La Ferrari F40 est une supercar du constructeur automobile italien Ferrari, produite de 1987 à 1992. Elle succède à la Ferrari 288 GTO, et est commercialisée pour fêter les quarante ans de la marque. Ultime création d'Enzo Ferrari, elle est au moment de sa sortie la voiture de série la plus rapide (324 km/h), la plus puissante (478 cheveaux d'origine) et la plus chère (1.5 millions de francs soit environ 1.6 millions d'euro) de l'histoire de l'automobile.
Historique
Contexte Après avoir fait ses débuts chez Lancia, en participant notamment à l'élaboration de la Stratos, l'ingénieur italien Nicola Materazzi entre en 1979 au service de la division course de Ferrari en tant que chef du bureau d'études, recruté directement par le patron Enzo Ferrari. Des années plus tard, dans son bureau du service compétition, Materazzi est sollicité par Enzo Ferrari lui-même pour le conseiller sur un moteur envisagé pour les modèles de route. Les ingénieurs songent initialement à concevoir un moteur turbo de développant environ . Nicola Materazzi s'y oppose et vise une puissance de , estimant qu'un moteur inférieur aurait moins d'intérêt. Enzo Ferrari adhère à la suggestion et confie à Materazzi la responsabilité de cette tâche. À la suite de cet échange, Enzo Ferrari décide de réorganiser l'entreprise en créant un troisième département, dirigé par Nicola Materazzi, consacré à ce nouveau moteur. Plus tard, alors que Materazzi perfectionne la conception du moteur, Ferrari lui demande de concevoir la voiture correspondante à ce nouveau bloc, marquant le lancement du « projet 164 ».
À cette époque, Ferrari traverse une période difficile avec des résultats mitigés en Formule 1 et des ventes de voitures de série en baisse. Enzo Ferrari reconnaît la nécessité de nouvelles idées et confie à Materazzi la tâche de revitaliser les performances des voitures de la marque. Lors d’une visite de l'entreprise, Pietro Barilla, patron de l'entreprise Barilla et ami d'Enzo Ferrari, révèle que son fils arrive à égaler les performances d’une Ferrari 308 avec une BMW M3, coutant pourtant la moitié du prix. Cette nouvelle convainc définitivement Ferrari d'opérer de nombreux changements dans l'entreprise.
Conception et développement En 1984, sous l'impulsion de Nicola Materazzi, Ferrari lance un programme d'étude « Evoluzione » des Ferrari 288 GTO, afin de rivaliser avec les Porsche 959 en Groupe B, et pour marquer et fêter les 40 ans à venir de la fondation de son entreprise.
Dans les faits, Nicola Materazzi explique qu'il proposa à Enzo Ferrari de modifier la 288 GTO pour réaliser une voiture avec laquelle les clients pourraient courir. Enzo Ferrari ne put donner son aval, n'ayant plus le contrôle sur la production. Nicola Materazzi s'adressa donc à Eugenio Alzati, le directeur général de la production des voitures de série Ferrari (un homme de Fiat) qui approuva la demande. Néanmoins, il imposa que la voiture soit développée le samedi matin pour ne pas perturber la production en cours.
En 1987, parallèlement aux Ferrari Testarossa de 1984, la marque dévoile cette supercar GT en série limitée. Elle est alors la sportive la plus performante et efficace de l'histoire de l'automobile, inspirée directement de la compétition et notamment de la Formule 1. La voiture est présentée à la presse le au circuit de Fiorano de l'usine Ferrari de Maranello par Enzo Ferrari lui-même, avec Leonardo Fioravanti (chef designer) et Peter Camardella. La présentation au public se fera au salon de l'automobile de Francfort de la même année.
Selon la philosophie personnelle de toute une vie, et les dernières volontés du Commendatore Enzo Ferrari (1898-1988), elle est le dernier modèle de supercar GT Ferrari à repousser les limites du « génie mécanique automobile optimum », sans avoir recours aux premières solutions d'assistance et d'aide technologique à la conduite en vogue dans le monde de la conception automobile de l'époque. La F40 est la première voiture de route de l'histoire de Ferrari à être construite avec divers matériaux composites tels que le kevlar. Au moment de sa présentation elle était la voiture de série la plus rapide jamais construite avec 324 km/h vérifiés.
Elle fut la dernière Ferrari équipée d'un moteur turbocompressé construite sous la supervision d'Enzo Ferrari.
La série de 400 exemplaires initialement prévue étant vendue en très peu de temps la production fut alors augmentée à exemplaires. La valeur de la voiture atteignant des sommets, au même moment elle obtenait la certification aux États-Unis, refusée jusque-là en raison de ses caractéristiques extrêmes. Ferrari dut respecter le contrat avec l'importateur américain qui obligeait la firme de Maranello à allouer 22% de la production de chaque modèle au marché américain. La production fut donc de nouveau augmentée une dernière fois pour porter le nombre total de F40 produites à 1 311 exemplaires. Cette série limitée, et la disparition d'Enzo Ferrari l'année suivante à l'âge de , enflammèrent la spéculation avec des F40 neuves revendues à plus de de francs, très au-delà du prix usine.
Concurrente des Porsche 959, Lamborghini Diablo, Jaguar XJ220, Bugatti EB110, elle est remplacée par la Ferrari F50 en 1995.
En 2025, Ferrari construit un One-off inspiré de la F40, la Ferrari SC40
Caractéristiques VersionF40F40 LM / CompetizioneAnnées de production1987-19921989-1994Production totale1311 exemplaires19 exemplairesPrix de base490 000 €850 000 €ClasseSupercarÉnergieEssenceMoteur(s)V8 2.9 L BiturboPosition du moteurLongitudinale centrale arrièrePuissance Maximale478 ch720 chCouple Maximal577 Nm?TransmissionPropulsionBoîte de vitessesManuelle à 5 rapportsVitesse maximale324 km/h367 km/h0 à 100 km/h4,1 s3,0 s0 à 200 km/h11,3 s?0 à 300 km/h??Consommation mixte19,5 L/100 km?Emission de CO2476 g/km?Rapport poids/puissance2,62 kg/ch1,44 kg/chCarrosserie Coupé 2 portesPortièresclassiquesMasse à vide1254 kg1040 kg
Dimensions L'empattement est de 2 450 mm, la voie avant de 1 594 mm et la voie arrière de 1 606 mm. La direction est à crémaillère. Le poids total est de 1155 kg. Nicola Materazzi précise que la première F40 pesait 1093 kg ; des modifications esthétiques ayant alourdi le modèle de série.
Chaîne cinématique
Motorisation La conception mécanique est signée Nicola Materazzi. Le moteur F120D hérite d'une version « Evoluzione » de de la Ferrari 288 GTO précédente, descendant lui-même de la série des moteurs V6 et V8 Dino de compétition de la Scuderia Ferrari. vignette|Le moteur d'une F40, depuis la bulle arrrière. Le V8 à 90°, de de cylindrée (), est positionné longitudinalement. Il est suralimenté par deux turbocompresseurs IHI avec intercooler pour une puissance de . Cela permet à la F40 de réaliser le 0 à en et le départ arrêté en pour une vitesse de pointe de . Il est doté de deux doubles arbres à cames en tête et 32 soupapes (quatre soupapes et deux injecteurs par cylindre). Le carter, le bloc moteur, et les culasses sont en silumin (alliage d'aluminium-silicium). Les parois internes des chemises en aluminium sont renforcées par dépôt électrolytique d'une couche de nikasil (alliage de nickel-carbure de silicium) pour réduire les coefficients de friction et améliorer la lubrification et la résistance aux hautes températures.
Nicola Materazzi rapporte que concernant le choix des turbos, un test d'accélération comparatif en présence d'Enzo Ferrari lui-même et du président de la société KK&K, fut organisé entre une F40 équipée de turbos de la marque IHI et une autre recevant des turbos KK&K. À l'issue de l'épreuve, le président de la firme KK&K reconnut que les turbos japonais IHI étaient meilleurs. Modèle et boîteConstructionMoteurCylindréePuissanceCoupleVitesse maximale ConsommationFerrari F40(boîte 5)1987 - 19928 cylindres en VF120D() () à à
Boîte de vitesses La boîte de vitesses est une boîte manuelle à 5 rapports, plus marche arrière, avec un embrayage à double disque à sec monté longitudinalement. Elle fut développée spécifiquement par Nicola Materazzi, compte tenu que ZF, habituel fournisseur de boite de vitesses de Ferrari, ne possédait pas à l'époque de boite de vitesses adaptée pouvant supporter le couple exceptionnel de 577 Nm.
Mécanique Les suspensions avant et arrière, indépendantes, sont à bras transversaux avec ressorts hélicoïdaux et barres stabilisatrices. Grâce aux amortisseurs oléopneumatiques réglables depuis l'habitacle, les suspensions peuvent être réglées selon trois niveaux différents de hauteur et de rigidité, en fonction du style de conduite et des conditions d'utilisation. La suspension avant est à double triangulation, issue de la GTO Evoluzione.
L'ingénieur Mauro Forghieri dit : "Je trouvais que c’était une voiture avec des pneus sous-dimensionnés pour la puissance qu’elle avait. La ligne voulue par Pininfarina limita beaucoup la taille des pneus arrière".
Châssis et carrosserie Le châssis de la Ferrari F40 est fait d'un treillis de tubes d'acier soudés, dérivé de sa devancière, la Ferrari 288 GTO. La section avant du châssis est déformable et l'arrière démontable, afin de permettre l'accès à la mécanique ; et l'ensemble est rigidifié par des entretoises de raidissement. Les méthodes de production nécessaires à l'assemblage du châssis sont très chronophages, coûteuses et exigent une grande expertise technique. Néanmoins, le châssis de la F40 affiche une rigidité trois fois supérieure à celle d'un cadre « conventionnel », tout en étant 20 % plus léger. vignette|Une Ferrari F40, avec ses phares escamotables ouverts. Le design extérieur est signé Pietro Camardella, designer de Pininfarina, les voitures étant construites et assemblées chez Pininfarina. Le poids total est inférieur à grâce à la chasse aux éléments inutiles et à l'utilisation intensive de matériaux composites, portant la masse de la carrosserie en fibre de verre à seulement 46 kg. Elle est positionnée sur un cadre tubulaire en acier avec panneaux intérieurs du cockpit renforcés de Kevlar et fibre de carbone imprégnés de résine époxy, avec des réservoirs en résines aéronautiques.
Sur le plan aérodynamique, elle bénéficie d’un Cx de 0,34 (0,29 vérifié dans la soufflerie de Fiat sur le prototype) avec ses phares escamotables à l'avant et un imposant aileron arrière.
Intérieur vignette|L'intérieur de la Ferrari F40. L'habitacle de la F40 est minimaliste en raison de son orientation plus axée sur la course que sur la conduite quotidienne. À l'exception de la climatisation en option, aucun équipement tel que le système audio, la boîte à gants, les tapis, les garnitures en cuir ou les panneaux de porte n'est inclus. Les 100 premiers modèles sont équipés de vitres en polycarbonate avec une ouverture à trappe, tandis que les derniers modèles disposent de lunettes coulissantes ; aucun exemplaire avec des fenêtres à commande électrique n'est produit. Dans un objectif de réduction de la masse, les poignées de porte intérieures sont remplacées par des câbles en acier tressés recouverts de caoutchouc ; les portes totalement vides pèsent environ . La F40 ne dispose ni de direction assistée ni de système de freinage antiblocage (ABS). Cette approche minimaliste la distingue clairement de sa concurrente, la Porsche 959, qui dispose d'une large utilisation de la technologie électronique.
Compétition La Ferrari F40 est déclinée en plusieurs versions de course :
1989 : F40 Valeo, 1 exemplaire, pour le PDG de Fiat-Ferrari Gianni Agnelli, avec embrayage électronique Valeo (actif en moins de ) piloté automatiquement par le levier de vitesses, initialement développé sur les voitures de rallye Lancia Delta Integrale 1989 à 1998 : F40 LM et LM IMSA, (Le Mans), une dizaine d'exemplaires, préparées par Michelotto Automobili, poussée à , pour les 24 Heures du Mans, Championnat IMSA GT (classe GTO).