Nicaise ElleboodeLes matricules de l'université de Louvain donnent aussi l'orthographe Helbault. ou Nicasius (van) Ellebo(o)de (en latin Nicasius Ellebodius Casletanus) est un enseignant, médecin, philosophe, philologue, traducteur, conseiller, collectionneur et poète flamand du , né à Cassel (actuellement en France, alors ville du comté de Flandre), en 1535, mort à Pozsony (Bratislava, alors ville de Hongrie), le 4 juin 1577Antal L. I. Sivirsky, « Nicasius Ellebodius van Kassel, kanunnik van Esztergom », De Franse Nederlanden / Les Pays-Bas français, 1976, .. Les chercheurs contemporains le considèrent comme l'un des plus éminents philologues grecs de son siècle.. En effet, dans les dernières années, de nombreuses contributions élogieuses ont été écrites dans la littérature professionnelle internationale et hongroise. Il est notamment particulièrement remarquable dans l'émendation, l'explication et la traduction latine de divers textes dont ceux d'Aristote et d'Aristophane. Il a également parcouru l’Europe (France, Belgique [comté de Flandre], Italie [États de l’Église], Espagne, Slovaquie, Hongrie). À ce titre, il a relié les extrémités des possessions de la maison de Habsbourg. En plus d'Erasmus et de Justus Lipsius, il est important de mentionner Ellebaudt en tant que figure importante des relations entre les Pays-Bas espagnols et la Hongrie à l'heure de l’humanisme. Bien que ces trois personnages ont joué un rôle important dans la vie spirituelle du bassin des Carpates, seul Ellebaudt vivait et travaillait géographiquement en Hongrie.
Biographie
Naissance et jeunesse Ellebaudt est né à Cassel en 1535. Il est le fils de Hector Elleboode et de Jacqueline Feuts. La famille Elleboode est une famille de petits propriétaires terriens très cultivés et présente depuis des générations dans la châtellenie de Cassel et ses environs (principalement à Lederzeele)Edithe, « ELLEBOODE Si les ELLEBOODE m’étaient contés », Bulletin Flandre Artois Généalogie, 1995, et , et 1996, .. Il est, par sa mère, apparenté à la famille Drieux et donc à Michel Drieux (fondateur du collège Driutus à l'université de Louvain) et à Remi Drieux (évêque de Léwaerde puis évêque de Bruges).
Comme le rapporte Jean Baptiste Nicolas Coomans : « on ne sait de sa jeunesse que les quelques particularités qu’il rapporte lui-même dans ses lettres scientifiques, reproduites par Pierre Bert, longtemps après sa mort ». En effet, Pierre Bert (Petrus Bertius), dans son livre « Illustrium & clarorum virorum epistolae selectiores, superiore saeculo scriptae vel à Belgis, vel ad Belgas », reproduit quelques lettres d'une correspondance entre Adrien Vander Mylen et Ellebaudt.
Années de formation Il commence ses études à l’École des Ignorantins de Gand avant de s'inscrire à l'université de Louvain le 28 août 1549. Il étudiera à la Pédagogie du Lys (Paedagogium Lilii aussi appelé Collège du Lys). Notons que les universités médiévales étaient des structures nébuleuses provenant de la réunion de différents collèges (ou pédagogies) autonome(e)s (Universitas signifiant « corporation »Jean Baptiste Nicolas Coomans, Notices biographiques, Blockeel: Gand, 1836, page 28.. Il était un protégé d'Antoine Perrenot de Granvelle, alors évêque d'Arras. Entre 1549 et 1554, il y étudia principalement la rhétorique et la littérature grecque et latine. Il faut préciser que la maîtrise de la langue latine, qui était alors d’un usage universel en Europe, lui permet de se sentir partout chez lui. En plus du grec et du latin, tout comme les membres de sa famille, habitants dans la zone flamandophone de France (Lederzeele dans le Westhoek) mais à l’intersection avec la zone francophone (Saint-Omer), il maîtrisait à la fois le français et le flamand occidental (langue maternelle).
En avril 1554, Ellebaudt alla étudier à Rome et fut admis au Collegium Germanicum et Hugaricum. Son nom fut introduit dans le matricule en 1555 ou il a écrit lui-même son nom dans le iuramentorum du Collegium Germanicum Liber : Nicasius Ellebodius Casletanus dioecesis Morinensis. Il est la seule recrue de l’année 1554 mais il a fait partie des cinquante-sept jeunes embauchés du vivant d'Ignace de Loyola. À titre de comparaison, en 1552, il y avait vingt jeunes Flamands en provenance de Louvain au Collegium Germanicum et Hugaricum. On peut considérer qu’Ellebaudt était donc un membre tardif de ce flux de flamands.
Selon Ignace de Loyola, des jeunes de 15 à 20 ans, avec des capacités rares, étaient recrutés comme nouveaux entrants : Ellebaudt avait apparemment été admis au Collegium Germanicum et Hugaricum en raison de son talent exceptionnel. L'enseignement de Collegium Romanum, fonctionnait sur le modèle des universités de Paris et de Louvain ; on y étudiait la théologie, la physique, les mathématiques, la logique et les sciences humaines. Ellebaudt a été influencé par cette instruction qui suivait la règle d'Ignace de Loyola selon laquelle les novices, lorsqu'ils connaissaient assez bien le latin, ne pouvaient plus que parler en italien durant une année complète. L'italien était alors la langue commune de ce collège multinational. Tandis que la ville de Rome et l'Italie devenaient la seconde maison de ces étudiants.
Selon Steinhuber, l'historien du Collegium Germanicum, le parcours ultérieur des nouveaux inscrits le conduit à la conclusion que la formation de ce collège était de premier ordre. Durant 18 mois, Ellebaudt étudia avec une assiduité particulière la philosophie, la théologie et les langues classiques (Grec et Latin). Les notes qu’il a prises au cours de ses études à Louvain puis à Rome donnent une image détaillée de l’attitude, alors catholique, et du lien entre humanité et religion à l’époque de la Renaissance. Il est à noter que pendant son séjour en Italie, une bonne partie de sa correspondance s'effectuait en italien (langue qu’il maîtrisait parfaitement à l’écrit comme à l’oral).
Vie active : entre professorat, voyages et études à l'université de Padoue
À l'automne 1556, il quitte Rome pour Vienne où il travailla comme conseiller.
Depuis la prise d'Esztergom par les Turcs en 1543 faisant suite à la célèbre bataille de Mohács (août 1526), Pozsony et Nagyszombat (l'actuelle TrnavaAprès la prise d'Esztergom par les Ottomans en 1543, les primats de Hongrie s'étaient repliés sur Pozsony (actuelle Bratislava). Plusieurs institutions dépendant de l'archevêché, dont l'académie, avaient été installées à Nagyszombat, endroit proche et plus calme.) accueillent la cour royale de Buda et l'administrateur de la province ecclésiastique d'Esztergom. À cette époque, sous l'archevêque Paul Várday (1526-1549), les parties résidentielles du palais primatial de Pozsony (Primaciálny palác) ont été reconstruites en un manoir de la Renaissance sur le site de l'ancienne la maison épiscopale de l'archevêque d'Esztergom datant du Moyen Âge (1370), où vivaient les administrateurs des biens de l'archevêque. Chacun des archevêques qui résidaient ici, dont Miklós Oláh (archevêque d'Esztergom de 1553 à 1568), l'a constamment amélioré. Notons que le bâtiment actuel a été reconstruit en 1721, dans le style baroque, sous l'impulsion de l'archevêque Imrich Esterházi (1725-1745). Si Pozsony est devenu la capitale et la ville de couronnement de la Hongrie royale, c'est Nagyszombat qui assume le rôle de centre culturel et religieux du pays.
L'importance du chapitre Esztergom dans la ville de Nagyszombat était grande. Le chapitre comptait 24 membres et un collège de prêtres relativement important. C'était également le siège de l'archevêque d'Esztergom avec une suite. L'archevêque avait des collègues dans l'administration de l'église, le judiciaire, les questions économiques et politiques et l'éducation, car le chapitre avait sa propre école et son propre séminaire. Miklós Oláh (archevêque de 1553 à 1568) a réformé l'école capitulaire et l'a fusionnée avec l'école de la ville. L'école municipale a alors atteint un niveau d'éducation élevé lorsqu'elle fut combinée avec l'école-chapitre. Peu de temps après, Miklós Oláh a créé un collège Jésuite puis un séminaire (en 1567). C’est le 18 août 1561 que la construction du Collège des Jésuites à Nagyszombat a commencé sur le site de l'actuelle Université de Trnava.
C’est donc en 1558, Miklós Oláh, archevêque d'Esztergom et chancelier du royaume de Hongrie, crée la nouvelle académie de Nagyszombat. Miklós Oláh recruta Ellebaudt comme l'un des trois magistri (professeur de première catégorie) de l’école capitulaire de Nagyszombat. Ellebaudt y était chargé de l'enseignement des langues classiques et de la littérature grecque et latine à raison de sept heures par semaine. En effet, la lettre du recteur du Collège des Jésuites à Vienne, Joannes de Vitoria: Nicasio fiamingho, il qualle stette nel collegio di Thodeschi in Roma, lege 7 letioni di greco in tutta la setimana [Nicasio fiamingho, qui est resté au collège de Thodeschi à Rome, lit sept leçons de grec tout au long de la semaine]. Parmi les professeurs de cette école figuraient en plus de Nicaise Ellebaudt plusieurs personnalités dont (qui a été à partir de 1558, le directeur de l'école du chapitre et gouverneur de la ville de Nagyszombat selon la nomination de Miklós Oláh) ou encore Nicholas Telegdi. En 1560, Ellebaudt semble avoir été promu directeur de l'école de Nagyszombat lors de l’obtention de son canonicat en remplacement de (voir ci-dessous)
Lorsqu’il était en résidence à Nagyszombat, Ellebaudt habitait sur la rue Kapitulská (rue du chapitre) dont les maisons servaient de résidences aux chanoines (qualifiés de chanoine d'Esztergom), aux prêtres, aux clercs et aux professeurs. Le 26 juillet 1560, bien que n'étant pas prêtre, il y fut nommé chanoine laïc du chapitre cathédral d'Esztergom (délocalisé alors à Nagyszombat), ce qui lui assura une prébende (rémunération attaché à la charge de chanoine) qui lui permettra, notamment, de poursuivre ces études à l’université de Padoue (voir ci-dessous). Lorsqu'il séjournait à Poszony, Ellebaudt habitait également dans la rue, nommée actuellement, Kapitulská (rue du chapitre) qui est encore de nos jours l'une des plus belles rues de Bratislava. De nos jours, elle comprend toujours les résidences des chanoines ainsi que le (reconstruit en 1632), le collège des jésuites (construit en 1630 sous l'impulsion de Péter Pázmány) et le (de style Renaissance, construit entre 1641 et 1642 sur l'emplacement d'une ancienne maison médiévale).
A Nagyszombat, Ellebaudt participa également au programme de réforme catholique de l'archevêque Oláh. Dans ce cadre, il y a eu un conseil tenu à Nagyszombat, convoqué par Oláh, le 23 avril 1561, où Ellebaudt a donné une conférence en latin avec éloquence. Cette conférence, intitulée De authoritate et necessitae conciliorum, fut très appréciée du public. Par ailleurs, les traits rhétoriques et dogmatiques du discours reflètent les connaissances précédemment acquises par Ellebaudt au Collegium Germanicum et Hugaricum.
thumb|Voyages d'Ellebaudt à travers l'Europe.
A la fin de l’année 1561, lorsque les jésuites prirent officiellement en mains l'académie de Nagyszombat, à la suite de la création du collège jésuite par Oláh (voir ci-dessus), Ellebaudt repartit pour l'Italie et s'installa à Padoue, où il poursuivit ses activités de philologue ceci étant rendu possible en raison du canonicat obtenu à Esztergom. Pendant ses études, Ellebaudt se perfectionne en grec ancien et, sous l'impulsion de sa famille et de ses compagnons humanistes, il se mit aussi à étudier la médecine en plus de la science générale. Il obtint ses deux doctorats de l’université de Padoue en Philosophie et Arts et en Médecine en 1563.