On appelle période thinite de l'Égypte (ou période archaïque) la période couverte par les deux (ou trois pour certains auteurs) premières dynasties ; elle est ainsi désignée parce que Manéthon leur assigne Thinis, près d'Abydos en Haute-Égypte, comme lieu d’origine. Cette période s'ouvre vers la fin du avant l'ère commune par l'unification légendaire de l'Égypte par le non moins légendaire Ménès, assimilé au roi Narmer. Elle se termine par l'avènement de Djéser ou Snéfrou (selon le placement de la ), c'est-à-dire l'âge des pyramides nommé l'Ancien Empire. C'est au cours de cette période que se mettent en place les traits qui caractériseront la civilisation égyptienne pendant plus de trois millénaires. Les évènements politiques sont cependant peu connus, ne transparaissant qu'aux travers de quelques documents archéologiques (étiquettes, vases inscrits, inscriptions rupestres, etc.), complétés par les annales fragmentaires de la stèle nommée pierre de Palerme.

Définition de la période

La période est parfois nommée « période/époque archaïque », elle est généralement qualifiée de « thinite » en français car, selon Manéthon et que semblent confirmer les découvertes archéologiques, les premières dynasties semblent originaires de Thinis, près d'Abydos en Haute-Égypte. En anglais, cette période est aussi nommée « archaic period » (soit en français, « période archaïque ») ou encore « early dynastic period » (qui peut être traduit en français par « première période dynastique »), cette dernière expression étant préférée par Toby Wilkinson pour éviter la connotation péjorative que le terme « archaic » peut prendre.

Deux définitions existent concernant cette période : selon la plupart des chercheurs, la période ne couvre que les deux premières dynasties, faisant commencer l'Ancien Empire dès le règne de Djéser, fondateur de la ; selon d'autres chercheurs, la période inclut également la car elle est la continuité des deux premières dynasties, le changement culturel étant, par certains aspects, plus prononcé lors du règne de Snéfrou, premier roi de la , c'est-à-dire l'« âge des pyramides » véritables.

Peu importe le classement de la dans la période thinite ou l'Ancien Empire, sa courte durée (environ trois quarts de siècle) et les éléments culturels qui la caractérisent font de cette dynastie une transition entre ces deux périodes.

Histoire politique

Unification du pays thumb|Palette de Narmer

Figure légendaire

Selon Hérodote, le roi au nom hellénisé Ménès aurait le premier unifié l'Égypte à partir des deux royaumes de Haute et de Basse-Égypte avec comme capitales respectives Nekhen et Bouto, puis il aurait fondé Memphis à la jonction entre les deux anciens royaumes. Ce nom de Ménès peut être reconnu dans le nom Méni inscrit en tant que premier roi égyptien dans certaines listes royales du Nouvel Empire, montrant que cette figure légendaire datait d'une époque bien antérieure à celle d'Hérodote. Il a été tenté, sans arriver à un consensus, de rapprocher la figure de Ménès des rois contemporains de la , en particulier avec Narmer et Aha qui sont tous deux attestés avec des hiéroglyphes formant le mot Men : une empreinte de sceau découverte à Abydos, sur laquelle le serekh de Narmer alterne avec le hiéroglyphe du plateau de jeu, se lisant men, et le complément phonétique n symbolisé par le hiéroglyphe de l'eau ; une étiquette en ivoire découverte dans la tombe de Neith-Hotep à Nagada et sur laquelle sont inscrits le serekh d'Aha et, à l'intérieur de ce qu'il semble être un sanctuaire, les signes se lisant Nebty Men, la mention de Nebty pourrait en faire la plus ancienne attestation de ce titre, bien que cela ne soit pas certain.

Plusieurs interprétations ont été données à ces documents : pour le premier document, une première interprétation a simplement associé le nom Men au roi Narmer, tandis qu'une autre, loin de faire l'unanimité, faisant de cette empreinte de sceau celle d'un roi et de son fils aîné, faisant ainsi de Aha et Men une seule personne ; pour le second document, une première interprétation a simplement associé le nom Men au roi Aha, tandis qu'une autre hypothèse, faisant remarquer que l'inscription Nebty Men était située à l'intérieur d'une sorte de sanctuaire, a proposé comme interprétation que l'étiquette serait une figuration de l'enterrement de Narmer par Aha. Ces différentes interprétations ne font cependant pas consensus. Toujours est-il que, selon trois scellements découverts à Abydos, les deux premiers dans la nécropole de Den, le troisième dans la nécropole de Qâ, Narmer était une figure fondatrice pour ses successeurs de la dynastie, ces trois sceaux montrant l'ordre de succession des rois, respectivement de Narmer à Ouadji/Djet et incluant Merneith (la mère de Den) pour le premier, de Narmer à Den et incluant Merneith à nouveau pour le deuxième, et de Narmer à Qâ (sans Merneith cette fois) pour le troisième.

Processus long et complexe

Si la question de l'identification de Ménès à Narmer ou Aha peut être symboliquement importante, ce n'est toutefois pas le point le plus important. L'histoire de cette unification est en effet bien plus complexe et a dû s'étaler sur plusieurs générations.

Ce qui est certain, c'est qu'existaient trois importants proto-royaumes sur le territoire égyptien : ils se situaient au cœur de la Haute-Égypte, avec comme capitales respectives Thinis, Noubet (site moderne de Nagada) et Nekhen, le proto-royaume de Noubet semblant s'effacer par la suite au profit de l'un des deux autres. Il semble par la suite que Thinis prit l'avantage sur Nekhen puis, petit à petit, sur l'ensemble du pays ainsi qu'en Basse-NubieUn proto-royaume en Basse-Nubie avec pour capitale Qustul semble avoir émergé plus ou moins parallèlement aux trois proto-royaumes de Haute-Égypte et a disparu lors de l'unification égyptienne. La culture A, indigène, semble disparaître vers cette période, où par ailleurs deux raids militaires égyptiens ont été commémorés par deux inscriptions rupestres au Gebel Sheikh Souleiman, montrant ainsi le début de la domination égyptienne sur ce territoire, domination qui continuera au cours de la (cf. )., par des moyens inconnus, mais ayant probablement inclus des moyens militaires. Si l'élite du royaume choisit les nécropoles memphites, et particulièrement Saqqarah-Nord, comme lieux d'inhumation, montrant probablement que Memphis était devenue la capitale administrative du royaume a minima dès le règne d'Aha, peut-être dès le règne d'Iry-Hor, Thinis resta une ville importante car c'est près de celle-ci, dans la nécropole d'Oumm el-Qa'ab à Abydos, que les rois de la choisirent de se faire enterrer. De plus, comme dit précédemment, la période qu'inaugure la est qualifiée de « thinite » car c'est là, selon la tradition égyptienne tardive qu'a rapportée Manéthon dans ses écrits, qu'était située la capitale à l'époque.

Iry-Hor et Ka, deux des derniers rois prédynastiques de Haute-Égypte et probables prédécesseurs immédiats de Narmer, sont attestés au Ouadi ‘Ameyra, dans le Sinaï, avec en plus la plus ancienne mention de Memphis dans l'inscription d'Iry-Hor, prouvant l'antériorité de la fondation de la capitale par rapport à la . Par ailleurs, la situation géographique des inscriptions montrent que ces deux rois du Sud devaient contrôler a minima une partie du Nord du pays, leur permettant ainsi d'accéder à la péninsule du Sinaï. On peut noter également que des documents découverts dans les tombes des rois Iry-Hor et Ka attestent de la taxation de territoire de Haute-Égypte mais aussi de Basse-Égypte, démontrant à nouveau un contrôle a minima d'une partie de la Basse-Égypte.

Concernant le moment exact de l'unification, il est possible que ce soit Narmer qui en soit l'auteur, en ayant peut-être annexé un dernier territoire qui échappait au contrôle des rois de Thinis, territoire qui était peut-être situé dans le Delta occidental, ce qui sera retenu dans le reste de l'histoire égyptienne par la place qu'a Bouto (à l'origine deux cités nommées Pé and Dep et séparées par le bras du Nil au bord duquel elles étaient situées) en tant que capitale de la Basse-Égypte, en opposition à Nekhen capitale de la Haute-Égypte, qu'on peut retrouver par exemple dans les Âmes de Pé et de Nekhen. Cependant, cela ne reste qu'une hypothèse, car, comme mentionné précédemment, il semble que ce soit Thinis qui ait pris l'avantage sur Nekhen pour la Haute-Égypte. Cette dernière annexion, réalisée par les armes, aurait été représentée sur la fameuse palette de Narmer, découverte à Nekhen en 1898, représentant Narmer portant les insignes des Haute et Basse-Égypte. S'il y a eu pendant longtemps débat pour savoir si elle commémore un événement historique ou si elle est purement symbolique, une « étiquette-année », découverte à Abydos en 1993, datant de Narmer et décrivant semble-il le même événement que la palette, attesterait qu'il s'agit bien d'un événement historique, bien que certains égyptologues émettent encore des doutes.

Mais il est tout autant possible que l'unification effective du territoire égyptien ait eu lieu bien avant Narmer, les évènements mentionnés sur la palette de Narmer et « l'étiquette-année » d'Abydos ne seraient alors que des opérations de maintien de l'ordre. En effet, comme mentionné précédemment, les rois Iry-Hor et Ka devaient contrôler a minima une partie de l'Égypte, il est possible qu'ils contrôlaient en fait l'ensemble du Delta. Ce qui aurait distingué Narmer de ses prédécesseurs ne serait alors pas la conquête totale de l'Égypte, mais la formalisation de l'idéologie royale, consacrée par des représentations codifiées du monarque sous une forme qui n'évoluera que très peu dans les trois millénaires suivants.

Pour la , la succession des souverains est considérée comme certaine. Après Narmer, la succession des sept rois suivants jusqu'à Qâ est connue avec une certaine certitude. Ces huit souverains ont, règne après règne, tenté de consolider l'unification du pays. Ils se sont tous fait enterrer près de leur capitale Thinis, dans le cimetière d'Oumm el-Qa'ab. Jusqu'à la fin de la , la tradition voulait que les plus proches parents ainsi que les serviteurs de haut rang suivent le roi dans la mort. Ils étaient enterrés dans de petites tombes latérales presque carrées, directement à côté de la tombe du roi.

La reine Merneith joue un rôle historique particulier au début du règne de son fils Den. Les sceaux en argile de la tombe de cette dame à Oumm el-Qa'ab ainsi que le complexe funéraire extraordinairement grand avec son propre quartier de culte et sa propre stèle funéraire de format royal permettent de conclure qu'elle a pris en charge et dirigé les affaires du gouvernement pour le roi Den pendant un certain temps, puisque ce dernier était probablement encore trop jeune pour la fonction de roi. En effet, le prédécesseur de Den, le roi Ouadji, a eu un règne court. Den a donc partagé le trône royal avec sa mère. Des cas similaires sont également connus pour les reines () et Hatchepsout ().

Développement du pays