Auguste Comte, né Isidore Marie Auguste François Xavier Comte le (30 nivôse an VI) à Montpellier et mort le à Paris, est un philosophe et sociologue français, fondateur du positivisme.

Entré à l'École polytechnique dans la promotion 1814. à l'âge précoce de 16 ans, il en est exclu avec toute sa promotion à la Restauration à cause de ses idées politiquesRaquel Capurro, Le positivisme est un culte des morts.. Son intérêt profond pour l'enseignement constitue le fil rouge de sa carrière. Il est tour à tour professeur particulier de mathématiques, répétiteur et examinateur à l’École polytechnique, et il enseigne dans un établissement préparatoire aux concours scientifiques. Ses talents de pédagogue s'exercent également pendant plus de vingt-cinq ans dans les cours publics d'astronomie, puis d'histoire, qu'il destine à un public ouvrier.

Il développe pendant toute sa vie un système philosophique, le positivisme, qui part d'une théorie de la connaissance reposant sur la loi des trois états pour proposer une classification des sciences. Cette classification consacre l'avènement de la physique sociale, appelée sociologie à partir de 1839. Cette dernière aboutit elle-même à une politique et à une morale"Positivisme" dans le CNRTL : http://www.cnrtl.fr/definition/positivisme.. Entre 1845 et 1849, le positivisme prend un tournant religieux, qui se concrétise dans la fondation de la religion de l'Humanité, l'HumanitéDans la religion de Comte, qui est une religion naturelle sans Dieu, ni aucun dieu, l'humanité est placée au-dessus de tout, ce qui explique la majuscule étant entendue par Comte comme ..

L'influence d'Auguste Comte sur l'épistémologie et la sociologie françaises est considérable. Le mouvement positiviste a connu un développement international important par l'intermédiaire de nombreux disciples étrangers : Brésil, Angleterre, Allemagne, Pays-Bas, Hongrie, Italie, Argentine, Mexique, Uruguay, Turquie.

Le dernier domicile parisien qu'il a occupé à partir de 1841 au 10, rue Monsieur-le-Prince ( arrondissement) est aujourd'hui un appartement-musée ouvert aux visiteurs. Ses archives personnelles y sont conservées, ainsi que celles d'un grand nombre de sociétés positivistes et de disciples français comme étrangers..

Biographie Jeunesse et formation (1798-1816) Auguste Comte naît à Montpellier le dans une famille catholique et monarchiste. Son père, Louis-Auguste-Xavier Comte (1776-1859), est receveur des finances à la Recette générale du département de l'Hérault. Son grand Père Simon Comte est contrôleur originaire d'Arleuf dans le Morvan. Si Comte se brouillera par la suite avec son père pendant de nombreuses années, il est davantage lié à sa mère, Félicité-Rosalie Boyer (1764-1837). Il a également un frère, Adolphe, et une sœur, Alix..

Lycée de Montpellier gauche|vignette|344x344px|Un élève de l’École polytechnique par Bellangé (1812)

D'abord instruit par ses parents, Auguste Comte entre comme interne à l'âge de 9 ans au lycée de Montpellier. La génération du jeune Auguste Comte est profondément marquée par la Révolution française, tant du point de vue intellectuel que personnel.. En dépit de ses origines familiales, il déclare avoir perdu la foi à l'âge de 13 ans., et développe peu de temps après des opinions républicaines. Il est un élève extrêmement brillant dans l'ensemble des matières enseignées, des mathématiques à la grammaire latine en passant par la rhétorique. Ses professeurs soulignent en particulier sa mémoire, qu'ils qualifient d'exceptionnelle.

Le mathématicien Daniel Encontre., professeur à l'université de Montpellier, dispense des cours spéciaux à Comte après que ce dernier a passé avec succès le concours de l'École polytechnique en 1813, sans pouvoir y être admis en raison de son âge — il n'a alors que 15 ans. Les encouragements de son maître, associés à ce succès et au caractère subversif de l'enseignement des sciences dans le système éducatif napoléonien, enracine durablement l'intérêt de Comte pour ces matières ainsi que pour l'enseignement. Lors de son second passage en 1814, il est reçu parmi les premiers à l’École polytechnique.

École polytechnique Auguste Comte fait son entrée à l’École polytechnique le . Avec le grade de caporal, il bénéficie de l'enseignement des scientifiques les plus renommés de leur discipline.: Louis Poinsot, François Arago, Louis-Jacques Thénard, Alexis Petit ou encore Augustin Cauchy. Malgré un caractère quelque peu dissipé, il se distingue là encore aux yeux de ses professeurs.. Un très fort esprit de corps se développe au sein de sa promotion : ses camarades le surnomment Sganarelle, en raison de son don pour la satire, ou le Philosophe.

Sa fiche matricule le décrit comme un jeune homme aux cheveux châtain-blond et aux yeux roux, de petite taille ( seulement), le nez retroussé, et le visage marqué de petite vérole, ainsi que d'une cicatrice à l'oreille. « Le Philosophe » développe malgré sa faible constitution de véritables capacités de meneur et un fort ascendant sur ses condisciples. Un de ses opposants, pourtant très hostile à ses idées, lui reconnaît ce trait de caractère :

Néanmoins, ses écarts au règlement finissent par lui faire perdre son grade de caporal en . Les punitions se multiplient. À la Restauration, à la suite d'un incident déclenché par Comte lui-même en raison de son opposition au répétiteur Lefébure de Fourcy., toute sa promotion est congédiée en pour manque de discipline par le ministre de l'Intérieur le comte de Vaublanc.. En réalité, cet acte d'insubordination semble avoir été un prétexte pour éliminer l'atmosphère républicaine qui régnait alors dans l’École, et une promotion suspectée de bonapartismeAndré Sernin, , ..

Avant de repartir pour Montpellier, Comte crée avec des camarades une Association des Élèves de l’École polytechnique destinée à renforcer leurs liens de solidarité, ce qui lui vaut d'être mis sous surveillance policière par Élie Decazes, alors ministre de la Police. Sa correspondance est interceptée et censurée.

Malgré ces évènements, la vie et la pensée d'Auguste Comte seront toujours liées à Polytechnique. Sa fascination pour les mathématiques, son intérêt pour la philosophie des sciences, et surtout son idéalisme scientifique y trouvent une grande partie de leurs racines. Un grand nombre de polytechniciens du sont également devenus des réformateurs, cherchant dans leur compréhension des disciplines scientifiques des solutions au développement du progrès humain et à l'amélioration des structures sociales.. À ce titre, le parcours de Comte peut être rapproché de ceux de Prosper Enfantin, Frédéric Le Play, Victor Considerant ou encore Georges Sorel.

Difficiles débuts (1816-1828) Après deux mois et demi à Montpellier, Auguste Comte retourne à Paris en . Il s'installe dans le Quartier Latin, et loue une chambre rue Neuve de Richelieu, près de la Sorbonne. Sans emploi et sans argent, il vit de l'aide financière accordée par ses parents tout en donnant des cours particuliers de mathématiques. Un projet de poste de professeur de géométrie dans une école américaine créée sur le modèle de Polytechnique, proposé par le général Simon Bernard, ne se concrétise pas, à la grande déception de Comte qui idéalise les États-Unis. Il mène alors une vie déréglée dans Paris, fréquentant assidument le théâtre et les prostituées, « dégoûtantes beautés de la galerie de Valois » du Palais royalLettre de Comte à Valat du 17 avril 1818 | Archives de la Maison Auguste Comte..

Collaboration avec Saint-Simon thumb|301x301px|La résidence d'Auguste Comte de 1818 à 1822 dans le quartier latin à Paris|alt=

En plus de ses cours particuliers, Comte travaille également comme traducteur, en traduisant en français un traité de géométrie publié en 1811 par un mathématicien écossais, sur la proposition de son ancien professeur Jean-Nicolas-Pierre Hachette.. La floraison de très nombreux nouveaux périodiques à cette époque, en particulier à Paris, lui ouvre également une carrière de journaliste. Activité considérée comme subversive, le journalisme lui apparaît alors comme l'expression de la « conscience de la nation » en raison du contrôle exercé par le gouvernement.

C'est dans ce contexte qu'il rencontre en août 1817 Claude-Henri de Rouvroy, comte de Saint-Simon, dont il devient le secrétaire pendant près de huit ans, entre 1817 et 1824. Il commence par écrire les quatre cahiers du troisième volume de L'Industrie, mais ce n'est pas un succès : dès sa publication, les souscripteurs sont mécontents et l'aide financière diminueRaquel Capurro, Le positivisme est un culte des morts : Auguste Comte, Epel, 2001, p. 19.. Il collabore activement à la rédaction d'articles de presse, mais aussi d'ouvrages philosophiques. Les réflexions saint-simoniennes sur le passage de l'âge théologique et féodal à l'âge positif et industriel l'inspirent durablement dans l'élaboration de la loi des trois états. Les articles de Comte dans L'Industrie portent ainsi en germe sa future philosophie positive, de même que le Prospectus des travaux scientifiques nécessaires pour réorganiser la société, rédigé en 1822. Il y expose une classification des sciences, la loi des trois états ainsi que la nécessité de faire de la politique une science.

Pendant cette période, Comte ne trouve guère d'aisance financière dans son association avec Saint-Simon. Il souhaiterait enseigner à l'École polytechnique, sans pour autant s'éloigner de Saint-Simon, en qui il a trouvé un maître dont il partage les idées. Comte occupe alors d'autres emplois, liés à l'incapacité de Saint-Simon de le payer régulièrement. Il écrit ainsi des discours pour Casimir Périer en 1818, et enseigne dans un pensionnat dirigé par le baron Antoine Reynaud d'octobre à . Les critiques contre L'Industrie devenant de plus en plus virulente, une autre publication vient la remplacer : Le Politique ou Essais sur la politique qui convient aux hommes du . À partir de , il publie régulièrement dans ce nouveau journal de Saint-Simon. Lorsque le journal ferme en 1819 après douze numéros, il commence à écrire pour Le Censeur européen. À partir de cette période, il signe « A.C. » et non plus « I.C. », choisissant de marquer par l'adoption de son troisième prénom Auguste le début d'une nouvelle èreArticle du 16 juin 1819 dans le Censeur Européen, n° 2.. Entre et , il participe à L'Organisateur, lancé une fois de plus par Saint-Simon.

Son engagement en faveur du prolétariat et des femmes trouve un écho dans l'oppression que le système social de la Restauration exerce sur lui. Ses premières formulations d'une science de la société s'enracinent dans ce contexte particulier ; à partir de 1820, il considère qu'il s'est émancipé totalement du système de pensée de Saint-Simon.. Il pose aussi les bases d'une philosophie des sciences.

On sait peu de choses de la vie de Comte entre 1820 et 1824 faute de lettres. En 1822, Auguste Comte publie, sous la direction de Saint-Simon, Prospectus des travaux scientifiques nécessaires pour réorganiser la société. C'est alors qu'en mars 1824, Comte et Saint-Simon se brouillent définitivement pour de multiples raisons, dont la publication du Plan des travaux scientifiques nécessaires pour réorganiser la société, les divergences d'idée, et la revendication de leur originalité respective.

Mariage avec Caroline Massin Pendant l'été 1817, Comte était tombé fou amoureux d'une jeune pianiste italienne, Pauline. Mariée et mère, elle incarnait la transgression d'un interdit, ce qui l'enchantait. Le seul enfant connu de Comte sera une fille issue de cette relation adultère, Louise, née en . De santé fragile, elle meurt à neuf ans seulement du croup, et Comte avouera plus tard à Clotilde de Vaux qu'il pleure toujours sa perte..