thumb|Sandwich avec des chenilles de karité frites à la gare routière de Boromo au Burkina Faso. thumb|Ver du maguey, dans un restaurant à Polanco, Mexico. thumb|Pupes de ver à soie cuisinées en Corée. thumb|Scarabées frits dans la cuisine laotienne. thumb|Insectes frits sur un marché de Bangkok en Thaïlande.
L’entomophagie est la consommation d'insectes par l'hommeCe qui ne concerne pas les arachnides, consommation appelée arachnophagie.. Dans le cas de la consommation d'insectes par les animaux, on parle plutôt d'un régime alimentaire insectivore, sauf dans le cas d'un insecte entomophage, parasitoïde ou polyphage.
La consommation volontaire d'insectes est habituelle dans de nombreuses régions d'Afrique, d'Asie, d'Amérique, ainsi que chez les Aborigènes d'Australie. Dans les pays occidentaux, hormis le cas des cochenilles Dactylopius coccus et Kermes vermilio largement consommées comme colorant alimentaire, elle reste cependant un phénomène marginal. En effet, malgré la mondialisation, la consommation d'arthropodes terrestres y est encore considérée comme un tabou alimentaire, ce qui n'est en revanche pas le cas de celle des arthropodes aquatiques comme les écrevisses ou les crevettes.
En ce qui concerne l'humanité, la plupart des peuples consomment des insectes, parfois recherchés comme des friandises. On a recensé plus de appartenant à et consommés par différentesRamos-Elorduy (1998) : 3-4. et faisant partie de la consommation alimentaire régulière d'au moins de personnes, et de de personnes en tenant compte de ceux qui en consomment de manière plus occasionnelle Arnold van Huis, Joost Van Itterbeeck, Harmke Klunder, Esther Mertens, Afton Halloran, Giulia Muir et Paul Vantomme, « Edible insects. Future prospects for food and feed security », document de l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture, Rome, 2013. En lire la synthèse en français.. Ce nombre d'espèces constitue une estimation conservatrice, un biais culturel concernant l’entomophagie pourrait ne pas motiver à chercher une identification précise des espèces consommées.
Les groupes d'insectes les plus consommés (insectes alimentaires) sont les coléoptères (31 %, dont la moitié appartiennent aux familles des Cerambycidae et des Scarabaeidae)Ramos-Elorduy (1998) : 20., les lépidoptères (papillons, mais mangés surtout sous forme de chenille ou de chrysalide)Ramos-Elorduy (1998) : 21., les hyménoptères (la majorité étant des meliponini, abeilles sans dard), les orthoptères (surtout des sauterelles et des criquets - famille des Acrididae)Ramos-Elorduy (1998) : 23. et quelques autres groupes dont les termites et les hémiptères. Par extension, la consommation d'autres arthropodes (scorpions, araignées…) est similaire.
Depuis 2008, l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture soutient le développement de la consommation des insectes dans tous les pays du monde, pour des raisons économiques et écologiques, mais la pertinence de ces arguments est contestée par des recherches récentes en la matière..
En avril 2018, le a publié un rapport faisant état d'une évolution importante du marché de la consommation d'insectes. Celui-ci devrait atteindre de dollars d'ici 2024.
L'industrie centrée sur les insectes destinés à l'alimentation animale ou humaine poursuit une croissance importante, mais une méta-analyse montrant que les insectes sont des êtres qui ressentent la souffrance vient poser de nouvelles questions éthiques.
Histoire
Avant que l'homme n'ait développé des outils pour la chasse ou l'agriculture, les insectes pourraient avoir représenté une partie importante de son régime alimentaire, comme l'attestent les nombreux fragments d'insectes (coléoptères, criquets, poux, tiques, mites) retrouvés dans les coprolithes humains dans des grottes aux États-Unis BP et au Mexique BP. Les ancêtres de lHomo sapiens actuel s'adonnaient probablement à l'entomophagie opportuniste. Certains chercheurs suggèrent que les premiers primates étaient des animaux nocturnes arboricoles insectivores, comme le sont certains primates actuels, tels les ouistitis et les tamarins, qui sont insectivores à des degrés divers.
On trouve des allusions à un tel régime insectivore dès l'Antiquité. Sur une œuvre assyrienne datée d'environ 700 représentant un festin, les sauterelles apparaissent comme un mets raffiné. La Bible et le Coran font état des insectes dans l'alimentation, et plus particulièrement des sauterelles, preuve du rôle alimentaire que ces insectes ont joué à certaines époques et dans certaines civilisations. Ainsi, lorsqu'il était dans le désert, Jean le Baptiste « vivait de sauterelles (criquets) et de miel sauvage ». Les Grecs et les Romains mangeaient des insectes, tels que des abeilles et des cigales, ainsi que leurs larves. Aristote vante les femelles de cigales pleines d'œufs et les mâles avant l'accouplement étaient plus spécialement recherchés chez les Grecs, tandis que Pline l'Ancien raconte dans son Histoire naturelle que les gros vers du chêne rouvre sont un mets recherché par les Romains. Les Cossidae (du latin cossus) étaient aussi très prisés, notamment par les ÉpicuriensC. E. Mbah, G. O. V. Elekima : Nutrient composition of some terrestrial insects in Ahmadu Bello University, Samaru Zaria Nigeria.. Ils étaient partiellement engraissés avec de la farine. Toutefois, ce terme a aussi pu désigner d'autres chenilles de papillons xylophages et des vers du Lucane cerf-volant (Lucanus cervus).Gene R. DeFoliart : Insects as Food: Why the Western attitude is important..
À la même période, les Israélites refusaient de consommer des insectes. En effet, ils n'étaient pas considérés comme casher, à l'exception de quatre espèces de sauterelles bien précises. De nos jours, cet interdit figure encore parmi les lois alimentaires juivesJ.M. Regenstein, M.M. Chaudry, C.E. Regenstein (2003) : The Kosher and Halal Food Laws..
Au , la consommation d'insectes est recommandée pour ses vertus médicinales. La pharmacologie populaire française comporte alors des hannetons séchés ou de l'huile de hanneton dans la lutte contre différentes maladies (rage, goutte…). L'entomologiste Jean-Henri Fabre rappelle dans ses Souvenirs entomologiques un repas en famille durant lequel des larves de l'ergate forgeron (Ergates faber) sont grillées sur des brochettes. Fabre les considère comme un mets excellent à saveur d'amande, relevé d'un vague arôme de vanille. Seule la peau laisse à désirer, tant elle est coriace.
Si la consommation d'insectes a disparu des tables des hautes classes de la société occidentale, elle s'est maintenue longtemps parmi les paysans, bien que de manière marginale. Par exemple, certains vieux fromages dans lesquels se développent des asticots étaient consommés. Cette habitude s'est conservée dans le casgiu merzu, fromage de Corse du Sud.
Bien que les insectes soient généralement considérés comme des sources alimentaires de faible rendement énergétique (à cause de leur petite taille par rapport au coût énergétique de leur collecte) par rapport au gibier, leur abondance (dans les forêts tropicales, la biomasse d'insectes est quatre fois plus élevée que celle des vertébrés) et le développement de techniques de collecte de masse invitent les chercheurs à réinterpréter leur importance dans l'alimentation humaine dans la littérature archéologique et anthropologique.
Qualité Arguments nutritionnels Les insectes sont les animaux les plus abondants sur Terre. On les trouve partout dans le monde, à l'exception des régions polaires. Les insectes (principalement les chenilles) sont majoritairement constitués de protéines, composées de tous les acides aminés essentiels, et contiennent des fibres alimentaires sous la forme d'un polysaccharide appelé chitine. Ils sont pauvres en glucides et seules de rares espèces contiennent une grande quantité de masse grasse. La teneur moyenne en énergie (matière sèche) des insectes est de 460 kcal/100 gVoir l'entrée essbare Insekten.. Ainsi, ils apportent autant de protéines que les œufs, le lait ou que la viande de mammifère, d'oiseau ou de poisson. Il n'est donc pas étonnant que l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture les recommande pour leur grande valeur nutritiveArnold van Huis, Joost Van Itterbeeck, Harmke Klunder, Esther Mertens, Afton Halloran, Giulia Muir, Paul Vantomme : Edible insects: Future prospects for food and feed security.. La plupart des insectes sont comestibles..
Par contre certains insectes sont toxiques. Les Cantharides (famille des meloidae) contiennent de la cantharidine, substance provoquant des irritations et lésions parfois mortelles. D’autres insectes peuvent contenir les substances toxiques provenant des plantes qu’ils ont ingérées, en particulier des familles des Apiaceae, Fabaceae, Euphorbiaceae et Convolvulaceae. Les insectes qui injectent du venin (famille des Vespidae) sont dangereux par leurs glandes vénéneuses..
Arguments économiques Quelques spécialistes estiment que la consommation d’insectes devrait être intégrée aux programmes de développementVoir Nkouka (1987), Bani (1993 et 1995), et surtout DeFoliart (1999). Afin de lutter contre la malnutrition dans les régions tropicales et subtropicales, la FAO encourage l'élevage et la consommation d'insectes par le biais de programmes tels que Edible Insects. De plus, l'élevage d'insectes comestibles offre des possibilités économiques à la population locale car, à petite échelle, cette activité demande peu d'investissement technique. Les produits peuvent être vendus sur les marchés locaux et constituent ainsi une source importante de revenus pour les petits agriculteurs. L'Union européenne participe financièrement à ces recherches à hauteur de 4 millions d'euros..
La valorisation de cette consommation passerait par la mise en place de programmes de production de masse, sous réserve que les insectes ne concentrent pas eux-mêmes de produits toxiques pour l'humain. Dans le cas de Anaphe venata, un papillon de la famille des Notodontidae, cette production permettrait de contrebalancer la régression de son arbre hôte, Triplochiton scleroxylonVoir M.O. Ashiru (1988)..
L’occidentalisation des sociétés traditionnelles produit des effets contradictoires. Dans certains cas, les élites ne sont pas enclines à consommer des insectes, invoquant des questions de modernité. Dans d’autres cas, comme le note Silow (1976) en Zambie, le mouvement de libération nationale s’accompagne de l’appropriation de ces traditions ancestrales.
Entomophagie et qualité sanitaire Mais, comme toute source alimentaire, la consommation d’insectes doit répondre aux mêmes exigences de qualité sanitaire que d’autres produits. Ainsi, une étude d’Adamolekum (1993) montre que la consommation de chenille d’Anaphe venata pourrait avoir un lien avec le syndrome saisonnier ataxique.
Protection de la biodiversité Le lien entre l’entomophagie et la protection de la biodiversité a été soulignée par divers auteursVoir notamment Munthali et Mughogho (1992) et DeFoliart (1997).. Ainsi, au Malawi, le service responsable des parcs et réserves du pays a permis, au début des années 1990, la récolte des chenilles et l’apiculture à l’intérieur du parc national de Kasungu dans le but d’augmenter le revenu des familles, tout en contribuant à la protection de l’environnement. Alors que les chenilles deviennent presque impossibles à trouver en dehors du parc à cause de la disparition de leurs arbres hôtes, tout comme l’apiculture est devenue presque impossible à cause de la réduction du nombre de plantes hôtes, toutes les familles vivant dans le parc pratiquent l’apiculture et ont recours aux produits de la forêt.
Entomophagie et effet de serre