L’avenue de Champagne est une voie urbaine de la ville d’Épernay, dans le département français de la Marne en région Grand Est.

Connue dès le Moyen Âge sous le nom de « chemin de l’Hôpital », en dehors de la ville, la voie est transformée en route royale au . Elle est ensuite appelée « rue de la Folie » et « rue du Commerce ».

De nombreuses maisons de champagne s’y implantent, particulièrement dans la deuxième moitié du et au début du grâce à l’arrivée du chemin de fer. Malgré les destructions de la Première Guerre mondiale, l’avenue retrouve la prospérité. En 1925, elle prend son nom actuel. L’avenue est occupée pendant la Seconde Guerre mondiale. De 2006 à 2009, elle connaît une requalification d’ampleur.

L’avenue présente un patrimoine architectural et paysager important, marqué par les maisons de champagne et leurs hôtel particuliers. Deux monuments historiques s’y trouvent : l’Hôtel de ville d’Épernay et le Château Perrier.

Pour ses maisons prestigieuses et les millions de bouteilles de champagne conservées dans ses caves, l’avenue est souvent considérée comme « la plus prestigieuse voie » de la ville. Elle est inscrite sur la liste du Patrimoine mondial, au titre des Coteaux, maisons et caves de Champagne, et constitue un lieu important pour le tourisme et les manifestations locales.

Situation et accès vignette|gauche|La place de la République marque le début de l’avenue de Champagne. L’avenue de Champagne se situe à Épernay, dans la vallée de la Marne. Elle débute à la place de la République, au cœur de la ville, et part vers l’est en direction de Châlons-en-Champagne. À la sortie de la ville, elle devient la route départementale 3La route nationale 3 a été déclassé en route départementale 3, entre Épernay et Châlons-en-Champagne, dans les années 1980.. Longue de ., l’avenue est parallèle au tracé de la ligne ferroviaire Paris – Strasbourg.

Spatialement, l’avenue se démarque du centre-ville et globalement sans grande valeur architecturale, à l’ouest, grâce à la perspective urbaine en pente douce qu’elle présente, ses et ses espaces verts..

Depuis les travaux achevés en 2009, de la place de la République à la place de ChampagneÀ l’intersection avec la rue de Lorraine et la rue de Verdun., la chaussée est pavée et large de . ; les trottoirs sont larges de ou chacun. Sur cette portion, l’avenue de Champagne est longue de ., avec un dénivelé de . Des pistes cyclables ont été aménagées jusqu’à la rue Emmanuel Chabrier, en direction du quartier de Bernon.

Deux arrêts du réseau de transports urbains d’Épernay se trouvent sur l’avenue de Champagne : Hôtel de ville (lignes 1 et 4) et Alsace (lignes 1, 3 et 4)..

Odonymie Au Moyen Âge, la voie s’appelle « chemin de l’Hôpital », en raison de l’hôpital qui s’y trouve.. Au , le chemin devient la « rue de la Folie ».. Pour certains, ce nom provient des fous accueillis par ledit hôpital.. Cependant, l’hôpital en question n’accueillait que les et aurait fermé un siècle plus tôt. Il est ainsi davantage probable que ce qualificatif émane de la demeure de Claude Pupin, située dans la rue et considérée alors comme à l’extérieur de la ville.

À partir de 1744, après l’ouverture de la route royale de Paris à l’Allemagne (future route nationale 3), elle est parfois appelée « route d’Allemagne ».

À la Révolution, par décision du , la « rue de la Folie » prend le nom de « rue du Commerce ». Le quartier du « faubourg de la Folie » devient « faubourg du Commerce ».. Toutefois l’ancienne appellation survit toujours, la « rue de la Folie » figurant par exemple sur le cadastre napoléonien de 1831.

En 1837, le conseil municipal d’Épernay réaffirme l’odonyme « rue du Commerce » et écarte celui de « rue du Haut Commerce », proposé pour mettre en valeur les grands établissements viticoles de l’avenue mais risquant de froisser les commerçants du centre-ville. En même temps, le nom « faubourg de Chaalons » est retenu pour le quartier, pour donner à l’ensemble des faubourgs d’Épernay le nom de la ville où il conduit (comme les faubourgs de Sézanne, Vertus, Paris et Reims)..

Le , le conseil municipal d'Épernay décide de donner à la rue du Commerce le nom d’« avenue de Champagne »..

Historique Le développement du faubourg

Au haut Moyen Âge, il semble déjà exister de grandes propriétés aisées, en dehors de la vieille ville d’Épernay. En 1145, le comte Thibaut II de Champagne y fonde un établissement hospitalier, dit « hospice d’Orient », qui va donner son nom à la rue qui devient « le chemin de l’Hôpital ». Il se situe alors à l’angle des actuelles avenue de Champagne et rue Croix de Bussy. En 1429, l’hôpital est incendié par les Bourguignons et disparaît..

vignette|Plan de la route d'Allemagne (ouverte hors les murs d’Épernay en 1744) au .

Près de l’emplacement de l’hôpital, on trouve au le domaine de Claude Pupin, ; il donne aujourd’hui son nom à la rue Pupin, longeant l’Hôtel de Ville. L’actuelle Orangerie de Moët & Chandon est construite sur cette ancienne propriété.

Jusqu’au , le faubourg n’est qu’un chemin. Cependant, des travaux ont lieu et la route royale de Paris à l’Allemagne , achevée en 1744, dessert désormais le quartier. Puis, en 1753, la porte de Châlons qui séparait la ville du faubourg est démolie, ce qui en facilite l’accès..

vignette|gauche|Plan de la route d'Allemagne et du faubourg de la Folie au début du .

En 1793, la route est pavée en grès. Sous la Révolution, le faubourg de la Folie est renommé « faubourg du Commerce », bien que l’ancienne appellation reste la plus utilisée.

En 1841, une place circulaire est créée en bas du faubourg, en lieu et place d’un ancien terrain vague parcouru de fossés. C’est là que se tiennent le marché, deux fois par semaine, ainsi que la fête du et la foire de Sainte-Croix.. Le , la place Louis-Philippe prend le nom de place de la République, qu’elle conserve encore aujourd’hui. Elle devient la place principale de la ville et marque l’entrée de la rue du Commerce..

L’établissement progressif des maisons de Champagne vignette|Extrait du Nouveau plan d’Épernay monumental de 1895 signalant les maisons de champagne établies sur la Rue du Commerce.

Cette meilleure accessibilité va permettre le développement du quartier Ainsi, une délibération du 13 pluviôse an XIII () signale que . Les premières caves y sont en effet creusées à la fin du et les premières maisons de vins, puis maisons de champagne, s’y installent à la fin de ce même siècle. En 1842, la rue du Commerce s’arrête à la hauteur de la rue du Donjon (aujourd’hui rue Croix de Bussy) ; on y dénombre .

Le , le premier tronçon de la ligne de chemin de fer de Paris à Strasbourg, faisant étape à Épernay, est inauguré par Louis-Napoléon Bonaparte. Les voies sont situées juste en dessous du faubourg. Le réseau de voies ferrées s’étend ensuite jusqu’à Reims et Strasbourg. Le faubourg va ainsi continuer son développement, en exportant son vin de champagne plus rapidement et en plus grande sécurité.. Eugène Mercier, notamment, tire profit de l’arrivée du rail en creusant des caves dans le mont Bernon au même niveau que la voie du chemin de fer et en les raccordant à celle-ci. L’Union champenoise s’établit de la même manière, en contrebas de l’avenue, en 1889. Les exportations de champagne passent de de bouteilles en 1830 à environ à la fin du siècle..

Au cours du , les principales maisons de champagne sparnaciennes continuent donc de s’établir le long de la rue du Commerce.. C’est au milieu du siècle qu’apparaissent les premiers « châteaux » de l’avenue, notamment le Château Perrier qui est construit entre 1851 et 1854 ou encore le Château de Pékin datant de 1866. L’Hôtel Auban-Moët est bâti en 1857 par la famille Moët qui possède déjà presque la totalité du bas du faubourg..

Guerres et prospérité vignette|gauche|La place de la République et l’entrée de la rue du Commerce, sur une image non datée. Le développement de l’avenue va être contrarié par les nombreuses guerres passant par la ville. Le quartier et ses caves sont ainsi pillés par les Cosaques le . L’été suivant, ce sont les Prussiens qui saccagent la cité. Le , une colonne de Uhlans arrive à Épernay par la rue du Commerce. Ils occupent la cité jusqu’au ..

Le cimetière juif de la ville se situe, depuis 1878, à l’extrémité est de l’avenue, au lieu-dit « Croix des Bouchers ». Le faubourg est alors encore peu construit même si le recensement de 1891 indique dans le bas de la rue. Des négociants en vins mais aussi des magistrats et des brasseurs habitent la rue..

vignette|La rue du Commerce bombardée lors de la Première Guerre mondiale. En 1911, le vignoble champenois est touché par une révolte des vignerons.

À la Belle Époque, de nombreux hôtels particuliers voient le jour. Cependant, en , les caves sont à nouveau dévastées par les Allemands. En , bombes et obus détruisent la plupart des édifices de la rue du Commerce, en particulier les bâtiments de Chanoine Frères, de Maigret ou encore de Moët & Chandon. Pendant l’entre-deux guerres, Épernay retrouve sa prospérité : on reconstruit rapidement la ville. La rue est pavée jusqu’à la rue Godart-Roger en 1924.

vignette|gauche|L’Orangerie de Moët et Chandon dans les années 1920.

Durant la Seconde Guerre mondiale, la ville est occupée par les Allemands. Le Château Perrier dans l’avenue de Champagne sera successivement quartier général des armées britannique, allemande et américaine. Des dirigeants de maisons de Champagne comme Robert-Jean de Vogüé (dirigeant de Moët & Chandon) et Paul Chandon-Moët sont déportés. Après la Libération du , l’industrie du champagne va se reconstruire, à l’image de l’avenue.

La mise en valeur de l’avenue vignette|L’avenue de Champagne requalifiée, avec ses trottoirs calcaires et sa chaussée en pavés de grès. Lors des Trente Glorieuses, l’avenue devient une entrée de ville classique, ouverte à l’automobile et disposant même d’une station-service..

De 2006 à 2009, l’avenue de Champagne est requalifiée en profondeur dans le but de mettre en valeur son patrimoine architectural et d’en faire un lieu de promenade. Ainsi, la largeur de la voirie est presque divisée par deux (de à ) et un contournement routier est opéré par la rue de Verdun, jusqu’à la place de Champagne nouvellement créée.. La voirie restante est pavée de grès. Les trottoirs sont élargis et désormais ornés d’un parquet de pierres calcaires. Environ sont plantés. Le montant des travaux, sous maîtrise d’ouvrage de la ville, s’élève à près de d'euros. L’avenue rénovée est inaugurée le .

Cette rénovation s’inscrit dans la volonté des élus locaux d’obtenir le classement de l’avenue au patrimoine mondial. En effet, au début des années 2000 naît l’idée d’un classement du vignoble de Champagne au patrimoine mondial. En 2008, l’association « Paysages du Champagne » est formée pour défendre le projet et monter le dossier d’inscription des vignes, maisons et caves champenoises sur la liste de l’UNESCO. Après des années de travail, le dossier « Coteaux, maisons et caves de Champagne » est retenu par le gouvernement français en .. Le , l’Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture (UNESCO) approuve l’inscription des « Coteaux, maisons et caves de Champagne » au patrimoine mondial. Outre l’avenue de Champagne, sont concernés : les coteaux viticoles entre Hautvillers et Mareuil-sur-Ay, la colline Saint-Nicaise à Reims et le fort Chabrol à Épernay..

Bâtiments remarquables et lieux de mémoire