Raymond Aron, né le dans le ., mort le dans le ., est un philosophe, sociologue, politologue, historien et journaliste français.

D'abord ami et condisciple de Jean-Paul Sartre et Paul Nizan à l'École normale supérieure, il devient un ardent promoteur du libéralisme lors de la montée des totalitarismes, à contre-courant du milieu intellectuel pacifiste et de gauche qui dominait. Il dénonce ainsi dans son ouvrage le plus célèbre, L'Opium des intellectuels, l'aveuglement et la bienveillance des intellectuels à l'égard des régimes communistes.

Pendant trente ans, Aron est éditorialiste au quotidien Le Figaro. Durant ses dernières années, il travaille à L'Express. En 1978, il fonde la revue intellectuelle Commentaire pour défendre et éclairer les principes qui devraient régir une société libérale. Poursuivant l'aventure avec une autre perspective, sous un autre titre, il coopère à une revue, Contrepoint, fondée par trois étudiants de Sciences-Po en .

Il enseigne pendant trente ans, notamment à l'Institut d'études politiques de Paris et à l'École des hautes études en sciences sociales et devient titulaire de la chaire de « Sociologie de la civilisation moderne » au Collège de France en 1970. Il est un commentateur reconnu de Karl Marx, Carl von Clausewitz, Alexandre Kojève et Jean-Paul Sartre.

Grâce à des compétences et des centres d'intérêt multiples (en économie, sociologie, philosophie, relations internationales, géopolitique), il se distingue et acquiert une grande réputation auprès des intellectuels. Ses convictions libérales et atlantistes lui attirent de nombreuses critiques venant des partisans de la gauche et de la droite. Il garde néanmoins tout au long de sa vie un ton modéré..

Il est élu en 1963 à l'Académie des sciences morales et politiques..

Jeunesse et études Famille Raymond Claude Ferdinand Aron est issu d'une famille juive et d'un milieu aisé des deux côtés. Il est le fils de Gustave Émile Aron (1870-1934) et Suzanne Levy (1877-1940). Son grand-père maternel, Léon Levy, possédait une usine de textile dans le nord de la FranceMémoires, .. Sa famille paternelle vient de Lorraine où elle est établie depuis la fin du . Son grand-père paternel, Isidore (dit Ferdinand) Aron, est grossiste en textile à Rambervillers, puis Nancy (Lorraine). Un de ses grands-oncles paternels, Paul Aron, est le père de Max Aron, médecin biologiste à la faculté de médecine de Strasbourg. Ferdinand, le grand-père paternel de Raymond, prédit à celui-ci à sa naissance une grande carrière. Gustave Aron refuse de prendre la suite de l'affaire familiale et fait de brillantes études de droit ; il publie des travaux juridiques, mais n'étant reçu que deuxième à l'agrégation de droit alors qu'un seul poste est attribué, il abandonne la perspective d'enseigner à l'université et devient professeur de droit à l'École normale supérieure de l'enseignement technique. Il arrête de travailler au début du , vit dès lors de l'héritage familialMémoires, . et fait construire une maison à Versailles en 1913-1915 avec un court de tennis. La famille Aron retourne ensuite à ParisMémoires, .. Après la guerre, Gustave Aron investit en bourse, mais sa fortune est perdue du fait de la crise économique de 1929R. Aron, Mémoires, . et il est obligé de reprendre un emploi. Il meurt en 1934 d'une crise cardiaqueMémoires, .. La mère de Raymond meurt en à VannesMémoires, ..

Cette fortune familiale permet aux trois enfants Aron de mener une vie aisée et de faire de bonnes études. Le frère aîné de Raymond, Adrien Aron (1902-1969), étudie au lycée Hoche à Versailles et poursuit par une classe de mathématiques supérieures et une licence en droit, mais il est plus attiré par une vie facile et devient un grand joueur de tennis et de bridge et mène une vie de « flambeur », à l'opposé de Raymond et au grand dam de leur pèreMémoires, .. Avant la naissance d'Adrien, la mère a accouché d'un enfant mort-né. Après Raymond vient un troisième garçon, Robert Aron, qui obtient une licence en droit et en philosophie, publie une étude sur Descartes et Pascal. et après son service militaire entre dans l'administration de la Banque de Paris et des Pays-Bas (devenue en 1982 Paribas, qui est ensuite rachetée en 2000 par la BNP pour former BNP Paribas), selon certains grâce à Raymond, qui jouait régulièrement au tennis avec son directeur.

Raymond Aron épouse en 1933 Suzanne Gauchon (1907-1997), d'ascendances dauphinoise et lyonnaise. Ils ont trois filles : Dominique Schnapper, sociologue et membre du Conseil constitutionnel de 2001 à 2010, Emmanuelle et Laurence.

Études Il étudie au lycée Hoche à Versailles, où il obtient son baccalauréat en 1922. Il est élève en khâgne au lycée Condorcet (Paris) d' à 1924Mémoires, .., puis est reçu à l'École normale supérieure de la rue d'Ulm. Ses camarades sont alors Pierre-Henri Simon, Paul Nizan, Georges Canguilhem et Jean-Paul Sartre. Paul Nizan est un véritable ami pour lui, au moins pendant ses années à l'École normale supérieure. Il admire aussi bien Paul Nizan que Jean-Paul Sartre pour leur intelligence et juge le premier meilleur écrivain (il admire Aden Arabie mais aime moins Les Chiens de gardeMémoires, .), le second meilleur philosopheMémoires, .. Il est alors influencé par les idées pacifistes du philosophe Alain, dont il se détachera à partir des années 1930. Engagé politiquement, Aron milite quelque temps à la SFIO2000 ans d'histoire, consacré à Raymond Aron, France Inter, 22 mars 2005.. En 1927, il signe avec ses condisciples la pétition, parue le dans la revue Europe, contre la loi sur l'organisation générale de la nation pour le temps de guerre, qui abroge toute indépendance intellectuelle et toute liberté d’opinion. Son nom côtoie ceux d'Alain, Lucien Descaves, Louis Guilloux, Henry Poulaille, Jules Romains et Séverine.

En 1928, Aron est reçu premier à l'agrégation de philosophie alors que Sartre est recalé à l'écrit avant d'être à son tour reçu premier l'année suivante et avec un total de points supérieur à Aron l'année précédenteMémoires, .. Emmanuel Mounier est second. Il effectue son service militaire à l'Office national de la météorologie au fort de Saint-Cyr... Aron se rend à partir de 1930 en Allemagne, où il étudie un an à l'université de Cologne, puis de 1931 à 1933 à Berlin, où il est pensionnaire de l'Institut français créé en 1930J.-F. Sirinelli, Deux intellectuels dans le siècle, Sartre et Aron, Paris, Fayard, 1995 (chapitre « “Vacances” berlinoises »). et fréquente l'université de Berlin. Il observe alors la montée du totalitarisme nazi et relate le phénomène dans ses Mémoires.

En 1938, il obtient son doctorat en lettres avec la thèse Introduction à la philosophie de l'histoire. Sa thèse complémentaire est l'Essai sur la théorie de l'histoire dans l'Allemagne contemporaineÉlisabeth Dutartre, Fonds Raymond Aron, 2007, BNF , ..

Carrière professionnelle Parcours professoral et années de guerre Il revient en France en 1933 tandis que Sartre est à son tour pensionnaire à l'Institut français de BerlinJ.-F. Sirinelli, Idem.. Il enseigne un an la philosophie au lycée du Havre (le lycée François-, où Sartre lui succédera également) et vit à Paris jusqu'en 1940. Il est alors secrétaire du Centre de documentation sociale de l'École normale supérieure et professeur à l'École normale supérieure d'enseignement primaire à Paris..

En 1935, il publie La sociologie allemande contemporaine, où il introduit l'idée de la relativité et de l'indéterminisme en sociologieDenis Huismann, De Socrate à Foucault : pages célèbres de la philosophie occidentale, Paris, éd. Perrin, 1989..

Ayant obtenu son doctorat en 1939, il devient maître de conférences en philosophie sociale à la faculté des lettres de Toulouse avant d'être mobilisé dans l'armée française comme sergent à la station météorologique au nord de Mézières.

Le , il embarque sur un navire britannique transportant une division polonaise, le HMS Ettrick, à Saint-Jean-de-Luz et rejoint Londres, où il reste jusqu'en 1945. Engagé dans les Forces françaises libres, il devient rédacteur de La France Libre , ., une revue créée par André Labarthe, indépendante de la France libre et souvent critique vis-à-vis du général de Gaulle. Il fait ainsi sa première expérience de l'écriture journalistique, qu'il n'abandonnera plus jusqu'à sa mort. Il côtoie Stéphane Hessel et Daniel Cordier durant leur entraînement militaire en Angleterre.. Ils resteront amisDaniel Cordier, Rétro-chaos - Mémoires, op. cit., ..

En 1944, le doyen de l'université de Bordeaux lui propose la chaire de sociologie, mais il refuse puisqu'il veut s'orienter vers le journalisme (il regrettera ce choix plus tard)Mémoires, ..

Une fois la guerre achevée, il s'installe à Paris et devient professeur à l'École nationale d'administration, où il donne des cours entre 1946 et 1947. Son cours s'intitule .. Il introduit la pensée de John Maynard Keynes à la première promotion de l'ENA.

De 1948 à 1954, il est professeur à l'Institut d'études politiques de Paris, et il y enseignera encore en 1958 ; ce dernier cours fera l'objet d'une publication sous le nom de Démocratie et Totalitarisme.. Aron s'implique dans la vie de l'établissement en jouant un rôle clef dans la création de l'Association française de science politique avec des enseignants de l'école, et en devenant membre du Conseil de perfectionnement de l'IEP en 1957, poste qu'il conserve jusqu'en 1968. Il donne des cours également au début des années 1960 et donne son dernier cours, appelé , en 1965-1966. Lorsque Sciences Po crée son école doctorale, il assure des enseignements, notamment avec Jean-Baptiste Duroselle..

Il est chargé d'enseignement dès 1955 et, à partir de 1958, professeur à la faculté des lettres et sciences humaines de l'université de Paris. En 1960, il est élu directeur d'études à l'École pratique des hautes études, et conserve cette fonction jusqu'en 1983. En 1970, il devient professeur au Collège de France, titulaire de la chaire « Sociologie de la civilisation moderne » ; il quitte le Collège en 1978..

Il crée en 1960 le Centre de sociologie européenne avec pour assistant Pierre Bourdieu, qui en est alors le secrétaire et en prendra la direction en 1968..

En 1978, il fonde avec notamment Alain Ravennes le CIEL (Comité des intellectuels pour l'Europe des libertés) , (). et, avec l'aide de Jean-Claude Casanova, il crée la revue Commentaire. Un Centre d'études de philosophie politique porte le nom de Centre Raymond-Aron à l'École des hautes études en sciences sociales, boulevard Raspail à Paris (EHESS).

Il est élu en 1963 à l'Académie des sciences morales et politiques, au fauteuil de Gaston Bachelard.. Il fait graver sur son épée une citation d’Hérodote : ..

Journalisme À la suite de son expérience de rédaction dans la revue La France libre et Combat, il se lance après la guerre dans le journalisme, qu'il ne quittera plus jusqu'en 1983. En 1945, il fonde avec Sartre la revue Les Temps modernes. De 1946 à 1947, il collabore au journal Combat avec Albert Camus..

En 1947, en désaccord avec Sartre, Aron quitte la rédaction des Temps modernes et rejoint Le Figaro comme éditorialiste, poste qu'il occupe jusqu'en 1977. De 1965 à 1966, il est président de la société des rédacteurs. De 1975 à 1976, il est membre du directoire de la société. De 1976 à 1977, il est directeur politique du journal.

Il quitte Le Figaro en 1977 et rejoint le magazine L'Express comme président du comité directeur, poste qu'il occupe jusqu'à sa mort. Parallèlement, il est chroniqueur à la radio Europe 1 de 1968 à 1972.

Mort thumb|Tombe de Raymond Aron au cimetière du Montparnasse (division 24). Le , il meurt d'une crise cardiaque à l'âge de 78 ans, alors qu'il quitte le palais de justice de Paris, situé dans le arrondissement, après avoir témoigné en faveur de Bertrand de Jouvenel lors du procès qui oppose ce dernier à Zeev Sternhell, fiche de présentation..