Sadi Carnot, né le à Limoges (Haute-Vienne) et mort assassiné le à Lyon (Rhône), est un homme d'État français, président de la République du à sa mort.

Respectivement fils et petit-fils des hommes politiques Hippolyte et Lazare Carnot, il effectue ses études supérieures à l’École polytechnique et à l’École nationale des ponts et chaussées (dont il sort major de promotion), puis devient ingénieur en Haute-Savoie.

Engagé en politique à partir de 1871 comme républicain modéré, il est député de la Côte-d'Or, préfet de la Seine-Inférieure, sous-secrétaire d'État puis ministre des Travaux publics et ministre des Finances. Il est également vice-président de la Chambre des députés et président de la commission du Budget.

À la fin de l’année 1887, à la suite de la démission du président Jules Grévy en raison du scandale des décorations, l’Assemblée nationale le place en tête du premier tour de l’élection présidentielle anticipée avec 36 % des suffrages, devant Jules Ferry, dont la candidature divise les parlementaires républicains. Au second tour, après le retrait de ce dernier, Sadi Carnot est élu face au général Saussier avec 74 % des voix.

Le président Carnot est rapidement confronté à une forte remise en cause des institutions républicaines avec la montée de l’antiparlementarisme, les succès électoraux du boulangisme et les attentats anarchistes, alors que se poursuit l’instabilité ministérielle et qu’éclate le scandale de Panama. Son mandat est également marqué par le centenaire de la Révolution française et l'Exposition universelle de Paris. En politique étrangère, il favorise la signature de l’alliance franco-russe avec l’empereur .

À quelques mois de la fin de sa présidence, alors qu’ont été votées des lois contre l’anarchisme et qu’il a refusé la grâce à plusieurs figures de ce mouvement (Ravachol, Vaillant, Henry), Sadi Carnot est mortellement poignardé par l’anarchiste italien Sante Geronimo Caserio au cours d’un déplacement officiel à Lyon, à l’âge de 56 ans. À l’issue de funérailles nationales à Notre-Dame de Paris, il est inhumé au Panthéon.

Origines et début de carrière Famille

Né le à Limoges, rue Neuve-Sainte-Valérie (actuelle rue du Général-Cérez). Marie François Sadi Carnot est le fils aîné d’Hippolyte Carnot (1801-1888) et de Claire Dupont (1816-1897), mariés depuis au moment de sa naissance.. Par son père, il appartient à la famille Carnot, une lignée bourgeoise d’origine bourguignonne.

vignette|gauche|90px|alt=|Blason de la famille Carnot.

Exilé avec ses parents sous la Restauration et un temps figure du saint-simonisme, Hippolyte Carnot est alors rentier, vivant des biens reçus de sa mère et de la fortune de son épouse. Il est par la suite député républicain de la Seine durant la monarchie de Juillet, ministre de l’Instruction publique et des Cultes aux débuts de la Deuxième République, avant de perdre en influence dans les années 1860 et d’être élu sénateur inamovible sous la Troisième République.

Cependant, il est fréquent qu’il soit désigné par tous ses prénoms (le futur chef de l’État signe d’ailleurs « M F S Carnot »), le distinguant de son oncle Sadi Carnot, physicien célèbre qui posa notamment les bases de la thermodynamique. Les deux hommes doivent leur troisième prénom à leur père et grand-père régicide Lazare, grand admirateur du poète persan Saadi.

La famille paternelle de Sadi Carnot, initialement composée de petits notables vivant à Épertully (Saône-et-Loire) puis à Nolay (Côte-d'Or), gagne véritablement en importance à partir de la Révolution française, avec Lazare Carnot : surnommé le « Grand Carnot » ou l’« organisateur de la Victoire », celui-ci vote l’exécution de , puis appartient au Comité de salut public et préside la Convention nationale sous la Terreur, avant d’exercer la fonction de directeur, d’être deux fois ministre de Napoléon et de mourir en exil sous ..

La représentation graphique suivante présente succinctement les principaux membres de la famille Carnot aux :

Du fait de cette parenté et de la profession de Sadi Carnot, la consécration d’une « république des ingénieurs » est évoquée par Robert Germinet et Patrick Harismendy avec son élection à la présidence du pays.. Alphonse Barbou, l'un de ses biographes, écrit qu’..

De son côté originaire de la Charente et de la Haute-Vienne, la famille maternelle de Sadi Carnot possède une demeure à Limoges, où naît le futur président. Sa mère, Claire, est la fille de Marie-Thérèse Nieaud (1781-1866) et du colonel François Dupont-Savignat (1769-1845), inspecteur général des haras et frère du général Pierre Dupont de l'Étang. La famille possède une propriété (appelée « château de Savignac ») à Grenord, hameau de la commune charentaise de Chabanais..

Sadi Carnot a un frère cadet, Adolphe Carnot, chimiste et géologue, également engagé en politique (il sera à l’origine de l’Alliance démocratique, l’un des principaux partis centristes puis de droite sous la Troisième République).

Formation Baptisé en l'église de Grenord (Charente), Sadi Carnot grandit au domicile de ses parents, au à Paris. Pendant ses vacances scolaires, il se rend au château de Savignac de ses grands-parents maternels et voyage en province ainsi qu’à l’étranger, un privilège pour l’époque.

Avec son frère, il est élevé dans un milieu républicain et patriote, où son grand-père paternel Lazare est présenté comme un modèle à suivre, tant sur le plan scientifique que politique. Les deux enfants reçoivent de leur père une éducation centrée sur la littérature et la philosophie des , tandis qu’un précepteur est chargé de leur dispenser des cours de latin, grec ancien et italien. En parallèle, craignant de voir les biens familiaux confisqués par les autorités du Second Empire, qui le considèrent avec méfiance, Hippolyte Carnot apprend des métiers manuels à ses enfants.

vignette|redresse|alt=|Sadi Carnot en tenue de polytechnicien à la fin des .

À partir de la sixième, Sadi Carnot est scolarisé au très réputé lycée impérial Bonaparte (futur lycée Condorcet), où il choisit la filière littéraire, qui est alors la plus prisée de la bourgeoisie parisienne. Plusieurs fois récompensé au concours général, particulièrement doué en grec, il obtient un baccalauréat ès lettres en 1854, puis l’année suivante, grâce notamment à des cours particuliers, un baccalauréat ès sciences..

Renonçant à son projet initial d’effectuer des études supérieures en droit, Sadi Carnot opte pour l'École polytechnique. Pour se préparer aux épreuves d’admission de la prestigieuse école d’ingénieur, il passe plus d’une année à travailler les matières scientifiques, dans lesquelles il n’a pas de facilités, exception faite des mathématiques. Au concours d’entrée d’, il termine cinquième sur 592 candidats (dont 120 reçus), devant ses anciens camarades du lycée Bonaparte.

Au printemps 1858, il tombe sévèrement malade en raison d'une fièvre typhoïde ou d’une hépatite. Manquant de peu de lui coûter la vie, sa maladie le conduit à suspendre ses études, l’empêchant de passer ses examens de fin d’année. En , sur proposition du jury de classement, le ministère de la Guerre l’autorise à doubler sa première année. Sadi Carnot se retrouve dès lors dans la classe de son frère, une situation inédite dans l'histoire de l’établissement.

À l’issue de ses trois années à Polytechnique, en 1860, Sadi Carnot finit septième sur les 91 étudiants de sa promotion et se voit offrir un poste dans les services publics. Pénalisé par ses notes en mécanique et physique, il n’obtient cependant pas un classement suffisant pour le corps des mines, contrairement à son frère. Il intègre alors l'École nationale des ponts et chaussées, alors considérée comme incontournable au milieu d'un siècle où les besoins d’équipements de la France sont en pleine expansion.

Aux Ponts et Chaussées, Sadi Carnot entre major de promotion, le reste durant les trois années de sa scolarité et l’est également à sa sortie.. Ses résultats sont exceptionnels dans l'histoire de l’école, notamment grâce à sa maîtrise des mathématiques et du graphisme : sur les 23 concours organisés durant ses études, il est ainsi primé à 22 reprises. Il effectue sa mission de 1861 auprès de l’ingénieur en chef des Bouches-du-Rhône, celle de 1862 au service du port de Boulogne-sur-Mer et enfin celle de 1863 (qui se prolonge jusqu’en 1864) au très convoité secrétariat du conseil général des ponts et chaussées.

Carrière d'ingénieur Après deux baccalauréats, une période de préparation aux épreuves d’admission à Polytechnique, trois ans au sein de cette dernière puis trois années aux Ponts et Chaussées (quatre en incluant sa mission au conseil général), Sadi Carnot commence sa carrière professionnelle à 27 ans, un âge très avancé pour l’époque.

gauche|vignette|alt=|Pont franchissant le Rhône dont Sadi Carnot est le concepteur.

En , il devient ingénieur des ponts et chaussées de la Haute-Savoie, un territoire annexé à la France quatre ans plus tôt, essentiellement rural et aux infrastructures peu développées. À ses débuts, il se consacre principalement à la construction et à l’entretien des réseaux routier et ferroviaire ainsi qu’aux travaux publics, portant sur trois ans une série de travaux s’élevant à quelque de francs.

Il conduit en 1868 les études du chemin de fer Annecy-Annemasse, qui suscite de vifs désaccords entre ses différentes parties prenantes. S’appuyant sur un réseau d’anciens saint-simoniens comme son père, Sadi Carnot impose ses vues face à l’ingénieur de la compagnie PLM de Chambéry, défenseur des positions genevoises..

Sadi Carnot est le concepteur du pont de Collonges, réclamé par les communes de Haute-Savoie et du pays de Gex riveraines du Rhône. Franchissant ce fleuve entre les départements de l'Ain et de la Haute-Savoie, ce pont possède une arche de d’ouverture. Terminé en 1874 et ouvert à la circulation l’année suivante, l’ouvrage est primé à l’Exposition universelle de 1878 pour sa conception innovante et par la suite rebaptisé pont Carnot..

Devenu ingénieur ordinaire de première classe puis ingénieur en chef de la Haute-Savoie, Sadi Carnot conçoit et fait construire vers 1874 le système de régulation de la sortie des eaux du lac d'Annecy : prouesse technique et architecturale pour l’époque, ces installations, communément appelées « vannes du Thiou », sont un moyen de remonter le niveau du lac () de afin d'assurer aux usines un débit constant toute l'année ; à eux seuls, ces permettent d'assurer seize jours de débit à l'étiage (/s).

Personnalité vignette|redresse|alt=|Portrait de Sadi Carnot par Théobald Chartran (1894).

Sadi Carnot est issu d’une famille renommée, avec une lignée paternelle comptant nombre de scientifiques et hommes politiques républicains engagés durant des périodes agitées de l'histoire de France. Les origines de Sadi Carnot ont pu à la fois le servir et le desservir : d'un côté, elles lui ont permis de bénéficier d’un nom prestigieux ainsi que de ressources culturelles et économiques dans une société encore très inégalitaire ; d'un autre côté, elles ont été utilisées par des opposants politiques pour le présenter comme un héritier sans réel mérite (en particulier lors de son accession à la présidence de la République) ou l’associer aux opinions fluctuantes de son grand-père Lazare..

La maladie qu'il contracte durant ses études à Polytechnique (typhoïde ou hépatite) lui laisse des séquelles, notamment un teint pâle et de fortes migraines.. En 1889, Charles Rémond dresse de lui le portrait suivant :

vignette|redresse|Visite du président Carnot à Pierre II, empereur du Brésil (Le Monde Illustré, ).

Comme son grand-père Lazare et surtout son père Hippolyte, qui a été un saint-simonien influent en 1827-1831, Sadi Carnot s'intéresse à la question sociale, ce qui constitue une originalité au sein des républicains modérés de cette époque.