vignette|Ruines du complexe funéraire du roi Djéser à Saqqarah, dominées par sa pyramide à degrés, .

L'Ancien Empire égyptien est une période de l'histoire de l'Égypte antique qui couvre approximativement la moitié du troisième millénaire (d'environ 2700 à 2200) avant notre ère. Succédant à la période thinite, qui a vu l'apparition de l'État égyptien, elle comprend les , , et s, puis s'achève par une période de fragmentation politique, la Première Période intermédiaire.

Dès l'Antiquité, cette période était considérée par les Égyptiens eux-mêmes comme l'âge d'or de leur civilisation. Il s'agit en effet de la plus longue période de stabilité politique que l'Égypte ancienne ait connue, durant laquelle aucune menace extérieure n'est venue perturber l'ordre intérieur. La centralisation de l'État, amorcée sous les dynasties thinites, et la prospérité qui en a progressivement découlé favorisent des développements artistiques et architecturaux considérables, perceptibles surtout dans les sites entourant la capitale de l'époque, Memphis. Ainsi sont posés les grands thèmes de la littérature classique égyptienne, les canons artistiques en matière de peinture et de sculpture, mais aussi le perfectionnement du système administratif qui perdurera sur près de trois millénaires.

Mais cette période est surtout connue pour l'apparition et l'apogée des grandes pyramides dans la région de Memphis : tout d'abord la pyramide à degrés de Saqqarah, bâtie sous le règne du roi Djéser, puis plus tard les trois pyramides monumentales élevées sur le plateau de Gizeh, celles de Khéops, de Khéphren et de Mykérinos. Ces constructions manifestent la puissance des souverains de cette période et leur rôle central dans la société, qui restent inégalés dans l'histoire de l’Égypte antique. Elles reflètent aussi le perfectionnement de l'appareil administratif et sa capacité à mobiliser les ressources matérielles et humaines, ou encore les progrès considérables accomplis dans l'architecture et l'art. Elles témoignent également du rôle central que jouent les croyances et les pratiques funéraires dans l'univers social de cette période.

Sources

Les sources utilisées pour reconstruire l'histoire et la civilisation de l'Ancien Empire sont relativement variées. Elles concernent surtout l'architecture et l'art, qui ont fait l'objet de nombreuses fouilles et descriptions. La documentation la plus évocatrice repose avant tout sur ce qui a été découvert dans les complexes funéraires de la région de Memphis, dominés par les grandes pyramides. En plus de ces dernières, les tombes en pierre construites pour les notables (les mastabas) et les temples funéraires royaux sont les types de monuments les plus courants. Dans les provinces, des tombes et d'autres édifices ont également été exhumés, mais en moindre quantité et d'une qualité inférieure. Les monuments et les œuvres d'art (surtout les statues et les bas-reliefs) nous renseignent non seulement sur les pratiques architecturales, artistiques et techniques de l'époque, mais aussi sur les croyances religieuses et les structures sociales de l’Égypte de l'Ancien Empire, constituant une documentation essentielle pour connaître les différents aspects de cette civilisation. Les sources textuelles, peu nombreuses pour une période aussi longue et reculée dans le temps, concernent les pratiques funéraires de la période, et plus largement les intérêts de l’État et des élites. Il s'agit surtout de textes de nature administrative, comme les papyrus d'Abousir, de textes juridiques émis par le roi ou dans une moindre mesure pour le compte d'activités privées, de textes biographiques écrits dans les tombes de dignitaires, de quelques lettres, de « graffitis » retrouvés sur divers sites, en particulier dans les régions marginales mises en valeur alors, ou encore de textes religieux comme les Textes des pyramides, ou de textes historiographiques, la pierre de Palerme et les annales de la , qui présentent les faits notables ayant eu lieu sous les règnes de différents rois de la période mais dont des fragments manquent. Pour mieux reconstituer la chronologie de la période, il faut donc s'appuyer sur des sources plus tardives, qui restent indispensables en dépit de leurs approximations et erreurs : le Canon royal de Turin et la liste d'Abydos, qui datent du Nouvel Empire, et les écrits de Manéthon, prêtre du avant notre ère Antonio Loprieno, « Old Kingdom, overview », dans ...

Évolution historique

Les sources disponibles sur l'Ancien Empire ne permettent pas de reconstruire une histoire événementielle constituée d'événements politiques ou militaires.. La chronologie de la période est très mal connue, les sources ne permettant pas de savoir la durée de règne des souverains, et l'ordre successoral de la est même incertain. Assigner des dates assurées aux règnes des souverains est une entreprise très délicate, et même la datation absolue précise des dynasties n'est pas envisageable ; les dates données ici ne sont donc que vaguement indicatives. Pour reconstituer les grandes lignes de l'histoire de la période, les sources tardives comme le Canon royal de Turin ou Manéthon restent incontournables malgré leurs erreurs. Les textes et les monuments permettent au moins de reconstituer les grandes lignes de l'évolution de l'administration et de la monumentalité, qui traduisent l'importance de la centralisation autour de la figure du pharaon, déjà en place à la période thinite, et qui ne s'affaiblit que sous les derniers règnes de la et les débuts de la Première Période intermédiaire.

La dynastie (env. 2700-2600 av. notre ère)

vignette|Détail de la statue de Djéser retrouvée à Saqqarah, Musée égyptien du Caire.

La assure la transition entre la période thinite, marquée par l'élaboration du premier État égyptien sous les et s, connues par les nécropoles d'Abydos, et l'Ancien Empire. Elle est couramment rangée parmi les dynasties qui constituent l'Ancien Empire, car elle inaugure la tradition de la construction des pyramides, qui sont l'élément majeur de cette période. Mais certains préfèrent la placer dans la continuité des deux premières dynasties, avec lesquelles elle présente de nombreuses affinités dans son organisation politique et ses aspects culturels. Il semble que la transition entre la et la ne corresponde pas à une rupture familiale : Djéser, premier roi de la , est probablement le fils de Khâsekhemouy, dernier roi de la précédente.

L'ordre de succession des rois de la n'est pas établi avec certitude. L'habitude des souverains de porter deux noms différents, le nom d'Horus et le nom de Nesout-bity (nom de couronnement), complique les choses. On connaît cinq noms d'Horus de rois de la période, qui n'ont pas tous trouvé de noms de couronnement correspondants. Le premier roi de la dynastie est Djéser, et son nom d'Horus est Netjekhiret. L'ordre des trois souverains qui lui succèdent n'est pas assuré : leurs noms d'Horus sont Sekhemkhet, Khaba, et Sanakht (qui correspond sans doute au nom de cartouche Nebka). Le dernier souverain semble avoir pour nom de cartouche Houni et pour nom d'Horus Qahedjet. Cette dynastie aurait duré entre cinquante et soixante-quinze ans...

La est dominée par la figure de son fondateur, le roi Djéser, auteur de la construction du vaste complexe funéraire de Saqqarah, qui comprend la première pyramide à degrés. Cela reflète un progrès dans la maîtrise des techniques de construction et des moyens matériels et humains mobilisables par le pouvoir royal. Les œuvres d'art de son règne marquent également un saut qualitatif par rapport à la période précédente. Ce roi est associé à un personnage qui aurait été son architecte et son conseiller, le sage Imhotep. Mais ces personnages historiques se sont largement effacés derrière l'image mythique qu'en a donnée la tradition égyptienne postérieure. Sekhemkhet et Khaba ont également laissé des pyramides à degrés inachevées. La voit le pouvoir de l’État se renforcer, notamment en se centralisant autour de la nouvelle capitale, Memphis. Les vastes tombes provinciales de la période précédente disparaissent et la nécropole royale accueille les tombes des hauts dignitaires. De petites pyramides sont érigées en plusieurs points du royaume, vers la fin de la dynastie, sans doute pour marquer l'emprise du pouvoir central sur les provinces. Celles-ci sont dirigées par des gouverneurs, qui résident la plupart du temps à Memphis et ne s'y déplacent que si le besoin s'en fait sentir. Cette période semble marquée par une volonté de mise en valeur de nouvelles terres, notamment dans le delta du Nil. Pour les besoins de leurs grandes constructions, les rois de cette dynastie lancent des expéditions pour exploiter des carrières dans des espaces situés aux frontières de leur royaume, comme le Ouadi Maghara dans l'ouest du Sinaï Jochem Kahl, « Third Dynasty », dans ....

La dynastie (env. 2600-2500 av. notre ère)

vignette|Les trois grandes pyramides du plateau de Gizeh, érigées sous la .

La est fondée par Snéfrou, qui est peut-être le fils de Houni. Elle aurait duré environ un siècle, et vu se succéder au moins sept rois, dont quatre longs règnes (entre dix-huit et trente ans) : ceux de Snéfrou, Khéops, Khéphren et Mykérinos Miroslav Verner, « Contemporaneous Evidence for the Relative Chronology of dyns. 4 and 5 », dans Erik Hornung, Rolf Krauss et David A. Warburton (dir.). Ancient Egyptian Chronology, Leyde, 2006, .

Cette dynastie est passée à la postérité à la suite de l'érection des plus grandes pyramides construites en Égypte. Son fondateur, Snéfrou, passé à la postérité comme l'archétype du roi juste, aurait entrepris des expéditions lointaines (Nubie, Liban), érigé des forteresses pour défendre le pays ; on sait au moins qu'il a construit successivement trois vastes pyramides (à Meïdoum et Dahchour), marquant la transition entre les pyramides à degrés et les pyramides à faces lisses. Son successeur Khéops (Khoufou) choisit le plateau de Gizeh pour y ériger sa pyramide, qui est la plus haute qu'ait faite construire un roi égyptien. L'ampleur de cet édifice a laissé de lui l'image d'un souverain mégalomane et tyrannique auprès des auteurs tardifs, à l'inverse de son père, mais il était encore vénéré à la Basse époque. Il est suivi par deux de ses fils, le mal connu Djédefrê (ou Rêdjédef), et Khépren (Khafrê). Celui-ci commandite l'érection d'une vaste pyramide aux côtés de celle de son père. Le roi suivant, Bikhéris (peut-être Baka ?), est mal documenté. On connaît mieux son successeur Mykérinos (Menkaourê), le bâtisseur de la troisième pyramide de Gizeh. Le dernier roi de la dynastie est Chepseskaf, à qui a peut-être succédé un certain Tamphthis (Djédefptah) évoqué par le Canon de Turin mais inconnu par ailleurs Rainer Stadelmann, « Fourth Dynasty », dans .

La réalisation de ces grands programmes de construction a manifestement reposé sur une administration plus complexe et plus efficace que sous la dynastie précédente. L'administration centrale est de plus en plus organisée, notamment avec la montée en puissance du bureau des travaux, qui prend en charge les constructions monumentales. Il faut alors mobiliser une main d’œuvre importante, la loger près des chantiers, mettre en œuvre les constructions d'édifices vastes et techniquement complexes, assurer l'exploitation de carrières qui peuvent être situées hors de l'espace administré directement (Hatnoub, Fayoum, Ouadi Hammamat, Sinaï) et acheminer les matières premières vers la région de Memphis. Le pouvoir est concentré autour du pharaon dont le caractère divin est alors plus affirmé que jamais dans ses projets « pharaoniques ». Les princes occupent les postes parmi les plus haut placés de l'administration. L'administration provinciale est également de plus en plus structurée, avec le développement du réseau des nomes.

La dynastie (env. 2500-2350 av. notre ère)