Introduction à la métaphysique, dont le titre allemand est Einführung in die Metaphysik [Ga 40]ref. dans l'édition complète de l'œuvre de Martin Heidegger en allemand ; Ga : (der) Gesamtausgabe (litt. : édition complète) décrivant cette Heidegger Gesamtausgabe avec liste et numérotation complètes; facsimilé complet en all. (et multiples formats textuels océrisés) de ce »Einführung in die Metaphysik«, dans cette ed. 'Ga' -Vittorio Klostermann Verlag, GmbH Frankfurt am Main-, 1983, sur archive.org, est un livre du philosophe Martin Heidegger, publié en Allemagne en 1953, et en France en 1958, qui reprend un ancien cours donné par Heidegger sous le même titre au semestre d'été 1935 à l'Université de Fribourg-en-Brisgau. Cet ouvrage est un jalon important entre Être et Temps et l’œuvre ultérieure de Heidegger. Il marque une rupture tranchée avec les cours de Marbourg et Être et Temps de 1927. On y voit, à travers le retour aux paroles les plus anciennes de la philosophie, se constituer une nouvelle lecture de la pensée grecque, comme le montre Jean-François Courtine dans le livre collectif consacré à ce travail.
Vue d'ensemble La présente publication intervient au cours de ce que Dominique Janicaud a appelé « l'embellie des années cinquante », que constitue la seconde réception en France de la pensée du philosophe, celle qui s'ouvre avec la publication en 1957 de la Lettre sur l'humanisme, traduite par Roger Munier. Cette nouvelle œuvre (traduction de Gilbert Kahn), si Gilbert Kahn ne recule devant aucun néologisme et propose une traduction qui fait sensation par sa bizarrerie constate Dominique Janicaud Heidegger en France, Paris, Hachette Littérature, 2005, coll. "Pluriel", qu'elle soit, bouleverse l'horizon de la philosophie contemporaine, ainsi que ce que l'on avait cru comprendre jusqu'ici des propres thèses de l'auteur, à la suite dÊtre et Temps. En raison de ses innovations sémantiques, le livre contient en dernière partie un important lexique concernant toute une série de mots nouveaux que le traducteur a été amené à inventer pour rendre compte de la diversité des expressions allemandes et de l'extraordinaire nouveauté des concepts mis en jeu à cette étape du chemin de pensée du philosophe (voir Avant propos du traducteur Gilbert Kahn).
Il s'agit de penser la métaphysique à partir de son propre fondement. Servanne Jollivet, définit le projet de ce cours ainsi : faire ainsi l'épreuve de son historicité en quoi peuvent être ressaisies des possibilités oubliées.
Ce cours est, entre tous, celui qui expose le plus explicitement le passage de la question orientée sur le « sens de l'être », , qui est celle dÊtre et Temps, à celle de l' , qui sera désignée comme question de . Jean-François Courtine rappelle le souci de Heidegger de faire apparaître la continuité du mouvement de pensée qui conduit de Être et Temps de 1927 à ce cours de 1935. , écrit Jean-François Courtine.
La question de l'être L'état de la question Dans le chapitre premier, Heidegger fait un large tour d'horizon de l'état de la « question de l'être » dans la philosophie contemporaine. Simple mot selon Nietzsche, l'être ne nous est manifestement plus rien. Tout ce qui compte, c'est l'étant, la science, les résultats. Malgré toutes les velléités de résurrection de la métaphysique, la question de l'être reste recouverte. Jean Greisch en donne sommairement trois raisons : La certitude dogmatique que l'être est le concept le plus universel qui interdit toute définition par genre ou espèce, Cette indéfinissabilité signifie que l'être ne saurait être conçu à l'instar d'un étant. Enfin, ce concept serait tellement évident qu'il dispenserait une analyse plus poussée. D'ailleurs, si l'être n'est qu'au fond un concept vague et polysémique qui ne se rencontre que dans les langues indo-européennes (comme le remarque Jean Grondin), à quoi bon y attacher de l'importance ? À noter cependant que ces raisons, bien que pertinentes ne rendent pas justice à la position de Heidegger sur ce sujet, pour lequel l'« oubli de l'être » appartient stricto sensu à l'essence même de la métaphysique. Cet « oubli », si souvent évoqué par Heidegger, devient ce qui caractérise la métaphysique dès sa naissance au point d'être le destin de toute une époque.
La question dite « question de l'être », qui court tout au long de la métaphysique, signifie selon l'interprétation courante, depuis Anaximandre jusqu'à Nietzsche, questionner sur l'étant « comme tel » et non sur l'Être lui-même, c'est questionner sur l'« étantité » ; ce ne serait, selon Heidegger, qu'à partir de son propre ouvrage Être et Temps, que le « questionner » s'adresse à l'« être comme tel ».
Comme dans toute question relative à l'étant, la question, est incluse informulée dans la question directrice fondamentale comme pré-question. Le concept traditionnel de « être », au sens verbal, avec ses quatre divisions (penser, apparence, devenir, devoir), ignore le néant. Sur ce constat Heidegger invite à s'engager dans une nouvelle fondation, en revenant au point de départ grec, là où se situe l'événement fondamental de l' « être-Là » occidental (le Dasein occidental), quand l'étant se nommait encore Phusis ..
Le chapitre premier du livre ouvre sur une question insolite : , dont l'examen approfondi tout au long du chapitre, doit permettre selon Heidegger, d'atteindre le cœur de la « Métaphysique ». Questionner jusqu'au bout c'est en cela que consisterait la philosophie résume Martina Roesner.
Le saut dans la question Avec cette question, l'homme cherche à embrasser tous les « étants » quels qu'ils soientChristian Sommer précise , elle cherche le fondement de l'étant en tant qu'il est « étant », autrement dit ce qui fait l'« étantité » de l'étant. Comme le suggère Heidegger le second membre de la phrase, , précise implicitement qu'il s'agit de questionner non vers une quelconque cause, comme nous y incite toute la tradition métaphysique, mais dans une tout autre direction et dimension, celle que constitue l'étant en liaison avec son alternative propre, le « non-étant », c'est-à-dire le « néant ». Heidegger qualifie cette question alternative, de question de toutes les questions, dans la mesure où elle est implicitement co-demandée en toute question. La prise en compte du néant à titre d'alternative possible, n'est pas neutre, elle inflige à la question de l' « être », une courbure nouvelle et fondamentale, un retournement nous dit Christian Sommer.
À ce niveau de généralité, la question, le « questionner » (l'acte), mais aussi l'être humain ou Dasein qui pose la question lui-même, se trouvent concernés, ils sont eux aussi, en tant qu'étant, compris dans l'étant questionné et tombe derechef dans la même alternative (la co-appartenance de l'être et du néant) ; compris dans l'étant mais aussi en quelque sorte, détaché, au dehors, faisant faceHeidegger écrit: .. Comme le signale Heidegger . De ce fait le cours expose le questionnement métaphysique initial . Le « pourquoi » de la question métaphysique est lui aussi en tant que tel questionné. Questionner ainsi c'est pour Heidegger, philosopher. Le saut dans la question commence par se détourner de tout fondement inébranlable et certainHeidegger souligne la différence entre le questionnement philosophique et la croyance de la foi qui vise à des certitudes. C'est pourquoi ..
L'expérience faite ici donne l'apparence par laquelle l'homme abandonne toute espèce de sécurité antérieure réelle ou apparente. Courir le risque de questionner jusqu'au bout, en questionnant la question et ainsi de suite, jusqu'au vertige, quand cela se produit, quand tout vacille, est, pour Heidegger, le propre de la philosophie. Ce qui est remarquable dans la question fondamentale ainsi formulée et interprétée, c'est que l'étant est maintenu, dans la possibilité du néant. Christian Sommer signale le rapprochement qu'effectue Heidegger avec une longue tradition qui remonte à Parménide sur la nécessité de penser conjointement l'être et le néant.
Le fait que le « non-être », le néant soit une possibilité toujours présente, conduit à délaisser toute interprétation causale et à tourner le regard vers l' « événement de l'être », qui est ici l'événement même du questionnement. Cet événement prendra ultérieurement le nom de Ereignis, sommé de réfléchir sur son propre pourquoi. L'événement de cette question considérée comme essentielle est qualifié d'« historial », geschichtlichHistorial fait référence aux diverses époques de la donation de la vérité de l'être voir l'article Alètheia., , ce que la Science dite historique ne peut pas faire. Françoise Dastur, parle d'un regard « historial » parce que ce regard révèle les rapports essentiels à l'étant, transporte symboliquement le Dasein historique au lieu de sa provenance, lieu à partir duquel seulement il peut se comprendre, être compris et assumer librement sa propre histoire.
Le remarquable, dans la question fondamentale consiste en ce que l'étant est maintenu dans la possibilité du non-être, notamment en raison de la deuxième partie de la question « Pourquoi y a-t-il en général de l'étant ; plutôt que rien ? ». Il en est ainsi de tous les étants naturels ou autres, hommes ou dieux, mais tout aussi bien du "pourquoi du questionner" qui est en soi un étant. Mais aussi encore, de notre "Être-Là" questionnant, qui du fait de cette question se maintient pour ainsi dire de lui-même en suspension, à moitié étant, à moitié non-étant. Par cette espèce de flottement, il semble que la question ne porte plus sur l'étant, mais sur l'« être », dont il s'agit de savoir pourquoi l'étant comme tel est, d'où, il suit, selon Heidegger, que la question adressée directement à l'étant en abrite une autre plus originaire, une question essentielle implicite et préalable : souligne Christian Sommer.
Cette alternative, entre être et non-être, cette possibilité qui se révèle à travers la question, appartient à l'étant lui-même, elle n'est pas de notre fait, une simple curiosité psychologique, comme lorsque nous questionnons sur l'être de l'étant en tant que tel, nous questionnons implicitement au préalable vers l'être, que nous devons déjà comprendre implicitement en quelque façon en tant qu'être, sinon nous ne pourrions interroger l'être d'aucun étant précise Heidegger.
Comprendre l'être trouve ses conditions de possibilité dans l'existence même de l'homme, lequel n'entretient de rapport avec l'étant, comme il apparaît dans la question fondamentale, que sur la base d'une ouverture préalable au néant, c'est-à-dire à l'être de l'étant.
La provenance Heidegger écrit : . Dans la question, il y a la possibilité pour l'« être-Là » humain de retrouver ce qui fonde depuis toujours son rapport essentiel à l'étant comme tel en totalité et d'ouvrir ainsi, sur des possibilités et des avenirs ignorés. Pour cela il convient de répéter le commencement de notre Dasein historial afin de trouver les voies d'un autre commencement. La répétition ne consiste pas en un simple retour mais à .
En exhumant l'héritage, (ce livre) vise à frayer un chemin qui peut nous permette de comprendre ce qui nous détermine et de saisir notre tradition à la source, c'est-à-dire écrit Servanne Jollivet. Ce qui est déterminant dans la question fondamentale c'est qu'elle enveloppe au-delà de son horizon de sens son propre événement inaugural (le pourquoi du pourquoi) comme source d'autres possibilités ignorées, le retour du questionnement sur lui-même est ainsi retour à son propre commencement remarque Servanne Jollivet : ..
Si la première partie de l'ouvrage vise à montrer la puissance celée de la question à l'époque du nihilisme, la seconde partie s'attache à retrouver les traces de ce qui nous reste de relation à l'être à travers la portée linguistique et l'étymologie du mot « être ».