Rives & Eaux du Sud-Ouest (Rives & Eaux), anciennement la Compagnie d’Aménagement des Coteaux de Gascogne (CACG), est une société anonyme d'économie mixte, située à Tarbes (Hautes-Pyrénées). Créée en 1959 à l’initiative de l'État, elle avait à l'origine pour mission d’entretenir les cours d’eau de Gascogne tout en favorisant le développement agricole et économique local. Aujourd'hui, son champ d'action s'est élargi au « partage durable de l'eau » (qui est aussi désormais son slogan). Elle est recapitalisée en 2023 et prend son nom actuel en 2024, symbolisant un virage vers la gestion durable de l’eau et la transition écologique.

Rives & Eaux gère l’eau dans le sud-ouest de la France à travers quelques centaines d’ouvrages hydrauliques, principalement des stations de pompage, mais aussi , alimentant de rivières, et de cultures irriguées. Elle promeut aussi la sobriété hydrique, l’agroécologie et les énergies renouvelables. Son principal ouvrage est le canal de la Neste, qui permet de transporter l'eau à travers cinq départements et alimente dix-sept rivières. Cette eau sert également aux exploitations agricoles et aux habitants. Elle assure aussi la gestion de retenues de substitution destinées à stocker l’eau hivernale pour l’irrigation estivale. Dans les années 2010, elle est au centre d'importantes contestations, notamment autour du barrage de Sivens. Détenue majoritairement par les collectivités d’Occitanie et de Nouvelle-Aquitaine, elle emploie environ 245 salariés.

Histoire Création de la Compagnie d’Aménagement des Coteaux de Gascogne

Avant la création de la CACG en 1959, sa prédécesseure, la Société pour l’Aménagement des Coteaux de Gascogne, est fondée en 1957. Ce premier organisme est chargé de vulgariser les méthodes d’irrigation et de culture, notamment au travers de la ferme de la Mirandette, qui comprend des champs de démonstration. Cette activité est liée au fait que la région est régulièrement marquée par de longues périodes de sécheresse estivale et est composée de sols souvent imperméables, rendant l'agriculture difficile. Cette société devait également participer à l'exploitation, à l'entretien et à l'amélioration du réseau de canaux déjà construit. Elle s'est rapidement transformée en la Compagnie d’Aménagement des Coteaux de Gascogne (CACG), société d'économie mixte initiée par l'État. Conçue sur le modèle de la Compagnie d’Aménagement du Bas-Rhône-Languedoc, son capital initial de est fourni par les départements et les chambres d'agriculture de la région, ainsi que par la Caisse des dépôts et consignations.

Ses attributions sont élargies à l'entretien des berges et cours d'eau d'une petite partie du bassin Adour-Garonne, qui correspond à la région historique de la Gascogne, s'étendant entre Bordeaux, Toulouse et les Pyrénées. Historiquement, les de rivières qui la composent appartenaient au domaine privé et devaient être entretenues par les riverains, en échange de droits de pêche et d'irrigation. Faute de main d'œuvre et de moyens, cet entretien n'est plus assuré à l'époque et le réseau hydrographique retourne peu à peu à l'état sauvage, faisant courir des risques d'asphyxie des cours d'eau et d'inondations en cas de crue.

L'État intervient en lançant des chantiers de travaux publics, mais il apparaît vite que ceux-ci sont inadaptés et génèrent de lourdes conséquences écologiques. C'est en partie pour remédier à ce problème que naît la CACG, mandatée pour restaurer les berges en préservant la faune et la flore locales. Son rôle ne se limite néanmoins pas à l'aménagement, puisqu'elle a aussi pour objectif de favoriser le développement économique et de limiter l'exode rural, dans une région très tournée vers l'agriculture. Elle s'implique ainsi dans le lancement de projets publics comme privés. C'est pourquoi elle investit particulièrement dans l'irrigation et dans la modernisation des outils agricoles, notamment dans le maïs hybride, inventé à peu près à la même période par l’Institut national de recherche pour l’agriculture.

Concession du canal de la Neste

En 1990 paraît un décret de concession d’exécution des travaux de restauration et de modernisation du canal de la Neste à la Compagnie d'Aménagement des Coteaux de Gascogne. Ce canal, achevé en 1862, est à l'origine un ouvrage d'État exploité par le ministère de l'Agriculture. Il alimente en eau les rivières gasconnes qui naissent sur le plateau de Lannemezan. S'il est d'abord destiné à faciliter la navigation et le fonctionnement des moulins, il est aussi utilisé, à partir de 1886, pour l'irrigation. Il sert également à soutenir l'étiage, soit le débit minimal d'un cours d'eau, afin d'éviter que le lit des rivières s'assèche totalement en période estivale.

Le canal de la Neste devient le principal ouvrage hydraulique à la charge de la CACG, pour une durée de cinquante ans renouvelables. Elle reprend notamment les travaux d’étanchéisation du canal, de sécurisation de la zone karstifiée d’Hèches et de modernisation de la gestion de l’eau. Le montant des travaux, évalué à , est cofinancé par l’État, les régions et les départements, ainsi que par l’agence financière du bassin Adour-Garonne. Débutés en 1988, soit deux ans avant la concession à la CACG, les travaux prennent officiellement fin en 1999. Une nouvelle phase de modernisation des installations du système hydraulique de la Neste, incluant le canal de la Neste, est prévue pour la période 2023-2030 dans le cadre d'un plan d'investissement suite à l'augmentation de capital de l'entreprise en 2023.

Période de contestation dans les années 2010

Dans les années 2010, certains projets de la Compagnie d’Aménagement des Coteaux de Gascogne font l'objet d'une forte contestation, elle-même bénéficiant d'une grande couverture médiatique. C'est notamment le cas du barrage de Sivens, projet de barrage devant permettre de stocker d'eau pour l'irrigation, que les critiques, soutenues par un rapport d'experts indépendants, considèrent comme disproportionné et ne devant servir qu'à quelques agriculteurs. Par ailleurs, le Canard enchaîné relève que le conseil d'administration est composé très majoritairement d'élus des conseils généraux et régionaux de Nouvelle-Aquitaine et d'Occitanie, ce qui est susceptible de constituer un conflit d'intérêts, les mêmes personnes « ayant l'idée d'un projet, en étudient la faisabilité, le votent et en possèdent la maîtrise d'ouvrage » à travers des structures différentes. Le projet est finalement abandonné en 2015.

L’entreprise est condamnée en 2016 à une amende de pour non-respect des débits minimaux de la rivière Gimone, à la suite d’une plainte de l’Office national de l'eau et des milieux aquatiques et de France Nature Environnement, association de protection de l'environnement. Elle fait appel de cette décision, contestant la légalité des infractions relevées. L'infraction est néanmoins confirmée en appel en 2018 et en cassation en 2019. Une autre condamnation pour des faits similaires s'ajoute en 2019 pour la rivière Midour, située dans le département du Gers. La CACG est de nouveau condamnée par le Tribunal correctionnel de Montauban le à une nouvelle amende de pour le même motif pour la rivière Gimone. Elle gagne en appel et est relaxée en , décision confirmée par la Cour de cassation en .

Changement de nom et recentrage des activités

En 2021, Willy Luis devient directeur général de la CACG. Deux ans après, la Compagnie d’Aménagement des Coteaux de Gascogne est recapitalisée par ses actionnaires, les collectivités locales du sud-ouest, à hauteur de 24 millions d'euros. Elle passe ainsi de 2 millions à 26,3 millions d'euros de capital, l'argent récolté devant lui permettre d'entretenir un patrimoine estimé à 800 millions d'euros. Il doit aussi permettre d'investir dans de nouveaux projets dans la perspective du recentrage de son activité qui intervient trois ans plus tard. En 2023, année d'arrivée à sa présidence de Jean-Louis Cazaubon, vice-président socialiste de la région Occitanie, elle réalise 38 millions d'euros de chiffre d'affaires, dont 4,7 millions d'euros à l'international, pour 9,3 millions d'euros d'investissements.

La Compagnie d’Aménagement des Coteaux de Gascogne devient Rives & Eaux du Sud-Ouest en 2024. Ce changement de nom a pour but d'incarner un recentrage de son activité vers un et l'accompagnement des collectivités territoriales dans leur transition écologique. Il s'accompagne d'un plan d'investissement de jusqu'en 2033 en faveur de la transition énergétique locale et de l'adaptation au changement climatique. Ce plan devient nécessaire, alors qu'il est, par exemple, attendu une baisse de 30 à 40 % du débit des cours d'eau sur la bassin de la Charente d'ici 2050. Il consiste principalement en la modernisation des infrastructures gérées par l'entreprise, en particulier le système hydraulique Neste, un vaste réseau de rivières, lacs et rigoles qui achemine l'eau des Pyrénées grâce à sa connexion au canal de la Neste, son principal ouvrage hydraulique. Un tiers du budget doit également être consacré à la production d’énergies renouvelables, hydroélectrique et photovoltaïque.

Activités

Rives & Eaux du Sud-Ouest est chargée de la gestion de l'eau et de l'exploitation des ouvrages hydrauliques dans une partie du sud-ouest de la France, en particulier d'une centaine d'ouvrages hydrauliques et retenues d'eau permettant d'alimenter de rivières, soit 500 millions de mètres cubes d’eau au total. L'entreprise gère ainsi, en 2023, environ 80 barrages dans le cadre de concessions de service public. Elle alimente en eau , plusieurs industries comme l’usine Arkema de Lannemezan et de cultures irriguées. L'alimentation en eau des cultures est son activité historique et Rives & Eaux entretient depuis sa création des relations étroites avec le monde agricole, dont elle doit assurer le bon développement, via l'aménagement territorial.

Depuis les années 2020, Rives & Eaux a également pour mandat de favoriser le développement durable. Elle se doit ainsi de favoriser la sobriété dans la consommation d'eau, notamment en exploitant par exemple la ferme expérimentale de la Mirandette orientée vers l'agroécologie. Elle travaille également à la régénération des espaces naturels comme les zones humides. Elle investit dans le développement des énergies renouvelables. Elle prévoit ainsi à terme de générer 70 gigawattheures d'électricité par an, soit l’équivalent de la consommation d'environ . Rives & Eaux du Sud-Ouest a réalisé en 2023 environ 12 % de son chiffre d'affaires à l'international, soit 4,7 millions d'euros sur 38 millions.

Canal de la Neste vignette|400px|Prise d'alimentation de la rivière Gers sur le canal de la Neste, à Lannemezan dans les Hautes-Pyrénées.

Le canal de la Neste est un canal des Pyrénées et l'ouvrage le plus important géré par Rives & Eaux du Sud-Ouest. Il alimente les usagers en eau dans cinq départements : les Hautes-Pyrénées, le Gers, la Haute-Garonne, le Lot-et-Garonne et le Tarn-et-Garonne. Construit entre 1848 et 1862 et mis en service en 1863, il a alors pour objectif principal de fournir un accès à l'eau aux exploitations agricoles de la Gascogne, naturellement coupées des eaux des Pyrénées, et ainsi participer au développement de la filière. Il sert également à alimenter les foyers en eau potable et soutenir l'étiage, c'est-à-dire de maintenir le débit minimal des cours d'eau pendant les périodes de sécheresse forte et prolongée.

Rives & Eaux du Sud-Ouest en assure la gestion depuis 1990, date à laquelle elle lui a été transmise par le ministère de l'Agriculture dans le cadre d'une concession de service public. Aujourd'hui, 70 % du débit du canal sert au soutien à l'étiage de dix-sept rivières, les 30 % restants allant à l'agriculture, l'industrie et les particuliers. Sont ainsi desservis dix-sept rivières pour éviter leur assèchement, plusieurs dizaines de milliers d'hectares de terres agricoles pour l'irrigation et pour leur consommation.

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