William Butler Yeats (prononcer /ˈjeɪts/) est un poète et dramaturge irlandais, né le à Sandymount (comté de Dublin du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande, puis d'Irlande à partir de 1922) et mort le à Roquebrune-Cap-Martin (Alpes-Maritimes, France)A Roquebrune Cap Martin près de Menton ("near Menton"), à l'hôtel Idéal Séjour : Obituary « W.B. Yeats Dead », The New York Times, 30 January 1939. Il fut enterré à Roquebrune-Cap-Martin. Son corps fut rapatrié en septembre 1948 à Drumcliff, Comté de Sligo, par la corvette (Foster, R. F. (2003), W. B. Yeats: A Life, Vol. II: The Arch-Poet 1915–1939, New York, Oxford UP, p. 656 ). Fils du peintre John Butler Yeats, il est l'un des instigateurs du renouveau de la littérature irlandaise et cofondateur, avec Lady Gregory, de l'Abbey Theatre en 1904 à Dublin. Il reçoit le prix Nobel de littérature en 1923. Yeats fut aussi un sénateur de l'État libre d'Irlande (Seanad Éireann) pendant deux mandats.
Ses premières œuvres aspiraient à une richesse romantique, ce que retrace son recueil publié en 1893 Crépuscule celtique, mais la quarantaine venant, inspiré par sa relation avec les poètes modernistes comme Ezra Pound et en lien avec son implication dans le nationalisme irlandais, il évolua vers un style moderne sans concession. Vers la fin de sa vie, il se tourne vers le langage de l'ordinaire, contre un certain élitisme contemporain, cherchant une écriture poétique qui soit « aussi directe et naturelle que la conversation ».
Biographie Jeunesse vignette|redresse|gauche|John Butler Yeats vers 1900. William Butler Yeats naît dans une famille protestante d'ascendance anglo-irlandaise. Il est le fils aîné de John Butler Yeats (1839–1922), alors avocat, et de Susan Mary, née Pollexfen (1841–1900), originaire du comté de Sligo. Quand Yeats a deux ans, sa famille s'installe à Londres, pour permettre à son père John de poursuivre sa carrière de peintre. Les enfants Yeats sont éduqués à la maison. Leur mère, nostalgique de Sligo, leur racontait des histoires et des contes de son comté d'origine, où la fratrie séjourne souvent, dans la famille maternelle.
En 1877, il entre à la Godolphin School, à Hammersmith pour quatre ans et n'y brille pas particulièrement. C'est là que s'éveille son nationalisme irlandais. Pour des raisons financières, la famille retourne à Dublin vers la fin des années 1880, d'abord dans le centre de la ville puis dans la banlieue de Howth.
En , Yeats intègre la Erasmus Smith High School de Dublin. L'atelier de son père est situé non loin et il passe une grande partie de son temps à fréquenter de nombreux artistes et écrivains de la ville. Il reste dans cette école jusqu'en .
Les influences du jeune poète C'est pendant cette période qu'il commence à écrire des poèmes et, en 1885, ses premiers poèmes, ainsi qu'un essai titré La poésie de Sir Samuel Ferguson, sont publiés dans la Dublin University Review. De 1883 à 1885, il étudie à la Metropolitan School of Art).
Contemporain de Wilde, il oscille longtemps entre le Londres décadent de la fin du et l'Irlande en pleine ébullition indépendantiste. Ses premières poésies se caractérisent par un usage marqué de symboles repris de traditions diverses (irlandaise, kabbale, catholicisme, grecque et romaine). La poésie de Yeats à cette période est largement imprégnée de mythes et de folklore irlandais mais aussi de la diction des vers pré-raphaélites. C'est Percy Bysshe Shelley qui exerce alors sur lui la plus grande influence et cela demeurera ainsi tout au long de sa vie.
Fortement influencé par le théâtre Nô, Yeats traduit par ailleurs cette influence dans son style littéraire, contrairement à Brecht chez qui cette influence est principalement théâtrale.
Ce style de jeunesse, marqué par l'imaginaire et le spirituel, laisse peu à peu la place au réel, dans le prolongement de sa rencontre avec Maud Gonne, dont l'influence sur Yeats est considérable tout au long des années.
Une rencontre déterminante : Maud Gonne vignette|redresse|Maud Gonne vers 1900. En 1889, Yeats rencontre Maud Gonne (1866-1953), une jeune héritière de vingt-trois ans qui commençait alors à se consacrer au mouvement nationaliste irlandais. Maud Gonne, admiratrice du poème The Isle of Statues, avait cherché à rencontrer son auteur. Yeats développera alors une passion immodérée pour sa beauté et ses manières franches, influence qui aura un effet déterminant et durable sur sa poésie et sa vie à venirUddin Khan, Jalal. Yeats and Maud Gonne: (Auto)biographical and Artistic Intersection. Alif: Journal of Comparative Poetics, 2002.. En 1891, Yeats propose une vie commune à Maud Gonne, mais elle refuse. Il lui adressa notamment le poème When You Are Old paru en 1893 dans The Rose, son second recueil.
Il rencontre Olivia Shakespear (1863-1938) en 1894 et a une longue aventure avec elle, jusqu'en 1897. Elle le quitte à cause de son obsession pour Maud Gonne. Il propose à nouveau à cette dernière une vie commune, par trois fois en 1899, 1900 et 1901. Elle épouse finalement en 1903 le nationaliste catholique John MacBride.
Cette même année Yeats séjourne quelque temps en Amérique.
Le Renouveau de la littérature irlandaise et l'Abbey Theatre vignette|redresse|W. B. Yeats en 1911, photographie de George Charles Beresford. En 1896, il est présenté à Isabella Augusta Gregory (Lady Gregory, 1852-1932, dramaturge) par leur ami commun Edward Martyn (1859-1923, dramaturge). Lady Gregory encourage le nationalisme de Yeats et le persuade de continuer à écrire des pièces de théâtre. Bien qu'influencé par le Symbolisme français, Yeats se concentre sur des textes d'inspiration irlandaise ; ce penchant est renforcé par l'émergence d'une nouvelle génération d'auteurs irlandais.
Il rencontre Helena Blavatsky (1831-1891) à Londres, et est membre de la Société théosophique, et Grand Maître de 1901 à 1903 de l'Hermetic Golden Dawn (1888-1905), la plus grande organisation initiatique du .
Avec Lady Gregory, Martyn et d'autres écrivains parmi lesquels J. M. Synge, Seán O'Casey, et Padraic Colum, Yeats fonde le mouvement littéraire connu sous le nom de Irish Literary Revival. Ce groupe acquiert une propriété à Dublin où ils ouvrent l'Abbey Theatre le . L'actrice-administratrice Florence Farr, amie de Yeats, aide au développement de ce théâtre. La pièce de Yeats Cathleen Ni Houlihan et celle de Lady Gregory, Spreading the News, sont données lors de la soirée d'ouverture. Yeats continue à s'occuper de ce théâtre jusqu'à sa mort, à la fois comme membre du comité de direction et comme dramaturge.
Le , quelques semaines après que la fille de Maud, Iseult Gonne, a refusé sa demande en mariage, Yeats épouse Georgie Hyde-Lees (1892-1968), adepte de l'écriture automatique. De cette union naissent deux enfants, Anne et Michael.
Consécration mondiale (prix Nobel) et dernières années vignette|redresse|gauche|Yeats en 1933. Photographe inconnu, Bibliothèque du Congrès.
William Butler Yeats reçoit le prix Nobel de littérature en 1923. Le comité Nobel qualifie alors son œuvre de « poésie toujours inspirée, dont la forme hautement artistique exprime l'esprit d'une nation entière ».
Durant les dernières années de sa vie, à partir de 1935, il entretient une abondante correspondance avec (1889-1956), duchesse de Wellington qui fut l’amante d’une lady, d’une journaliste et côtoya Virginia Woolf (1882-1941). Publiées pour la première fois en français par les éditions La Coopérative en 2018, ces Lettres sur la poésie donnent de nombreux détails sur la vision littéraire et la vie de l'écrivain, au cours des quatre années précédant sa mort.
Yeats, au soir de sa vie, se tient à distance tant de la religion que de la politique pour se consacrer essentiellement à sa poésie : il « renoue avec les traditions les plus populaires de la poésie de langue anglaise et écrit de nombreuses ballades, dont plusieurs font aujourd’hui partie du patrimoine littéraire non seulement irlandais mais aussi anglo-saxon ». Sa volonté est claire, ainsi exprimée à sa correspondante : « J’ai retrouvé la capacité d’émouvoir l’homme du peuple que j’avais dans ma jeunesse. Les poèmes que je peux écrire maintenant feront partie de la mémoire collective. »
Il se concentre par ailleurs sur l'édition de son anthologie de la poésie de langue anglaise de son temps, entreprise qui suscite enthousiasme et mécontentement, Yeats n'hésitant pas à laisser de côté certains poètes anglophones importants, notamment ceux qu'il appelle « poètes de la guerre » tels que Wilfred Owen et Rupert Brooke. Yeats lui-même se réjouit du débat que provoquent ses choix, ainsi qu'il l'écrit à Dorothy Wellesley : « Il est agréable de savoir que la poésie peut provoquer de telles frénésies ».
Mort
Yeats, sachant sa mort proche et la vanité de tout hommage, écrit dans l’un de ses derniers poèmes intitulé Au pied de Ben Bulben, dans lequel il demande à reposer au pied d'une colline qui surplombe Drumcliff.
W. B. Yeats meurt à Roquebrune-Cap-Martin le . Il est tout d'abord enterré dans le cimetière du village, avant que ses restes soient transportés en 1948 dans le cimetière de l'église protestante de Drumcliff, dans le comté de Sligo en Irlande.
Sa pierre tombale porte les trois derniers vers du poème précédemment cité :
Influences Les influences que subit Yeats sont multiples : d'abord imprégné du symbolisme de Maeterlinck, son écriture, d'un nationalisme patriotique aigu (Cathleen Ni Houlihan ; 1902), tantôt fantaisiste (La Terre du Désir et du Cœur; 1894), tantôt dramatique, est ensuite altérée par Axël, la célèbre pièce de Villiers de L'Isle-Adam, pièce qui fera émerger dans l'esprit de Yeats, d'une part, d'un point de vue spirituel ce qu'il qualifiera de « War of Orther », lutte de l'esprit et de la matière, et d'autre part, d'un point de vue esthétique, l'expressivité fondamentale et puissante du symbolisme, esthétique qu'il exprimera notamment à travers sa pièce Les Ombres sur la Mer (1894-1897). Tout en restant essentiellement nationaliste, sa thématique perd de son patriotisme laissant place à un renouvellement de sa technique à travers l'expressivité rituelle du théâtre dont Yeats avait toujours été convaincu, rituel qu'il trouve au Japon, dans le théâtre traditionnel Nô. C'est sous cette influence qu'il écrit le cycle de Curchulain.
Œuvres vignette| The Secret Rose, 1897, couverture dessinée par Althea Gyles.
The Wanderings of Oisin and Other Poems, 1889 Les Errances d'Oisin, trad. Jacqueline Genet, François Xavier Jaujard et Jean-Yves Masson, Éditions Verdier, 2003 • John Sherman, roman, 1891, trad. et préface de Jean-Yves Masson, Éditions La Coopérative, 2022, 144 p., The Countess Cathleen, théâtre, 1892 La Comtesse Catherine, théâtre, trad. Jacqueline Genet 1997, Éditions de L'Arche, 2003 • The Celtic Twilight, 1893 Crépuscule celtique, trad. Jacqueline Genet The Land of Heart's Desire, ill. de Pamela Colman Smith, 1894 Le Pays du désir du cœur, ou La Terre du désir du cœur The Secret Rose, 1897 Les Histoires de la rose secrète Crossways La Croisée des chemins The Rose La Rose William Blake and his illustrations to the Divine Comedy, The Savoy, juillet, août et William Blake et ses illustrations pour la Divine Comédie The Wind Among the Reeds, 1899 Le Vent parmi les roseaux ou Le Vent dans les roseaux, trad. André Pieyre de Mandiargues, eaux-fortes de Miro, O. L. V., 1972. The Shadowy Waters, 1900 Des ombres sur les eaux Cathleen Ní Houlihan, 1902 Catherine à Houlihan, trad. Jacqueline Genet On Baile's Strand, théâtre, 1903 Sur le rivage de Baile, théâtre, trad. Jacqueline Genet, publiée dans le recueil Dix pièces, Éditions de L'Arche, 2000 • The Hour glass, théâtre, 1903 Le Sablier, théâtre, trad. Jacqueline Genet, publiée dans le recueil Dix pièces, Éditions de L'Arche, 2000 • The Only Jealousy of Emer, théâtre