vignette|upright=1.5|Vue du retable ouvert (). vignette|Vue du retable fermé.

L'Agneau mystique, également appelé Adoration de l'Agneau mystique ou Autel de Gand (en , littéralement L'Agneau de Dieu), est un polyptyque peint sur bois, chef-d'œuvre de la peinture des primitifs flamands.., achevé en 1432.

Depuis 1986, il est présenté au public dans l'ancien baptistère de la cathédrale Saint-Bavon de Gand, transformé en chambre forte pour raisons de sécurité.

Commandé par Joost Vijdt, riche marguillier de l’église Saint-Jean (devenue depuis la cathédrale Saint-Bavon), pour la chapelle privée de sa femme, le polyptyque est commencé par Hubert van Eyck et terminé par Jan van Eyck après la mort de son frère en 1426. Il est placé le sur l’autel de la chapelle du commanditaire, dans l’église Saint-Jean. Depuis 2021 il est exposé dans la chapelle du Saint-Sacrement de la cathédrale.

Le retable représente une « nouvelle conception de l'art », dans laquelle l'idéalisation de la tradition médiévale cède la place à une observation rigoureuse de la natureE. H. Gombrich, The Story of Art, , Phaidon, 1995, . et une reproduction fort habile des effets d'optique.

Le retable est composé au total de encadrés qui offrent au spectateur deux scènes différentes, selon sa position ouverte ou fermée, obtenue en repliant vers l'intérieur les panneaux situés à ses extrémités. Le registre supérieur de l'intérieur du retable représente, en rouge, le Christ-Roi ou Dieu le père trônant entre la Vierge Marie et saint Jean-Baptiste. À droite et à gauche de ces trois personnages, des anges chantant et jouant de la musique et, sur les panneaux extérieurs, Adam et Ève. Le registre inférieur du panneau central représente l'adoration de l'Agneau de Dieu par plusieurs groupes de personnes absorbées dans le culte et la prière et éclairées par une colombe représentant le Saint-Esprit.

Les jours de semaine, les panneaux étaient repliés, montrant l'Annonciation à Marie et le portrait des donateurs, Joost Vijdt et sa femme . Les dimanches, les vigiles de fête et jours de fêtes, le retable était ouvert et dévoilait ses panneaux intérieurs.

Un quatrain en latin, peint sur la base de l'encadrement extérieurTexte complet :« hubertus e eyck maior quo nemo repertus [est]Incepit — pondus q(ue) Johannes arte secundusperfecit Iudoci Veid prece fretusVersV seXta MaJ Vos CoLLoCat aCta tVerI »soit : « Hubert van Eyck, que personne n'a dépassé, a entrepris cette charge de travail que Jean, second dans l'art, a menée à son terme sur l'instance de Josse Vejd. Par ce vers, le sixième jour de mai il vous permet d'observer ce qui a été accompli » (reproduit par Paul Faider, Pictor Hubertus…, ).Le quatrain latin est reproduit dans Actu-culture.com : L'Agneau mystique - La résurrection d'un chef-d'œuvre.., précise qu'Hubert van Eyck, maior quo nemo repertus [est] (personne de plus grand que lui n'a été trouvé), entreprit la peinture du retable qu'acheva Jean, arte secundus (second par son art ou second dans l'art). Le dernier vers, VersV seXta MaI Vos CoLLoCat aCta tVerI, énonce l'année 1432 au moyen d'un chronogramme.

Richement orné, sans doute sculpté pour s'harmoniser avec les entrelacs de la peinture, ce cadre originel est détruit pendant la Furie iconoclaste de 1566. Peut-être comportait-il des mécanismes d'horlogerie destinés à mouvoir les volets, voire à jouer de la musiqueReconstitutions numérisées issues du livre de Lotte Brand Philip The Ghent Altarpiece, Princeton, 1971..

Le panneau inférieur gauche d'origine, connu sous le nom Les Juges intègres, est volé en 1934. Ce panneau n'a jamais été retrouvé et a été remplacé par une copie faite en 1945 par Jef Vanderveken. Le panneau volé figure en bonne place dans le roman d'Albert Camus, La Chute. En 2010, le journaliste d'investigation néerlandais publie un livre dans lequel il décrit l'implication de , du Vatican et des services de renseignement britanniques, et leurs tentatives de récupérer le panneau disparu.

Le polyptyque, sans compter les cadres, mesure en position fermée, ouvert et est constitué de dix panneaux de bois de chêne.

Panneaux supérieurs intérieurs Les trois personnages centraux Les trois panneaux supérieurs, au centre du retable, représentent un personnage trônant de face entre la Vierge Marie à sa droite et saint Jean-Baptiste à sa gauche. L'identité de ce personnage vêtu de rouge n'est pas clairement établie et a donné lieu à de nombreux débats. Selon plusieurs historiens de l'art, il s'agit du Christ en majesté, représenté sous les habits d'un grand prêtreArguments en faveur de cette interprétation : 1. Entre sa mère et son cousin, c'est la place traditionnelle médiévale de Jésus (Deisis) et non celle du Père, 2. La tenture derrière le personnage évoque l'eucharistie (pampre de vigne et pélican), 3. la couronne posée à ses pieds indique qu'il a refusé un royaume, 4. L'âge du personnage, 5. Il porte la tiare du pape, vicaire du Christ, ornée de croix sur les deux fanons. Voir Barbara G. Lane, , Harper & Row, 1984, - ., de Dieu le pèreArguments en faveur de cette interprétation : 1. L'inscription Sabaoth sur son étole, mais cette dénomination vétéro-testamentaire peut aussi s'appliquer au Christ, 2. Le registre inférieur du retable comporte les figures symboliques du Saint-Esprit (colombe) et du Fils (agneau), l'image manquante est celle du Père., ou la Sainte-Trinité représentée par une seule et même personne (le fait que le personnage porte une triple tiare pourrait, selon certains, conférer une certaine crédibilité à cette théorie)Arguments en faveur de cette interprétation : 1. Dans la tradition médiévale, les représentations du Père sont proscrites, très rares et limitées à des œuvres mineures : l'image du Christ représente souvent Dieu (voir Saint-Savin-sur-Gartempe) et Dieu trinitaire. En fait le retable se situe à la charnière entre la tradition de l'art médiéval et l'art des temps modernes où les images de Dieu le Père abondent. Il semble bien que l'ambiguïté entre Père et Fils ait été voulue par le peintre..

Anges chanteurs et anges musiciens 180px|left|thumb|Anges - détail. 220px|thumb|Anges chanteurs (gauche).Anges musiciens (droite).

Entourant les trois figures centrales, des anges sont donc représentés, les uns jouant de la musique et les autres chantant. Les vêtements, les instruments et le sol sont peints avec un souci du détail remarquable. Les hymnaires de l'époque fournissent des instructions sur la façon de représenter graphiquement chaque note, ce qui a permis au historiens de l'art — après une étude minutieuse du tableau — d'identifier les notes chantées par chaque ange d'après leurs expressions faciales. De même, l'orgue, devant lequel est assise sainte Cécile, a été peint avec un tel degré de détails que des musicologues ont été capables de recréer une copie conforme de l'instrument, il en est de même pour la harpe représentée derrière l'orgue.

Adam et Ève, Abel et Caïn Les panneaux supérieurs latéraux représentent Adam et Ève (à gauche et à droite respectivement), chacun d'eux tournés en direction des trois personnages centraux. Ils se couvrent de feuilles de vigne, et Ève tient dans sa main un fruit qui n'est pas la pomme traditionnelle, mais bien un etrog (en אתרוג), un petit agrume également connu sous le nom de pomme d'AdamVoir aussi : Éden, Citron.. Adam semble vouloir sortir du cadre, donnant au tableau un aspect tridimensionnel.

Au-dessus d'eux, on peut observer deux scènes en grisaille, la première représente Abel sacrifiant à Dieu le premier agneau de son troupeau et Caïn en agriculteur présentant au Seigneur, une partie de ses récoltes (au-dessus d'Adam) ; la seconde représente l'assassinat d'Abel par son frère Caïn avec une mâchoire d'âne parce que, selon la Bible, Caïn était jaloux que le Seigneur ait regardé l'offrande d'Abel avec faveur et qu'il ait rejeté la sienne. Van Eyck peint ces personnages tels des statues, donnant ainsi de la profondeur à l'image.

Au , les représentations d'Adam et Ève nus étaient considérées comme inacceptables à l'intérieur d'une église et les panneaux ont été remplacés par des reproductions vêtues, qui sont encore aujourd'hui exposées dans la cathédrale en dehors de la chapelle Vijdt.

Panneaux inférieurs intérieurs Panneaux inférieurs centraux Les panneaux inférieurs centraux montrent l'adoration de l'Agneau de Dieu, entouré de fidèles alignés les uns derrière les autres attendant de pouvoir adorer l'agneau. Dans le ciel, une colombe, représentant l'Esprit-Saint, illumine la scène. L'agneau est entouré de quatorze anges. Au premier plan, la fontaine de vie se déverse dans une petite rivière, son lit est recouvert de pierres précieuses.

Au premier plan, à gauche, on aperçoit un groupe de prophètes juifs agenouillés, tenant chacun une Bible. Derrière eux, des philosophes et écrivains païens, venus de partout dans le monde comme en témoignent les traits orientaux de certains d'entre eux, ainsi que les différents types de capes et de couvre-chefs qu'ils revêtent. Le personnage vêtu de blanc, avec une couronne tressée, est probablement Virgile, qui est considéré comme un « chrétien avant-la-lettre ». À droite, on distingue les douze apôtres et, derrière eux, plusieurs saints, avec les papes et autres hommes d’Église devant eux. Parmi eux, il est possible de reconnaître saint Étienne, portant les roches avec lesquelles il a été lapidé.

Dans le fond à gauche, on aperçoit les confesseurs de la foi, tous représentés portant les habits traditionnels du clergé ; et à droite, les femmes martyres. Hommes et femmes tiennent dans leurs mains une palme. Certaines de ces femmes sont reconnaissables par les attributs dont elles sont porteuses.

200px|right|thumb|Papes, cardinaux, évêques, prêtres, diacres et civils martyrs. 200px|right|thumb|Philosophes païens et prophètes juifs.303px|center|thumb|L'Adoration de l'Agneau de Dieu.150px|left|thumb|Saintes martyres, vierges consacrées et civiles. 150px|left|thumb|Saints papes, docteurs de l'Église, évêques, prêtres et diacres.

Panneaux inférieurs latéraux De part et d'autre du panneau central inférieur, d'autres groupes de personnes sont représentés. Les deux panneaux de gauche représentent, d'une part les « Juges intègres », d'autre part les « Chevaliers du Christ », ou « Soldats (au service) du Christ » (Christi Milites) (saints empereurs, rois, princes, généraux ...). Sur les deux panneaux correspondant de droite, la cohorte des saints fondateurs d'ordre religieux et des ermites et des saints ; on remarque parmi eux un « géant » par la taille, saint Christophe, martyr et saint patron des voyageurs.

Le panneau inférieur de l'extrême gauche, Les Juges intègres, volé en 1934 (jamais retrouvé, peut-être détruit, mais des recherches se poursuivent), a été remplacé par une copie par Jef Vanderveken en 1945. Un des restaurateurs du retable constata que le panneau semblait avoir le même âge que le reste des panneaux auxquels il était attaché. Fin 2010 le retable a subi un examen minutieux afin de déterminer si le panneau supposé manquant ne serait pas, en fait, l'original qu'on recherche. Toutefois, rien de formellement concluant n'a pu être déterminé jusqu'ici. 160px|thumb|Les Juges intègres, copie par Jef Vanderveken.thumb|155px|Les Chevaliers du Christ (saints princes et saints militaires).150px|thumb|Les fondateurs d'ordres religieux, saints moines et ermites.165px|thumb|Saint Christophe et les pèlerins.

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