Photographie couleurs d'une femme blanche s'adressant à une assemblée derrière un pupitre transparent|Ursula von der Leyen, en 2019, au Parlement européen.

Notion polysémique, la politique recouvre : la politique en son sens plus large, celui de civilité ou politikos, désigne ce qui est relatif à l'organisation d'un État (en grec : polis, en latin : civitas) et à l'exercice du pouvoir dans une société organisée ; en général, la politique d'une communauté, d'une société, d'un groupe social, au sens de Politeia, se conforme à une constitution rédigée par ses fondateurs qui définit sa structure et son fonctionnement (méthodique, théorique et pratique). La politique porte sur les actions, l’équilibre, le développement interne ou externe de cette société, ses rapports internes et ses rapports à d'autres ensembles. La politique est donc principalement ce qui a trait au collectif, à une somme d'individualités ou de multiplicités. C'est dans cette optique que les études politiques ou la science politique s'élargissent à tous les domaines d'une société (économie, droit, sociologie…) ; dans une acception plus restrictive, la politique au sens de politikè ou d'art politique, se réfère à la pratique du pouvoir, soit donc aux luttes de pouvoir et de représentativité entre des hommes et femmes de pouvoir, et aux différents partis politiques auxquels ils peuvent appartenir, tout comme à la gestion de ce même pouvoir.

Histoire

Anthropologie

Selon Georges Balandier, l'anthropologie politique George Balandier, Sens et puissance, 1971, Paris, PUF. Mais la question de savoir si on peut parler d'organisation politique dans des sociétés qui n'ont pas créé d'État fait encore débat.

Les anthropologues ont distingué quatre systèmes politiques primitifs, qui se situeraient en dehors de toute logique étatique ou institutionnelle : les bandes de chasseurs-cueilleurs nomade. Du fait de leur taille réduite (guère plus d'une centaine d'individus), et de leur mobilité, ces bandes n'éprouveraient nul besoin d'instituer des autorités politiques permanentes ; les sociétés lignagères. Décrit par Evans-Pritchard, dans son étude classique sur les Nuer, ce système politique implique la réunion de plusieurs groupes familiaux, au sein desquels les aînés possèdent une légitimité particulière, qui les rend aptes à dénouer un conflit ; les sociétés à notables charismatiques. Ici, le pouvoir est représenté ponctuellement par quelques personnalités reconnues pour leurs qualités morales ou leurs attributs matériels. Toutefois, cette dignité demeure individuelle, et n'est pas transmissible héréditairement ; les sociétés à chefferies. Quelques individus exercent un pouvoir incontestable et héréditaire, dont l'étendue reste cependant variable.

États proche-orientaux Durant la période d'Obeïd en Mésopotamie (6500 à 3750 ), vont apparaître et se combiner deux faits majeurs.

Le phénomène de structuration économique initié au début de l'ère Néolithique atteint un niveau critique, qui entraîne l'émergence d'une nouvelle cellule sociologique, la ville, ainsi que l'avènement d'inégalités sociales. L'invention de l'écriture permet l'administration rationnelle d'un espace donné : . L'avènement conjoint de ce modèle sociologique et de cette technologie intellectuelle contribue à l'émergence d'une structure humaine nouvelle, l'État, et de son corollaire, la politique.

À partir de l'an 3000 , les cités-États qui apparaissent en Mésopotamie semblent privilégier des régimes politiques assez proches de la monarchie constitutionnelle, voire de la république. Un poème sumérien étudié en particulier par Samuel Noah Kramer fait ainsi état de la présence de deux assemblées à Uruk, l'une, l'assemblée des anciens, s'apparentant à une sorte de sénat, l'autre à une assemblée du peuple. La légitimité du roi d'Uruk semble dépendre étroitement de ces deux assemblées : il ne déclare en effet la guerre à la cité de Kish qu'après avoir reçu au moins le soutien de l'assemblée du peuple. Qui plus est, l'attribution du pouvoir royal n'est que rarement héréditaire. Le terme sumérien pour désigner le roi, Lugal, consiste en effet en l'association de la racine Lu, homme et gal, grand. Ce qui importe ici avant tout ce sont les qualités morales et nullement l'appartenance héréditaire : Sargon d'Akkad n'obtient ainsi le trône que grâce à ses vertus royales.

Progressivement le pouvoir monarchique se renforce, tout à la fois en puissance (les premières cérémonies de sacre, qui impliquent une légitimité de droit divin apparaissent au début du millénaire ) et en étendue (les cités-États sont absorbées par de grands royaumes). Les institutions démocratiques et républicaines, notées par Kramer, tombent de fait en désuétude. Le renforcement de l'autorité monarchique va favoriser, au cours du premier quart du millénaire , la mise en place d'une administration et d'une jurisprudence normalisées, évolution illustrées par les codes d'Ur-Nammu (vers -2100), de Lipit-Ishtar (vers -1930) et d'Hammurabi (vers -1750), ainsi que les Lois d'Eshnunna (vers -1760). Certes ces premiers corpus juridiques n'ont aucune visée exhaustive et s'apparentent plutôt par leur style à des recueils de prescriptions morales. Toutefois le fait qu'ils entendent corriger les traditions orales dans une optique rationnelle représente une rupture importante : .

L'affermissement de grands États centralisés et rationalisés induit l'organisation de relations internationales. De la fin du à -1100, un espace allant de l'Égypte à Élam, et de l'Arabie au royaume Hittite est régi par un système diplomatique élaboré : le système d'Amarna. Fondé sur un relatif équilibre géopolitique entre quatre ou cinq grandes puissances, ce système dispose de sa lingua franca, l'akkadien, et de ses protocoles propres. Ainsi, les . Les invasions successives des peuples de la mer mettent fin à cette construction politique élaborée.

Il semble ainsi que les États proche-orientaux ont forgé la quasi-totalité des formes et structures politiques. Pour autant si le politique est certes un objet bien établi, il ne s'agit en aucun cas d'une pensée ni d'une théorie politique : . Les hommes d'États proche-orientaux se préoccupent avant tout des politiques, de la gestion des affaires administratives, et fort peu de la Politique, de l'ordre étatique dans son ensemble — car l'ordre est partie prenante de l'ordre divin dans son ensemble, et ne saurait être contesté, discuté ou simplement considéré.

Cité grecque

En dépit des précédents proche-orientaux, l'origine de la politique se confond généralement avec celle de la pensée politique et donc de fait, avec la Cité grecque. Ainsi l'helléniste anglais Moses Finley, a-t-il pu affirmer que la politique . Il s'agit en effet, .

Tout au long du , la Grèce apparaît comme une simple continuité périphérique du système d'Amarna. Comme le note en effet Jean-Pierre Vernant : . De la sorte, le premier État grec connu, le royaume mycénien, s'apparente par de nombreux traits aux monarchies proche-orientales contemporaines. Il s'agit en effet d'une royauté bureaucratique, caractérisée par une régulation quasi-maniaque de la vie sociale. De plus, le roi ou anax possède une autorité essentiellement militaire et religieuse. Aussi, la politique à l'ère mycénienne prend ainsi la forme d'une activité essentiellement administrative, inscrite dans un cadre cosmogonique plus large.

Effectif à partir du le déclin du monde mycénien va entraîner un redéploiement complet des structures politiques initiales : l'anax disparaît et les potentats locaux, dits basileus ne conservent le plus souvent que des prérogatives religieuses. Le reflux de la souveraineté monarchique va favoriser deux forces sociales jusqu'ici quasiment exclues du jeu politique : . Les dissensions fréquentes entre ces deux forces vont rendre nécessaire la mise en place du débat politique ou agôn, sur une place publique. Le pouvoir cesse dès lors de dépendre d'un centre unique, pour être le produit d'une délibération constante : .

Progressivement s'instaure une entité politique d'un genre nouveau : la polis ou cité. Elle se caractérise par trois traits principaux : l'usage du discours rationnel, la publicisation des actes politiques, et la croyance en l'égalité des citoyens devant la loi (ou isonomie). Cette instauration invalide de fait les vieilles coutumes orales, qui régulaient jusqu'alors le jeu politique et social. Plusieurs législateurs, regroupés sous l'appellation générique de Sept sages vont promouvoir en conséquence une nouvelle éthique citoyenne, qui témoigne d'une volonté de rationaliser la justice : le criminel n'est ainsi plus jugé coupable vis-à-vis de sa victime, mais de la cité entière.

Pendant moral de cette éthique, la « sôphrosunè » ou modération, fait converger l'ensemble des structures sociales vers un « juste milieu ». Solon impose ainsi une égalité géométrique, ou homoneia, des corps de citoyens, en accord avec les rapports de types musicaux (2/1, 3/2, 4/3) : la première classe de citoyen reçoit ainsi cinq cents mesures de blé, quand la dernière classe n'en reçoit que deux cents. Par la suite les démocrates comme Clisthène généralisent le principe de l'égalité absolue, fondée sur le rapport 1/1 : chaque citoyen devient dès lors l'entité indivisible d'un corps unique : la cité. Afin de garantir ce principe, Clisthènes procède à une réforme profonde de l'espace civique athénien, en regroupant les quatre tribus traditionnelles en dix tribus : purement conventionnelle, cette division administrative achève de rationaliser la cité.

Moyen Âge et époque moderne vignette|La régente María de Molina présentant son fils Ferdinand IV de Castille aux Cortes de Valladolid en 1295, tableau d'Antonio Gisbert Pérez, 1863, Congrès des députés d'Espagne

Au Moyen Âge, le régime politique le plus répandu est celui de la monarchie héréditaire ou élective. Le roi est alors le suzerain de ses vassaux. Dans certains États, le régime prend la forme de la monarchie absolue de droit divin dont l'archétype est, en France, le roi ; la Russie vit jusqu'en 1917 sous le régime de l'autocratie hérité de l'Empire byzantin tandis que la Pologne connaît une forme de république aristocratique, la Liberté dorée, qui s'achève avec les partages de la Pologne.

Dans les royaumes barbares du Haut Moyen Âge, le souverain est avant tout un chef de guerre et la fonction royale est pratiquement réservé aux hommes. Au cours du Moyen Âge central, la consolidation du système féodal permet parfois à une femme d'hériter de la souveraineté sur un État ou un fief. Le système successoral tend à privilégier les hommes : les femmes sont exclues de la succession dans certains pays (loi salique en France, Bulle d'or de 1356 dans le Saint-Empire) ou n'y accèdent qu'en l'absence d'héritier masculin (Angleterre, Espagne, Portugal, Russie jusqu'à la fin du ) ; les légistes ne font qu'entériner une vision générale de la femme médiévale comme inférieure à l'homme. Cependant, jusqu'au , il n'est pas rare que la mère d'un souverain mineur ou absent exerce la régence. En France, le pouvoir monarchique prend fin sous une régente, Eugénie de Montijo, épouse de Napoléon IIIMoisei Ostrogorski, La femme au point de vue du droit public: étude d'histoire et de législation comparée, éd. Arthur Rousseau, Paris, 1892, .

Fin du - début du vignette|gauche|redresse=0.7|L'arrestation de lors de la fuite de Varennes en juin 1791 marque l'échec de la première tentative de monarchie constitutionnelle en France. Gravure britannique de 1900.

À partir de la fin du et au , dans plusieurs pays occidentaux, la monarchie est remise en cause au bénéfice d'un régime parlementaire plus ou moins élargi qui évoluera vers la démocratie représentative.