Lord Anthony Giddens, baron Giddens, né le à Edmonton, est un sociologue britannique, professeur de sociologie à l'université de Cambridge et ancien professeur de sociologie à la London School of Economics. Il est connu pour sa théorie de la structuration et sa vision holistique des sociétés contemporaines. Il est considéré comme l'un des plus importants contributeurs au domaine de la sociologie contemporaine. Il a notamment été un conseiller politique de Tony Blair, Bill Clinton et José Luis Rodríguez Zapatero au tournant des années 2000.
Son œuvre . Au cours de la première période, Anthony Giddens présente une nouvelle vision de la sociologie, proposant une compréhension théorique et méthodologique nouvelle de ce domaine, fondée sur une relecture critique des classiques. Deux ouvrages majeurs marquent cette période : Capitalism and Modern Social Theory, publié en 1971, et New Rules of Sociological Method, publié en 1976.
Dans une deuxième période, Giddens développa sa théorie de la structuration, analyse de l'agent et de la structure, dans laquelle la primauté n'est reconnue à aucun des deux. Ses travaux sur le sujet, exposés en particulier dans Central Problems in Social Theory, en 1979, et dans The Constitution of Society (La Constitution de la société), en 1984, lui valent une renommée internationale.
La période la plus récente est marquée par une réflexion sur la modernité, la globalisation et la politique, et en particulier l'impact de la modernité sur la vie personnelle et sociale. Giddens formule une critique de la postmodernité, et discute une troisième voie « utopique réaliste » en politiquePour une explication du fondement théorique de la troisième voie, c'est-à-dire la théorie de la modernité radicale, et, en particulier, la description que fait A. Giddens de la « condition de l’individu » dans les sociétés de modernité radicale voir , qui est exposée dans The Consequences of Modernity (Les conséquences de la modernité), publié en 1990, Modernity and Self-Identity, en 1991, The Transformation of Intimacy : sexuality, Love and eroticism in modern societies (La Transformation de l'intimité), en 1992, Beyond Left and Right, en 1994, et The Third Way : The Renewal of Social Democracy (La troisième voie : le renouveau de la social-démocratie), en 1998. L'ambition de Giddens est double : refonder la théorie sociale et réexaminer notre compréhension du développement et de la trajectoire de la modernité.
Anthony Giddens est, en 2013, professeur émérite à la London School of Economics.
Biographie
Giddens est né et a grandi dans le quartier d'Edmonton, à Londres, dans une famille de la classe moyenne inférieure. Son père était employé de bureau pour les transports publics de Londres. Anthony Giddens fut le premier enfant de la famille à aller à l'université. Il fut diplômé de l'Université de Hull en 1959, puis admis à la London School of Economics, où il obtint sa maîtrise, puis intégre le King's College, de Cambridge, où il soutient un doctorat, en 1974.
Dès 1961, il commence à enseigner la psychologie sociale à l'Université de Leicester. À Leicester, considéré comme l'un des berceaux de la sociologie anglaise, il rencontra Norbert Elias et commença à élaborer ses propres théories. En 1969, il fut nommé au King's College de Cambridge, où il contribua plus tard à fonder le Social and Political Sciences Committee (SPS, aujourd'hui PPSIS), une sous-division de la faculté d'économie. Giddens ty enseigne de nombreuses années comme professeur associé au King's College, avant d'obtenir une chaire de professeur, en 1987. Il est également cofondateur de la maison d'édition Polity Press (1985), à Cambridge.
De 1997 à 2003, il dirigea la London School of Economics et fut membre du Conseil scientifique de l' (IPPR), un think tank de gauche proche du Parti travailliste. Il fut aussi l'un des principaux conseillers du premier ministre britannique Tony Blair. C'est Giddens qui conçut l'approche politique de la « troisième voie », qui guida l'action de Tony Blair, au Royaume-Uni - donnant ainsi naissance au courant d'idées connu sous le nom de blairisme - aussi bien que celle de Bill Clinton, aux États-Unis. Giddens a été l'un des intervenants les plus assidus du débat politique au Royaume-Uni, soutenant la politique de centre gauche du Parti travailliste lors de ses multiples apparitions médiatiques, et dans ses nombreux articles, dont beaucoup furent publiés dans le New Statesman. Giddens contribue aujourd'hui régulièrement à la recherche et aux activités du think tank de la gauche progressiste Policy Network. En 2004, il est anobli par la Reine d'Angleterre et devient Baron Giddens of Southgate. Il siège depuis à la Chambre des lords comme représentant du Parti travailliste.
Idées Giddens, auteur de 34 livres et plus de 200 articles, essais et critiques, a contribué à la plupart des développements notables intervenus dans les sciences sociales au cours des dernières décennies. Il a écrit des commentaires sur la plupart des écoles et des figures dominantes des sciences sociales, et a utilisé la plupart des paradigmes sociologiques, aussi bien en microsociologie qu'en macrosociologie. Ses écrits vont du traitement de problèmes abstraits, métathéoriques, aux manuels d'étudiants, très directs et « terre à terre ». Il est connu pour son approche interdisciplinaire, mobilisant sociologie, anthropologie, psychologie, histoire, linguistique, économie, travail social et, plus récemment, en sciences politiques. Le travail qu'il a accompli tout au cours de sa vie peut être considéré, en lui-même, comme une « grande synthèse » de la théorie sociologique contemporaine.
Il est également celui qui a défini et popularisé le concept de troisième voie dans des ouvrages tels que The Third Way. The Renewal of Social Democracy (1998), The Third Way and Its Critics and The Global Third Way Debate (2000). Cette idée a été récurrente dans le débat politique en Europe au début des années 2000.
La nature de la sociologie Avant 1986, la plupart des écrits de Giddens proposent un commentaire critique sur un large spectre d’auteurs, écoles et traditions. Giddens a pris position contre le structuro-fonctionnalisme (représenté par Talcott Parsons) qui était le courant dominant à l’époque en plus de critiquer l’évolutionnisme et le matérialisme historique. Dans Capitalism and Modern Social Theory (1971), il examine les œuvres de Weber, Durkheim et Marx, montrant que malgré leurs différentes approches, chacun s’intéressait au lien entre le capitalisme et la vie sociale. Giddens développe des travaux sur la construction sociale du pouvoir, la modernité et les institutions, définissant la sociologie comme :
« [...] l’étude des institutions sociales rendues possibles par les transformations industrielles des deux ou trois derniers siècles. »
Dans New Rules of Sociological Method (1976) (titre faisant référence au livre Les règles de la méthode sociologique écris en 1895 par Durkheim), Giddens tente d’expliquer « comment la sociologie devrait s’articuler » et s’adresse à une division entre les théoriciens qui priorisent le « niveau macro » de l’analyse du social – en regardant le « plan d’ensemble » de la société – et ceux qui mettent l’emphase sur le « niveau micro » – qu’est-ce que la vie de tous les jours signifie pour les individus. Dans ce livre, il note que l’approche fonctionnaliste traite de la société comme une réalité en soi, qui n’est pas réductible aux individus. Il rejette le paradigme sociologique positiviste de Durkheim qui tente de prédire comment les sociétés fonctionnent, mais qui en ignore le sens donné par les individus qui la compose. Giddens note :
« La société est seulement une forme, forme qui a des effets sur les individus, elle tient dans la mesure où la structure est constamment produite et reproduite par ce que les personnes font. »
Il confronte donc la théorie Durkheim avec celle de Weber – la théorie compréhensive – qui elle met l’accent sur la compréhension de l’agency et des motifs individuels. Giddens est plus proche de Weber que de Durkheim, mais dans son analyse il rejette les deux approches, avançant qu’alors que la société n’est pas une réalité collective, les individus ne devraient pas non plus être traités comme l’unité centrale d’analyse..
Il utilise la logique de la tradition herméneutique (de la sociologie compréhensive) pour soutenir l’importance de l’agency dans la théorie sociologique, avançant que les acteurs sociaux sont toujours, dans une certaine mesure, conscient de ce qu’ils font. L’ordre social est alors le résultat d’actions sociales planifiées d’avance, et non pas de réponses automatiques et évolutives. Les sociologues, contrairement aux scientifiques des sciences naturelles, ont à interpréter un monde social qui est déjà interprété par les acteurs qui y vivent. Selon Giddens, il y a une « Dualité de la structure » par laquelle la pratique sociale, qui est la principale unité d’analyse, a à la fois une composante structurelle et une composante liée à l’agency. L’environnement structural contraint alors les comportements individuels tout en le rendant possible. Il note aussi l’existence d’une forme spécifique de cycle social : après avoir été façonnés, les concepts sociologiques reviennent dans la vie quotidienne et change la façon dont pensent les personnes. Parce que les acteurs sociaux sont réflexifs et qu’ils sont pris dans l’écoulement incessant d’activité et de conditions structurel, ils adaptent constamment leurs actions à leur compréhension en constante évolution. Du coup, le savoir sociologique produit sur la société revient changer les activités humaines à propos desquelles il s’est construit. Giddens appelle cette relation dialectique et interprétative entre le savoir scientifique social et la pratique humaine la « double herméneutique. »
La structuration La théorie de la structuration de Giddens explore la question de savoir si ce sont les individus ou bien les forces sociales qui forment la réalité sociale. Il rejette les positions extrêmes, défendant que même si les individus ne sont pas entièrement libres de choisir par eux-mêmes, ayant des savoirs limités, ils sont néanmoins les agents qui reproduisent la structure sociale et qui mènent le changement social. Ses idées trouvent un écho dans la philosophie du moderniste Wallace Stevens qui suggère que nous vivons dans la tension entre les formes que nous prenons comme le monde qui agit sur nous, et l’idée du commandement que nos imaginations imposent sur le monde. Giddens écrit que la connexion entre les structures et les actions est un élément fondamental de la théorie sociale, structure et agency sont une dualité qui ne peut pas être conçue comme séparée l’une de l’autre et elle s’articule dans la « dualité de la structure ». À un niveau basique, cela signifie que les individus font la société, mais en étant en même temps contraint par celle-ci. Action et structure ne peuvent donc pas être analysées de façon séparée, alors que les structures sont créées, maintenue et qu’elles changent au travers de l’action, les actions prennent une signification seulement à travers l’arrière-fond de la structure. Et donc, le lien causal va dans les deux directions rendant impossible de déterminer une cause première. Dans les mots de Giddens (dans New rules...) :
« [...] les structures sociales sont constituées par l’agency humaine tout en étant ce qui la rend possible. »
Dans cette optique il définit les structures comme un ensemble de règles et ressource qui traversent l’action humaine : les règles contraignent les actions, les ressources les rendent possibles. Il différencie aussi entre systèmes et structures. Les systèmes disposent de propriétés structurales, mais ne sont pas des structures elles-mêmes. Il note, dans son article Functionalism: après la lutte (1976) que: