L'Arabe ( , DMG : ) est une race de chevaux de selle originaire du Moyen-Orient, caractérisée par sa tête au profil concave et son port de queue relevé. L'évolution de cette race peut être retracée sur plus de grâce à des documents iconographiques et des trouvailles archéologiques. L'Arabe accompagne l'expansion de l'islam et gagne d'autres régions de culture arabe ou européenne à l'occasion de guerres ou d'échanges commerciaux. Ce cheval vit traditionnellement sous un rude climat désertique, élevé par des peuples nomades Bédouins et hébergé sous la tente familiale. Cette relation étroite forge une race proche de l'être humain, qui développe une résistance exceptionnelle à l'effort prolongé, grâce à sa sélection comme cheval de guerre. Des chevaux qualifiés d'« arabes » sont régulièrement exportés vers le sous-continent indien depuis le Moyen Âge, puis vers l'Europe depuis le . Au cours du , les haras austro-hongrois, polonais, allemands, ou encore français, organisent des expéditions d'achat. Au cours du siècle suivant, des investisseurs américains portent un intérêt marqué à cette race, au point de détenir la majorité des sujets répertoriés. Depuis la mondialisation de son élevage, l'Arabe est géré et préservé par la World Arabian Horse Organization (WAHO).
Décrit comme un petit cheval de format carré au profil concave et à l'encolure courbée, l'Arabe présente une grande variabilité morphologique et génétique en fonction de ses origines. Les éleveurs du Moyen-Orient le séparent en lignées traditionnelles, dont les plus prestigieuses, telles que Koheilan et Saklawi, descendraient des Al Khamsa, les cinq juments du prophète de l'islam. L'Arabe est aussi classé en variantes nationales, telles que l'Égyptien au profil de tête typique, le Syrien, le Persan, et ceux des pays occidentaux, dont l'Arabe polonais. Cette race entre en croisement avec de nombreux autres chevaux, son effet mélioratif constituant un dogme. En raison d'une relative consanguinité en Occident, l'Arabe est touché par six maladies d'origine génétique, dont deux mortelles.
L'Arabe est désormais réputé pour être l'une des meilleures montures en compétition d'endurance, bien que l'objectif principal de son élevage soit la tenue de concours valorisant sa beauté. Il est élevé dans plus de 80 pays sur les cinq continents en 2020, ce qui en fait la race de chevaux la plus répandue au monde. Souvent cité comme le « plus beau cheval du monde », son influence culturelle est majeure, puisqu'il inspire des récits religieux issus du Coran et des hadîths, des poésies, des œuvres d'art et des œuvres de fiction, dont la plus célèbre en Occident est L'Étalon noir.
Étymologie et terminologie
vignette|gauche|Arabe gris cabré et paré d'un harnachement traditionnel.|alt=Cheval gris costumé et dressé sur ses jambes postérieures, un homme lui donnant des ordres.
D'après l'écrivain Giacomo Giammatteo, la seule graphie juste du nom de cette race de chevaux fait appel à une initiale en majuscule, dans la mesure où elle est nommée d'après la région d'Arabie.. Néanmoins, en français, il est souvent référé au « cheval arabe » (en minuscules).
Définition du « cheval arabe » Le « cheval arabe » est difficile à définir, les civilisations islamiques connaissant diverses races de chevaux, particulièrement en Afrique du Nord. De plus, la notion de « race » reste longuement étrangère aux peuples arabes : d'après l'anthropologue Jean-Pierre Digard, la création européenne du concept de « race arabe » ne survient pas avant la fin du . Une confusion fréquente existe entre « cheval arabe » et « cheval oriental », terme pouvant inclure les autres types de chevaux connus dans le monde islamique (tels que le Barbe et le Turkoman). Le berceau du cheval dit « arabe » recoupe partiellement ceux des races turques (bien que ces dernières soient généralement élevées plus au sud) et de la race Barbe, le général Eugène Daumas se refusant à établir une :
L'expression européenne de « cheval arabe » se réfère généralement à des montures élevées sur plusieurs siècles par les Bédouins dans le désert, souvent croisées avec des chevaux persans ou maghrébins par le passéMarthe Bernus-Taylor, « Le cheval et l'art islamique » dans ., voire avec des races turques. Cette expression a été définie par des Européens et des Américains pour désigner le , alors qu'ils n'auraient pas appliqué cette logique aux chevaux de leur propre pays, par exemple pour caractériser par exemple un ou bien un . La race arabe est définie par des importateurs euro-américains de ce type de chevaux, tels que les époux Blunt, Homer Davenport et Roger Upton, ce qui aboutit à un narratif des origines et de la définition de cette race produit essentiellement par des Occidentaux.
Pureté et accent mis sur la généalogie La littérature arabophone classique opère une distinction entre le cheval « pur » (′irâb ou al‑khayl al‑ʿitāq), le cheval « commun » (al‑birdhawn), nettement dévalorisé par comparaison au précédent ; enfin le cheval issu de croisements (al‑hajīn).
vignette|upright=3|center|Cavaliers qatariens durant une reconstitution de scène de la vie bédouine, avec des chevaux arabes.|alt=Photo panoramique de deux cavaliers dans le désert.
Bien qu'il soit référé à certains sujets sous le nom de « Pur-sang arabe », la définition exacte de cette notion de « pureté » reste floue. Les chevaux décrits comme « purs » sont nommés , ou « Kocklani », et « Ox-Araber » au Danemark et en Allemagne.
vignette|Marque au fer du Pur-sang arabe en Allemagne.|upright=0.5|alt=Lettres O et X stylisées.
Les éleveurs arabes se basent sur l'attestation de témoins (hudje) pour connaître les origines. En 1949, les éleveurs allemands déclarent comme « purs » les seuls chevaux dont tous les ancêtres sont nés dans le désert, définition très restrictive. La généticienne des populations polonaise (Université de Gdańsk) estime qu'en se basant sur la continuité des généalogies, . L'agronome français Philippe Barbié de Préaudeau et l'historienne canadienne Margaret Elsinor Derry soulignent une influence de l'idéologie eugéniste, l'Arabe étant « élevé pour la perfection » à partir de la fin du .
Histoire
vignette|Reproduction d'une gravure de cavaliers Syriens menant des chevaux, tombe de Rekhmire, vers 1504-1425 av. J.-C. Les chevaux ressemblent fortement à la race Arabe : petite taille, queue portée en panache et attachée haut, morphologie fine, encolure longue et arquée, profil de tête concave.|alt=Dessin de style égyptien montrant des hommes et un cheval.
Comme tous les chevaux domestiques modernes, il provient de la lignée dite DOM2, qui a émergé dans les steppes eurasiennes vers selon une vaste étude génomique publiée dans Nature.. L'opinion populaire voit dans l'Arabe l'une des plus anciennes races de chevaux qui soient, sinon la plus ancienne :
D'après l'anthropologue Christoph Lange (université de Cologne), en 2016, . CAB International (2016) nuance cette idée populaire, des caractéristiques morphologiques particulières ayant été sélectionnées à partir du .
Origines
vignette|gauche|Dessin orientaliste d'un cheval Arabe par Carle Vernet, vers 1820.|alt=Dessin de cheval dans un paysage d'oasis, réalisé au crayon.
Deux pays, l'Arabie saoudite et le Yémen, sont les plus cités en tant que berceau d'origine de la race Arabe, mais d'autres pays du Moyen-Orient disputent ce statut, notamment l'Iran et la Syrie.. Si le développement et la sélection de l'Arabe sont intimement liés à l'expansion de l'islam, son ancienneté et son origine géographique font l'objet de nombreux et vifs débats.
Les chercheurs au CNRS Jérémie Schiettecatte et Abbès Zouache soulignent . La découverte d'une sculpture de cheval de la culture d'Al-Magar en Arabie saoudite, datée de av. J.-C., est fortement médiatisée en 2010, en tant que plus ancienne preuve de domestication du cheval et de son origine arabe.
Schiettecatte et Zouache estiment que .
Selon la littérature, l'archéologie et l'iconographie L'absence de généalogies écrites continues avant le début du empêche de retracer l'origine de l'Arabe à plus long termeDes généalogies de chevaux ont été écrites en langue arabe bien avant que ces registres européens ne soient créés, notamment par Hicham ibn al-Kalbi (737 - 819) dans ḫayl ﺧﻴﻞ (voir ), mais ces généalogies ne se prolongent pas jusqu'à nos jours.. Des sources picturales crédibles sur plus de fournissent cependant de précieux indices. Certaines traditions orales religieuses relatent son origine, en citant notamment le roi Salomon.
vignette|Relief représentant les chars de l'armée d'Horemheb, dynastie égyptienne, à Saqqarah.|alt=relief montrant deux chevaux de couleur brune devant un char, avec des hommes.
Le cheval est un animal de traction présent en Mésopotamie au , ainsi qu'en Égypte antique, vers - 1600Christian Robin et Saud Soliman Theyab, « Arabie antique : aux origines d'une passion » dans . : l'anthropologue Pita Kelekna le qualifie de « proto-Arabe »..
Les auteurs gréco-romains, entre autres Strabon, s'accordent sur son absence de l'Arabie et de la Jordanie, citant de rares importations depuis l'Égypte. La première mention écrite connue du cheval en Arabie date de 80-90, au Yémen. Selon l'archéologue et orientaliste Christian Robin, sa présence reste marginale en Arabie méridionale jusqu'au , tant selon les sources écrites que d'après l'analyse des cultes et des sépultures ; il postule une arrivée tardive du cheval dans cette région, depuis la Syrie ou l'Irak. Un reste de chevaux daté de 900 à 300 av. J.-C., retrouvé au Bahreïn, fournit l'une des plus anciennes preuves de sa présence.
Pour l'archéologue Jean-François Breton, le cheval n'a pas traversé le désert à l'Est de l'Égypte, son importation s'effectuant par bateaux le long de la mer Rouge aux , notamment vers Chabwa, dans l'Hadramaout (Yémen), dont le climat montagnard lui est plus favorable : des statuettes votives et des chevaux monumentaux y témoignent de sa présenceJean-François Breton, « Chevaux votifs et monumentaux en Arabie » dans ..
Selon les analyses génétiques Une analyse génétique matrilinéaire sur 62 chevaux américains de race « Arabe », publiée en 2000, révèle une hétéroplasmie témoignant d'origines très variées et diversifiées, remettant en cause .. Une autre analyse matrilinéaire, publiée en 2007 à partir des données génétiques de chevaux polonais, montre que quelques lignées sont mal enregistrées par l'écrit, et qu'il existe une identité génétique commune entre des chevaux issus de juments « non pures », et d'autres considérés comme « Pur-sang arabe » descendants de chevaux du désert.. En 2020, la revue Nature publie une vaste étude menée sur 378 chevaux issus de 12 pays différents : ses données . La paléogénomique suggère que des chevaux d'origine perse ont influencé cette future race Arabe avant J.-C...
Durant l'expansion de l'islam et au Moyen Âge
vignette|upright=1.2|Les archers mongols (à gauche) et les mamelouks (à droite) montés sur leurs chevaux arabes durant la bataille de Wadi al-Khazandar (1299), d'après un manuscrit anonyme des débuts du .|alt=Miniature montrant des archers à cheval poursuivant des cavaliers, les deux armées surmontées de drapeaux de couleur rouge.
Les tribus d'Arabie ne connaissent vraisemblablement pas l'étrier avant le , et montent alors des dromadaires. L'expansion de l'islam, particulièrement à partir de la seconde moitié du , coïncide avec l'usage massif du cheval comme monture par les armées musulmanes. La race Arabe est forgée par sa rude vie en zones désertiques ou semi-désertiques, élevée par des Bédouins nomades qui la répandent au fil de leurs déplacements, et l'érigent comme symbole de statut social et culturel, en parallèle d'une sélection martiale. Les juristes musulmans louent les qualités du cheval pour le djihad et la protection des frontières. Ces animaux servent aussi de cadeaux diplomatiques.