Un philosophe (du grec ancien , en latin philosophus) est une personne qui pratique la philosophie.

Au sens classique, un philosophe est une personne qui vit selon un certain mode de vie en se concentrant sur la résolution de questions existentielles relatives à la condition humaine. Au sens moderne, un est un professionnel qui enseigne la philosophie. Il peut être chercheur ou également enseignant-chercheur.

Concept Origines vignette|L'École d'Athènes de Raphaël (1511).L'origine du mot est inconnue. Au , Héraclide du Pont attribue la création du mot « philosophe » à Pythagore. Ce dernier ne se présentait pas comme un (), mais comme (). Aétius va dans le sens d'Héraclide du Pont, et écrit que Pythagore Aétius, Opinions (s.), , 3, 8, trad. du grec Jean-Paul Dumont.Les présocratiques, Paris, Gallimard, coll. Pléiade, 1988, .. Cette origine pythagoricienne a été acceptée dès l'Antiquité : Cicéron écrit par exemple, dans les Tusculanes : Cicéron, Tusculanes (45 av. J.-C.), , 3, § 8, trad. du latin Émile Bréhier ; Les Stoïciens, Paris, Gallimard, Pléiade, 1962, ..

Le terme de traduit alors une forme de modestie : le philosophe ne se considère pas comme un sage, mais comme un apprenti en sagesse, un amateur de connaissances profondes des conséquences de ses actes, de ses paroles et tend à la maîtrise de soi-même.

Platon joue un rôle important dans la popularisation du terme. S'il n'a jamais écrit de dialogue qui définisse le philosophe et la philosophie, il offre aux lecteurs le personnage de Socrate, représentant de la philosophie. Afin de faire ressortir la différence entre la philosophie et la sophistique, Platon écrit des joutes entre Socrate et des sophistes, définis comme des individus qui ne cherchent pas à faire triompher la vérité, mais un point de vue particulier. Il distingue le sage, qui ne peut qu'être une divinité et jamais un homme, de l'amoureux de la sagesse, qui lui est bien humain : (Phèdre)Platon, Phèdre, 278d.. Ainsi, le philosophe est celui qui , l'homme qui désire savoir de façon droite, l'amoureux de connaissance, le Ménon, 82 cd ; La République, , 376b.

Polysémie La désignation de philosophe est polysémique, et a varié selon les époques. Au sens antique, le philosophe est la personne qui , comme Socrate et Platon, Épicure, Lucrèce ou encore Épictète et Sénèque. Au sens moderne, le philosophe est un intellectuel qui contribue dans une ou plusieurs branches de la philosophie, telles que l'éthique, la logique, la métaphysique, la théorie sociale ou encore la philosophie politique.

Certains penseurs ou auteurs rangés au rang des « philosophes » dans les programmes scolaires ne revendiquaient pas cette étiquette ou la rejetaient explicitement, parfois au nom d'une autre discipline, par exemple Freud et Marx. D'autres considéraient leurs activités scientifiques comme philosophiques ou vice-versa, parmi lesquels Pythagore, Aristote, Avicenne, Descartes, Pascal, Leibniz ou Russell.

Gilles Deleuze et Félix Guattari, dans Qu'est-ce que la philosophie ?, définissent le philosophe comme celui qui crée des concepts. Il travaille des idées de manière rigoureuse pour engager une pensée conceptuelle et critique. Il prend ainsi appui sur les concepts légués par les autres philosophes et systèmes de pensée. À ce titre, Aristote, Descartes, Pascal, Leibniz, Spinoza, etc., sont tous philosophes.

Les frontières de la philosophe étant floues, les caractéristiques déterminantes du philosophe le sont aussi. Si Bouddha est avant tout une figure religieuse, certains écrits bouddhistes peuvent avoir une teneur philosophique importante ; on parle alors de philosophie bouddhiste.

Figures historiques Philosophes fondateurs L'histoire de la philosophie en tant que discipline retrace les origines et les causes de l'émergence de modes de pensée philosophiques dans le monde. S'il est difficile de déterminer l'identité d'un premier philosophe, plusieurs auteurs ont tracé une généalogie de la pensée philosophique depuis l'Antiquité. Pour Bertrand Russell, dans son Histoire de la philosophie occidentale, Pythagore et Thalès figurent parmi les premiers amoureux de la sagesse à avoir déployé une pensée philosophique. Rompant avec les explications purement théologiques de la cosmogonie, ils mènent une enquête sur les causes et la nature des phénomènes.

Ces philosophes sont suivis, souvent dans leur propre sillage, par des disciples directs ou indirects, tels que Parménide, Zénon d'Élée, Héraclite d'Éphèse, Anaximandre, et tous ceux désignés comme des présocratiques. Empédocle, Philolaos, Archytas, Leucippe, Anaxagore, et l'imposant Démocrite, complètent la généalogie des plus importants philosophes avant que Platon ne fasse de Socrate la figure tutélaire de la philosophie antique.

Figures majeures Les philosophes présocratiques n'ont toutefois qu'une fécondité limitée par rapport à plusieurs philosophes antiques post-socratiques, qui modèlent les canons de la philosophie et de la démarche philosophique, au moins en Occident, au Moyen-Orient et en Asie mineure. Platon, qui fonde l'Académie, enseigne et diffuse des dialogues qui assurent un enseignement didactique de la philosophie durant les millénaires qui suivent. Alfred North Whitehead a ainsi écrit que . Son disciple, Aristote, fonde le Lycée et élabore une pensée inductive, il fabrique la métaphysique, science des causes de l'être, dont l'ontologie est la science première. Il connaît également une immense postérité, notamment par le biais de la philosophie chrétienne, et est parfois appelé « prince des philosophes ».

On fait souvent débuter la modernité philosophique avec les travaux de René Descartes, qui révolutionne la philosophie en rompant avec la scolastique (philosophie médiévale), et fonde le rationalisme moderne et le cogito (le moi pensant). Emmanuel Kant est aussi considéré comme l'un des plus grands philosophes, du fait du caractère étendu et de la profondeur de ses réflexions. On peut aussi citer Georg Hegel, qui construit le dernier système total en percevant dans l'histoire le mouvement de l'être (La Raison dans l'histoire), Karl Marx qui tâche de transformer l'histoire plutôt que de la penser, Nietzsche qui annonce la mort de Dieu et de tous les systèmes, Heidegger qui revient sur l'histoire de la philosophie comme histoire de l'oubli de l'être Vgl. Friedrich Albert Lange : Geschichte des Materialismus und Kritik seiner Bedeutung in der Gegenwart. Francfort-sur-le-Main, 1974, p. 32..

Femmes philosophes Les femmes philosophes sont moins bien connues, mais présentes tout au long de l'histoire de la philosophie occidentale : Hypatie et Hipparchia sont des philosophes de l'Antiquité grecque, Élisabeth de Bohême et Mary Wollstonecraft se sont illustrées pendant la période moderne. Elles sont encore plus présentes au , avec des figures comme Simone de Beauvoir (une des fondatrices de la philosophie féministe), Simone Weil, Hannah Arendt ou G. E. M. Anscombe. Les femmes philosophes sont également présentes dans d'autres traditions philosophiques, comme Maitreyi ou Gargi Vachaknavi pour l'Inde ancienne.

Dans cette discipline, les femmes sont peu citées. De nombreuses philosophes sont très actives dans les universités : Marion Bernard, Elsa Dorlin, Aurélie Knüfer et beaucoup d'autres.

Histoire Antiquité Le philosophe fait de la philosophie une activité libre à laquelle il consacre sa vie. La philosophie suppose un certain genre de vie, ou un art de vivre. Pythagore, là aussi, intervient. Il se distingue par un genre de vie, (). Et, il distingue trois genres de vie : l'action, le gain (ou la gloire), la contemplation.

L'Antiquité a médité sur le thème de l'accord entre la pensée et la vie. Platon, dans le Lachès (188 d) parle de . Épictète, dans ses Entretiens (, 29, 55-57) y insiste :

Platon donne comme origine au philosophe l'étonnement (, « voir avec étonnement ou admiration ») : Platon, Théétète, 155 d. Ensuite, sur le , il donne le trait caractéristique, dans La République (, 376c) : il y a . Et, cette activité consiste à chercher le Vrai, le Beau, le Juste, donc des valeurs, des normes, des principes, des idéaux, par-delà les choses sensibles, cela avec une sagesse et dans une perception globale. D'une part, Platon, La République, , 475 b.. D'autre part, il parvient à une vue synoptique : il prend Platon, Phèdre, 265 d.. Finalement, Platon oppose deux modes de vie : la vie active et la vie contemplativePlaton, Gorgias, 500 c ; Théétète, 172-176 ; Le politique, 258 e., mais lui-même a mené une vie contemplative axée sur la vision du Beau ou du Bien, et une vie active marquée par la fondation de l'Académie et ses efforts pour conseiller un État juste à Syracuse.

Aristote insiste sur le désir de savoir, commun aux hommes, mais central chez le philosophe : Aristote, Métaphysique, A, 1, trad. J. Tricot, Vrin.. Plus précisément, pour AristoteAristote, Métaphysique, A, 2., le philosophe est un chercheur universel : il possède la totalité du savoir, mais seulement au niveau des principes les plus élevés (par exemple, la loi logique de non-contradiction) et des causes premières et les plus générales (par exemple, la cause motrice, la nécessité) ; profond : il pense des choses difficiles, abstraites, générales, éloignées des sens, comme l'Être ; précis ; instructif ; désintéressé : il veut savoir pour savoir, savoir ce qui est universel et nécessaire ; enfin, dominant : . Finalement, Aristote, Invitation à la philosophie (Protreptique) (366 av. J.-C. ?), trad., Paris, Fayard, coll. « Mille et Une Nuits », 2000, ..

Une révolution dans notre conception du philosophe grec a été faite par Pierre Hadot. Il a démontré que, pour les Anciens, le philosophe se signale moins par des opinions, des théories, que par un « enseignement oral » et par un « mode de vie ». Socrate veut « rendre meilleurs » les hommes ; chez Platon, ; chez Aristote Pierre Hadot, Études de philosophie ancienne, Paris, Les Belles Lettres, coll. « L'âne d'or », 1998, . Voir aussi Exercices spirituels et philosophie antique, Paris, Institut d'études augustiniennes, 1981 ; Qu'est-ce que la philosophie antique ? (1995), Paris, Gallimard, Folio..

Fin de l'Antiquité

À la fin de l'Antiquité, depuis le André-Jean Festugière, La Révélation d'Hermès Trismégiste, Les Belles Lettres, 1944, rééd. 1981, t. 1, ss., 187 ss. jusqu'à la fin du , le mot « philosophe » prend fréquemment le sens de Franz Cumont, L'Égypte des astrologues, Bruxelles, 1937, . André-Jean-Festugière, La révélation d'Hermès Trismégiste, , .. Michèle Mertens, in Les alchimistes grecs, t. .1 : Zosime de Panopolis. Mémoires authentiques, Les Belles Lettres, 1995, .. Un grand nombre de philosophes se lancent dans la théurgie (Jamblique, Proclos), la magie (Apulée), l'alchimie (Synésios, Olympiodore d'Alexandrie le Jeune)C. Lacombrade, Synésios de Cyrène, hellène et chrétien, Paris, 1951, . Mais il s'agit peut-être de deux Synésios : Synésios le Néoplatonicien (v. 370-vers 413) et Synésios l'Alchimiste. De même pour Olympiodore : Olympiodore d'Alexandrie le Jeune (vers 550) et Olympiodore l'Alchimiste (fin du ?). J. R. Martindake, The Prosopography of the Later Roman Empire, Cambridge, 1980, ., l'astrologie, la numérologie… Inversement, les mages (Nigidius Figulus, Apollonius de Tyane, Maxime d'Éphèse), les alchimistes (Bolos de Mendès, Zosime de Panopolis), les hermétistes du se disent « philosophes » ou « pythagoriciens » P. , 1995.. Hermès Trismégiste, autorité mythique des hermétistes et des alchimistes, sera appelé , ou , et Zosime de Panopolis, le premier grand alchimiste (vers 300), est appelé .

Les hermétistes prétendent représenter la vraie philosophie : (100-300), : Asclépius ( s. ; version latine), § 13, trad. André-Jean Festugière, Les Belles Lettres, 1960, , ..

Moyen Âge