La philosophie, du grec ancien (composé de , « aimer », et de , « sagesse, savoir »)Sur l'origine du terme, voir : Anne-Marie Malingrey, Philosophia. Étude d'un groupe de mots dans la littérature grecque, des Présocratiques au après J.-C., Paris, Klincksieck, 1961., signifiant littéralement « amour du savoir » et communément « amour de la sagesse », est une démarche qui vise à la compréhension du monde et de la vie par une réflexion rationnelle et critique. C'est une recherche de la vérité qui est guidée par un questionnement sur le monde, la connaissance et l'existence humaine..

La philosophie existe depuis l'Antiquité en Occident et en Orient, à travers la figure du philosophe, non seulement en tant qu'activité rationnelle mais aussi comme mode de vie. L'histoire de la philosophie permet d'appréhender son évolution. Ancrée dès ses origines dans le débat d'idées partagées lors du dialogue entre un maître et ses disciples dans les différentes écoles philosophiques, la philosophie peut se concevoir comme une activité de création, de méditation, de définition et d'analyse de concepts tels que le bien, le mal, la beauté, la justice. Elle peut aussi être envisagée comme une quête de vérité, de liberté, de sens, de conscience ou encore de bonheur. Du point de vue de la théologie chrétienne à qui elle est associée dans sa démarche, son objectif devrait être tourné vers la contemplation de la vérité et la recherche de la finalité dernière et du sens de la vieJean-Paul II, Fides et ratio, § 47.

Chez Aristote, la sagesse est la science des premiers principes et des premières causes.. C'est une définition sur laquelle s’appuieront les aristotéliciens à l'époque médiévale pour fonder la philosophie première.

Au sens moderne et pour une partie des philosophes contemporains, la philosophie n’est pas un savoir, ni un ensemble de connaissances, mais une démarche de réflexion sur les savoirs à dispositionAndré Comte-Sponville, Dictionnaire philosophique (article sur philomag.com)..

Le champ d'étude de la philosophie peut embrasser un ensemble de disciplines telles que les sciences humaines et sociales, les sciences formelles et les sciences naturelles, auxquelles elle est historiquement liée.

La philosophie a engendré des domaines d'études fondamentaux tels la logique, l'éthique (philosophie morale), la métaphysique, et l'épistémologie (philosophie des sciences et théorie de la connaissance). Au cours du temps, ces branches de la philosophie ont vu naître des ramifications comme celles de la philosophie politique, la philosophie du droit, l'esthétique (philosophie de l'art), l’ontologie, la philosophie de l'esprit, l’anthropologie philosophique, ou la philosophie du langage, entre autres.

Étymologie Étymologiquement, le mot français philosophie dérive du grec ancien (composé de , « aimer », et de , « sagesse, savoir »), c'est-à-dire littéralement : l’amour de la sagesse ou l’amour du savoir. Selon le philosophe Roger-Pol Droit, « La philo-bonheur relève d’un totalitarisme soft et radieux », Le Matin dimanche, 15 février 2015. .

Le mot fait effectivement partie du lexique du grec ancien, où l'on trouve des usages attestés dès l'Antiquité. Il s’agit donc d’une sémantique de construction, comme pour le terme utopieR. Bödéus, "philosophía", in (dir.) Jacob, André, Encyclopédie philosophique universelle, vol. 2 : Les notions philosophiques, tome 2, Paris, PUF., néologisme couramment forgé dans la langue française.

Le nom , « philosophe », et le verbe , « cultiver la philosophie », apparaissent en quelques occurrences chez les penseurs présocratiquesALQUIÉ, F., Signification de la philosophie, Paris, 1971. Héraclite, Antiphon, Gorgias et Pythagore, mais aussi chez d'autres penseurs comme Thucydide ou Hérodote, contemporains de Socrate. En la matière, un écho d’Héraclide du Pont révélerait que le premier penseur grec à s’être qualifié lui-même de « philosophe » aurait été PythagoreHéraclide du Pont, fragment 88.. Toutefois, c'est la pratique dans les dialogues de Platon qu'en a fait Socrate, qui a ordonné le type de questionnement et de recherche sur la raison qui a constitué jusqu'à aujourd'hui la philosophieMonique Dixsaut, Le naturel philosophe. Essai sur les dialogues de Platon, ..

La philosophie est définie à plusieurs reprises par Platon comme étant en opposition avec le désir humain : « philo-nikos (amour de la victoire), et philo-sómatos (amour du corps) philo-hèdonos (amour du plaisir sensationnel) ». Pour lui, elle s'exerce plutôt dans la partie sur-humaine des êtres humains, c'est-à-dire dans une pratique intellectuelle pure, et elle est synonyme de , « désir d'apprendre ».Platon, La République, II, 376b.. Par ailleurs, elle est une tendance vers une sagesse et un savoir intangible, et en ce sens elle relève d'un désir permanent : ainsi, Socrate, lors de son procès rapporté dans l'Apologie de Socrate, affirme ne pas être sage, et également ami de la sagesseLe sage est celui qui possède la sagesse, l'ami est celui qui la désire. Platon écrit dans le Phèdre (278d) que, pour parler proprement, seul un dieu possède la sagesse.. Il aurait considéré plus tard sa condamnation à mort comme une chance ultime de séparation de son âme, qui du fait de sa constitution intellectuelle propre lui aurait permis de contempler un savoir post-mortemvoir Phédon.

Dans une optique similaire, Emmanuel Levinas écrit, dans la préface de Totalité et Infini : .

La philosophie comme mode de vie vignette|Jean-Léon Gérôme, Diogène, 1860. Portrait romantique qui représente aussi le chien, en grec , au génitif qui a donné son nom au cynisme. La philosophie s’est comprise très tôt comme une manière de vivre et non pas uniquement comme une réflexion théorique. Autrement dit, être philosophe, c’est aussi vivre et agir d’une certaine façon et non pas seulement se confronter à des questions abstraitesVoir sur ce sujet Pierre Hadot, Qu'est-ce que la philosophie ?.. L’étymologie du terme « philosophie » indique bien que le philosophe est celui qui tend vers la sagesse, qui cherche à vivre comme il le faut et plus particulièrement qui recherche le bonheur. La philosophie, entendue comme mode de vie, met l'accent sur la mise en application dans sa propre vie des résultats de la réflexion philosophique. L’idée que la philosophie est une manière de vivre a aussi pu amener certains philosophes à imaginer que, pour cette raison, ils devaient guider les autres et les aider à mener correctement leurs existences. La philosophie, d’éthique personnelle, pouvait se faire projet collectif voire politique. Ces ambitions « collectives » de la philosophie prennent différentes formes. Une véritable communauté de vie pouvait se constituer autour d'un philosophe. Ceci explique en partie la naissance dans l’Antiquité d’écoles philosophiques (autour d’Épicure, de Platon ou d’Aristote par exemple). Depuis les présocratiques et surtout à partir de Socrate, toute une tradition a défendu cette conception de la philosophie comme un mode de vie. Citons entre autres les StoïciensDe la brièveté de l'âme de Sénèque, le Manuel d'Épictète, les Pensées pour moi-même de Marc Aurèle., Platon, Aristote, Épicure, DescartesVoir la correspondance avec Élisabeth et le Livre IV du Discours de la méthode., SpinozaVoir les Livres IV et V de lÉthique., Sartre ou Russell. Mais ces derniers sont loin d’exclure l’idée que le philosophe s’intéresse à des problèmes théoriques. La « sagesse », ou plus exactement la sophia, que souhaite appréhender le philosophe est aussi un savoir et une connaissance. Le philosophe, dans la lignée de la tradition fondée par Socrate, sait comment il doit vivre ; il peut justifier ses choix et son mode de vie. Socrate par exemple, dans les dialogues socratiques de Platon, exige de ses interlocuteurs qu’ils soient à même de donner le logos de leur jugement de valeur et de leur choix, c’est-à-dire de les justifier rationnellement. Cette exigence de rationalité peut même amener à donner des fondements authentiquement scientifiques à la philosophie. Bien sûr la définition de la philosophie en tant que modus vivendi (mode de vie) ne peut prétendre être suffisante pour définir la philosophie dans son ensemble. Bien des philosophes ont compris la philosophie comme un travail intellectuel et non comme un mode de vie : c'est le cas dans le monde universitaire et de la recherche de nos jours. Il en va tout autrement, en Inde notamment. Le point de vue occidental ne peut s'appliquer aux concepts philosophiques en vigueur dans cette partie du monde, bien qu'il y eût tentative d'assimilation à l'époque romaine, en particulier avec Plotin. L'on sait que lors des conquêtes d'Alexandre le Grand (vers -325), les Grecs furent frappés par l'ascétisme hindou et le dénuement qui en résultaitE. Brehier, La philosophie de Plotin, , Éd. Vrin, .. D'où leur appellation, fausse, de « gymnosophistes » (de gumno, « nu »). Ces ascètes pratiquaient les préceptes des Upanishads. À cette confrontation d'idées philosophiques intervient l'ethnophilosophie.

Maurice Merleau-Ponty dans sa leçon inaugurale au Collège de France, intitulée Éloge à la philosophie, laisse entrevoir une conception de la philosophie comme mode de vie..

Pour Pierre Hadot, dans La philosophie comme manière de vivre. : .. .. ., ., ..

Selon Georges Politzer, la philosophie du matérialisme scientifique, en devenant dialectique, s'identifie à une pratique au quotidien.. Un des fondements de cette philosophie est la liaison étroite entre la théorie et la pratique. C'est, pour lui, ce qui sépare le matérialisme des philosophes totalement idéel (domaine de la pensée), non idéaliste autant que faire se peut, du matérialisme marxiste qui est aussi praxique (dans le but de l'action, vie privée ainsi que vies sociale et politique).

La philosophie occidentale

thumb|left|500px|Paul Gauguin, D'où venons-nous ? Qui sommes-nous ? Où allons-nous ? (1897/98).

Définition La philosophie contemporaine occidentale, issue d’une tradition multiple, se présente sous des formes variées : tradition herméneutique et postkantienne en Allemagne, philosophie analytique dans les pays anglophones et dans une grande partie de l’Europe, tradition phénoménologique en Europe continentaleSur l’opposition entre philosophie continentale et analytique voir un texte de Pascal Engel : .. Certains remettent fortement en cause la tradition philosophique et ses présupposés telle la philosophie féministe, la déconstruction de Derrida ou de Heidegger. Ces courants forment autant de pratiques différentes et d'opinions divergentes sur la nature de la philosophie, qui interdisent de donner une définition unique acceptable par tous. S'il y a aujourd'hui plusieurs traditions philosophiques, aucune ne peut prétendre résumer l'activité philosophique à elle seule, ni décrire l'activité philosophique de façon consensuelle.

Les difficultés à définir la philosophie sont en outre de nature épistémologique, car il est difficile de délimiter rigoureusement méthodes, thèmes et objets de la philosophie. Historiquement, elle a pu en effet s'inspirer d'autres disciplines (des mathématiques, voire des sciences positives). Pourtant, elle n'a jamais réussi à développer une méthode ou un ensemble de méthodes qui auraient réussi à s'imposer parmi les philosophes (comme la méthode expérimentale s'est imposée en physique et en chimie par exemple). En outre les amalgames entre la philosophie et d'autres disciplines sont favorisés par une tradition de philosophes aux intérêts très divers. Ainsi Aristote aura été aussi bien logicien, que philosophe ou naturaliste. Déterminer le philosophe par sa fonction sociale n'est donc pas aisé. La plupart des activités autrefois appartenant à la discipline sont devenues aujourd'hui autonomes (psychologie, sciences naturelles, etc.), et la part propre de la philosophie s'est réduite.