vignette|droite|280px|Dans la mythologie, le roi Œdipe, fils de Laïos et de Jocaste, a tué son père et enfreint sans le savoir l'interdit de l'inceste en épousant sa mère. En tant que fils et époux de la reine Jocaste, il est ainsi le père et le frère de ses enfants : Antigone, Polynice, Étéocle, Ismène. Œdipe et Antigone, tableau de Charles Jalabert, huile sur toile, 1842, musée des Beaux-Arts de Marseille..
L’inceste est un rapport sexuel entre apparentés, très généralement un viol ou une agression sexuelle imposés par des individus détenant une autorité familiale à des individus plus jeunes. Il fait l'objet d'interdits variables selon les époques, les pays, la nature des liens de parenté, l'âge, et les lois en vigueur. Ce peut être une relation entre membres d'une même famille dont le degré de parenté ou d'alliance interdit le mariage civil ou religieux. L'existence d'incestes , une très nette minorité, a toujours été controversée.
En dépit des prohibitions théoriques, les victimes d'inceste, généralement des filles, sont nombreuses dans toutes les sociétés, les agresseurs étant dans une grande majorité des pères de famille ou frères aînés. Les incestes commis par des mères sur leurs fils sont notoirement difficiles à repérer et sous-estimés, mais entraînent les mêmes souffrances chez les victimes. Ces souffrances, peu visibles au moment de l'acte, le deviennent surtout à l'âge adulte, à travers des tentatives de suicide et conduites addictives.
L'inceste fait l'objet de nombreuses représentations culturelles qui correspondent rarement à sa réalité, en le romantisant ou bien en représentant l'enfant comme un tentateur.
Étymologie et définition Étymologie Le mot inceste vient du latin incestum : souillure, à rapprocher de incesto : rendre impurDictionnaire Gaffiot, latin-français, 1934, .. Cette étymologie rappelle que l'interdit social est accompagné d'une forte répression culturelle qui fait de l'inceste un tabou. Il en ressort un principe implicite que l'on retrouve dans le langage courant puisque le terme peut aussi être employé de manière métaphorique pour décrire une relation mal venue entre deux entités très proches (par exemple deux entreprises). Le mot tabou, vient de Polynésie où le concept de tapu ou tabu, désigne la transgression de ce qui est sacré. Durant l’antiquité romaine, c’est la notion de nefas qui renvoie à ce qui est « indicible » ou contraire à l’ordre divin et peut renvoyer à des crimes d'inceste..
En grec ancien il n’existait pas de mot qui désigne l’inceste comme interdit mais un champ lexical varié pouvait s’y référer. Les mots ánomos (illicite), aselgeia (débauche/immoralité sexuelle), aischyne (honte), permettaient d’énoncer les sexualités jugées prohibées, comme l’inceste, lorsqu’il était commis sur un citoyen de droit..
Définition Entre le XVIIᵉ et le XXᵉ siècle, la définition juridique et sociale de l’inceste passe d’un crime religieux, fondé sur l’interdit biblique, à un crime moral contre l’ordre familial au XIXᵉ, puis au XXᵉ siècle à un crime de violence marqué par la reconnaissance de l’abus et de l’exploitation, surtout envers les mineurs.. Aujourd’hui, le droit pénal français et les connaissances en psychotrauma reconnaissent l’inceste comme une violence sexuelle intra-familiale, caractérisée par l’abus d’autorité et ses conséquences durables sur la santé mentale des victimes. L’objectif central de cette reconnaissance est la protection de l’enfant et la prise en charge du trauma...
L'inceste qualifie les « Inceste » par le Centre national des ressources textuelles et lexicale., entre parent et enfant, entre enfants d'une fratrie (y compris demi-frère et demi-sœur), entre grand-parent et petit-enfant, entre oncle ou tante et neveu ou nièce, ou entre cousins...
La définition fournie par l'anthropologue Dorothée Dussy insiste sur la notion de .
Autrement défini, l'inceste désigne une relation sexuelle lorsqu’elle a lieu dans le cadre d'une parenté qui interdit le mariage, ce qui peut alors impliquer les filiations par alliance ou l'adoption.
Le code pénal français qualifie d'incestueux les viols et les agressions sexuelles lorsqu'ils sont commis par un ascendant, un frère, une sœur, un oncle, une tante, un neveu ou une nièce, le conjoint, le concubin d'une des personnes mentionnées précédemment ou le partenaire lié par un pacte civil de solidarité avec l'une des personnes mentionnées précédemment, s'il a sur la victime une autorité de droit ou de fait. En tant que concept juridique, la consanguinité est utilisée dans les lois sur l'héritage et dans les codes régissant quelles unions matrimoniales sont autorisées et lesquelles sont considérées comme incestueuses.
L'inceste est défini par une norme sociale fondamentale relative à la famille mais dont l'application formelle dépend de l'autorité à laquelle on se réfère : la culture, les coutumes et les bonnes mœurs ; la religion, relative à chacune et qui émane des textes de référence ; le droit et la légalité qui sont alors relatifs au lieu géographique, pays ou État, dans le cadre duquel les lois s'appliquent.
Ces différentes formalisations ne sont pas nécessairement concordantes puisque les religions ne définissent pas systématiquement tout ce qui tient de l'inceste, pas plus que le droit. Par exemple en droit français, c'est l'abus sexuel sur mineur qui était pris en compte, aggravé lorsqu’il s'agit d'une Article 227-27 du code pénal : .
S’il n’existe aucune forme d’autorité de fait ou de droit, il n’y a donc pas d’infraction. Sur le site jurisamination.fr., mais indépendamment des liens de parentés jusqu'à une nouvelle loi de 2016L'inceste redéfinit. Point sur la légalité française par l'AIVI (Association internationale des victimes d'inceste)..
À l'échelle individuelle, l'inceste est étudié en psychologie selon de multiples approches, allant de la recherche de cause de pathologie psychique comme l'a fait Sigmund Freud dans sa théorie de la séduction en 1896, jusqu'à la conceptualisation d'un mécanisme incestuel qui Article résumant le principe : « L'Incestuel », Empan, vol. 2 , 2006, (rep. 23-24). comme le formalise Paul-Claude RacamierNotamment dans Paul-Claude Racamier, L'Inceste et l'Incestuel, Collège de Psychanalyse, 1995 ..
Claude Lévi-Strauss a théorisé l'existence d'une prohibition de l'inceste dans toutes les sociétés connuesD'après l'encyclopédie Universalis : . : cette norme sociale serait pour l'anthropologie un sujet majeur au point de fonder la culture et structurer les sociétésClaude Lévi-Strauss, Les Structures élémentaires de la parenté, 1948..
Dans la postface, Adam Kuper propose une discussion sur le mariage entre cousins dans l'Angleterre victorienne, qui est développée dans son livre Inceste et Influence. Dans l'Angleterre victorienne, des doutes commençaient déjà à émerger dans l'esprit de personnes telles que Charles Darwin concernant la limite à établir entre consanguinité et inceste, et sur les risques biologiques potentiels liés au mariage entre cousins...
Formes et fréquences d'inceste Formes d'inceste Il existe deux grandes catégories d'inceste : des incestes non-consentis, très généralement dans lesquels un adulte abuse d'un enfant (formant la très grande majorité des cas d'inceste), et une minorité d'incestes décrits comme consentis, voire revendiqués..
Aubry et Lopez distinguent trois formes d'inceste subies par les enfants : la première correspondant au qualificatif de viol ; la seconde correspondant au qualificatif d'agression sexuelle ; une troisième moins connue, le maternage pathologique.
Raimbault, Ayoun et Massardier proposent une autre classification, en fonction du sexe et de la position de l'agresseur dans la famille. Ils distinguent ainsi l'inceste père-fille (le plus fréquent), fille-père, mère-fils, fils-mère (le plus rare), père-fils et mère-fille.
Il existe une riche littérature scientifique à propos des hommes incesteurs, mais avec un biais important du fait que la majorité d'entre eux échappent à la justice, ces études étant menées sur des hommes incarcérés. Le sadisme est très minoritaire, la grande majorité des hommes incesteurs (80 %) se limitant aux attouchements sexuels sur leurs victimes. L'anthropologue Dorothée Dussy souligne aussi la spécificité des perceptions et des jugements mobilisés par les hommes pour justifier leurs agressions sexuelles, en prêtant des intentions erronées à leurs victimes et en minimisant la portée de leurs actes incestueux, ce qui leur permet de .
Une typologie des femmes agresseuses sexuelles a été établie par Mathews en 1989. Ils identifient quatre catégories : l'agresseuse-amante ou teacher-lover, qui abuse d'enfants pubères et d'adolescents en disant en être amoureuse ; l'agresseuse ayant eu de grosses carences et victimisations durant son enfance, qui reproduit l'abus dont elle a été victime, avec un niveau de violence potentiellement élevé ; l'agresseuse contrainte par son partenaire ; l'agresseuse accompagnée par un homme faisant partie ou non de son milieu familial.
Incestes père-fille D'après Jean-Jacques Geoffroy, les incestes père-fille constituent la grande majorité des cas d'incestes traités parmi les affaires judiciaires, soit environ 95 %. C'est aussi ce que note l'historienne Fabienne Giuliani, l'examen des archives françaises du révélant une prédominance d'incestes père-fille avec l'aînée de la fratrie, présentée comme une épouse de substitution. Dans la littérature médiévale, l'inceste père-fille est présenté comme un acte de luxure plutôt qu'un crime, et la fille est présentée comme consentante, voire comme participante active..
Une fille victime d'inceste par son père ou son frère est rarement bien défendue, ne serait-ce que du fait qu'aucun mythe (tel celui de l'Œdipe) n'existe pour la protéger, mais aussi car l'histoire du genre féminin s'est construite sur la base d'une soumission à l'autorité masculine, favorisant la réduction de ces victimes au silence.
D'après Patrick Alvin, les incestes père-fille (de même que si l'agresseur est le grand-père ou l'oncle) suivent un scénario-type : la victime a de l'affection pour son père, mais ce dernier met en place un jeu séducteur ou une menace, auxquels l'enfant répond, incrédule et .. La victime tombe ensuite sous l'emprise affective du père qui, de séducteur, devient intrusif puis violeur au moment de la puberté. Les transgressions du tabou de l'inceste s'effectuent lorsque la fille est seule avec son père, sans témoins. Cela assimile l'inceste à un secret de famille partagé entre la victime et l'agresseur. Le père multiplie ensuite les formes de mensonge, de menace et de chantage afin de préserver ce secret, créant un sentiment de honte, de complicité et de culpabilité partagée chez sa victime.
Incestes mère-fils et maternage pathologique D'après différents auteurs, la clinique montre que l'inceste d'une mère sur un fils est beaucoup plus fréquent que sa forme inverse (celle où un fils séduit sa mère), mais aussi que cette fréquence est largement sous-estimée dans l'opinion publique. Plusieurs explications à cette sous-estimation sont avancées, dont la croyance selon laquelle la victime ne puisse être qu'une fille agressée par son père, l'habitude de réduire l'inceste aux relations sexuelles génitales imposées, l'idéalisation de la fonction maternelle et la résistance sociétale à reconnaître les manifestations sexuelles et les conduites agressives émanant de femmes. Dussy souligne aussi un manque d'études relatives aux femmes auteurs d'abus sexuels sur enfants, la proportion de garçons abusés par leur mère montant statistiquement jusqu'à 24 %. Dans un ouvrage de la journaliste Anne Poiret, L'Ultime tabou, il est question de cet inceste mère-fils à travers des récits vécus de souffrance, ces traumatismes restant à vie d'après ces témoignages.