Paul Rassinier, né le à Bermont (Territoire de Belfort) et mort le à Asnières-sur-Seine (Seine), est un instituteur et homme politique français, initialement engagé à gauche, devenu après la Seconde Guerre mondiale proche de l'extrême droite et un des fondateurs du négationnisme en France avec Maurice Bardèche. Il est notamment l'un des inspirateurs de Robert FaurissonLe Monde, 16 janvier 1979..

D'abord communiste, puis socialiste, il choisit durant les années 1930 l'option pacifiste de Paul Faure. Il entre cependant dans la Résistance où, en raison de ses convictions pacifistes, il ne participe pas à la lutte arméeRassinier ne participa pas à la lutte armée de la Résistance contre l'occupant, conformément à ses convictions pacifistes. Cf. Valérie Igounet, Histoire du négationnisme en France, . Voir Fresco, 1991, article « Rassinier, Paul » :

Et Fresco, 1999, 402 : .. Il est arrêté le par le Sicherheitsdienst (SD)Ibed, Historique des Unités Combattantes.. Les coups subis lors de son interrogatoire, qui dure , lui valent une mâchoire brisée, une main écrasée et la perte d'un rein. En , il est déporté vers le camp de concentration de Buchenwald d'où il est envoyé à Dora-Mittelbau.

Après la guerre, il est brièvement député SFIO de Belfort (1946), puis voulant témoigner de son expérience concentrationnaire, il se rapproche progressivement des milieux d'extrême droite, notamment de Maurice Bardèche, et devient en quelques années un des principaux représentants du négationnisme en France (« Un petit homme », Pierre Vidal-Naquet)., tout en restant lié jusqu'à sa mort aux milieux pacifistes et anarchistes.

Paul Rassinier a donné à plusieurs reprises des informations autobiographiques erronées, à propos, en particulier, de ses activités de résistant et de sa déportation. Une partie de ces éléments biographiques a été d'abord acceptée par les historiens (par exemple, Pierre Vidal-Naquet, dans Les Assassins de la mémoire, admettait la validité de ses descriptions de la vie dans les camps, tout en condamnant les propos négationnistes) ; ils ont également été repris par les négationnistes.

Biographie Enfance Famille Il est le fils de Joseph Rassinier (1878-1942) et de son épouse Julie Clerc (1880-après 1967), tous deux issus de familles de petits paysans de la région de Belfort.

Joseph Rassinier, originaire de Charmois, étudie jusqu'au brevet élémentaireFresco, 1999, . Il va au collège créé à Bourogne par des frères Maristes réfugiés d'Alsace. ; en 1899, il s'engage dans l'armée et est envoyé au Tonkin pour trois ans. En 1905, il épouse Julie Clerc, originaire de Froidefontaine, mais élevée par un parent, meunier à Bermont, qui lui a légué quelques biens à sa mort, origine d'un conflit avec la famille plus proche. Un grand-oncle, Jules Clerc, est instituteur en 1875 et a même écrit une Grammaire françaiseFresco, 1999 (Fabrication d'un antisémite), . Elle indique que ce Jules Clerc a son buste à la Faculté des Lettres de Lyon..

Le Territoire de Belfort À cette époque, ce n'est pas un département de plein droitIl le devient seulement en 1922., mais un territoire détaché depuis 1871 du département du Haut-Rhin, en attendant le retour à la France de l'Alsace-Lorraine annexée par l'Allemagne. Il est fortement marqué par les suites de la guerre de 1870 : de nombreux Alsaciens ayant opté pour la France y sont présents. Une industrie dirigée par des entrepreneurs venus de Mulhouse (notamment Jacques Dreyfus, frère d'Alfred) s'y développe. Le territoire est en outre marqué par une très forte militarisation (six régiments stationnent à Belfort en 1914 et de nombreux forts ont été construits pour protéger la trouée de Belfort). Enfin, une forte exaltation patriotique s'exprime dans la population, notamment lors des cérémonies du 14 juillet, où sont présents des Alsaciens du Reichsland.

La ville s'étant considérablement développée depuis 1871, la circonscription électorale jusque-là unique est divisée en deux pour les élections législatives de : Belfort-campagne élit le conservateur Armand Viellard, Belfort-ville le radical Charles Schneider, maire de Belfort depuis 1894, mais qui a eu besoin au deuxième tour des voix des électeurs socialistes, dont le leader est le jeune Louis Oscar Frossard, instituteur.

Un père militant Issu d'une famille catholique conservatrice, Joseph Rassinier le reste jusqu'à la Première Guerre mondiale. Il écrit notamment des articles polémiques (contre les radicaux) dans les journaux La Croix de Belfort et L'Alsace. Mais, alors que les Rassinier sont des notables à Charmois, lui-même est tenu à l'écart des instances municipales de Bermont par les notables locaux, les familles Guerné et Bermont.

En 1914, vu son âge et sa situation de famille (trois enfantsAprès Paul, Julie Clerc a eu 4 enfants, dont deux vivent assez longtemps : Georges (1907-1957) et Fernand (1913-1929). Georges prendra la succession à la ferme familiale.), il est mobilisé au Régiment Territorial, stationné dans le Territoire de Belfort, secteur du front peu actif pendant toute la guerre. Il subit quelques périodes de mise aux arrêtsPour propos pacifistes selon Nadine Fresco dans la notice du « Maitron », 1991 ; dans son livre de 1999, , elle évoque un comportement irrespectueux envers un officier..

Son comportement politique change à son retour : il abandonne la pratique religieuse et se montre même parfois anticlérical ; il se rallie à la gauche, et, Frossard devenu secrétaire national de la SFIO ayant joué un rôle essentiel dans la création du Parti communiste en 1920, dont il devient le leader, Rassinier se présente en 1922 sur la liste communiste aux élections cantonales et réussit à être élu.

Le , Frossard démissionne de son poste et quitte le PC, emmenant la plus grande partie de la fédération communiste du Territoire, notamment Rassinier qui prend l'étiquette SFIO ; par la suite, il a un comportement d'élu peu sectaire, ce qui lui permet d'être réélu jusqu'à son décès ; il est alors vice-président du Conseil général du Territoire de Belfort. Cette réussite politique départementale lui permet même de devenir conseiller municipal à BermontFresco, 1999, ..

Formation Après ses études primaires à Bermont de 1912 à 1919, Paul Rassinier, pourvu du certificat d'études, entre à l'école primaire supérieure de Luxeuil-les-Bains (). En 1922, il échoue aux concours des Écoles normales d'instituteurs de Vesoul (Haute-Saône) et de Chaumont (Haute-Marne) ; il est admis à celle de Belfort en .

Le Parti communiste (1923-1932) L'élève-maître et l'appelé communiste (1923-1928) Paul Rassinier adhère au Parti communiste à la fin de 1923 ou en 1924Son nom apparaît pour la première fois dans un rapport de police du 13 septembre 1924 (Fresco, 1999, , note 86). (à 17 ans). Ce parti est en train de subir le processus à l'origine du départ de Frossard, la « bolchévisation », le rejet des traditions du socialisme français, notamment celui de Jaurès (soutien à la République, etc.) ; les militants restés communistes sont, comme Paul Rassinier, des adhérents jeunes et récents, capables de soutenir une ligne politique dure. Nadine Fresco pense que Rassinier, pourvu en 1924 d'un niveau de formation limité, a été marqué par celle qu'il a reçue durant ces années dans le cadre du Parti, en particulier à travers la lecture de L'HumanitéFresco, 1999, ., puis comme rédacteur du Semeur à partir de 1929.

En 1926, il termine l'école normale à un rang médiocre et échoue en juin au brevet supérieur (il l'obtient en novembre). Il est cependant affecté à l'école primaire de Valdoie, grâce à une intervention de son oncle Émile Rassinier, maire de Charmois, auprès d'André Tardieu, élu député de Belfort-campagne au début de l'année. Ce coup de piston (dont il n'est pas responsable) est utilisé contre Tardieu par le journal radical La Frontière () et est à l'origine du premier article publié par Paul Rassinier dans Le Semeur ().

Le , il part pour quinze mois au Maroc faire son service militaire, peu après la fin de la guerre du Rif ; il est affecté au Régiment de tirailleurs algériens, stationné à Fès, sans doute pour l'empêcher de faire de la propagande antimilitariste, comme le Parti en donne la consigne à l'époque. Il ne semble pas qu'il se soit fait remarquer de ses supérieursNadine Fresco n'a pas obtenu l'accès à son dossier militaire à Vincennes, mais aucune insubordination marquante n'est évoquée par qui que ce soit.. Il rentre en , en « permission libérable » pour deux mois.

L'instituteur et militant communiste (1928-1932) Affecté dès à l'école de Lepuix près de Delle (actuelle Lepuix-Neuf), il épouse la fille d'un artisan du village, sans profession, d'où une certaine gêne matérielle. La mort d'un enfant né en 1931 aboutit à l'échec de ce mariage (le divorce sera prononcé en 1934). En 1929, il fait une demande d'affectation coloniale, qui est refusée. Mais, à la rentrée 1929, il est nommé à Belfort à l'école de garçons du faubourg Montbéliard.

À ce moment, le Parti communiste a opté, sous la pression de l'Internationale, pour la ligne « classe contre classe » qui aboutit à une chute des effectifs et aux défaites électorales en 1928 et 1932. Dès 1929, Paul Rassinier devient secrétaire du « rayon » de Belfort, mais les adhérents sont seulement quelques dizaines et nombre de « cellules » (d'entreprise) sont moribondes. En , arrive à Belfort un responsable d'assez haut rang (du PC et de la CGTU), mais en disgrâce, Henri JacobHenri Jacob (1896-1976) : membre du Comité central du PCF (1922-1927), délégué du PCF à l'Internationale communiste (1926) ; responsable de la région Nord 1927-1929, contraint à la démission et envoyé dans le Territoire de Belfort : il s'agit en fait d'une rétrogradation. Cf. le « Maîtron », 1914-1939, tome 32..

Après son article de 1926, Paul Rassinier collabore seulement à partir de au Semeur, journal de la Fédération du Territoire de Belfort, dont il prétendra en 1946 avoir été un des fondateurs puis le rédacteur en chefGilles Karmasyn, Les impostures de Rassinier. Le Semeur, PHDN, 1999..

Il milite par ailleurs à la Fédération unitaire, syndicat enseignant de la CGTU, dont l'organe est L'École émancipée. Il fait partie du réseau des instituteurs pacifistes de L'École émancipée.

En 1931, il devient trésorier de l'Union régionale des syndicats CGTU du Territoire de Belfort, Henri Jacob en étant le secrétaire.

L'année 1931 L'année 1931 est marquée par une crise grave du PCF : l'affaire Barbé-Célor, qui permet à Maurice Thorez d'émerger comme le nouveau leader, aux côtés de Jacques Doriot. Le rayon de Belfort va subir le contrecoup de ces opérations au sommet.

À la fin de 1931, Lucien Carré, secrétaire des Jeunesses communistes de Belfort et militant antimilitariste condamné en 1927-1928, est envoyé faire son service militaire en Tunisie, au camp disciplinaire (« bagne ») de Méchéria. Sa situation suscite une campagne à l'échelle nationale. À Belfort, Henri Jacob et Paul Rassinier proposent aux socialistes, aux radicaux et à la Ligue des droits de l'homme de former un comité de défense commun en sa faveur. Un meeting commun a lieu, d'ailleurs sans lendemain.

L'opposition communiste (1932-1934) L'exclusion du Parti (avril 1932) et ses suites Au début de 1932, les communistes belfortains envisagent la candidature de Jacob et Rassinier pour les élections législatives à venir. Ce choix est entériné par Maurice Thorez, mais peu après, le Bureau politique ayant eu vent de l'affaire Carré, condamne ce rapprochement avec des ennemis politiques, et exclut en même temps Henri Jacob (en l'accusant de toutes sortes de vices) et son acolyte, Paul Rassinier« Exclusion de Jacob et de Rassinier par le Bureau politique du Comité central », L'Humanité, 8 avril 1932. Cité par Sylvain Boulouque et Franck Liaigre, Les listes noires du PCF, éditions Calmann-lévy, 2008, ..