thumb|Mortain sur une carte de la Normandie historique Le titre de comte de Mortain fut porté par deux rois d'Angleterre, des rois de Navarre et de nombreux membres de diverses familles royales et ducales. Ce fut dans ses premiers siècles d'existence un titre très prestigieux, mais son importance décrut vers le pour ne devenir qu'un titre accessoire.
Le comté de Mortain fut un comté médiéval centré sur la ville de Mortain (Manche). Les ducs de Normandie y placèrent des membres de leur famille.
Histoire du titre Période anglo-normande
Les débuts du comté de Mortain, et par conséquent des comtes de Mortain, sont très mal connus. En 1946, l'historien David C. DouglasDavid Douglas, The Earliest Norman Counts, The English Historical Review, vol. 61, 240 (mai 1946), p. 129-156. fait l'hypothèse que le premier comte de Mortain est Robert, fils illégitime de Richard , duc de Normandie, et d'une maîtresse inconnue. Robert est responsable d'un grand territoire incluant Mortain, le Mont-Saint-Michel et la région d'Avranches vers 1015. Douglas le considère comme le premier comte de Mortain, même s'il était probablement plus un comte de l'Avranchin. Le Vita GauzliniVie de Gauzlini, par André de Fleury, écrit dans les années 1040, décrit la vie de Gauzlin, abbé de Fleury de 1004 à 1030. identifie clairement ce Robert comme frère du duc Richard II, son fils Richard comme le neveu du duc, et précise que ce Richard fut exilé outremer en 1026, après s'être rebelléCassandra Potts, « The Earliest Norman Counts Revisited: The Lords of Mortain », dans The Haskins Society Journal, vol. 4 (1992), p. 23 à 35..
Pour Claude Groud-Cordray et David Nicolas-Méry, le comté de Mortain est né après 1047, consécutivement à la bataille de Val-ès-DunesClaude Groud-Cordray, David Nicolas-Méry, « Des comtes aux vicomtes d'Avranches et comtes de Mortain, du début du XIe siècle à 1066 », dans Revue de l'Avranchin et du Pays de Granville, 2007, vol. 84, p. 359-374.. Sa fondation résulte de la volonté du duc Guillaume le Batard de retirer à Avranches son statut de capitale comtale octroyé par Richard . Afin d'éviter qu'un « État tampon » se forme aux marges de son duché, le jeune duc déplace Guillaume Guerlenc alors comte d'Avranches, vers Mortain qui de ce fait devient le nouveau pôle politique du diocèse d'Avranches ; Avranches devient une simple vicomté qui échoit à la famille des comtes du Hiémois, les Goz, et plus précisément à Richard Goz puis à Hugues d'Avranches, son fils.
Pour les deux historiens, le premier comte mentionné dans le sud-ouest de la Normandie n'était pas comte de Mortain mais bien comte d'Avranches ; c'est ce qu'affirme sans doute possible la Vita GauzliniRobert-Henri Bautier et Gillette Labory, (ed.) André de Fleury, Vita Gauzlini abbatis Floriacensis monasterii (Paris, 1969 ; Sources d'histoire médiévale, 2) p. 48-51. Robert d'Avranches était responsable d'un grand territoire, incluant Mortain, le Mont-Saint-Michel et surtout toute la région ouest de l'Avranchin, vers 1015.
La transcription d'une charte qui nous est parvenue mentionne l'existence d'un comte Richard. Dans le Vita Gauzlini, André de Fleury relate les problèmes de l'abbaye de Saint-Benoît-sur-Loire avec Richard, le fils du comte Robert, qui avait été donné à l'abbaye pour y être moine, mais qui en fut retiré quand il se trouva être le seul fils survivant du comte. Il est logique de considérer que ce Richard succéda à son père et fut comte de la région d'Avranches jusqu'en 1026.
Après l'exil de ce Richard, c'est Guillaume Guerlenc (ou Guerlanc, Guerland, Warlong, Werling, Warlenc, Werlenc) qui assume la fonction comtale, mais cette fois, il est clairement établit sur Mortain. Sa parenté est sujette à débat. Pour Orderic Vital, il est le fils du comte Mauger. Pour Davis C. Douglas, il est impossible qu'il soit le fils de Mauger, le comte de Corbeil et fils de Richard , pour un problème de chronologie. Mais Cassandra Potts le contredit en proposant que le comté de Mortain lui ait été donné après l'exil de son cousin Richard en 1026. Pour Groud-Cordray et Nicolas-Méry, la succession a bien lieu en 1026 mais elle porte sur le comté d'Avranches et non de Mortain
Vers 1049-1050Après la nomination d'Odon à l'évêché de Bayeux (1049), et avant le mariage de Guillaume le Bâtard (1050) d'après Orderic Vital; Interpolations d'Orderic Vital au Gesta Normannorum Ducum de Guillaume de Jumièges, Éd. Guizot, Paris, Brière, 1826. d'après Orderic Vital, ou après 1055 d'après des chartes qui nous sont parvenues, voire aux alentours de 1060 et peut-être pas avant 1063Brian Golding, « Robert of Mortain », Anglo-Norman Studies : XIII. Proceedings of the Battle Conference, édité par Marjorie Chibnall, Boydell & Brewer Ltd, 1990, p. 120., Guillaume Guerlenc tombe en défaveur et est remplacé. Il est assez probable qu'il est déposé à la fin des années 1050, après les batailles de Mortemer (1054) et de Varaville (1057). On ne sait pas si la raison de cet évincement était réellement fondée. Orderic Vital raconte qu'il fut impliqué dans un complot de rébellion contre le ducInterpolations d'Orderic Vital au Gesta Normannorum ducum, ibid., p. 194. et qu'il fut banni et dut s'exiler. Le duc de Normandie avait pour stratégie à cette époque de se débarrasser de l'influence des Richardides.
Le duc Guillaume remplace immédiatement Guillaume Guerlenc par son demi-frère utérin Robert de Conteville († 1090/95) qui devient donc Robert de Mortain. Celui-ci participe à la conquête de l'Angleterre, et est le deuxième seigneur le plus riche d'Angleterre après le duc et Odon de Conteville. Son fils Guillaume lui succède.
Guillaume de Mortain († 1140), allié de Robert Courteheuse, se voit confisquer son comté après la bataille de Tinchebray (). Capturé, il est emprisonné pendant de longues années, probablement jusqu'à la mort du roi Henri d'Angleterre en 1135, après quoi il se fait moine.
Robert II de Vitré est fait comte par Henri . Il prend ce titre dans quelques chartes de Savigny. Il l'a peu de temps et ne fait rien de remarquableM. de Gerville, Recherche sur les anciens châteaux des arrondissements d'Avranches et de Mortain, département de la Manche, 180-187, dans Mémoires de la Société des Antiquaires de Normandie, années 1827 et 1828, Caen, 1828..
Henri Beauclerc cède le comtéOrdéric Vital, éd. Guizot, Vol. III, livre V, p. 117, et Tome VI, Livre XI, p. 43. à Étienne de Blois, futur roi d'Angleterre, son neveu dont il a la charge depuis 1102. L'année est inconnue, probablement entre 1112 et 1119Étienne est déjà comte en 1119 selon Orderic Vital, Histoire de la Normandie, Tome IV; Livre XII, p. 284.. En 1130, ce dernier est le seigneur le plus riche de l'empire de son oncle. Lorsque Étienne devient roi d'Angleterre, il prétend aussi à la possession du duché de Normandie. Dans les faits, il n'a pas le contrôle du duché, et le comté de Mortain y est son seul point d'appuiFrançois Neveux, La Normandie des ducs aux rois (), Rennes, Ouest-France, 1998 ; pages 506 et 509-510..
Geoffroy Plantagenêt, le mari de l'Emperesse, attaque la Normandie en 1137 et en 1141. Mortain est en première ligne, et le comté de Mortain et l'Avranchin sont subjugués en 1142 par Henri de FougèresDaniel Power, The Norman Frontier in the Twelfth and Early Thirteenth Centuries, Cambridge University Press, 2004, p. 392. . Geoffroy devient duc de Normandie de jure uxoris en 1144.
Comme convenu dans le traité de Wallingford, Guillaume de Boulogne († 1159), le jeune fils du roi Étienne, déjà comte de Boulogne et comte de Surrey (par mariage), est autorisé à succéder à son père dans les terres que celui-ci avait avant son accession au trône. Il récupère donc le comté de Mortain à la mort de son père le Thomas K. Keefe, « William, earl of Surrey (c.1135–1159) », Oxford Dictionary of National Biography, Oxford University Press, 2004..
Mathieu de Boulogne prétend au titre par la suite. Il s'arrange avec Henri II d'Angleterre, vers 1168, et y renonce contre une somme d'argentRobert de Mont, Recueil des historiens de France, vol XIII, p. 312..
Richard Cœur de Lion, en succédant en 1189 à son père Henri II d'Angleterre sur le trône, donne le comté à son frère Jean sans Terre. Jean porte le titre jusqu'à sa propre accession en 1199. Il est parfois écrit que Richard a reçu ce comté de son père.
En 1204, le roi de France Philippe Auguste réussit à s'emparer de nombreuses terres de l'empire Plantagenêt, notamment la Normandie. Le comté passe donc à la couronne de France.
Période française
Renaud de Dammartin († 1217) devint comte de Boulogne de jure uxoris en 1192 et comte de Dammartin en 1200 à la mort de son père. Philippe Auguste l'installa comte de Mortain vers 1204-1206The Norman Frontier in the Twelfth and Early Thirteenth Centuries, p. 39F. M. Powicke, The Loss of Normandy 1198-1204 : Studies in the History of the Angevin Empire, edition, Manchester, 1961, note p. 274, et p. 275. Ses titres et possessions lui furent repris en 1211 quand il rendit hommage à Jean d'Angleterre. Il fut capturé à la bataille de Bouvines en 1214 et emprisonné.
Des garnisons royales furent mises dans le château de Mortain, et le comté fut érigé en pairie en 1223.
Philippe Hurepel de Clermont († 1234), fils cadet du roi Philippe, épousa la fille et héritière de Renaud de Dammartin. Il devint donc comte de Boulogne de jure uxoris en mai 1210. Son père l'investit des comtés de Mortain et d'Aumale en février 1223. Ces titres furent confirmés en février 1224 par son frère devenu Louis VIII de FranceLettres du roi Louis VIII, confirmant le don par Philippe Auguste à Philippe, comte de Boulogne, des comtés de Mortain et de Domfront en échange du Cotentin, du comté de Clermont [sur-Oise] et du quartier de Dammartin [en-Goële], avec ajout du comté d'Aumale, février 1224. Layettes du Trésor des chartes, t. V, 281, p. 92 Archives nationales..
Son fils Aubry de Dammartin († après 1284) hérita du titre à sa mort en 1232. Il abandonna tous ses titres à sa sœur pour partir s'installer en Angleterre.
En avril 1235, les comtés limitrophes de Mortain et de Domfront sont partagés entre Mathilde de Dammartin, la comtesse de Boulogne (un tiers), et le roi (le reste)Lettres de Mathieu III de Trie et de Simon de Lévis, Layettes du Trésor des chartes, t. V, 388, p. 129. Voir lien internet référence précédente..
Jeanne de Dammartin († 1252), mariée à Gaucher de Châtillon († 1250) reçut le titre de son frère. Il revint à la couronne à sa mort en 1252.
M. de Gerville mentionne qu'un certain Guillaume, comte d'Artois reçut le titre, et qu'il se contenta d'en toucher les revenus. Mais il n'existe pas de Guillaume qui fut comte d'Artois. Il s'agit peut-être d'un vassal du comte d'Artois.
Jeanne II de Navarre († 1349), fille de Louis X le Hutin, reçut le comté d'Angoulême ainsi que le petit comté de Mortain en compensation de son renoncement à ses droits sur la Champagne. Elle avait été dépouillée de toutes ses possessions encore enfant par Philippe V, et c'est Philippe VI qui au début de son règne entendit ses revendicationsJohnathan Sumption, The Hundred Years War, vol. II : Trial by Fire, Faber et Faber, 1999, . Philippe, le mari de Jeanne, devint comte d'Évreux en 1319, et fut proclamé roi de Navarre en 1328. Ses possessions françaises furent confirmées par le traité de Villeneuve-lès-Avignon, le , date à laquelle le comté est à nouveau érigé en pairie.
Son fils Charles II de Navarre dit le Mauvais († 1387) lui succéda à la tête des comtés de Évreux et Mortain en 1344, à la suite de l'accord donné par le roi Philippe VI. Il fut roi de Navarre à la suite de sa mère Jeanne en 1349. Il tenta par de multiples complots de s'emparer du trône de France, et se vit finalement confisquer ses possessions normandes par Charles V en 1354. Le roi envoya des troupes prendre possession de ses terres et châteaux, mais Mortain fut l'une des six places fortes qui résistèrentThe Hundred Years War, id., p139.