Le dieu sphinx Toutou (Tithoès en grec) est une divinité tardive de la mythologie égyptienne, puisqu'il n'est pas attesté avant la Basse Époque. Cette période débute par la qui marque un renouveau économique, culturel et artistique permis par l'unité retrouvée sous le règne de . La , marquée par la présence grecque en Égypte, présente ainsi les premières attestations du dieu, semble-t-il d'origine saïte. Cette origine semble être démontrée par un fragment de naosFragment de naos avec cartouche d’Apriès, Egypte, , règne d’Apriès (588 – 568 av. J.-C.), basalte, Bruxelles, Musées royaux d’Art et d’Histoire (E.05818), qui selon une hypothèse de Jean Capart est la plus ancienne attestation de son nom divin se trouverait sur un naos fragmentaire où il est accolé au cartouche d’Apriès, sous la forme Tjouaoua. Cette forme serait à mettre en relation avec une inscription accompagnant la plus ancienne représentation connue du dieu à Abousir, au sein de la chambre funéraire d’un homme nommé Ioufaâ, contemporain des deux derniers rois de la égyptienne : Amasis et . L’inscription fait mention du dieu sous le nom de Touatoua. Une statue du musée Calouste-Gulbenkian de Lisbonne, peut-être de Saïs et datée de la égyptienne, indique quant à elle un prêtre de Toutou.

Le plus fréquemment représenté sous la forme d'un sphinx passant, coiffé d'un némès, Toutou peut tout de même être figurée à l'occasion comme un lion ou un dieu anthropomorphe à tête humaine ou à tête de lion. Sous la forme d’un lion ou d’un sphinx, le dieu était représenté en attitude de la marche, selon une pose active indiquant son pouvoir.

Toutou est une divinité égyptienne récente, membre d’un panthéon qui a compté plus de 2000 divinités. Le panthéon égyptien a été créé pour tenter d’expliquer les lois de l’Univers et a ensuite évolué pour offrir une vision globale du monde. Ce panthéon était « mouvant » selon la région ou la famille régnante. Identifié comme un dieu belliqueux repoussant les êtres malfaisants, son pouvoir était mis au service des civils pour les protéger des génies néfastes envoyés par les déesses dangereuses, telle que Neith. Il est ainsi considéré comme « maître des démons ».

Le principal temple connu dédié au dieu Toutou est situé à Kellis, en Égypte. La majorité des représentations iconographiques et des sources écrites actuellement disponibles concernant cette divinité proviennent de ce site archéologique.

Dieu à déterminer

Nom et titres Le nom divin de Toutou ne présente pas d'orthographe spécifique, qui puisse être associée à un site particulier ou à une période particulière malgré l'existence d'au moins soixante-quinze formes différentes de son nom. De plus, son nom fut utilisé dans la formation de « noms théophiles », ce qui monte à une centaine d'orthographes différentes l'écriture de son nom divin.

Son nom est à peu près toujours suivi de titres exprimant les différentes qualités attribuées au dieu. Il existe une multiplicité de titres différents qui constituent une source majeure d'informations sur les différents rôles du dieu au sein de la religion égyptienne. Ces titres peuvent être divisés en deux catégories : les titres qui se retrouvent en position initiale dans sa titulature et les titres qui ne sont jamais en position initiale.

Titres en position initiale Les titres prenant place en première position dans la titulature du dieu sont « grand de force », « grand », « maître de (…) », « fils de Neith », « le lion ». Le titre de Toutou le plus courant est « grand de force », il est celui qui est quasi indissociable de son nom divin. Ce titre caractérise le dieu comme une divinité guerrière. Parfois, le titre lui-même est accompagné d’un déterminant divin en référence au premier des Sept démons de Neith nommé « grand de force ».

Titres à d'autres positions Les titres ne se trouvant jamais en tête de la titulature de Toutou sont plus nombreux. Ces titres secondaires peuvent alors être regroupés selon leur thématique. Grâce à ces titres, Toutou est décrit comme un dieu puissant et victorieux, un roi divin, un maître des démons, un dieu sauveur, le dieu du temple local mais il peut également être perçu comme un dieu-enfant.

Les titres présentés, en lien avec les thématiques suivantes, sont des titres choisis selon la pluralité de leurs occurrences afin de tenter de présenter un aspect général de la figure du dieu par ses titres.

Dieu puissant et victorieux Les titres les plus courants se rapportant à la thématique du dieu puissant et victorieux sont les suivants : « seigneur de la force », « puissant par le bras », « qui repousse les ennemis ». Ces titres qui expriment la puissance et la nature victorieuse du dieu se retrouvent à la fois sur des stèles et au sein des inscriptions des temples.

Roi divin Les titres les plus communs qui concernent la thématique du roi divin sont : « roi des dieux », « roi de Haute et Basse Égypte », « maître des dieux ». Ces titres qui proclament le dieu comme roi se retrouvent notamment dans le mammisi (« maison de naissance ») du complexe d’Ismant el-Kharab (ancienne Kellis) ; dix-sept occurrences y ont été découvertes. Cependant, l’importance de cet aspect est renforcée par des cas occasionnels sur les sites de Kalabchah, Philæ, Kôm Ombo et Coptos.

Maître des démons Les titres les plus habituels relatifs à son statut de maître des démons sont les suivants : « maître des démons à flèches », « chef des massacreurs de Sekhmet et des génies-errants de Bastet », « maître des démons errants ». Toutou contrôlait les démons envoyés par Neith, ou par d’autres déesses dangereuses comme Bastet, Sekhmet et Mout. Les titres les plus pertinents à ce sujet se retrouvent au sein des temples.

Dieu sauveur Les titres qui se rapportent à l’image d’un dieu sauveur sont : « qui sauve les hommes de tout mal », « qui vient à celui qui l’appelle », « grand messager dans l’Autre Monde ». Ces titres donnent à voir le caractère accessible du dieu. Les gens peuvent se tourner vers lui afin d’obtenir de l’aide dans leur quotidien.

Dieu du temple local Certains titres liés à Toutou tentent de le décrire, selon un toponyme ou des termes généraux, par rapport à une ville ou un temple local. Les titres de ce type sont les suivants : « dieu des villes », « seigneur de la ville ».

Dieu-enfant Quelques-uns des titres de Toutou décrivent sa filiation, notamment par rapport à sa mère Neith supposée. Ces titres sont : « fils de Neith », « fils de Rê », « auquel sa mère a donné naissance ».

Ainsi, son nom et sa titulature, qui sont susceptibles d’être considérés comme classiques, peuvent être : « Toutou, grand par la force, puissant par le bras, chef des massacreurs de Sekhmet et des génies-errants de Bastet ».

Iconographie Afin de pouvoir décrire de manière optimale l’iconographie du dieu, il est important d’isoler les éléments distinctifs, et pertinents, de ses représentations ; ces éléments peuvent être caractérisés comme étant des attributs. Chaque attribut supplémentaire a pour but d’augmenter la puissance de l’image, complexifiant l’apparence du sphinx.

Sur les reliefs la tête du sphinx est pourvue d’attributs soulignant le caractère royal et divin de Toutou. Il porte le némès, l’Uræus, la barbe tressée ainsi qu’une couronne particulière, la couronne tjèni. Elle est constituée, comme la couronne hénou, de cornes de bélier horizontales soutenant deux plumes d’autruche ; elle s’en distingue par la présence d’un disque solaire et de deux uraei en pendeloque. Plus rarement, le dieu ne porte aucune couronne, et encore plus rarement, il porte soit la double couronne, la couronne atef ou bien encore la couronne hemhem.

Les attributs les plus courants de Toutou sont ceux du serpent. Le sphinx, qui caractérise l’une des formes d’apparition du dieu, possède une queue terminée par une tête de cobra dressée comme une uraeus ou reposant sur le sol, parfois coiffée d’une couronne divine. Il est bon de remarquer que les plus anciennes représentations connues de Toutou, telle que celle présente au sein de la tombe de Ioufâa représentent la queue du sphinx sous la forme classique d’une queue de lion traînant derrière le corps et dont l’extrémité est déjà une tête de serpent.

Il existe une autre catégorie d’attributs qui illustre la puissance du dieu. Ces attributs sont le plus souvent des armes blanches qu’il tient entre ses pattes mais ces armes adoptent parfois des formes étonnantes ; à la place des couteaux peuvent se trouver des scorpions. L’ajout d’armes illustre le pouvoir de Toutou à vaincre les forces néfastes et à protéger les populations. Le même effet peut être obtenu par l’ajout occasionnel de symboles militaires telle que la présence d’un captif étranger retenu par le sphinx ; le captif est maintenu sous l’une des pattes du dieu ou bien par la représentation de la soumission des Neuf arcs.

Les représentations du dieu sont enrichies de diverses manières. La figure du sphinx par exemple pouvait se parer d’une paire d’ailes indiquant sa rapidité ou bien encore être pourvu de têtes animales complémentaires : une tête de crocodile ou de lion pouvait sortir de sa poitrine tandis qu’au sein de sa nuque émergeait une tête de bélier ou bien d’ibis. Il arrive également qu’une tête de faucon soit ajoutée sur le dos du sphinx. Ces têtes sont à voir, selon une vision aspective, comme des éléments assemblés qui forment une image « paniconique » du dieu Toutou. Les têtes animales sont à comprendre comme une seule image représentant Toutou ainsi que l’équipe de démons qu’il dirige.

Les sources les plus anciennes, qui se rapportent au dieu, proviennent de Saïs et font mention de Toutou en tant que « fils de Neith ». De telles désignations restent toutefois rares, surtout que le dieu n’a jamais adopté l’iconographie typiquement enfantine : le corps nu, la tresse latérale et le doigt à la bouche. Pourtant il a parfois déjà été représenté, notamment dans les mammisis, sur un signe du sema-taouy, iconographie connue pour représenter les dieux-enfants ayant des qualités royales ; en effet, le sema-taouy fait référence au couronnement et au renouvellement de la royauté. Dans le cas de Toutou, le sema-taouy souligne les connotations royales du dieu, et son lien avec les dieux-enfants.

Divinité égyptienne

Nouveau dieu au sein du panthéon égyptien

Influence de différents cultes Afin de comprendre l’émergence de la figure de Toutou en tant que dieu au sein du panthéon égyptien au av. J.-C., il est intéressant de comprendre le contexte théologique de la période. En effet, les Époques tardives (Troisième Période intermédiaire et Basse Époque) sont sujettes à des grandes évolutions des cultes égyptiens.

Au Nouvel Empire, sous les Ramessides a lieu un événement majeur, la synthèse des cultes solaires et de celui d’Amon. La Troisième Période intermédiaire s’ouvre avec la dont le pouvoir royal, établi à Tanis, compose avec le développement d’une théocratie à Thèbes mise en place par les grands prêtres d’Amon qui possède alors un rôle terrestre. L’influence du clergé thébain décline, sur l’ensemble du territoire, à la . Le Delta, et plus particulièrement les villes de Saïs et de Sebennytos, où se concentre le pouvoir politique royal, ne porte pas une attention particulière dans ses pratiques théologiques au culte d’Amon.