Le drapeau de la Belgique (en néerlandais : vlag van België; en allemand : Flagge Belgiens) est composé de trois bandes verticales ; noire, jaune et rouge.
Sa création remonte aux premiers jours de la révolution belge. Il est officiellement adopté le par un arrêté du Gouvernement provisoire de Belgique, avec une disposition horizontale des couleurs : le rouge en haut, le jaune au milieu et le noir en bas. La disposition verticale est actée par un arrêté du et inscrite dans l’article 193 de la Constitution belge le . Toutefois, le , le ministère de l'Intérieur suit l'instruction du département de la Marine qui préconise de placer le noir à la hampe sans faire réviser l'article 193. Depuis lors, le drapeau belge ne respecte pas la disposition officielle des couleurs, telle qu'inscrite dans la Constitution.
Les dimensions du drapeau ont été fixées à de haut pour de large, ce qui donne à l’origine la proportion des anciennes bannières, représentant les armes des armoiries de la Belgique.
Histoire Contexte
Après la période française de l'histoire de la Belgique et la fin du Premier Empire de , le congrès de Vienne acte, en 1815, la création d'un nouvel état regroupant les trois pays de l'actuel Benelux sous la couronne de la maison d'Orange-Nassau. Guillaume devient ainsi le souverain du Royaume uni des Pays-Bas et le grand-duc de Luxembourg. Mais le mariage imposé aux populations protestantes des anciennes Provinces-Unies avec celles, catholiques, des anciens Pays-Bas autrichiens et de la principauté de Liège, ne se passe pas comme prévu. Le régime « hollandais » de La Haye et la personnalité despotique du roi agacent de plus en plus la population qui demande le « redressement des griefs de la nation ».
La révolution belge finit par éclater le lors de la représentation de La Muette de Portici, donnée au théâtre de la Monnaie de Bruxelles à l’occasion du du roi. De violentes émeutes s'ensuivent et se propagent rapidement dans les autres villes des Pays-Bas méridionaux, menant à une insurrection généralisée.
Les premiers drapeaux Le drapeau français vignette|gauche|La Liberté guidant le peuple, représentant le drapeau révolutionnaire français définitivement adopté après la Deuxième Révolution française et repris comme symbole lors de la révolution belge un mois plus tard. Parmi les premiers drapeaux arborés dans les provinces belges en , on retrouve à bon nombre d'endroits le drapeau tricolore françaisAnne Morelli, La construction des symboles « patriotiques » de la Belgique, de ses régions et communautés, in Les grands mythes de l’histoire de Belgique, de Flandre et de Wallonie, Evo-histoire, Bruxelles, 1995, p.192., symbole révolutionnaire par excellence, qui vient à nouveau de remplacer le drapeau blanc du royaume de France après la Deuxième Révolution française survenue un mois plus tôt à Paris. Il est ainsi le signe de ralliement à un désir de changement de monarchie et porté en avant par les nombreux Français qui participent activement à l'insurrection de 1830 dans les Pays-Bas méridionaux, marquant le début de la révolution belge.
Le premier drapeau « bleu blanc rouge » de Bruxelles est confectionné le à partir des rideaux de l’appartement de Georges Libri-Bagnano, rédacteur en chef d’un journal orangiste Le National, qui avait été détruit par les révolutionnaires lors des émeutes de la nuit. Il est arboré au balcon de l'hôtel de ville de Bruxelles avant qu'Édouard Ducpétiaux ne le remplace par le futur drapeau belge « rouge jaune noir ». Dans la province de Liège, l'insurrection prend des proportions considérables : à Verviers, les ouvriers, chantent La MarseillaiseMarie-Thérèse Bitsche, "Histoire de la Belgique: de l’Antiquité à nos jours", 1992, p.80, forcent les portes de l’hôtel de ville et placent un drapeau français au faîte de l’édifice au grand dam des notables locaux Charles Poplimont, "La Belgique depuis mil huit cent trente (1830-1848)" , 1848, 72. À Liège, des placards sont affichés partout en ville demandant le rattachement de la Belgique à la France et des cocardes sont prêtes à être distribuéesAndré Cordewiener, "Organisations Politiques et Milieux de Presse en Regime Censitaire", 1978, p.19. On voit également apparaitre des drapeaux français à NamurHenri Pirenne, "Histoire de Belgique: De la révolution de 1830 à la guerre de 1914", 1932, p.27. Selon Surlet de Chokier, l’état d’esprit est le même dans toutes les provinces du sudEmile Huytens, Discussions du Congrès national de Belgique 1830-1831, Volume 3", p.272, 1844Journal historique et littéraire, Volume 8, p.549 et un mouvement rattachiste est particulièrement présent à certains endroits, dont à Liège et Verviers. Selon Jean Stengers, « la Belgique de 1830 est francophile avec ardeur »Jean Stengers, « Histoire du sentiment national en Belgique des origines à 1918 : Les racines de la Belgique, jusqu’à la révolution de 1830 », 2000, p.215 ; à l’inverse Jacques Logie pense que « l’adoption des couleurs françaises par les ouvriers et les sans-travail ne reflétait […] pas des sentiments francophiles, mais représentait une aspiration vers la liberté et un certain progressisme, dont les trois couleurs n’étaient que le symbole ».. Édouard Ducpétiaux raconte :
En 1830, dès le premier jour des troubles et lorsque les troupes néerlandaises étaient refoulées vers le haut de la ville, on arbore, à Bruxelles, sur plusieurs points, le drapeau tricolore français. Mais cette manifestation, due aux agents français qui essayaient alors d’entraîner la population, est répudiée par un cri unanime de réprobationJo Gérard, Oui ! La Belgique existe, je l’ai rencontrée., Éd. J.-M. Collet, Bruxelles, 1988, p. 229..
Les drapeaux locaux vignette|350px|Les volontaires liégeois arrivant à Bruxelles avec le drapeau de Liège, jaune et rouge (toile de Charles Soubre datant de 1880). Faute de drapeau « national », différents drapeaux locaux sont ressortis en guise de symbole de révolte contre le pouvoir « hollandais » et la maison d'Orange-Nassau, au fur et à mesure du développement de l'insurrection de 1830 dans les Pays-Bas méridionaux.
À Bruxelles et dans d’autres villes de la province du Brabant-Méridional, on exhibe les couleurs de l'ancien duché de Brabant, rouges jaunes et noires, déjà utilisées lors de la révolution brabançonne de 1787 qui avait conduit à l'indépendance des Pays-Bas autrichiens de la maison de Habsbourg et à la création des éphémères États belgiques unis.
À Verviers, c’est l’étendard franchimontois vert et blanc qui flotte au vent et dans toute l’ancienne principauté de Liège, de Dinant à Ciney en passant par Thuin, le drapeau jaune et rouge de l’ancien territoire est arboré. À Mons et Tournai, ce sont respectivement les drapeaux blanc et rouge avec une tour blanche qui sont arborés pour empêcher les rattachistes d’y placer un drapeau françaisHainaut d’hier et d’aujourd’hui, p.149.
Dans le Grand-duché de Luxembourg, on arbore le drapeau luxembourgeois pour remplacer les couleurs oranges de la monarchie néerlandaise, comme à Bouillon ou à Luxembourg-ville.
Apparition du drapeau belge vignette|Cocarde « rouge-jaune-noir » sur un chapeau de bourgeois. vignette|Madame Marie Abts confectionnant le premier drapeau belge, 26 août 1830, peinture à l’huile sur toile d'Emile Vermeersch, 1926.
Le premier drapeau belge est conçu à Bruxelles le par l’avocat Lucien Jottrand, rédacteur du Courrier des Pays-Bas, et le journaliste Édouard Ducpétiaux afin de remplacer le drapeau révolutionnaire français arboré au balcon de l'hôtel de ville de Bruxelles. Ceux-ci s'inspirent des cocardes « rouges-jaunes-noires », couleurs de l'ancien duché de Brabant, distribuées pour remplacer la cocarde orange, symbole de la monarchie néerlandaise. Ils disposent les couleurs à l'horizontal, avec le rouge en haut, le jaune au milieu et le noir en bas. Ducpétiaux se rend dans une mercerie au coin de la rue de la Colline et de la rue du Marché aux Herbes, tenue par François Abts, où sa femme, Marie Abts, en confectionne deux exemplaires du drapeau ainsi voulu. Le premier est placé par Ducpétiaux à l’hôtel de ville de Bruxelles où il remplace le drapeau français, alors que le second est promené dans les rues par Alexandre-Theodore Van Hulst, un employé du ministère de la Guerre, à la tête de la première compagnie de la garde bourgeoise de Bruxelles, criant : .
Lucien Jottrand raconte son expérience comme suit dans le journal Le Droit du :
L’écrivain Auguste De Wargny, contemporain des faits, décrit également la scène dans ses Esquisses historiques de la révolution de la Belgique en 1830 :
La confection du premier drapeau belge est rappelé par une plaque commémorative à l'endroit où se trouvait la mercerie Abts, ainsi que dans un célèbre tableau d'Émile Vermeersch.
Genèse du « rouge-jaune-noir » vignette|Les couleurs Duc de Brabant, ici représentées dans le carrousel de l'Ordre de la Toison d'or, au . Les couleurs rouges jaunes et noires sont d'abord arborées sous la forme de cocardes à la suite de la deuxième Révolution française de juillet 1830 et avant le déclenchement de la révolution belge par les émeutes d'août 1830 à Bruxelles, comme par exemple le dans un cabaret de Virton, une ville alors située dans le Grand-Duché de Luxembourg.
Le drapeau belge élaboré par Lucien Jottrand diffère de celui des États belgiques unis par le fait que la tricolore horizontale place le jaune au milieu et le noir en bas (le rouge restant au haut). Il existe toutefois des doutes quant aux origines des couleurs de ce premier drapeau, qui ne seraient pas inspirées de la révolution brabançonne de 1787, qui avait conduit à l'indépendance des Pays-Bas autrichiens de la maison de Habsbourg. En effet, les drapeaux utilisés lors de ces évènements étaient ornés d’armoiries, de figures religieuses ou allégoriquesRoger Harmegnies, Couleurs et drapeaux, in Le Parchemin, n°265, janvier-février 1990, p. 33 à 35.. Pas un seul drapeau à bandes « noire-jaune-rouge » n’est mentionné dans les inventaires des emblèmes pris par les Autrichiens lors de la reconquête des États belgiques unis.
Une autre légende veut que les couleurs noires jaunes et rouges symbolisent chacune une richesse de la Belgique : le noir pour le charbon de Wallonie, le jaune pour le blé de Flandre, et le rouge pour le sang des révolutionnaires versé pour la patrie, mais il s'agit là d'une légende urbaine.
Adoption progressive vignette|Drapeau belge dans sa version de la révolution de 1830 : « rouge-jaune-noir » horizontal. Ici celui du corps-franc de volontaires de Mons, venus participer aux Quatre Jours de Bruxelles. Jusqu'à la création du gouvernement provisoire de Belgique le , l’étendard orange de la monarchie néerlandaise reste l’emblème officiel en vigueur dans l'ensemble du Royaume uni des Pays-Bas, et le mot d’ordre n’est pas encore l’indépendance de la Belgique, mais plutôt la « séparation administrative » des provinces du nord et du sud, en maintenant l’union dynastiqueHelmut Gaus, "Alexandre Gendebien et l’organisation de la révolution Belge en 1830", 2007, pp.15-16Marie-Thérèse Bitsche, "Histoire de la Belgique: de l’Antiquité à nos jours", p.80. Dans cette atmosphère révolutionnaire et face aux émeutes qui s’intensifient et se propagent, des notables bruxellois, inquiets, imitent d'autres villes et créent une milice bourgeoise : la garde bourgeoise de Bruxelles. Celle-ci arbore le drapeau de Lucien Jottrand et des cocardes aux couleurs du duché de Brabant, guidée par un souci de différenciation par rapport au gouvernement et par un sentiment national « belge ». Elle popularise ainsi les couleurs « rouge-jaune-noir » et son commandant, Emmanuel d'Hooghvorst, déclare au prince d’Orange le que la garde avait adopté les couleurs brabançonnes pour contrer l’apparition çà et là des couleurs françaises et pour éloigner toute idée de rattachement à la FranceJacques Logie, , p. 65..