John George Diefenbaker, né le à , comté de Grey (Ontario), et mort le à Ottawa, est un avocat et homme d'État canadien. Il est le premier ministre du Canada du au et le seul du Parti progressiste-conservateur (PC) entre 1935 et 1979.
Il est né dans le Sud-Ouest de l'Ontario en 1895. En 1903, sa famille s'installa dans la portion des Territoires du Nord-Ouest qui devint la province de la Saskatchewan en 1905. Il grandit dans la province et s'intéressa à la politique dès son enfance. Il participa brièvement à la Première Guerre mondiale avant de devenir avocat. Il se présenta sans succès à plusieurs élections tout au long des années 1920 et 1930 jusqu'à devenir député de la Saskatchewan à la Chambre des communes en 1940.
À la Chambre, Diefenbaker chercha à plusieurs reprises à devenir chef du PC ; lorsqu'il y parvint en 1956, il le resta pendant onze ans. En 1957, il mena le parti à sa première victoire électorale en et un an plus tard, il organisa une élection anticipée, qui lui offrit une très large majorité. Diefenbaker nomma la première femme, Ellen Fairclough, à un poste ministériel et le premier Autochtone, James Gladstone, au Sénat. Au cours de ses six années au poste de premier ministre, l'administration Diefenbaker adopta la déclaration canadienne des droits et accorda le droit de vote aux Amérindiens. En politique étrangère, Diefenbaker adopta une ligne dure contre l'apartheid en Union d'Afrique du Sud qui aida à son exclusion du Commonwealth of Nations mais l'annulation du programme Avro CF-105 Arrow et son indécision sur le déploiement de missiles CIM-10 Bomarc américains entraîna la chute de son gouvernement.
Les luttes internes au sein du parti furent apaisées par les succès électoraux de Diefenbaker mais émergèrent à nouveau après la perte du pouvoir en 1963. Ses opposants forcèrent l'organisation d'une élection interne en 1967, et Diefenbaker fut battu par Robert Stanfield. Il resta député jusqu'à sa mort en 1979.
Biographie Jeunesse John Diefenbaker est né le à , dans le comté de Grey (Ontario). Son père, William Thomas Diefenbaker, était le fils d'immigrants allemands tandis que sa mère, Mary Diefenbaker, était d'ascendance écossaise. La famille déménagea souvent en Ontario durant les premières années de John. William Diefenbaker était un enseignant passionné par l'histoire et la politique et il chercha à transmettre cette passion à ses élèves. Il y parvint remarquablement bien car sur les de son école près de Toronto en 1903, quatre, dont son fils John, devinrent députés conservateurs durant la du Canada de 1940.
La famille Diefenbaker partit dans l'Ouest en 1903, William Diefenbaker ayant accepté un poste près de Fort Carlton, alors aux Territoires du Nord-Ouest (aujourd'hui en Saskatchewan). En 1906, William reçut de terres inexploitées près de Borden en Saskatchewan. En , la famille Diefenbaker s'installa à Saskatoon, lieu de l'Université de la Saskatchewan. William et Mary Diefenbaker considéraient que John et son frère Elmer pourraient plus facilement faire des études supérieures à Saskatoon.
John Diefenbaker s'intéressait à la politique dès son plus jeune âge et dit à sa mère à l'âge de huit ou neuf ans qu'il serait un jour premier ministre. Elle lui répondit que cela était impossible pour un enfant vivant dans les Prairies canadiennes, mais elle vécut assez longtemps pour voir cette affirmation se révéler fausse. Le premier contact de John avec la politique arriva en 1910 lorsqu'il vendit un journal au premier ministre Wilfrid Laurier alors que ce dernier était venu poser la première pierre de l'université de la Saskatchewan. L'actuel et le futur premier ministre discutèrent et durant son discours dans l'après-midi, Laurier cita le jeune garçon qui avait mis un terme à leur conversation en disant .
vignette|upright|Diefenbaker durant ses études de droit en 1919 Après avoir été diplômé de son école secondaire de Saskatoon en 1912, Diefenbaker entra à l'université de la Saskatchewan. Il obtint son baccalauréat en 1915 et sa maîtrise l'année suivante.
Diefenbaker devint lieutenant du canadien en et en septembre, il rejoignit un groupe de officiers envoyés au Royaume-Uni pour s'entraîner. Diefenbaker nota dans ses mémoires qu'il avait été heurté par une pelle et que sa blessure entraîna son renvoi au Canada. Néanmoins, son dossier médical militaire n'indique aucune blessure de ce type et son biographe, Denis Smith, suppose qu'il y avait une cause psychosomatique.
Après avoir quitté l'armée en 1917, Diefenbaker rentra en Saskatchewan, où il reprit ses études de droit. Il fut diplômé en 1919 et devint le premier étudiant à obtenir les trois grades universitaires de l'université de la Saskatchewan. Il fut admis au barreau le et ouvrit un petit cabinet d'avocat dans le village de Wakaw (Saskatchewan) le lendemain.
Avocat et candidat (1919-1940) Séjour à Wakaw (1919-1924) 250px|vignette|alt=Une petite cabane en bois peinte en blanc avec un panneau indiquant « J.G. Diefenbaker Law Office 1919-1925|gauche|Recréation du premier bureau de Diefenbaker à Wakaw en Saskatchewan Même si la population de Wakaw n'était que de , la ville se trouvait au cœur d'une zone densément peuplée et avait son propre tribunal provincial. Elle se trouvait également à proximité de Saskatoon, de Prince Albert et de Humboldt, où siégeait la Cour du banc du roi de la Saskatchewan. Les habitants de la région étaient essentiellement des immigrants, et Diefenbaker les considérait particulièrement procéduriers. Les résidents étaient cependant loyaux envers l'avocat qui se trouvait déjà dans la ville et refusèrent initialement de louer un bureau à Diefenbaker. Le nouvel avocat fut donc obligé de louer un terrain libre et d'y construire une cabane en bois de deux pièces.
Diefenbaker rallia le soutien des locaux grâce à ses succès ; dans sa première année, il participa à 62 jurys criminels et remporta approximativement la moitié des affaires. À la fin de 1928, il fut élu au conseil municipal pour un mandat de trois ans.
Diefenbaker passait souvent les week-ends chez ses parents à Saskatoon. Il commença à faire la cour à Olive Freeman, la fille d'un pasteur chrétien baptiste mais en 1921, sa famille et elle s’installèrent à Brandon au Manitoba et les deux se perdirent de vue pendant près de . Il courtisa ensuite Beth Newell, une caissière de Saskatoon, et ils se fiancèrent en 1922. Newell fut cependant diagnostiquée de la tuberculose l'année suivante, et Diefenbaker arrêta de la fréquenter ; elle mourut en 1924. Diefenbaker était atteint d'hémorragies internes et il a sans doute eu peur d'avoir contracté la maladie. À la fin de l'année 1923, il fut opéré pour un ulcère gastroduodénal à la Mayo Clinic mais sa santé resta fragile pendant plusieurs années.
Après quatre ans à Wakaw, Diefenbaker était devenu tellement influent sur la scène judiciaire locale que l'autre avocat quitta la ville. Le , Diefenbaker déménagea à Prince Albert et laissa un partenaire avec la charge du bureau de Wakaw.
Débuts en politique (1924-1929) Depuis 1905, lorsque la Saskatchewan a rejoint la fédération canadienne, la province était dominée par le Parti libéral qui maintenait une machine politique très efficace. Diefenbaker aimait dire, à la fin de sa vie, que la seule protection offerte à un conservateur dans la province était donnée par les lois réglementant la chasse.
Le père de Diefenbaker, William, était un libéral mais John rejoignit le Parti conservateur. Le libre-échange était populaire dans l'Ouest canadien, mais Diefenbaker fut convaincu par les idées conservatrices selon lesquelles le libre-échange rendraient le Canada économiquement dépendant des États-Unis. Il garda cependant pas ses opinions politiques pour lui. Diefenbaker écrivit dans ses mémoires qu'en 1921, il avait été élu secrétaire de l'association libérale de Wakaw alors qu'il se trouvait à Saskatoon. À son retour, il découvrit les documents de l'association sur son bureau. Ies retourna rapidement au président de l'association. Diefenbaker avança égaiement qu'on lui avait dit que s'il devenait un candidat du Parti libéral, .
250px|vignette|alt=Tract électoral avec la photographie de Diefenbaker sur un bulletin de vote demandant son élection face à Mackenzie King. Ses cheveux sont courts et coiffés en arrière et il porte une veste et une cravate.|gauche|Tract pour la campagne de Diefenbaker en septembre 1926 Diefenbaker ne déclara publiquement qu'il était conservateur qu'en 1925, l'année des élections fédérale et provinciale. Le journaliste et historien Peter Charles Newman, dans son grand succès de librairie sur les années Diefenbaker, suggéra que ce choix était plus pragmatique que politique puisque Diefenbaker avait peu de chance de battre les politiciens libéraux établis et de remporter le soutien des libéraux pour la Chambre des communes ou l'Assemblée législative de la Saskatchewan. L'élection générale saskatchewanaise de 1925 se déroula au début du mois de juin, et les libéraux affirmèrent plus tard que Diefenbaker avait fait campagne pour leur parti. Ce dernier fit cependant un discours devant le comité conservateur le , et il fut ensuite choisi le comme le candidat du parti pour la circonscription de Prince Albert, dont le précédent candidat avait fait moins de 10 %. La campagne qui suivit fut féroce, et Diefenbaker fut qualifié de « Hun » du fait du surnom donné aux Allemands. Lors de l'élection générale du , il arriva troisième, derrière les candidats libéral et progressiste, avec moins de 10 % des voix.
Le vainqueur, Charles McDonald, ne conserva cependant pas son siège très longtemps puisqu'il démissionna pour laisser la place au premier ministre William Lyon Mackenzie King qui venait d'être battu dans son district de York-Nord en Ontario. Les conservateurs ne présentèrent aucun candidat contre Mackenzie King au cours de l'élection partielle du , et il gagna facilement. Même si les conservateurs arrivèrent en tête lors de l'élection de 1925, Mackenzie King resta premier ministre avec le soutien tacite des progressistes. Il conserva son poste pendant plusieurs mois avant de démissionner lorsque le gouverneur général Julian Byng refusa d'autoriser une dissolution du parlement. Le chef du Parti conservateur, Arthur Meighen, devint premier ministre, mais il fut immédiatement battu à la Chambre des communes, et Byng autorisa finalement une dissolution parlementaire. Diefenbaker fut choisi par le Parti conservateur pour affronter Mackenzie King lors de l'élection de 1926, l'une des rares confrontations entre deux premiers ministres canadiens. Mackenzie King remporta facilement le suffrage et redevint premier ministre.
Candidat perpétuel (1929-1940) 150px|vignette|alt=Portrait de Diefenbaker avec sa robe de magistrat|Diefenbaker avec sa robe de conseiller de la Reine en 1929 Diefenbaker fit campagne pour l'Assemblée législative de la Saskatchewan mais fut battu lors de l'élection provinciale de 1929. Les conservateurs de la province parvinrent cependant à former un gouvernement de coalition avec l'aide de petits partis. En tant que candidat conservateur battu pour la circonscription de Prince Albert, il fut nommé conseiller du roi. Trois semaines après sa défaite, il épousa Edna Brower, une enseignante de Saskatoon.
Diefenbaker choisit de ne pas se présenter à la Chambre des communes lors de l'élection fédérale de 1930 en citant des raisons de santé. Les conservateurs remportèrent la majorité au Parlement et le chef du parti, Richard Bedford Bennett devint premier ministre. Diefenbaker poursuivit une carrière juridique de haut niveau et en 1933, il fit campagne pour la mairie de Prince Albert. Il fut battu par sur bulletins enregistrés.