L’acide acétylsalicylique (AAS), plus connu sous le nom commercial d’aspirine, est un antiagrégant plaquettaire. C’est la substance active de nombreux médicaments aux propriétés antalgiques, antipyrétiques et anti-inflammatoires. Il est surtout utilisé comme antiagrégant plaquettaire. C’est un acide faible, dont la base conjuguée est l’anion acétylsalicylate. Il fait encore partie des médicaments les plus consommés au monde ( mises sur le marché, soit environ 120 milliards de comprimés), mais pour certains usages (contre la fièvre, la douleur ou les maux de têtes), il tend, en raison de ses effets secondaires potentiels (dont saignements gastro-intestinaux par exemple) à être remplacé par le paracétamol (qui lui est préféré contre la douleur et la fièvre, car présentant moins de risques d'effets secondaires gastro-intestinaux) ou l'ibuprofène (autre anti-inflammatoire non stéroïdien (AINS) aux propriétés analgésiques et anti-inflammatoires).

Étymologie L’acide acétylsalicylique est obtenu par acétylation de l’acide salicylique. Son nom vient du latin salix, « saule », cet acide ayant été isolé pour la première fois dans l’écorce de cette essence d’arbre.

L’appellation aspirine vient d’Aspirin enregistrée comme nom de marque le par la société Bayer à Berlin... Le nom de marque a été formé à partir des éléments suivants. :

Le préfixe A pour Acétyl, l'acétylation rendant ce métabolite secondaire de plantes toxique (son activité allélopathique leur sert de défense chimique contre les herbivores) moins irritant dans le tube digestif ; Le radical spir- (issu de l'allemand , « acide spirique », molécule issue de la spirée ulmaire et identique à l'acide salicyliqueLe terme d’aspirine a été forgé pour distinguer de l'acide acétylsalicylique naturel, extrait des fleurs de la reine-des-prés ou spirée ulmaire (à l'époque, le nom latin binomial de cette plante était Spiraea ulmaria), d'où le nom d'acide spirique dont la structure est équivalente à l'acide salicylique extraite de l'écorce du saule (Salix alba).) ; Le suffixe -in(e) (suffixe classique employé en chimie industrielle pour la désignation des alcaloïdes).

Le brevet américain demandé le est accordé le (US Patent ) pour une durée de validité de avec une date d'expiration le ..

Histoire upright|gauche|vignette|Saule blanc (Salix alba).

L'écorce de saule est connue au moins depuis l'Antiquité pour ses vertus curatives. On a trouvé la mention de décoctions de feuilles de saule dans un papyrus égyptien dès 1550 av. J.-C. (papyrus Ebers).. Le médecin grec Hippocrate (460-377 av. J.-C.) conseillait déjà une préparation à partir d'écorce de saule blanc pour soulager les douleurs et les fièvres... De même, le médecin et pharmacologue grec Dioscoride (25 - 90 ap. J.-C.) en conseillait l'usage pour les douleurs auriculaires, dans sa Matière médicale () au premier siècle..

En , le pasteur Edward Stone présente un mémoire devant la Royal Society of Medicine sur l'utilisation thérapeutique de décoctions de l'écorce du saule blanc contre la fièvre malarienne..

En 1824 Bartolomeo Rigatelli utilise un extrait d'écorce de saule comme agent thérapeutique, le dénommant (sel très amer antipyrétique). En 1825 le pharmacien-chimiste Francesco Fontana (1794-1867) isole l'acide salicylique des feuilles de saules et lui donne le nom de (salicine)..

En 1828, le pharmacologue allemand Johann Andreas Buchner l'extrait de l'écorce du saule (Salix alba). En , Pierre-Joseph Leroux, un pharmacien français, tente, après avoir fait bouillir de la poudre d'écorce de saule blanc dans de l'eau, de concentrer sa préparation ; il en résulte des cristaux solubles qu'il nomme salicyline (de salix)..

Puis des scientifiques allemands purifient cette substance dont un des dérivés est identifié comme la substance active et est nommé acide salicylique. Parmi les dérivés de la salicyline, d'autres médicaments de la famille des salicylacés voient le jour à cette époque. upright|gauche|vignette|Reine-des-prés (Filipendula ulmaria).

En , Carl Löwig montre que l'acide spirique, extrait de la reine-des-prés, est chimiquement identique à l'acide salicylique. À partir des extraits naturels, on isole le salicylate de sodium, qui devient alors le médicament couramment employé contre la douleur et l'inflammation. Cette préparation permet de faire tomber la fièvre et de soulager les douleurs et les rhumatismes articulaires, mais provoque de graves brûlures d'estomac. En , à partir de la salicyline, l'Italien Raffaele Piria prépare l'acide salicylique, dont il préconise l'emploi comme désinfectant de la lumière intestinale, notamment dans la fièvre typhoïde.

En , le chimiste strasbourgeois Charles Gerhardt effectue la synthèse de l'acide acétylsalicylique (en traitant le salicylate de sodium avec le chlorure d'acétyle), qu'il nomme acide acétosalicylique., et dépose un brevet. Cependant, son composé est impur et thermolabile. Le savant meurt trois ans plus tard et ses travaux tombent dans l'oubli.

En , Hermann Kolbe réussit la synthèse totale de l'acide salicylique. Ses propriétés antipyrétiques sont mises en évidence par le Suisse Carl Buss en . Utilisé largement mais surtout comme antirhumatismal dans les années 1890, il a très mauvais goût. En , Germain Sée propose le salicylate de soude comme antipyrétique. Marceli Nencki prépare à partir de un dérivé de l'acide salicylique et du phénol appelé Salol, qui, sans présenter de propriétés pharmacologiques supérieures aux médicaments alors existants, a toutefois un goût plus agréable. Ce produit fait l'objet d'un engouement populaire..

En 1878, Édouard Heckel communique à l'Académie des sciences des expériences montrant de quelle façon les acides salicylique, thymique, et certaines essences, empêchent la germination. Une goutte d'acide phénique dilué empêche toute germination des graines ainsi humectées. L'acide salicylique, quoique presque insoluble dans l'eau froide, arrête instantanément la germination quand les graines sont arrosées avec une solution contenant d'acide pour d'eau ; mais l'acide phénique ne suspend que momentanément la germination, tandis que l'acide salicylique l'empêche définitivement. Le salicylate de soude, qui est très soluble dans l'eau, a à cet égard une action aussi vive que l'acide salicylique. L'examen au microscope prouve que dans les graines ainsi traitées les cellules de l'endosperme, les grains de fécule et d'akurone, ne subissent aucune des modifications que présentent les graines soumises à la germination ordinaire. Ces substances agissent donc comme antifermentescibles, aussi bien sur ..

Felix Hoffmann, chimiste allemand ayant obtenu un doctorat en pharmacie à Munich en 1890, puis un doctorat en chimie le , entre en tant qu'assistant de laboratoire au service des laboratoires Bayer à Elberfeld (Allemagne) en . Le à Leverkusen, reprenant sous la direction d'Arthur Eichengrün les travaux antérieurs de Gerhardt, il trouve le moyen de synthétiser l'acide acétylsalicylique sous une forme stable utilisable pour des applications médicales. Il transmet ses résultats à son patron Heinrich Dreser, le responsable du département pharmaceutique et chimique chez Bayer depuis 1896.. Ce dernier teste le produit sur le cœur de grenouille, son animal de laboratoire favori, et n'obtient aucun résultat probant. Hoffmann est persuadé de l'intérêt de la molécule (il y a une légende qui indique qu'Hoffmann s'en serait servi pour soigner son père, qui souffrait de rhumatisme chronique et prenait jusque-là du salicylate de sodium, médicament antirhumatismal selon le corps médical de la Belle Époque).. Hoffmann donne le médicament à des amis médecins et dentistes, qui le testent avec succès sur leurs patients pendant deux ans : les tests révèlent un effet antalgique et moins toxique pour l'estomac que le salicylate de sodium, lorsque Hoffmann a acétylé l'acide salicylique pour produire de l'acide acétylsalicylique.

En 1898, le Dreser fait tester la substance sur un groupe de dans un hôpital de Halle (Saxe-Anhalt).

Commence alors la production industrielle du médicament de l'acide acétylsalicylique par Bayer, qui met au point une nouvelle voie de synthèse de la molécule, et observe que l'acétylation de la molécule rend celle-ci moins irritante pour le tube digestif.. Le brevet et la marque de l'aspirine sont déposés le par la société Bayer sous la dénomination d’Aspirin..

C'est le , médecin-chef interniste au , qui publie les résultats du premier essai clinique de l'aspirine en .

Initialement, lAspirin est disponible sous forme de poudre dans les pharmacies : de petits sacs en papier sont remplis de de poudre chacun et remis au patient. Dès l'année suivante, le comprimé Aspirin contenant d'acide acétylsalicylique est lancé, ce qui en fait l'une des premières préparations sous forme de comprimé au monde. La préparation arrive en France en 1908 et est commercialisée par la Société chimique des usines du Rhône.

En , le supérieur hiérarchique direct d'Hoffmann, Arthur Eichengrün, publie un article revendiquant la paternité de la découverte.. Cette revendication est ignorée par les historiens des sciences jusqu'en , date à laquelle les recherches de Walter Sneader de l'université de Strathclyde, à Glasgow, concluent que c'est bien Eichengrün qui a eu l'idée de synthétiser l'acide acétylsalicylique.. Bayer, dans un communiqué de presse, réfute cette théorie, mais la controverse reste ouverte.

Le mécanisme d'action de la molécule n'est élucidé que bien plus tard. En , John Vane et Priscilla Piper découvrent l'action inhibitrice de l'aspirine sur les prostaglandines.. Vane et les biochimistes suédois Bengt Samuelsson et Sune Karl Bergström sont récompensés par le prix Nobel de médecine en pour cette découverte. La cible précise de la molécule, la cyclooxygénase, a été isolée en ..

Ce n'est qu'en que les propriétés antiagrégantes plaquettaires de l'acide acétylsalicylique ont été mises en évidence.. La première étude clinique démontrant une efficacité dans les maladies cardiovasculaires date de ..

Le brevet Bayer Après la Première Guerre mondiale, le traité de Versailles impose que la marque et le procédé de fabrication entrent dans le domaine public dans un certain nombre de pays (France, États-Unis) mais pas dans d'autres (comme le Canada).

Après l’entrée en guerre des États-Unis contre l’Allemagne en , le Bureau d'administration des biens étrangers a saisi les biens américains de Bayer. Deux ans plus tard, le nom de la société Bayer et les marques commerciales aux États-Unis et au Canada ont été vendus aux enchères et achetés par le laboratoire pharmaceutique , devenu plus tard Sterling Winthrop, pour un montant de de dollars.

Aux États-Unis la protection de cette marque est restreinte par une décision de justice de 1921 : elle établit que « Aspirin » est devenu un terme générique dans son usage aux États-Unis, ce qui ne permet pas à Bayer d'éviter son utilisation par d'autres marques et limite la protection de sa marque. Bayer n'avait pas utilisé correctement le nom de son propre produit et avait autorisé pendant des années l'utilisation de la mention « aspirine » par d'autres fabricants sans défendre ses droits de propriété intellectuelle.. Une mention en rouge « Authentique » (), figurait sur les boîtes et apparaissait dans la publicité des comprimés d'aspirine de Bayer peu de temps après la décision de 1921..

La société Bayer n'a récupéré ses droits aux États-Unis qu'en en rachetant l'activité de vente libre de Sterling WinthropH. Lévesque et O. Lafont, L'aspirine à travers les siècles : rappel historique, La Revue de médecine interne, 2000 ; 21 Suppl. 1 : 8-17, Éditions scientifiques et médicales Elsevier, 2000, lire en ligne , .. Bayer a repris à compter de cette date les droits sur le nom et le logo de Bayer et a permis à l’entreprise de profiter à nouveau des ventes américaines de son produit le plus célèbre.