Sócrates Bolratis, plus connu simplement comme Sócrates, né le à Belém et mort le à São Paulo, est un footballeur international brésilien évoluant au poste de milieu de terrain.

Titulaire d'un doctorat en médecine et politiquement engagé pour la démocratie, il est surnommé le « docteur » lors de sa carrière de joueur puis exerce comme spécialiste en médecine sportive et est consultant après sa carrière sportive. Il est, avec Zé Maria, Wladimir et Walter Casagrande, l'un des leaders de la démocratie corinthiane.

Il est par ailleurs le frère aîné de Raí.

Biographie

Jeunesse Né le à Belem, en Amazonie, Sócrates Brasileiro est le fils de Raimundo Vieira de Oliveira et Guiomar Sampaio de Sousa. La fratrie compte six frères au total. Leur père est passionné de philosophie grecque, et appelle son fils Sócrates en hommage au philosophe grec et baptise deux autres de ses fils Sófocles (Sophocle) et Sóstenes (saint Sosthène). Les trois derniers ont des prénoms plus communs au Brésil : Raimundo Filho, Raimar et Raí, de onze ans son cadet et lui aussi futur capitaine de la Seleção.

Il indique avoir vraiment ressenti la répression exercée par la dictature en rentrant au lycée : « Il y avait des camarades de classe qu’il fallait cacher, d’autres qui s’enfuyaient. ». À l’âge de 17 ans, Sócrates et sa famille déménagent à Riberão Preto, à la suite d'une mutation professionnelle de son père fonctionnaire. Sócrates entre à la faculté de médecine de la ville.

Footballeur professionnel

Débuts au Botafogo FC (1974-1978) À seize ans, Sócrates intègre son premier club de football et l’équipe de jeunes de Botafogo-SP. Il poursuit avec l'équipe professionnelle en 1974. Il raconte plus tard : . Le jeune joueur est vu comme un prodige, car il est performant en match en ne s’entraînant pratiquement pas, à cause des cours à l’université.

Le Botafogo de Ribeirão Preto accède en Serie A pour l'exercice 1976. Sócrates est un atout majeur de l’équipe lors du championnat paulista 1976, dont il finit meilleur buteur avec quinze buts, et lors de la victoire dans la Taça Cidade de São Paulo, premier tour du championnat paulista 1977, après avoir tenu en échec le prestigieux São Paulo (0-0) au stade de Morumbi.

Lors de sa deuxième saison dans l'élite, le jeune Sócrates de 22 ans se fait notamment remarquer en donnant la victoire à son équipe face au prestigieux Santos FC (3-2). Ses performances dans les championnats paulista et brésilien attirent l’attention du Corinthians, vainqueur du titre paulista 1977.

Succès de la Démocratie corinthiane (1978-1984) En 1978, Sócrates rejoint les SC Corinthians et se souvient : . Sócrates est aussi un étudiant brillant, et décroche un doctorat en médecine de la prestigieuse faculté de São Paulo, faisant figure d'exception dans le milieu du football.

Lors de la saison 1979, le milieu de terrain remporte son premier grand titre, le championnat paulista, inscrivant l’un des buts de la victoire 2-0 en finale contre Ponte Preta. Cette saison-là, Sócrates est convoqué pour la première fois en équipe nationale brésilienne.

En 1980, Sócrates remporte la Bola de Prata, un titre décerné par la revue Placar. Il est aussi régulièrement convoqué par le sélectionneur national Telê Santana.

En 1981, l’équipe, qui compte pourtant dans ses rangs des internationaux comme Sócrates, Wladimir ou Zenon termine à la du championnat brésilien et huitième dans celui paulista. Cela abouti à la relégation du club en Taça de Prata du championnat national 1982. Les joueurs sont en conflit avec leur présidence.

Outre ses remarquables qualités de joueur, Sócrates se distingue par son engagement politique. Sócrates est l’un des initiateurs et l’animateur d’une expérience unique d’autogestion appliquée au football, connue sous le nom de « démocratie corinthiane ». Elle doit son nom au club des Corinthians, qui évolue alors en deuxième division brésilienne. En pleine dictature militaire, dans un contexte de corruption généralisée, c'est avec quelques-uns de ses coéquipiers et le soutien d'un jeune sociologueLibération, le 5 décembre 2011, ex-étudiant contestataire sorti de prison, que cette expérience est tentée. Dans ce système d'autogestion du club par les salariés, chaque décision liée à la vie du club est soumise au vote des joueurs, lesquels sont en tout état de cause liés quasiment à vie à leur club. « Nous voulions dépasser notre condition de simples joueurs travailleurs pour participer pleinement à la stratégie d’ensemble du club. Cela nous a amenés à revoir les rapports joueurs-dirigeants. Les points d’intérêt collectif étaient soumis à la délibération », dira Sócrates.

Relégué en Taça de Prata début 1982, la compétition permet toutefois au club de remonter en première division la même année, performance réussie par les Conrinthians. L'équipe atteint même les demi-finales de la compétition, perdue face au Grêmio champion en titre. En fin d'année, le Timão atteint la finale du championnat paulista contre le favori et double tenant du titre São Paulo FC. Sócrates offre la victoire aux siens à l'aller (1-0) et l'équipe remporte aussi le match retour 3-1. Sócrates est élu Craque do Ano (joueur de l’année) par la revue Placar.

Le Championnat du Brésil 1983 est mitigé avec une dixième place finale, malgré le record de la plus large victoire de l’histoire de la compétition : 10-1 infligée à Tiradentes-PI avec un quadruplé de Sócrates. Dans le championnat de São Paulo, le Corinthians dispute à nouveau la finale face à São Paulo et Sócrates offre la victoire 1-0 au match aller comme l’année précédente. Au retour, il ouvre le score pour le Corinthians, et São Paulo égalise à quelques minutes de la fin, en vain (1-1). Le Timão remporte son deuxième championnat d'État consécutif. Sócrates est une nouvelle fois été élu joueur de l’année par Placar et, pour la première fois, meilleur joueur sud-américain par le journal vénézuélien El Mundo.

Sócrates participant à une action de Diretas Já, mouvement brésilien en faveur de la démocratie en 1984.|thumb

La démocratie conrintiane est donc couronnée de succès. Sur le plan sportif, les Corinthians remportent deux championnats de Sao Paulo. Sur le plan politique, la dictature ne peut rien faire pour s'opposer aux messages politiques des joueurs, lesquels inscrivent d'ailleurs ostensiblement le mot « démocratie » sur leurs maillotsSócrates : le romantique et le révolutionnaire. Ils sont considérés comme des symboles de la lutte contre la dictature brésilienne. En 1983, ils profitent de leur exposition médiatique pour déployer une banderole, à l'occasion de la finale du championnat pauliste : « Gagner ou perdre, mais toujours en démocratie ». Il participe notamment au mouvement Diretas Já DailyMail Online, 4 décembre 2011, demandant des élections présidentielles directes. Les revendications corinthianes sont moins intenses avec le début de la transition démocratique et le départ de plusieurs joueurs, dont Sócrates. Le joueur international tire un bilan très positif de cette expérience. Selon lui, les joueurs exerçaient leur métier « avec plus de liberté, de joie et de responsabilité. Nous étions une grande famille, avec les épouses et les enfants des joueurs. Chaque match se disputait dans un climat de fête. […] Sur le terrain, ils luttaient pour la liberté, pour changer le pays. Le climat qui s’est créé leur a donné plus de confiance pour exprimer leur art ».

En 1984, Corinthians est éliminé en demi-finale par le futur vainqueur Fluminense FC lors du championnat brésilien. Sócrates fait une promesse devant un million et demi de personnes de rester au Brésil si le Congrès rétablit une élection présidentielle libre. La manœuvre échoue, le « Docteur » part pour l'Europe. Avec les Corinthians de Sao Paulo, il inscrit 172 buts en 297 matches étalés sur six ans et remporte trois championnats paulistes (1979, 1982 et 1983).

Passage en Europe et fin de carrière au Brésil (1984-1989) Au printemps 1984, Sócrates arrive en Serie A où sa signature à la Fiorentina contre 5,3 milliards de lires suscite l’effervescence. Les Italiens se souviennent notamment de sa performance lors du Brésil-Italie (2-3) au Mondial 82. Le club souhaite franchir un cap après la troisième place obtenue la saison précédente. Malgré des statistiques correctes du Brésilien (25 matchs, six buts), l'équipe ne termine que neuvième. Sócrates quitte le club après une seule année et confie plus tard : . D'autres sources avancent les plaintes de l’Argentin et idole du club Daniel Passarella, qui n’aime pas le style de jeu cadencé du Brésilien.

Sócrates revient au Brésil et finit discrètement sa carrière. Il rejoint Flamengo, où il a retrouvé son coéquipier en sélection Zico. Mais, à 32 ans, sa condition physique et des blessures à répétition font que Sócrates ne joue que vingt matches avec le rubro-negro, et ne marque que cinq buts. Malgré cela, Sócrates est convoqué pour disputer la Coupe du monde 1986, au Mexique. En fin d'année, il remporte le titre de champion carioca 1986 avec Flamengo.

Il joue ensuite à Santos puis à Botafogo, où il raccroche les crampons en 1989, à l'âge de 35 ans. Durant sa carrière, Juan Figer, l'un des premiers agents sportifs, est son impresario.

En équipe nationale (1979-1986) Le , le sélectionneur Cláudio Coutinho fait débuter Sócrates sous le maillot de l'équipe nationale du Brésil face au Paraguay au Maracanã en match amical et le joueur délivre deux passes décisives (6-0). Deux semaines plus tard, il inscrit ses deux premiers buts internationaux face à l'Uruguay (5-1) toujours en amical. Fin juillet, pour le début de la Copa América 1979, Sócrates est remplaçant et n'entre pas en jeu durant les deux premières journées du Groupe B. Pour les matchs retours de cette phase à trois équipes, le milieu de terrain est d'abord titularisé au Morumbi de São Paulo contre la Bolivie, vainqueur de ses deux premières rencontres, et le Brésil l'emporte 2-0. Lors du dernier match décisif, contre l'équipe d'Argentine au Stade Monumental de Buenos Aires, Sócrates inscrit un doublé, redonnant deux fois l'avantage à la Seleçao (2-2). Qualifiés, le Brésil et Sócrates s'inclinent lors du match aller des demi-finales à Asuncion contre le Paraguay (2-1). Sócrates redonne l'avantage sur penalty au match retour au Maracanã, mais le match nul final (2-2) élimine les Auriverdes.

Sans match international jusqu'à la moitié de l'année 1980, le nouveau sélectionneur Télé Santana fait de Sócrates son capitaine. Le joueur des Corinthians participe à la série de matchs amicaux de la Seleçao entre et et affronte ses premières sélections européennes. Lors du Mundialito début 1981, Sócrates égalise sur penalty en finale contre les hôtes uruguayens mais ne peut empêcher la défaite (2-1).

Le capitaine ne prend pas part au premier match du tour préliminaire Mondial 1982 début . Mais il enchaîne par un doublé en amical la semaine suivante en Équateur (0-6), avant d'ouvrir le score pour la deuxième journée des éliminatoires en Bolivie (victoire 1-2). Sócrates dispute l'intégralité des deux matchs retours remportés, avec un but lors du dernier contre le Venezuela (5-0), synonyme de qualification.

Le milieu de terrain dispute dix des douze rencontres amicales jouées entre et , pour trois buts inscrits.